Livre IV
3. « V(jus vous fiez à l'ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu'il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet; les coups du sort sont-ils si rares cpie vous puissiez compter d'en être exempts? Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions... » Et en note ; « Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l'Kurope aient encore longtemps à durer; toutes ont brillé, et tout éclat qui brille est sur son déclin. J'ai de mon opinion des raisons plus particulières ([ue cette maxiuie; mais il n'est pas à prt)pos de les dire, et chacun ne les voit que trop. » (Livre III.)
i* L AFFAIRE J.-J. ROUSSEAU
Los trails ijui irritèrent le Petit Conseil de la république de Genève et les partisans de Tordre établi, sont moins apparents. Il n'est pourtant pas difficile de les distinguer. Bientôt, enefîet, la critique s'étend de la monarchie à tous les gouvernements qui ne sont pas démocratiques; et les coups, assénés alors avec plus de prudence, n'en sont pas moins vigoureux. Ainsi, après l'irrévencieuse question que je viens de relever, Rousseau continue, du même Ion paisible et ingénu: «Pourquoi les riches sontils si durs pour les pauvres?... Pourquoi la noblesse a-t-elle un si grand mépris pour le peuple?... » Et Ton voit ressortir avec plus de vigueur les tendances à la démocratie absolue dont le Contrat social avait été la première expression. Ici, à vrai dire, elles ne s'érigent pas en système : elles ne se manifestent que par d'éloquentes ou terribles boutades, ou par des aphorismes menaçants pour tout Etat dont l'organisation ne repose pas encore sur régalité des citoyens. Car cette égalité constitue le fond même de toutes les revendications de Jean- Jacques. Il la proclamera, par exemple, en affirmant « que le riche n'a pas l'estomac plus grand que le pauvre et ne digère pas mieux que lui ; que le maître n'a pas les bias plus forts ni plus longs que ceux de son esclave; qu'un grand n'est pas plus graud qu'un homme du peuple ' >. iMaximes banales, lieux communs rebattus que personne ne songerait à contester, mais qui, selon la bonne méthode socratique, conduisent à une conclusion de bien autre