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l'état lie la patrie^ », il présente à ses concitoyens des rétlexions générales qu'il les invite à méditer. Ces rétlexions sont celles de bons conservateurs, persuadés que les institutions peuvent et doivent rester immobiles, et dont la fonction sociale est de les maintenir telles aussi longtemps que possible. Tout changement en soi les épouvante, à cause des conséquences impossibles à prévoir qu'il comporte. Ils ne s'aperçoivent pas que cet appareil légal, dont ils ont la garde, se modifie même entre leurs mains. Les Représentants, en effet, se réclament des mômes principes et professent — peutêtre avec moins de bonne foi — les mêmes sentiments : les uns et les autres affirment, répètent, établissent que la Constitution est intangible, que le crime ou l'erreur des adversaires est de vouloir la modifier. Les uns et les autres ont raison : dans le développement d'un Etat, l'heure arrive où la nécessité d'interpréter les lois et de les adapter à des circonstances qu'elles n'avaient pas prévues, les transforme ; et la lenteur que leur évolution met à suivre l'évolution plus rapide des mœurs est une cause permanente de troubles, de plaintes, d'injustices, de colères, de révoltes. Depuis trente ans, les forces gouvernementales, ou aristocratiques, tendaient à resserre?' ce Règlement de 1738 qui en était l'arche sainte, tandis que les forces de l'opposition démocratique tendaient à Vélargir. Ce conflit aurait pu se poursuivre longtemps, sans éclat ni violence, dans une ère de paix civile ; mais un
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incident — une l'aiiie habilement exploitée — l'avait exaspéré: les haines latentes s'étaient irritées, In guerre avait éclaté, nul accommodement ne pouvait plus réconcilier les deux partis, leur lutt(> (hwait aboutir à la défaite de Tun ou de l'autre.
Beaucoup commençaient à comprendre le sens menaçant des événements. Les vieillards surtout, étonnés d'un tel déchaînement de passions, voyaient avecune mélancolie inquiète les jeunes gens ralliei' violemment l'opposition : « La jeunesse entre autres est intraitable, écrit le conseiller J.-L. Dupan aux Freudenreich'. Rousseau est leur Dieu; on m'a dit que le fils d'un de ces Représentants disait l'autre jour au collège : Je suis bien fâché que M. R. aitfaitunsi gros livre. — Et pourquoi? — C'est que mon père veut me le faire apprendre par cœur. » Dupan commente l'anecdote en ajoutant: «S'ils pouvaient une fois se guérir de cette fièvre ardente dont ils sont agités, ils devraient être bien honteux d'avoir fait tant de bruit pour rien. S'ils étaient raisonnables, ne devraient-ils pas se trouver heureux d'avoir des magistrats tels qu'ils en ont... Un de nos amis faisait cette réflexion Tautrejour à deux citoyens. Ils convinrent qu'il serait difficile de trouver un corps de magistrats à qui l'on eût moins de reproches à faire dans l'espace de trente ans, et l'un d'eux ajouta qu'il voudrait que Rousseau fût puni bien sévèrement. Notre ami lui dit : << Oseriez-vous répéter ce que vous venez dédire devant Furet ou Vieusseux?.. . — Oh ! non... — Voilà donc ceux qui sont vos vé-