février. Correspondance, éd. Hachette, DGXXXIX
302 L AFFAIRE .l.-J. ROUSSEAU
leurs réclamations et continuent à se plaindre de son silence, il se décide à leur adresser une lettre, qui dans son esprit doit être la dernière :
«■ J'appreuds, Messieurs, que vous êtes en peine des lettres que vous m'avez écrites. Je les ai toutes reçues jusqu'à celle du 45 février inclusivement. Je regarde votre situation comme décidée. Vous êtes trop gens de bien pour pousser les choses à l'extrême, et ne pas préférer la paix à la liberté. Un peuple cesse d'être libre quand les lois ont perdu leur force; mais la vertu ne perd jamais la sienne, et l'homme vertueux demeure libre toujours. Voilà désormais, Messieurs, votre ressource; elle est assez grande, assez belle, pour vous consoler de ce que vous perdez comme citoyens.
« Pour moi, je prends le seul parti qui me reste, et je le prends irrévocablement. Puisque avec des intentions aussi pures, puisque avec tant d'amour pour la justice et la vérité, je n'ai fait que du mal sur la terre, je n'en veux plus faire, et je me retire au dedans de moi. Je ne veux plus entendre parler de Genève, ni de ce qui s'y passe. Ici finit notre correspondance. Je vous aimerai toute ma vie, mais je ne vous écrirai plus. Embrassez pour moi votre père. Je vous embrasse, Messieurs, de tout mon cœur* ».
Préférer la paix à la liberté^ — se contenter de sa "propre veriu^ — se retirer au dedans de soi^ — que nous sommes loin des batailleuses déclarations qui ripostaient à l'arrêt contre Emile et le Contrat, puis à celui contre le colonel Pictet! Toutes ces formules se ramènent au : dahord^ vivre ; et c'est comme unedeuxièmeabdication. Mais ilne faut pas cbercher ici l'expression des idées mûries de Rousseau. Il se voyait à ce moment menacé dans sa retraite, aux prises avec des difficultés plus immédiates et pres-