‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 168 sur 200 · Correspondance. DCXLII [ù.'i février · texte numérisé non relu

Correspondance. DCXLII [ù.'i février

LE SENTI MKNT DFvS CITOYENS .'{O.'i

santos ({ii(^ col les de Gcnovo ; il songoait à (juittor Moliors, où ('oinnicncaiL la campagnes (|uo Jcîiii Sarasiii déchaîna contre lui ; nno grave maladie d'Isabelle d'Yvernois, devenue M""" Guyenet, et malheureuse, l'inquiétait dans un sentiin(»nl très doux, très pur, très tendre, qui donnait quelque snlisfaclion à cet immense besoin d'allection dont les circonstances de sa vie ballottée et sa maladive métiance arrêtèrent toujours l'essora

La |)olémique qu'il avait soulevée allait bientôt le chasser de cette retraite, où quelques-uns deceux

1. Voir 7.-./. Rousseau et Isabelle (Fï t:erriois, par A. Petitpierre, extrait du Musée neuchutelois, de juillet 1878; iDrochure, Neuchàtelet Genève, 1878. —Croyant perdue cette jeune fenitiie qui l'appelait « papa », avec laquelle il avait eu tant d'entretiens charmants, et dont il s'était plu à cultiver l'esprit gracieux tout en apprenant d'elle l'art de faire des lacets selon la mode neuchàteloise, Rousseau jeta dans un de ses registres cette page si émue, si digne d'être conservée parmi ses fragments, et que je crois inédite :

« Quitter cette malheureuse... passez âme pure dans le séjour de réternelle paix... Vous n'êtes pas ici-bas à votre place. Vous vous êtes pressée d'y remplir tous les devoirs de votre état afin de pouvoir quitté la vie après en avoir mérité le prix. Votre tàcho est déjà faite quand d'autres ont à peine commencé la leur. Allez dans la fleur de l'âge chercher la récompense des longues vertus, mais laissez h la tendre amitié...

« Le caractère d'Isabelle étoit simple, elle n'étoit point sans mérite et étoit peu connue, moins aimable précisément par ce qui la devoit faire plus aimer. Elle avoit des talens,... : mais elle eu faisoit si peu de cas elle-même, qu'on étoit tenté de prendre au mot ceux qui mettoient au delà des qualités plus précieuses... sans lui rendre le tribut d'estime qui lui étoit dû.

« Elle avoit beaucoup d'esprit sans se... d'en montrer.

« 11 étoit trop solide pour les gens frivoles, trop fin pour les lon^s raisonneurs. Ce quelle disoit étoit trop juste pour les précieux et trop délicat pour les autres.

« .Mais sa douceur n'étoit pas une faiblesse, elle étoit une vertu. Elle savoit être ferme sans être opiniâtre, pleine de sens à la fois et de complaisance ; sa volonté cédoit à tout le monde, son grand sens ne cédoit qu'à la raison. ^>

qui l'avaient le mieux accueilli se tournaient contre lui : on ne peut déchaîner les passions qui divisent les hommes, et contempler de loin leurs orages ; la destinée de qui souffle le vent est d'être entraîné par le tourbillon...

i,i<:s poij':miques de (;exèvi<: et les thoubees

DE MOTIEIiS

\. Guerre de brochures. Les Lellres popidaurs. L.i liainp civile. La H&ponse du Petit Conseil. — IL Les événements de Motiers. Monlniollin et Jean Sarasin. Les persécutions. Montmollin et Du Poyrou. La lapidation. Rousseau à Saint-Pierre. — IIL Nouvelle expulsion de Rousseau. Aggravation des troubles de Genève. Hennin et l'intervention française. — Conclusion

Pendant que le Petit Conseil ujûrissait sa réponse aux dernières Représentations, et que ses amis élaboraient les Lettres pojjulaires sur lesquelles on comptait pour renouveler le miracle des Lettres de la campagne^ de nombreux pamphets entretenaient l'agitation. C'est ainsi que les quatre Dialogues entre un citoyen de Genèvr et un étranger^ . d'un ton assez vif, bien qu'artificiel, nous montrent un admirateur de Rousseau, qui n'est pas Genevois, en train de prouver à un citoyen que tous les torts sont du côté des Représentants. Qu'importe après tout, demande-t-il, « l'omission d'une formalité »

