‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 181 sur 200 · juillet 1765. Copie de lettres, biblioth. de Genève · texte numérisé non relu

juillet 1765. Copie de lettres, biblioth. de Genève

2. Vers la môme époque, Jean Cramer, plus clairvoyant à Thabitude, tombait dans des illusions plus profondes. 11 écrivait à Bonstetten :

« Si les temps de crise par lesquels nous avons passé ont été

poLÉMiouEs \n: oeni^ve. — Tiiounr.Es de motiers 323

L(»s l'jiros lettres de lloiisseaii à ses amis (1(^ (ieiiève pendant cette période soulignent seulement sa décision bien arrêtée de rester en dehors de leurs agitations K Elles ne sont guère adressées qu'à ce d'Yvernois qu'il a si fort maltraité dans les Co?ifessions et auquel, en ce moment, il prodigue au contraire les expressions aiïectueuses : comme s'il n'eût pas eu d'ami plus cher que cet homme dont la médiocrité d'esprit lui était cependant insupportable ! C'est qu'il se débat dans des difficultés plus immédiates, qui ne sont qu'un contre-coup de ces affaires de Genève dont il ne veut plus entendre parler, qui le menacent dans sa tranquillité, puis

des tems cramertume, nos consciences nous ont cependant donné constamment la consolation de sentir que nous travaillions pour le maintien de la Constitution, telle qu'elle est évidemment établie, et dès lors nous avons eu un grand sujet de joye par l'approbation que nous avons reçue de nos bons et chers alliés. Nous commencions à trouver que M. le duc do Praslin tardait un peu à répondre à notre lettre du mois d'avril, du même jour que nous récrivîmes à LL. EE., mais nous avons eu la satisfaction de recevoir cette réponse samedi dernier. Il y marque qu'il a voulu attendre d'apprendre que la tranquillité fût parfaitement atfermie dans nôtre République et qu'il apprend avec plaisir que cette agréabb; époque est arrivée. La teneur et le contextus de cette lettre venant après la réponse que le Conseil a fait aux Représentations des citoyens et bourgeois, fait entendre assez nettement que le Conseil a maintenu la Constitution, que l'afTermissement de notre Constitution et de la tranquillité fait notre bonheur, qu'il prend, pour ainsi dire, sous sa garantie. Nous lûmes hier cette lettre à notre Conseil des Deux-Cents, et je pense que la notice qui s'en répandra dans la ville contribuera beaucoup à éloigner le retour des dissensions. »(Le 11 juin 1765, mss. delà Société d'Histoire <\o Genève.) 1. Corresp.,éà. Hachette, DCLXXIV, DCXCllI.

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dans sa sécurité, et l'obligent enfin à quitter sa retraite ' .

L'origine de ces persécutions paraît remonter à l'intervention du pasteur Jean Sarasin, dit le Jeune, puis à partir de la mort de son homonyme, l'Aîné-. Ce personnage, qui se trouvait en relations avec M. de Montmollin, avait essayé, dès 1762, de pousser le pasteur de Motiers à obtenir de Jean-Jacques des déclarations précises en matière de religion : il n'avait alors pas abouti, et s'était tu pendant deux ans. Aussitôt après la publication des Lettirs; (''crites de la montagne^ nous le voyons revenir à la charge, doucereux, insinuant, tenace*^. Il se

1. Pour le récit des troubles de Motiers, voir le Becueil des pièces relatives à la persécution suscitée à Mo tiers-Travers contre M. J.-J. Rousseau (432 p. in-16, 1765), qui comprend la Première Lettre à M... relative à M. J.-J. Rousseau, connue sous le nom de I^etlre de Goa et dont Fauteur est Du Peyrou; la Réfutation qu'en fit le pasteur de Montmollin; la Seconde Lettre à Mylord comte de Wemyss, qui est la réplique de Dupeyrou ; et les pièces officielles, arrêts du Conseil d'Etat de Neuchâtel, rescrits du roi de Prusse, etc.

— Les deux ouvrages pittoresques et documentés de Fritz Berthoud : J.-J. Rousseau au Val-de-Travers (in-18, Paris, 1881) et J.-J. Rousseau et le Pasteur de Montmollin (in-18, Fleurier, 1884).

— Les Documents sur J.-J. Rousseau, recueillis dans les archives de Berlin et publiés par Janscn (Genève, in-8", 1885, Extrait du lome XXII des Mémoires de la Société (F histoire de Genève). — Létude sur Jean-Jacques Rousseau à Mofios. du D"" (juillaume, dans le Musée neuchdtelois de septembre 1865.

