‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 22 sur 200 · Le 12 septembre, Co?'re.<?p., éd. Garnier · texte numérisé non relu

Le 12 septembre, Co?'re.<?p., éd. Garnier

30 L AFFAIRE .l.-J. KOUSSEAU

à Ti'uiicliiii, ayant rempli sa mission, et constaté que Voltaire est peu satisfait de l'épître, — combien plus puissante ai poétique que les deux poèmes qui en font l'objet 1 — il garde quelque temps un prudent silence. C'est seulement le 1'"' novembre qu'il se résout à rendre compte de son ambassade* : il le fait sans ménager Voltaire, dont il souligne durement les défauts d'amour-propre. Rousseau n'était point encore gâté par le succès et les ilatteries, comme celui dont il allait devenir le glorieux rival; de plus, il avait une certaine candeur dont il conserva toujours quelques traits, même à travers les accès les plus noirs de sa manie de persécution : il n'avait vu dans la réponse de Voltaire que les compliments qui la terminaient, sans deviner, sous les vaines formules, l'impertinence et le dédain. Il assure donc à Tronchin, ingénument, qu'il en a été fort satisfait.

Une telle attitude ne pouvait que fortifier la sympathie de Tronchin : dans son désir d'être utile à un grand homme si modestement naïf, il eut à ce moment-là l'idée de faire nommer Rousseau bibliothécaire de la ville ; si ce projet n'aboutit pas. ce fut parce que Jean-Jacques, qui n'avait aucune envie de rentrer à Genève, ne voulut pas s'y prêter 2. Là-dessus, parait la Lettre à dWlembert. Elle inquiète Voltaire, ses amis, les mondains dont son rigorisme menace les plaisirs. Le D' Tronchin,

1. Sa lettre est publiée dans Amis et Ennemis, 1. p. 3-22-324.

2. Il explique les motifs de son refus dans une lettre du 21 février 1737, qui se trouve dans le Recueil Adert, et doit paraître dans les Annales de la Société rousseauiste de Genève.

nOUSSEAU E.T LKS GENEVOIS 'M

au coiilraire, ({ui coniiaiss.iil mieux qu(3 personin* los îunes cl les coi'ps (le ces gens-là, y applaudit de tout sou cdHir, en tractant des mœurs du jour le plus triste tableau, dans une lettre à la(juelle llousseau répond longuement, à peu près sur le même ton^ Dès lors, la correspondance des deux hommes présente des lacunes qui ne permettent pas de reconstituer exactement l'histoire de leurs relations. Une lettre de Tronchin- répond à une demande de consultation pour un cas singulier. Deux autres- ^, dont on peut rapprocher une réponse de Rousseau datée du 30 mai 1759^, montrent qu'à ce moment déjà leurs positions respectives ne sont plus les mêmes. Tronchin, qui précédemment opposait à l'enthousiasme de Rousseau pour ses compatriotes une critique acerbe de leurs mœurs dégénérées, se trouve amené à prendre à son tour leur défense^, et repousse des allégations qui ne nous sont pas

1. La lettre de Tronchin, datée de 1738, a été publiée par Streckeisen-Moultou, Ajnis et Ennemis, p. 325-326 ; « ... Oh! que vous changeriez de ton si vous voyiez tout ce que je vols, et si de sages pasteurs vous disaient, comme ils me le disent tous les jours, que les mœurs de notre peuple dépérissent à vue d'oeil. Genève ne ressemble pas plus à Sparte que les gantelets d'un athlète ne resseuiblent aux gants blancs d'une lille de l'Opéra... » — La réponse de Housseau se trouve dans la Correspondance, éd. Hachette, CXGIV.

2. Amis et Ennemis, l, p. 327-338. — M. Henri Tronchin a publié, dans le premier volume des Annales de la Société J.-J. Housseau. ime étude sur « Housseau et le D' Tronchin », qui est extraite du volume qu'il prépare sur le D' Tronchin. Elle complète, d'une laçon fort intéressante, l'histoire des relations de ces deux hommes ; mais elle ne comble pas cette regrettable lacune.

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