‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 154 sur 200 · Voir Correspondance, éd. Uaciiette, DCXXXI-DCXXXUl · texte numérisé non relu

Voir Correspondance, éd. Uaciiette, DCXXXI-DCXXXUl

9. Lenieps, exilé à Paris depuis Fallaire de Micheli du Crest en 1131, écrit à Rousseau, le 27 février :

« M. Vernes vous a écrit lionnêtenient son désaveu, vous avez répondu sur le même ton, mais il n'a pas tout écrit de même, aussi n'est-il point lavé dans l'esprit de bien des gens, surtout ceux qui le connoissent et qui sçavent les choses du passé. Il ne se lavera pas d'avoir dit à M. Durade que vous étiez un homme pourri de vérole, et celui-ci de le dire à qui a voulu l'entendre, et cela m'est revenu de J)on lieu. H n'y a pas de doute que ce ne suit un ministre qui a voulu venger ses confrères, et aujourd'huy ils

Les amis de Rousseau lui rendaient souvent de fâcheux services: soupçonneux comme des conspirateurs, pointilleux, hargneux, médisants, ils transportaient dans leurs relations avec lui ou dans leurs discussions à son sujet les habitudes commérantes de leurs petits cercles, leurs bavardages perfides de bourgeois qui s'épient, se dénoncent, se tancent,

font courir le bruit que c'est un tour de Tiaquisiteur, ce que je regarde de toute fausseté... » (Mss. de Neuchàtel.)

D'autre part, Vernes ne se bornait pas à protester auprès de Rousseau : il s'adressait également aux amis. C'est ainsi qu'il écrit à d'Yvernois, sans date :

«... Vous comprenés d'ailleurs, Monsieur, que le sentiment de mon innocence sur l'imputation de M. Rousseau me dispense de toute démarche ultérieure; mais je comprens aussi, qu'étant son ami, il lui convient que vous tachiés de découvrir quel est l'auteur du libelle, afin qu'il n'ajoute pas de nouveaux torts à ceux qu'il a visà-vis de moi, et qu'il ne se déshonore pas lui-même en pensant me déshonorer. Je n'ai aucun reproche à me faire sur toute ma conduite avec M. Rousseau; j'ai cru devoir dire, en gardant tous les ménagements possibles, ce que je pensois sur ce qui a raport à la religion, dont j'ai l'honneur d'être le ministre. Je continuerai à en agir de même, sans que tout ce qu'il pouroit faire ou publier me fasse jamais sortir des bornes de l'honnêteté et de la décence. » Papiers et lettres concernant Rousseau, mss. de Neuchàtel, 7924.)

Enfin, je trouve dans les manuscrits de Neuchàtel (^Recueil C, n" 7843) une note inachevée de Rousseau, qui lui a sans doute servi pour les Confessions, et que voici. J'en souligne une phrase qui parait indiquer qu'il avait eu des raisons sérieuses de soupçonner Vernes :

« Dès la première lecture de l'écrit intitula Sentiment des cituyens, je jugeai qu'il étoit de la façon de iM. Vernes : je dirai tout à l'heure sur quoi je fondai ce jugement. Je pris sur ce libelle le seul parti qui peut convenir à l'honneur outragé. Je l'envoyai à Paris et l'y fis imprimer sur-le-champ, jugeant que c'étoit dans les lieux oùj'avois vécu qu'on pourroit appuïer les accusations qu'on mintentoit à Genève. La seule vengeance que. dans le premier mouvement, je me permis contre l'auteur, et j'avoue qu'elle étoit cruelle, fut de le nommer. Mais, en le nommant, en disant mon opinion, je ne la soutins que dans la plus faible des faisons gui me Vavoient donnée, en faisant dépendre ma déclaration de la

sienne, je le laissai maitre de désavouer sa pièce sans qu' la

lui imputer. »

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se calomnient à (|ui nii(Mix mieux. Ils conlrihuaionl ainsi à exciter une méfiance déjà trop éveillée. Ils entraînaient le pauvre grand homme, leur chef et leur prisonnier, à des mesquineries plus incompatibles avec son rôle qn'nvec son caractère ; ils le poussaient à des actes (jui devaient être exploités contre lui, et qu'il est diflicile de défendre. Ils hâtaient ainsi le développement de la maladie d'esprit dont il souiïrait depuis longtemps, ([ui allait éclater bientôt. C'étaient des gens d'étroit horizon, d'inlelligence médiocre, de piétisme borné, de « vertus » aigries et rébarbatives.

Rousseau fut pris dans leurs filets : il n'est pas seul responsable de l'attitude incorrecte qu'il eut envers Jacob Vernes,au(juel il laissa, en somme, le beau rôle.

La Réponse aux lettres écrites de la caïHpayne ' parut quatre jours après le Sentiment des citoyens. Le parti adverse l'attribua à la collaboration de De Luc, de Vieusseux, de Furet, de Vignier, etc. '. Un post-scriptuni, ajouté à la dernière minute, y désavouait Todieuxlibellede Voltaire. C'est un livre épais, compact, pesant, d'une insupportable platitude : on se demande comment il put paraître au parti du gouvernement (^ plus propre encore que celui de

1. Iii-S% 1164, 316 pages. Voir Bibliographie Hivoire, ir 794.

2. J. Cramer, Memorie réconcilie, fol. 2 (Bibliotli. de Genève). — D'autres lattribuent aussi à d'Yvei-nois. Voir Desnoireslerres. Vollairc et J.-J. lioKn.seau. 2° Odil., p. o'èi).

Rousseau à mettre tout en feu ^ ». Ses auteurs le dirigent, disent-ils, « moins contre le gouvernement actuel que contre celui qu'on travaille à nous donner ~ ». Ils s'appliquent à démontrer que les événements récents sont la suite ou le développement d'une série de manœuvres poursuivies depuis deux siècles par le Petit Conseil pour déposséder le Conseil général de ses attributions: manœuvres qui provoquèrent des troubles suivis de répressions violentes. Ils exposent et groupent les divers faits sur lesquels ils s'appuient, en les rapprochant de ceux qui font l'objet des Représentations, pour montrer ainsi que, le Petit Conseil reculant indéfiniment les limites de ses attributions, il est indispensable de les déterminer nettement; et, repoussant les reproches d'agitation, de vaine inquiétude et d'ambition que le procureur général Tronchin avait adressés à leur parti, ils terminent en traçant d'eux-mêmes un portrait idyllique, qui les montre désintéressés, préoccupés du seul bien de l'Etat '\

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