Registre dv Conseil, à cette date (23 décembre
ROUSSEAU ET .I.-H. TRONCIIIN 24n
jotlc les miraeJos, los do^mios ci ([ii'il en invective les ministres. Les dernirres I raitentdii {gouvernement (le (i(Miùve (loiil il ajjronve lii constitution et loue en |)articiiliei' l(' rri;lenient de la médiation en même tcms (ju'il ti'availle à renverser cette constitution et c(M'èi^Iement et qu'il impute au Conseil de travailler par état à devenir les despotes et les tirans de lenr patrie. » Il ajoute « que cet ouvrage adressé h la Bourgeoisie peut insj)irer des sentiraens de défiance qui parétront mal fondés à tous ceux qui connessent l'intégrité et le désintéressement du Conseil. Mais que la multitude n'étant pas à portée d'en juger, cet ouvrage peut produire des eiVets fâcheux pour la république, qu'il est de la prudence du Conseil d'en prendre une connessance exacte pendant qu'on est en fériés, afin qu'on puisse sans perdre de tems prendre des mesures sages et efficaces pour empêcher que la république n'en ressente quelque dommage ». — Cela était judicieux, mais les conseillers perdirent du temps. Le 24 seulement, ils reprennent la discussion ; puis, « l'heure étant avancée >;, ils en remettent la suite; même jeu le 2(), puis le 28, — comme si Ton était chargé de besognes plus importantes. Enfin, le 29, « étant suffisamment instruit », on se résout à communi(juer l'ouvrage au procureur général, « pour donner sur icelui ses conclusions ». Mais, le 31, le Premier apprend à ses collègues que Jean-Robert Tronchin lui a « déclaré, en la manière la plus forte, qu'ayant été personnellement attaqué en divers endroits de cet ouvrage et étant seul en son office, il se feroit une délicatesse qui
â46 l'affaire J.-J. ROUSSEAU
seroit pour lui insurmontable d'exercer son ministère contre ce même ouvrage et qu'il prioit le Conseil de vouloir lui subroger une autre personne pour faire en cette occasion fonction de procureur gc'néral ^ )> Le Conseil entre dans ces vues, — sans trouver personne qui consente à se charger de la délicate besogne. Les citoyens Delorme et Rigot se récusent : « Qu'on juge par ce commencement, dit Jean Cramer dans son Journal qui nous fournit ce détail, de la disposition des esprits et de la triste situation de la république 2. » Là-dessus, paraît le l"' janvier la Réponse aux lettres de la campagne^ h laquelle tous les chefs des Représentants s'étaient attelés : l'ouvrage semble « plus propre encore que celui de Rousseau à mettre tout en feu ^ » ; et le Conseil, n'osant poursuivre cette réponse à laquelle tant de notables citoyens ont travaillé, laisse tomber la procédure entamée contre les Lettres écrites de laniontagne. Car « comment auroiton condamné l'un, et non l'autre^ »? Scrupule qui fait plus d'honneur à l'honnêteté qu'à la clairvoyance de ces magistrats, incapables de comprendre que seul un livre d'éloquence peut « mettre tout en feu », et que le plat et illisible ouvrage des Représentants n'aurait soulevé personne.
Cette fois-ci, le rôle du résident de France ne fut pas aussi effacé qu'au moment de la condamnation. Nous voyons en effet par la correspondance du ba-