Archives da château de Monnaz
2. « Son dernier ouvrage, fait pour ses concitoyens contre M. d'Alembert et contre une comédie permanente à Genève, est rempli de radotage. Je ne vous en dirai qu'un trait : il ne veut pas que les homiues vivent en société avec les femmes, qu'il paraît mépriser ; il ne loue que celles qui s'occupent uniquement de leurs enfants et de leur ménage ; il leur permet cependant de se voir entre elles et de médire de leurs maris et de leurs voisins ; il veut que les hommes aient des coteries séparées, quoiqu'ils y jouent, fument, boivent et s'enivrent : il fait l'éloge de livrognerie et dit qu'elle est presque estimée en Suisse. Enfin, pour ramener les jeunes gens à la simplicité des mœurs anciennes, il propose que nos magistrats établissent des bals périodiques, où tous les jeunes gens (le run el tic l'autre sexe dansent en présence de leurs parents et de quelques luagistrats. et qu'au bout do lan ou couronne la tille qui aura dansé de meilleure grâce pendant le courant de l'année; ne trouvez-vous pas que c'est un excellent moyen pour accoutumer les filles aux atlaires du ménage? 11 n'a pas osé proposer que les filles se présentassent nues dans ces bals, comme elles faisaient à Sparte ; il s'est contenté de dire qu'il y avait peut-être plus de modestie dans la nudité des Lacédémonienues que dans les habillements d'aujourd'hui. » (Archives du château de Monnaz. Lettre du l") novembre 17oS.)
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|>ar loul ce qu'il en ji entendu dire, — il eoni[)rend un |)eu mieux, reconnuit (ju'il y a dansée petit livi'e « beaucoup de bonnes clios(»s », en rcgi'ettant toutefois que l'auteur « ait mêlé cet écrit de tant de puérilités, d'inventions et de contradictions^ ». \'ln somme, il observe avec curiosité cet être bizarre, dont les idées diffèrent de toutes celles qu'il connaît. Il en ap[)rocbe avec méfiance, comme d'un animal dont on ignore les mœurs, qui peut mordre ou griller. Cependant on mène grand bruit autour du monstre, des gens d'esprit affirment qu'il écrit bien ou qu'il estcélèbre à Paris : Dupan se résigne alors à lui concéder une attention qui devient moins dédaigneuse, en restant condescendante. Il le relit, se surprend à l'approuver par moment, s'en étonne, redoute quelque guet-apens. — Ce sentiment devait bien être celui ([ue Rousseau inspirait à la classe dirigeante : n'est-il pas d'ailleurs le seul que des gens du monde puissent éprouver en présence d 'œuvres fortes, destinées à remuer profondément la société dont ils sont les privilégiés? Assez cultivés pour pressentir qu'elles ont un sens, ils sont trop embourbés dans leur routine et leurs préjugés pour le pénétrer. Ils demeurent donc perplexes, incertains, effarés, devant le verbe qui vole comme le venl et porte la tempête.