‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 30 sur 200 · Bodeinann, p. 142 etsuiv · texte numérisé non relu

Bodeinann, p. 142 etsuiv

2. Hitter, la Famille et la Jeunesse de J.-J. Rousseau, p. 73, :î. 1(1., Ib'ul.

i. 1(1., p. 19u. — Sur Mai-cet, voir Senebier, Ilist. lill., 111, p. 24". — M. Eugène Rilter a bien voulu me communiquer les documents (inil a recueillis sur ce porsonnai^e.

Marcel est un bourgeois libéral, éclairé, modéré, qui veut que le monde marche, mais sans hâte ni secousse. Considéré et populaire, il jouit d'une honnête aisance, et d'une influence dont il use volontiers pour obliger son prochain. Il est en bonnes relations avec des hommes de tous les partis. Ecrivain assez abondant, il a publié de nombreux articles dans le Journal helvétiqve et dans le Mercure (le France, et fait représenter, en 1758, une comédie satirique, Diogène ci Caronge, qui n'a pas eu grand succès. Senebier nous affirme qu'il « lisoit avec plaisir les bons ouvrages » : ce serait peutêtre son meilleur titre de gloire, s'il ne fallait lui tenir compte de la justesse d'esprit, de la mesure, du bon sens qu'il conserva dans les troubles auxquels il avait été mêlé, avec son ami De Luc dont il réussit à contenir Tardeur'.

Cet honnête homme, très fier des succès que

1. Un court Dinlof/ue, posh'ricur aux événements qui foni l'objet (le ce récit, inai-qiie à merveille la ditrérence de son rôle et de celui de De Luc : Tancicn syndic Cramer, qui est sensé s'entretenir avec lui, loue les services qu'il rendit en 1738 par son altitude « pacifique » :

« f^n 1764, ... votre collègue De Luc poi'ta une représentation très indécente, qui fut suivie de plusieurs autres, et mit fin à la prospérité de l'Etat, peut-être pour toujours. »

Marcet répond alors :

« Ah ! Monsieur, j'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour contenir son esprit d'in((uiétude. Au lieu de bénir le jour heureux qui devait fixer pour toujours noti'e tranquillité, il le regardait comme un lléau. La Médiation avait selon lui enlevé l'indépendance de l'Etat. De fait, tous les avantages qui en résultaient ne balançaient pas la perte qu'il faisait en cessant de pouvoir haranguer ses concitoyens sur les dangers que courait leur liberté. » {Dialogue entre M. Marcet, ancien député de la Boiir- (leoisie, en 1788, et M. Cramer^ ancien syndic. 22 p.. 1779. — Bibl. Jtivoire, 1784.)

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rcmporlail le (ils de son ancien ami, devait èlv(\ parmi les premiers à le soutenir. 11 lui prodigua même ses conseils, ([ui ne lurent point écoutés.

De même âge à [)eu près (ju(î Marcet, l'horloger Jacques-Frangois De Luc' est un esprit heaucouj) plus systématique, intransigeant, tenace, sectaire : épreuve avant la lettre des démagogues anticléricaux. H a l'àmc (Tun agitateur, la passion d'un tribun, et conserve, de la révolution manquée dont il a été Tun des chefs, l'amertume d'une partie à recommencer. Très pieux, très honnête, très solennel, il est Tauteur d'un ouvrage sur les Savan.ls incrédules^ qu'il a ofVert à Voltaire et à Rousseau; les deux ennemis se sont trouvés d'accord pour en sourire chacun dans son coin, — avec prudence, toutefois, car De Luc est de ces gens qu'on ménage, parce qu'à défaut de qualités plus aimables, ils ont du caractère. Quand on se moque de lui, il ne s'en apercjoit pas toujours ; mais, s'il s'en aperçoit, il ne pardonne pas. 11 est compassé, articulé, prédicant, (< vertueux », selon le mot à la mode, romain, Spartiate, insupportable. Voyez-le tel que Ta peint Gardelle -, dans son habit marron, — correct, pesant, propret, soigné, épais, bougon. S'il n'était pas rasé, il nous paraîtrait un ancêtre authentique de ceux qu'on a appelés plus tard les « vieilles barbes » : il en a les sottes certitudes, les partis pris indéra-

\. 1698-1"!80. — Voir Sonebier, Hlst. lift., III, p. 88.— Sayous, XVIll" siècle, I, p. 443 et suiv. — Desnoireslerres, Voltaire et Genève, 2* édit., p. 12o-126, etc.

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