Mss. de Neuchàtel
2. « L'approbation que Paris catholique avait donnée à un ouvrage où les seuls protestants étaient ménagés, suspendit l'arrêt ; une politique passionnée le préparait, la crainte du ridicule l'arrêta. » (Rousseau justifié envers sa patrie, broch. Londres, n'.i, p. 11.)
ici un mot qui n'avait pas encore fait fortune, en faveur de son anticléricalisme combatif et intolérant, tourné jusqu'alors contre les seuls catholiques. Ils le tenaient si bien pour leur champion, que la Profession de foi du Vicaire savoyard ne réussira pas à les écarter entièrement de lui : pour qu'ils le renient enfm, le haïssent, le condamnent défmitivement et tâchent même de le persécuter, il faudra qu'il les traite comme de vulgaires curés ou de misérables évêques, dans les Lettres écrites de la Montagne. Jusque-là, ils auront pour lui une indulgence dont les gens du monde s'étonneront quelquefois.
Les sentiments des savants envers Rousseau, plus modérés, restaient sympathiques.
Il y avait alors à Genève un maigre petit vieillard, de mœurs modestes, qui jouissait de l'estime, ou plutôt de l'admiration universelle : Firmin Abauzit \
Dans les écrits du temps, on ajoute toujours à son nom les épithètes de « respectable » ou de « vénérable », et Ton ne parle de lui que pour le
1. V. Senebier, Hisf. lilt., III, 63-83. —Savons, le A17//« siècle à Vétranger, I, p. 81-99. — Y. Rossel. Hist. lîtt.Al. p. -25-29. — Ph. Godet, Hist. litt., p. 182-186. — E. Ritter, Semai7ïe littéraire (la 18 juillet 1903. — G. Borgeaud, l'Académie de Calvin, p. 597 et suiv., etc.
louer. Un joli petit poiiryit, d(? Gardeile probahleinent ', nous a conservé celte ligure [)resque li'gendaire : le visage est allongé, avec des h'aits fortement mai'qu('s, dont une bouche aimable atténue l'expression plutôt rude ; coiit'é d'un tricorne, Abauzit porte un habit foncé, qui n'est pourtant pas le traditionnel « surtout de laine que le temps avait rendu gris comme ses cheveux », dont parle Bonstetten-. — Il était né à Uzès, dans le Languedoc, en 1679, d'une famille protestante. Apres la révocation de TEdit de Nantes, on lui fit donner une éducation- catholique, à laquelle des amis l enlevèrent pour l'envoyer étudier à Genève, où il se fixa et qui lui conféra la bourgeoisie d'honneur (1727). 11 avait voyagé, lié connaissance avec des étrangers notables, travaillé à la traduction du Nouveau Testament qui fut publiée en 1726, accepté un modeste emploi de bibliothécaire. Il vivait de peu, en sage, écouté, consulté, choyé, visité par tout le monde. Ses rares écrits, inférieurs à sa renommée, n'inquiétaient personne : c'est peutêtre pour cela qu'on lui pardonnait le libéralisme « socinien » de ses opinions religieuses. — Dans une note du cinquième livre de l'ilèlo'he^ Rousseau s'avisa de lui asséner un compliment en vrai coup de massue. Abauzit, malgré sa modestie, y fut sensible. Il répondit eu écrivant quelques lignes au bas d'une lettre de Moultou ', qui l'admirait de toutes ses forces, naturellement. Du reste, la note