‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 150 sur 200 · Confessions, liv. XII · texte numérisé non relu

Confessions, liv. XII

fait des reproches indiscrets à des hommes vertueux? Nous avouonsen rougissant que c'estun homme qui porteencore les marques funestes de ses débauches, et qui déguisé en saltinbanque traîne avec lui de village en village, et de montagne en montagne, la malheureuse dont il fît mourir la mère, et dont il a exposé les enfants à la porte d'un hôpital, en rejettant les soins qu'une personne charitable voulait avoir d'eux et en abjurant tous les sentimens de la nature comme il dépouille ceux de l'honneur et de la religion '. »

C'était la première fois que la conduite privée de Rousseau était invoquée contre lui avec une telle précision. Il avait réussi à se faire respecter autant qu'admirer. Ses amis, leurs femmes, leurs filles témoignaient mille égards à Thérèse, acceptant ou l'interprétation que Jean-Jacques donnait de ses relations avec elle, ou le fait même de ces relations. Us ignoraient d'ailleurs cette épouvantable histoire des cinq enfants abandonnés. Un petit nombre de personnes seulement la connaissaient, entre autres M'"' d'Epinay,qui pouvait en avoir parlé à Voltaire, et le D' Tronchin, qui en avait sûrement parlé à Vernet et à Vernes'^. Le fait a paru si monstrueux, que plusieurs — à commencer, je crois, par Sébastien Mercier'' — ont essayé de le mettre en doute. Des médecins ont cherché rétrospectivement, dans la santé de Rousseau, des raisons de suspecter son propre témoignage ' ; des critiques ont

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