‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 148 sur 200 · octobre 1165. Mss. de Neucliàtcl · texte numérisé non relu

octobre 1165. Mss. de Neucliàtcl

ROUSSEAU KT .I.-ll. TUONCIllN 267

(*xlr<iil (rime lelU'c de Viirsovie, on Ton se iiioiilre très boni liant pour sa cause '.

Le mouvement (l'opinion, (|U(^, les letlnis (I'AHjinianil et de Hentink à Charles lionnet nous ont n'v6l(3, sVHend et s'aceentue. Partout les (( honnêtes l'ens », s«Mluils par l'appel de Rousseau à lalihertr^ à la 'ifstfce, entraînés par son éloquence, embrassent ardemment son parti, et celui de ses défenseurs. Ils ne se disent pas qu'il s'agit d'une question dont les Genevois devraient rester seuls juges, puisqu'elle met en jeu leurs institutions, leur état social, peut-être même leur existence nationale. Ils ne songent pas que, malgré l'illégalité originelle de l'arrêt qui a frappé Jean-Jacques, il y a peut-être quelque injustice à exploiter cette faute pour bouleverser l'État; que l'àpreté inouie qu'on apporte à la poursuivre en rend la réparation toujours plus difficile ; et pour tout dire par une image, qu'on ne met pas le feu aux quatre coins de la

]. Voici ce curieux fragment : « Daignez vous informer. Monsieur, de l'incomparable Rousseau, el me donner de ses nouvelles, des nouvelles de cet homme, Thonneur et la gloire de la patrie: il n'y a pas ici jusqu'au nonce du pa])e ((ui ne s'informe de ce ([u'il fait et comment il se porte. Le supérieur des Théàtins, le supérieur des missionnaires de Sainte-Croix, enfin tout ce qu'il y a de gens érudits s'empressent de me demander de ses nouvelles, de son bien-être, de sa santé, tous avec autant d'empressouient qu'il est aisé de voir à quel point ils estiment ce grand homme ; ell'ectivement aussi grand dans son genre que tous les héros anciens et modernes; vos magistrats, bien loin de l'avoir tlétri, l'ont infiniment illustré, ou pour mieux dire, croyant le flétrir, ont contribué à le faire remarquer, et la suite toute naturelle de l'attention qu'on lui a prêtée, lui a attiré une admiration universelle. Dans ce pays où on est zélé républicain dans la spéculation, son Contrat social et ses Lettres de la Montagne sont goûtés à un tel point qu'il n'est pas possible de l'exprimer. » (/(/.)

maison pour efTacer une tache sur un tapis. Ils voient une injustice, et ne voient rien de ce qui l'entoure : el parce que le génie de Rousseau en multiplie les proportions jusqu'à en faire une sorte de symbole, ils oublient que la complexité des aiîaires humaines ne permet point d'isoler un fait de la longue chaîne de ses conséquences probables; que pour la plupart des protestataires, il s'agit moins de réparer une illégalité que de changer à leur profit l'équilibre des forces politiques; que s'ils professent un amour si généreux des principes pendant qu'ils sont en marche vers le pouvoir, c'est pour s'en dégager plus aisément dès qu'ils auront à leur tour la main au gouvernail. Ces considérations pratiques les frapperaient, si TafTaire les touchait ; elles leur échappent, ou il les déclarent basses et négligeables, parce qu'elle ne les touche pas : il est toujours noble et facile d'avoir pour la liberté, pour la justice une passion exclusive ou frénétique, quand on est en dehors des complications de leurs éternels contlits ; il y a beaucoup de mérite et peu de péril à s'honorer en criant Pereat ynundus ! lorsqu'on est à l'abri des j'uines du monde qu'on sacrifie allègrement. Dans la suite, nombre de ces étrangers, qui avaient pris position avec tant de ferveur, furent peut-être étonnés des conséquences de la victoire qu'ils aidèrent à remporter par la pression éloignée de leurs enthousiasmes et de leurs mépris. Il est probable que beaucoup ne s'en aperçurent pas : la liaison (les causes et des effets, lorsqu'elle se manifeste lentement, échappe aux esprits qu'emporte h^ cou-

ROIJSSKAIJ r-'.T .F. -H. IIU^NCIIIN 2t;0

ranl de la vie. Quand la iN-piibliqno (lit (iciirve aclicva lie s'edoiidror après un quart de siècle de liaine civili^ et d(i convulsions, qui pensa que sa chute était le dernier terme d'un processus qu'avait inauj>ur(' la condamnation de Housseau ?

I. Voltaire défenseur de la religion. Réponse de Rousseau. La question des enfants. Polémique avec Vernes. — II. La Réponse aux lettres écrites de la campagne. Progrès des Représentants. Le Petit Conseil et les Deux-Cents. Démarche des Citoyens et Bourgeois. Rousseau à Motiers.

On peut lire dans une des lettres de d'Alembert à Voltaire :

«... Je sais que Jean-Jacques a des torts envers vous, et qu'il vous a écrit des folies au sujet des comédies que vous faisiez jouer auprès de Genève ; mais je ne puis croire que vous cherchiez à le tourmenter dans sa solitude, où il est déjà assez malheureux par sa santé, par sa pauvreté, et surtout par son caractère ^ »

Voltaire répond aussitôt, assez longuement, en résumant ses griefs contre Rousseau^ :

« ... La lettre insolente et absurde qu'il m'écrivit au sujet des spectacles de Ferney était à la fois d'un insensé et d'un brouillon. Il voulait se faire valoir auprès des pédants de

1. Le 3 janvier 1765. Correspondance de Voltaire, éd. Garnier, n» 58G6.

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