Recueil Adert
2. « Daignez, vénérable Abauzit, écouter mes justes plaintes. Combien j'ai gémi que le Conseil et les ministres de Genève m'aient mis eu droit de leur dire des vérités si dures! Mais puisque, enfin, je leur dois ces vérités, je veux payer ma dette. Ils ont rebuté mon respect, ils auront désormais toute ma franchise. Pesez mes raisons et prononcez. Ces dieux de chair ont pu me punir si j'étois cou})able; mais si Gaton m'absout, ils n'ont pu que m'opprimer. » {Correspondance, DCIV.) — « L'écrit, Monsieur, qui vous est présenté de ma part, contient mon apologie et celle de nombre d'honnêtes gens otl'ensés dans leurs droits par l'infraction des miens. La place que vous remplissez. Monsieur, et vos
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leurs termes, qui l'a aduiis à la communion, dont la femme promène en voiture la respectable Thérèse*, la gouvernante modèle. Il faut croire qu'à ce moment-là, son inquiétude s'est aggravée, car il y met plus de précautions : la querelle, explique-t-il, est toute entre lui et ses persécuteurs de Genève; (( ou, si j'y fais entrer la religion protestante pour quelque chose, c'est comme son défenseur contre ceux qui veulent la renverser- ». On reconnaît là l'homme épeuré que redevenait Rousseau, chaque fois qu'entraîné par son génie et sa destinée, il avait publié quelque ouvrage menaçant ou commis quelque acte courageux.
Cependant, le Petit Conseil examinait le livre. Il y consacra plusieurs séances. Le 19 décembre-^, le Premier syndic annonce que les syndics n'ont encore pu a prendre qu'une connessence superficielle » de l'ouvrage, en raison de sa longueur; il en donne cependant une analyse fort remarquable en sa brièveté : u ... 11 est composé de neuf lettres, dont les premières contiennent l'apologie des sentimens de l'auteur sur la religion chrétienne dont il adopte et loue la morale en même tems qu'il en reanciennes bontés pour moi, m'engagent également à mettre sous vos yeux cet écrit. Il peut devenir ime des pièces d'un procès au jugement duquel vous présiderez peut-être. D'ailleurs, aussi zélé sujet que bon patriote, vous aimerez me voir célébrer dans ces lettres le plus beau monument du règne de Louis XV, et rendre aux François, malgré mon malheur, toute la justice qui leur est due. »
(w., bcv.)
1. Voir F. Berthoud, J.-J. Rousseau au Val-de-Traiers. in~[S. Paris, 18S1 ; et ./.-/. Rousseau et le Pasteur de Montmollin, in-lS. Fleurier, 1884.