•2. 1703-1778. — Pasteur à Jussy en 1731, à Onex en 1735. à Genève en 1736. Il avait fait sa thèse à vingt et un ans : Disputotin apologetica pro veritate religlonis c/iristia/i((e adversus incredulnrum difficultates. — Voir H. Heyer, Catalogue des thèses de théologie soutenues à Genève, in-8'', Genève, 1898, n" 322 eipassim. Les registres de la vénérable Compagnie le proclament, au lendemain de sa mort (22 février) : « Bon parent, ami fidèle, excellent prédicateur, pasteur plein de zèle et de charité.» (Gouimunication de M. E. RiUer.)

3. Ces lettres ont été publiées par F. Berthoud. J.-J. Rousseau et le Pasteur de Montmollin.

POLÉMIQUES Di: (lENFsVK. — TROUBLES DK MOTFKHS 32fj

phiiiit à son c'ollèj^^iie des all(i([iM's de lîuiisscan coiilrt» les (lo^mos, de ses '< invectives » conti'e les miiiislres et les uiaiiislrals de (icnôve, du Iroubh.' (ju'il sème dans les esprits '. Tout cela, sans aucun doute, non pour le plaisir de soutenir une discussion epistolaire, mais avec rarrière-pcnsce de pousser à quelques action contre l'adversaire. Il faut croire que Montniolliji l'entendit à demi-mot: le fait est que, dès le 18 février, la Compagnie des pasteurs de NeuchcVtel adresse au Conseil (T'Klat une « Heprésentatiou » où elle demande à l'autorité civile d'interdire Emile. Pour justifier cette demande assez singulière, puisqu/il s'agit d'un livre publié depuis longtemps et qui a fait son chemin dans le monde, elle ajoute : ((...Cette Compagnie pourrait-elle garder le silence dans les circonstances présentes, aujourd'hui que cet auteur continue à mettre au jour et à répandre des ouvrages incomparablement plus pernicieux, aujourd'hui qu'il lève le masque, et qu'il ne se fait plus aucune peine de saper ouvertement les fondements de notre sainte religion, aujourd'hui que ses ouvrages sont méritoirements proscrits dans tous les Etats voisins, mais surtout aujourd'hui que nous sommes justement alarmés par l'appréhension que ces ouvrages ne soient réimprimés dans le

1. « ... Le livre de M. Rousseau fail iiémir, non seuleiuenl parce qu'il allaque les l'ondenients de la religion, mais encore parce qu'il lend à répandre et à forlilier la discorde dans notre Etat, en excitant nos compatriotes à faire leurs etlorls pour changer la nature de notre Gouvernement. Depuis près de trente ans nous jouissions de la plus douce tranquillité, nous (étions heureux à tous égards et nous vttyons cette tranquillité altérée par la rcrmentation (jue M. Rousseau excite toujours [dus... » (Berthoud, p. lU.)

pays*. » Voilà qui est clair : on veut frapper, à travers Emile ^ les Lettres de la montagne, trop exclusivement consacrées aux affaires genevoises pour qu'on puisse raisonnablement les attaquer à Neuchàtel, et emptîclier ainsi la publication des œuvres de Rousseau dont le libraire Fauche avait conçu l'idée. Aussitôt en possession de la Représentation des pasteurs, le Conseil d'Etat la discute, et décide, dans sa séance du 18, de la transmettre au roi, (( avec les raisons pour et contre, qui doivent engager Sa Majesté à proscrire et défendre lesdits ouvrages dans ce pays^ ». Les raisons pour Tinterdiction sont exposées dans une lettre du 4 mars, approuvée par la majorité du Conseil : on craint surtout que ces écrits ne jettent le trouble dans une contrée « oii le laboureur, qui semble n'être né que pour les ouvrages grossiers delà campagne, est naturellement spéculatif et occupe son loisir à la lecture de toutes sortes de livres^ ». Les raisons contre sont développées dans une « Déclaration » de la minorité du Conseil d'Etat, c'est-à-dire des trois amis personnels qu'y comptait Rousseau : Meuron, C.-G. d'Yvernois et Pury. Elles sont surtout d'ordre économique : la réimpression des œuvres de Jean-Jacques devant être une entreprise fructueuse, il serait fâcheux d'abandonner « ce bénélice à des étrangers au préjudice des sujets de l'État^ »

1. Jansen, Dociunents, p. 31. — Cf. Eerllioud, J.-J. lioui<}ieau au VaL-de-T l'avers., passim.

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