Communication de M. Edmond Barde
2. Cette lettre, qui ne parvint jamais à son adresse, a été conservée dans les papiers de Rcybaz (biblioth. de Genève), admirateur aussi passionné de Jean-Jacques que celle qu'il devait épouser.
3. V. Rossel, Hlsloire littéraire, II, p. 125-26 ; — Schadelin, Julie von Bondeli, in-8°, Berne, 1838; — et surtout Bodemann. Julie von Bondeli und i/ir Freundenhreis, in-8°. Uannover. 1874.
Bernoise, mais qui, comme son amie et rivale en bel esprit M'" Gurchod, est en rapports constants avec la société genevoise. Très lettrée, imprégnée de philosophie, elle écrit le français avec un accent tudesqiie qui n'exclut pas une certaine grâce, lit couramment l'anglais qu'elle recommande à M"^ Gurchod d'apprendre pour pouvoir lire Tristram Shandi/^ prépare même un ouvrage sur u l'Esprit d'observation ». Sans beauté, souvent souffrante, un peu hypocondriaque, assez curieuse des choses occultes, elle raisonne volontiers ses sentiments, et les surveille. Une de ses amies, M"" de Brenles, la définissait en disant : « Elle a plus de génie que d'esprit, droite, vraie, excellente amie, elle a beauboup d'âme et cet enthousiasme dans le cœur ou dans la tête qui en est la suite ^ »
Ses lettres, abondantes en traits pris sur le vif, notés avec finesse, nous montrent une « intellectuelle » de cœur délicat, de goût sûr, qui se méfie de son esprit et redoute par-dessus tout de passer pour un u bas bleu ». Elle fut de celles qui admirèrent Rousseau avec le plus d'intelligence, sans tomber dans un de ces enthousiasmes à la Moultou, où il y a toujours une nuance de ridicule. Elle désira le connaître, et lui écrivit, comme tout le monde, mais avec tact"; sa curiosité ne la poussa à aucune
1. Sans date, à M™' Necker ; archives du château de Coppet. — M"" Clavel de Brenles (173 l-l.^). femme d'un éminent jurisconsulte vaudois étnit eu relations épistolaires avec nombre de personnalités marquantes de ce temps là — Voir Golo^kin, l.e tires diverses recueillies en Suisse, 2 vol. in-8".
2. « .. Je vous estime sans doute, mais je vous aime tout autant, jamais vous ne fûtes pour moi un auteur et un étrauiîer, vous étiez plutôt un ami dont les idées développaient ou rencon-
(Jémarclio inconsidérée : elle ne (il poui* le rencontrer nulle concession à ce qu'elle croyait devoir à son sexe, et conserva toujours vis-à-vis de lui unc^ dignité, une discrétion parfaites. D'ailleurs, elle le lit, le relit, s'imprègne de sa pensée. Comme elle admire avec passion la Nouvelle Hèloise, elle le dit à M"' Curcliod, et si bien, dans deux lettres si ?xdléchies à la fois et si éloquentes, que son amie ne résiste pas à la tentation de les communiquer dans son cercle ^ Transmises de main en main, elles parviennent à lîousseau, par l'intermédiaire du Zuricois J.-J. Hess-, qui reçoit du grand homme les remerciements les plus llatteurs. Aussitôt il est question de les imprimer. Mais Tauteur proleste :
traient les miennes, je ne vous lisais pas, je conversais avec vous, j'écoutais et je répondais. Vous me faisiez comprendre ce ([ui est du ressort des vues de Tesprit, vous me faisiez sentir ce (|ui n'est plus dans le domaine des idées, vous me donniez un ton dominant, et ce ton était celui de la vérité et de la bonté. 0 bon Rousseau, pourquoi ne vous aimerais-je pas? et pourquoi vous donnerais-jeun encens coumnm lorsque je puis vous dire que vous m'êtes cher?... »(Kœnitz, 14 août 1763. — .Alss. de Neuchàtel.)