Bibliothèque de Genève
cinables, les opinions aveugles, le robuste entêtement. Avec ses deux fils, qui lui emboîtent le pas, et dont l'un devait poursuivre ses traditions, il est un vrai «père des Gracques». D'ailleurs babile, sachant parler aux masses et les mettre en mouvemet, excellent tacticien dans la lutte politique, il a Tétoffe d'un chef de parti. Sa droiture, son honnêteté, son impuissance à tomber dans le paradoxe le préserveront de quelques écarts.
Rousseau entra en rapport avec De Luc, comme avec la plupart de ses futurs défenseurs, pendant le séjour qu'il fit à Genève en 1754. Il nous reste de ces premières rencontres un document des plus curieux, qui, à ma connaissance, n'a pas encore été publié ' :
Pour être réintégré dans sa qualité de citoyen, il fallait que Jean- Jacques fût admis à la communion, puisque, dans la Genève de ce temps-là, les devoirs religieux étaient imposés comme des obligations civiques. Or, quoique le Consistoire fût disposé à se montrer indulgent pour l'illustre renégat, il y avait dans son cas un point dont on s'inquiétait encore : ses relations avec Thérèse Le Vasseur. On ne demandait qu'à épargner à l'écrivain fameux, qui honorait sa patrie, les humiliations et les pénitences imposées par les Ordonnances ecclésiastiques et par l'usage : encore fallait-il avoir quelques garanties sur la pureté de ses mœurs, à laquelle les pasteurs tenaient plus qu'à la pureté de la doctrine. De Luc fut chargé — ou se chargea —