1. Genève, en mars 1765. 21 pages in-8». — N'» 810 de la Bibliograpbie Rivoire.

dans un jugement, si ce jugement est « bon en lui-même >> ? Et de quoi se plaignent tous ces bourgeois qui s'agitent autour de cette vétille? Ils n'ont pas une raison sérieuse d'être mécontents. « Voulez-vous savoir l'etFet que produit sur moi la lecture de vos Représentations? C'est qu'il n'y a aucun peuple dans le monde, qui, ayant toujours l'œil ouvert sur la conduite de ses magistrats, trouvât si peu de reproches à leur faire dans l'espace de vingt-cinq ans, d'où je conclus que si vous vouliez, il n'y aurait pas au monde un peuple plus heureux que celui de Genève. » Voilà un <( étranger » qui doit avoir des attaches dans la « Ville Haute » : il raisonne exactement comme les Négatifs ; pas plus qu'eux il ne comprend que, pour saisir le sens des événements, il faut lire entre les lignes des Représentations, regarder par delà les incidents qui les ont suscitées ; que les bourgeois ne se plaignent pas d'être mal gouvernés, mais de ne pas se gouverner eux-mêmes ; qu'ils réclament, sous couleur de la correction d'un abus, leur part de souveraineté ; que l'atlaire Rousseau, en un mot, n'est qu'un épisode dans l'histoire de cette poussée démocratique qui, commencée avec le siècle, ne iinira point avec lui.

A rencontre de cet « étranger », l'auteur du ^>//thnent des jurisconsultes ^ atlecteautant de sympathie pour les Représentants que d'exécration pour Jean- Jacques, qui, « ayant insulté tous les ordres de l'Etat avec l'insolence la plus cynique, doit être

1. A Ijeiiic, 1" Icvrier 1165. 8 p. — N' 813 Je la Bibliog. Iiivoiie.

POLÉMIQUIOS Di: GENFOVt:. — TROUHLKS DE MOTIIMIS 307

égalemotilcn liorreur à tous nos citoyens vertueux ». Telle est la violence de son indignation ([u'il va jus([u'à invo(iuer, pour le cas où le (Conseil songeraità demaiKhn' rextradilion du refuj^ié de Motiers, Texeinple <r« un voleur public retiré dans la ville de Cambrai » qui, réclame'! [)ar T Angleterre, <( fut remis à ses juges naturels et exécuté à Londres». — Le Préservatif^ regarde Rousseau comme unennemi public, lui impute tous les crimes, et pour bien marquer Tborreur qu'il a d'un homme aussi subversif, le compare « à cette hyène, qni court dans les contrées méridionales de la Franc(î, et ([ui n'a encore dévoré que des enfants «.Maisla Lettre (hin citoyen à Jean-Jacques Rousseau-^ au contraire, entreprend de le défendre contre le « parti Tronchin », dont les menées ambitieuses ont semé la discorde. Les Lettres populaires oàloncxamine la Réponse aux Lettres écrites de la campagne parurent enfin, en quatre parties, les 13 et 22 mars, 4 et 18 avril, complétées entre temps par une Suite^ publiée le 13 avriP. On n'est pas fixé sur la paternité de cet ouvrage, oii les Négatifs mirent tout haïr effort. Quelques-uns l'attribuent à Jean-Robert Tronchin : ni dans le fond ni dans la forme, on n'y reconnaît les qualités de cet homme émincnt. S'il y mit la main, il fut plus gêné que servi par des collaborateurs doctes et minutieux, pédants, dépourvus de talent et d'éloquence, qui furent, dit-on, l'ancien

1. A liernc, 12 mars nôo, 6 p. — N" 814 de la Bihliog. Rivoiie.

2. En mars 1765, se débite à Caroiige A la même enseigne que les Lettres de la Campagne, 13 p. — BiLliotli. de Genève, G. cf. 315, vol. 102.

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