Galerie de Bessinges et Bibliothèque de Genève
28 L AFFAIRE J.-J. KOUSSEAU
même le magniliqiie pastel de Liotard, où il paraît un peu alourdi, même le buste de Houdon, qui le représente dans sa vieillesse, soulignent la régularité harmonieuse des traits, la douceur sérieuse de l'expression, une bonhomie qui n'exclut ni la linesse ni la dignité. Cette figure est unique dans la galerie des portraits des Genevois de ce tempslà, qui ont pour la plupart un air rogue et maussade, ou pour le moins empesé. Son aspect amène, volontiers souriant, n'empêchait point Théodore Tronchin d'être un homme fort sérieux, non seulement dans la pratique de son art, mais dans celle de la vie. Ses lettres à son fils en fontfoi : elles nous montrent un (( honnête homme », dans le sens riche et complexe que ce terme comportait alors. Pourvu d'un idéal de conduite à la fois très strict et très bienveillant, il s'eflorce d'en développer la beauté avec une véritable grâce de pensée et de style'. La fréquentation des philosophes n'a point altéré sa foi religieuse : il aime à se montrer croyant; cet ami de Voltaire recommande à son fils d'éviter avec soin la fréquentation des impies.
Les relations de Rousseau et du D*" Tronchin remontent à l'année 1755. Le 20 octobre de celte année-là, en effet, Jacques-François De Luc propose à Jean-Jacques, qui se plaint toujours de sa santé, de l'aboucher avec le fameux médecin"'.