Le Salon de M'"" Xecd,er, I, p. GG et suiv
i. Je trouve dans les archives du chiiteau de Coppet la copie dune lettre sans date, écrite par M"" Curchod à Léonard Usteri, d'où j'extrais les lignes suivantes, cpii paraissent indicjuer qu'il y eut quelfiue fr(dsseinenl entre cette reumniiu^ble personne et Jean- Jacques :
« ... Quand je vous priai de parler de moi à R..., c'était par lettres: celles qu'il écrivait à M. Moultou me faisaient imaginer
38 L AFFAIRE .l.-.T. BOESSEAU
M"'' Curchod était une nature parfaitement équilibrée et harmonieuse, qu'un admirable bon sens préservait des excès. Voici une de ses amies, qu'elle tenait en haute estime, et qui nous oflVe un bel exemple de ce qu'on pourrait appeler le délire roitsseaui^te : une jeune femme, déjà veuve, M°" Marchinville^ Celle-ci ne garde aucune mesure. La lecture de rHéioïse la plonge dans un tel enthousiasme, qu'elle éprouve le besoin d'écrire à Rousseau, après la condamnation, pour lui exprimer les sentiments tumultueux que ce roman a soulevés
qu'il m'aimait un peu, et me faisaient désirer d'obtenir davantage; s'il était une fois mon ami, il n'empoisonnerait pas les motifs qui me guident; la délicatesse ne lui semblerait i)as vanilé ; le désintéressement, la constance et la franchise ne seraient pas traités d'esprit romanesque et de manque de sens commun; mais pour vous, MM. Moultou et Usteri, vous imaginez que toutes les qualités qui peuvent nuire h vos amis sont des défauts réels qu'il faut extirper; et quelquefois il vous arrive d'aimer si fort l'homme vertueux qu'il semble que c'est lui qui est l'essence de la vertu. />
— D'autre part, on peut lire dans les Mélanges et dans les Nouveaux Mélanges (5 vol., Paris, 1798 et 1801) que Necker tira des papiers de sa femme, maint passage où l'admiration est tempérée par la sévérité. C'est ainsi que la Nouvelle Hélo'ise est appelée «un édifice de vertu établi sur les fondements du vice » (lll, p. 105) : que le style d'Emile est critiqué avec une minutie un peu ombrageuse (11, p. 203 et suiv.), et qu'en somme on lui préfère celui de Thomas a, p. 300, 307).
1. Charlotte-Antoinette de Hoches (1739 environ-nOl). Fille du ])asteur François de Roches, pi'ofesseur de théologie et auteur d"un ouvrage contre Marie Iluber; veuve de Luc-Morin Marchinville. elle épousa en 1772 Salomon Reybaz, qui devint un des collaborateurs de Mirabeau et fut représentant diplomatique de Genève à Paris de 1794-1797. — M"» Curchod lui écrivait, vers cette époque : « ... Depuis que j'ai l'honneur de vous connaître, je commence à prendre une admiration pour l'esprit de mon sexe dont je n'étais pas encore bien pénétrée. >> (Bibliothèque de Genève, mss. Reybaz.)
— Voir J.-A. Galiffe, Notices (jcnéalogiques sur les familles genevoises, III, p. 185. — Edmond Rarde, in don genevois à l' Assemblée nalionale en 1789 (brocb. in-8", 16 pages, Lausanne, 1904). M. Edmond Barde m'a obligeamment communiqué ses notes sur cette intéressante personne.
dans son co'ur. Celte lettre, il csl vrai, lui inhiceptée au passage^ : elle n'en constitue pai' moins un tlocnment des pins curieux snr l'état d'esprit que nous lâchons d'analyser. M"" Mandiinville regrette que les ouvrages de Rousseau se vendent comme les autres, au l'isque de tomber entre des mains indignes, plutôt que d'être conservés dans un lieu saint, dont l'accès serait réservé à des initiés. « Avec un mot, vous pénétrez l'âme, lui dit-elle. Vous n'expliquez rien, l'on croit avoir tout deviné, et vous avez tout dit au cœur. On s applaudit d'avoir saisi votre idée et c'est vous qui la rendez pénétrante. M. de Voltaire a dit que votre encre brûlait le papier, comment n'a-t-il pas ajouté que ce papier brûlait le cœur, c'est apparemment sa vieillesse qui met le sien à l'abri ou aurait-il senti que votre feu n'est pas de la nature du sien qui pétille mais ne brûle pas? )) Elle avoue qu'ayant réussi à se procurer un portrait de Rousseau, elle passe son temps à le copier et le recopier; et que toutes ses actions sont soumises « à l'idée de l'approbation ou du blâme » qu'elle pense qu'elles mériteraient de son guide et de son idole''.
Une autre admiratrice, M"'^ Julie de Rondeli, a plus de finesse, de mesure, de retenue \ C'est une