‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 149 sur 200 · Id., n · texte numérisé non relu

Id., n

T,E SFNTIMRNT DFIS CITOYENS 21\

TiOiirvo, (pii |)n'<-li;iit'nl conlrc la comédie par Jnloiisitî de lutHici-; il |)r(Hoii(laiL ciif^a^MM- av(!c. moi une (jucielUi. Lo polit mairot, I)ours()ul1r d'oi-^iioil, l'ut piqiio do mon silonco. Il manda au I)'' Troncliin (|u'il no reviendrait jamais dans (ionovo tant (juo jo serais posscsseui' dos Délieos; (d,, huit jours après, il so brouilla avec Troncliin j)our Jamais.

« A poine ariivé dans sa montagne, il lait un livre; (jui \\\c\. io troubles dans sa |)ati'ie ; il excite les citoyens contre b; magistrat; il se plaint dans ce livre, (ju'on Ta condamné sans rentondre; il m'y donne formellement comme l'auteur du Sermon des, Cinquante ; il joue le rôle de délateur et (ht calomniateur : voilà, je vous avoue, un plaisant philosophe...

i( ... Et savez-vous dans quel temps ce malheureux faisait ces belles manœuvres? c'était lorsque je pronais vivement son parti, au basard mémo (b; passer pour un mauvais chrétien ; c'était en disant aux magistrats de (ienève, quand par hasard je les voyais, qu'ils avaient fait une vilaine action en brûlant Emile et en décrétant Jean-Jacques; mais le babouin, m'ayant ofTensé, s'imaginait que je devais le haïr, et écrivait partout que je le persécutais, dans le temps que je le servais et que j'étais persécuté moi-même. »

On croit rêver, quand on lit ces lignes en les rapprochant des faits que Thistoire a éclairés. Nous savons en effet ce qu'il faut penser des prétendus services que Voltaire aurait rendus à son malheureux rival, et nous sommes renseignés sur les propos qu'il tenait aux magistrats de Genève. Nous savons aussi qu'il était l'auteur du Sermon des Cinquante : en sorte qu'en le lui attribuant, Rousseau ne le calomniait, point et ne le dénonçai l guère, puisqu'il ne s'appuyait que sur les rumeurs publiques. Enhn, nous savons qu'au moment où Voltaire soutenait ce double mensonge, il venait de lancer dans le monde une petite brochure de huit pages, qu'il devait désavouer encore, que la décla-

ration do son secrétaire a cependant permis de lui attribuer avec certitude, et qui est un des plus honteux factums que jamais écrivain ait enveloppé dans les voiles de l'anonyme. C'est /e Sentiment (les citoi/ens qui, paru le 27 décembre 1764, fut aussitôt renié et brûlé par la juste indignation de ceux-là même dont il prétendait servir la cause'. De la même plume qui venait de rédiger le« libelle le plus violent qu'on ait jamais fait contre la religion chrétienne^ » — puisque c'est en ces termes qu'il désavoue son Sermon des Cinquante^ ^ — Voltaire prend componctueusement la défense de cette religion, dans son autre pamphlet. 11 gémit de la voir menacée. 11 s'indigne des audaces de son rival. 11 en frémit '^ S'il impute à la folie les prétendus

1. Le Sentiment des citoyens, in-S°. — Cf. Rivoire, Bibliographie historique, n"791; — A. Sayous. te XVIII" siècle à l'étranger, l. p. 300 et suiv., qui, en constatant l'universelle indignation soulevée par ce libelle, lui attribue le « recul » du Petit Conseil, prêt à frap})er les Lettres de la montagne : à tort, puisque Touvrage de Rousseau fut, comme nous le verrons, sauvé par la publication de la Réponse aux lettres écrites de la campagne \ — Desnoiresterres. Voltaire et J.-J. Rousseau, p. 34G et suiv. ; — Maugras, Voltaire et J.-J. Rousseau, p. 372 et suiv.

2. A la maréchale de Luxembourg, 9 janvier 1765. Correspondance, éd. Garnier, n* 5875.

3. Sur la date du Sermon des Cinquante, cf. Brunetière, qui la fixe en 1762 (Rev. des Deux Mondes, 15 mai 1878 et 15 mars 18S0). M. Eug. Ritter {Rev. d'Histoire litl. de la France, 1900, p. 3U). croit pouvoir établir, par un fragment de La Reaumelle dans la Réponse au Supplément du siècle de Louis XIV, que cet ouvrage datait du séjour à Berlin, comme le dit Grinim {Corresp. litl., éd. Tourneux, Vil, 147). — Il n'est point impossible que le «Sermon», ayant été prononcé à ce moment là, n'ait été imprimé que plus tard. Si l'on se rappelle que c'est en 1762, que Voltaire l'envoya à M™" de Beaugrand, on trouvera là une forte présomption en faveur de cette opinion : comment, en etfet, le patriarche aurait-il été rechercher un pamphlet, vieux de dix ans, pour en faire l'hommage ironique à cette bonne dame ?

(( !)las[)horîies » (jii'il driionci^ ce n'est point pour leur faire, de ceU(» IrouMe ori^iiK», une sorte d'excnse, car une telle folie ne saurait « avoir d'auLn; médecin que la même main qui a fait justice de ses autres scandales' » : c'est pour rabaisser encore le malheureux (ju'il dénonce : » On a pitié d'un fou; mais quand la démence devient fureur, on le lie. La tolérance qui est une vertu sei'oit alors un vice'. )> Il sait bien que les dévots, sévères quand on touche à leurs dogmes, deviennent féroces dès qu'on effleure leurs personnes : aussi, après avoir distingué dans l'œuvre de Rousseau des insulfj's à Jésus-Christ, y relève-t-il, avec plus d'horreur, des outrages aux ministres du Saint Evangile : « Il traite une de leurs professions de îoià'ampliiriouri, s'écrie-t-il, — terme bas et de jargon, qui signifie déraison. Il compare leur déclaration aux plaidoyers de Ixabelais; ils ne savent, dit-il, ni ce qu'ils croyent, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent^. » Voila le crime, celui qui ne sera pas pardonné! Le terrain préparé de la sorte, Voltaire lâche enfin, d'un seul coup, tout le venin dont il est gonflé, toute « l'eau du Phlégéthon* » qu'il a dans son encrier :

« Est-il permis à un homme né dans notre ville d'oiïenser à ce point nos pasteurs, dont la plupart sont nos parents et nos amis, et qui sont quelquefois nos consolateurs? considérons qui les traite ainsi; est-ce un savant qui dispute contre des savants?>[on, c'est fauteur d'un opéra et de deux comédies sifflées. Est-ce un homme de bien qui, trompé par un faux zèle,

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