‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 29 sur 200 · Bodemann, p · texte numérisé non relu

Bodemann, p

2. Johann-Jakob Hess (1741-1828), auteur cVune Histoire des trois dei'nières années de la vie de Jésvs, etc. (Meyer, Conversations Lexikon). Rousseau lui écrit :

« ... J'ai lu avec reconnaissance et je puis dire avec surprise les lettres de M"° de Bondeli dont vous m'avez envoyé copie et que M. Usteri m'a aussi envoyées avec la dissertation « sur le sens moral ». Je dis « avec surpi-ise », parce qu'elles réunissent ce qui se trouve rarement où que ce soit, et ce riuc je n'aurais point cherché à Bei'ue : la solidité et le coloris, la justesse et l'agrément, la raison d'un homme et l'esprit d'une femme, la plume de Voltaire et la tète de Leibnitz ; elle réfute mes censeurs en philosophe et les l'aille en petite maîtresse ; sa critique est aussi raisonnée que ses bons mots sont saillants. La manière dont elle défend Iléloïse m'en fait presque aimer les défauts, et, sur le seul qu'elle ait relevé, je suis bien heureux qu'elle ait bien voulu n'en (pas) trouver dautres... » (Pub, par Ed. Bodemann, Julie roii Hondeli, p. 93-94.)

elle ci'aint crallVontcr le public; elle écrit pour son plaisir; elle n'a aucune envie de répandre ses lettres; elle les redemande à M"' Curchod'. C'est toute une affaire dans le petit groupe, c'est une agitation qui se transmet de Kœnitz à Genève, à Zurich, à Motiers, et suscite des correspondances infinies-.

1. « ... Je vais, ma chère amie, vous demander ime chose singulière, ce sont mes deux dernières lettres, si vous les avez encore. Je m'étais solennellement engagée à répondre à une lettre contre Héloise, adressée à une de mes connaissances. On me remit la lettre en question; échauffée de son contenu et de la conversation à laquelle cela donna lieu, je vous écrivis ma dernière, et crus hien ])ieusement avoir satisfait à mes engagements, parce que je m'étais débarrassée d'une réplélion d'idées que cet engagement m'avait causée ; l'absence de la personne qui m'avait chargée de répondre acheva de me le faire oublier : à son retour, j'ai cru me tirer d'affaire en disant comment cela s'était passé, on veut même douter que je vous aie écrit sur ce sujet, et, pour me justifier au moins en partie, il ne me reste d'autre ressource que de recourir à vous. » (2 juillet 1761 ; arch. du château de Coppet.)

2. Le bruit que fait cette lettre se prolonge longuement. A la fin de l'année suivante, N. A. Kirchberger, bailli de Gottstalt près Bienne, ayant vu Rousseau à iMotiers, rend compte à M"° de Bondeli de la partie de leur entretien qui la concerne. Rousseau lui parle d'elle, lui fait lire la fameuse lettre, lui fait boire du vin (l'Espagne, à la santé delNI"'^ de Bondeli (Voir cette lettre. du 22 novembre 1762, dans Bodemann, p. 244-45). Celle-ci fut prise de nouveau lie la crainte de se voir imprimée. Car nous lisons dans une lettre de Rousseau à L. Usteri : « ... Je ne «îonçois pas comment M. Kilchberger a pu dénaturer la commission dont je l'avais chargé, au point d'en faire pour W^" Bondeli un sujet d'alarmes. Je dis à ce monsieur qu'on me pressoit de faire imprimer les multitudes de lettres, pour et contre, que j'avois reçues sur la Sovvelle lléloise, et j'ajoutai que si jamais je prenois ce parti je me fcrois honneur d'y joindre celles de M"" Bondeli, si elle m'en accordoit la permission, que je le priois de lui demander. Je le priai de l'assurer en même temps (pie quoique ce ne fût pas à moi que ces lettres eussent été écrites, et (que) je ne les eusse pas reçues de l'auteur, je la respectois trop pour en faire aucun usage sans son agrément. » [Ihiefwechsel J.-J. Rousseau's mit L. Vsieri in Zurich und D. Roguin in. Yvenlon^ von P. Usteri, Liflerarisc/ie Beilage :.um Programm der Kantonschule in Zurich, 1866, p. 17.) — Il n'en fallait pas moins pour rassurer In modestie, un peu agitée, (le M"«de Bondeli.

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Los extraits (juc nous |)oss(';(Jons ' do ces deux lollros lômoi^nont en etlol «rmic compréiicnsion très penétranle et (l'une sensil)ililé (!éiicat(î et gracieuse. M"" de lîondeli restera tidèle à sou admiration; sa vaste correspondance suivra au jour le jour la prochaine polénii(jue avec une sympalfiie (jui lut parfois efficace.

C'est surtout dans la classe bourgeoise que Rousseau devait recruter ses plus zélés partisans. Il en était lui-même. Il en conserva toujours les traits les plus saillants, à travers les aventures de sa vie si tumultueuse : Tcsprit d'ordre, le souci du lendemain, une certaine àpreté dans la possession, le mépris du luxe inutile, un civisme ombrageux. Son grand-père, David Rousseau, avait perdu ses fonctions de dizenier en raison de ses sympathies pour les révolutionnaires de 1707'^. Ses oncles avaient été admonestés pour avoir tenu des propos qui avaient déplu au gouvernement '. Son père, dans sa retraite de Nyon, avait conservé des relations damitié avec un des chefs du mouvement de 1734- 1738, Isaac-Ami Marcel de Mézières, qu'il pouvait voir quelquefois, puisque Marcel possédait à Coppet une maison oii il reçut plus lard, en 1754, la visite de Jean-Jacques*.

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