Livre IV
tique. Mais, en 1702, dans une république mixte où un petit nombre de familles se partageaient le pouvoir, où la société était encore divisée en classes, on pourrait presque dire en castes rigoureusement délimitées, où les habitantsn'étaient pas des natifs, où les natifs n'étaient pas des bourgeois, où les bourgeois — petits bourgeois, bons bourgeois, hauts bourgeois — n'étaient pas des citoyens, où même les citoyens n'avaient pas pratiquement accès aux conseils dirigeants, ils devaient paraître subversifs de cet ordre et de cette hiérarchie, d'autant plus qu'ils arrivaient à la suite du Co?ilrat social coinme pour l'éclairer, l'illustrer, en vulgariser les théories abstraites : « Le but du Contrat social est un renversement universel de l'ordre civil, écrit un de ceux qui entreprirent alors de le réfuter; le but à' Emile est d'y préparer les esprits par une révulsion totale dans la façon de pensera »
1. Réflexions sur la Ihéorie et la pratique de V éducation contre les principes de M. Rousseau, par le P (rocureur) g (énéral), B (utini). Genève, iu-H", 176'», 192 p. — Avant-propos. — Ayant ainsi constaté le péril, Tauteur de cet écrit cherche à se rassurer. H ne croit pas, sans doute, que Rousseau atteindra son but et parviendra à renverser Tordre établi aussi radicalement qu'il le souhaite : « Mais si on a tout lieu d'être tranquille de ce côté-là, dit-il, il paroît qu'on a quelque sujet de s'alarmer des suites d'une façon de j)enser, qui, sans conduire les esprits au but où M. Rousseau voudroit les amener, peut cependant les éloigner insensiblement du terme où ils doivent tendre pour le bien de l'humanité. Notre philosophe ne viendra pas à bout de renverser de fond en comble l'état présent de la société; mais il inspirera facilement le chagrin et l'aversion dont il est animé, et i[\xe tous ses écrits respirent, contre les meilleures institutions religieuses et sociales. Il ne fera pas des sauvages, mais.il fera de mauvais chrétiens et de mauvais citoyens. » (P. 3-4.) Et, phis loin, il s'applique à chercher, dans les principes d'éducation qu'il couîhat, « la haine contre tous les gouvernements établis, la révolte contre toute autorité légitime, un esprit etiVéné (rindépendance et de liberté. ^> (P. 181.)
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{]v ne luriMil j)('iil-iHr<' pasdc 1(î1s fni^mciits, dont /w///A' esl ('mailh'', (nii in(jul<H('ront h; plus les magistrats charji^cs de; la i»ard(î des inslitiilions ot les ramilles soucieuses do maintenir leurs privilégies: ce fut l'armature intellectuelle de l'ouvrage, si évidemment contraire îi leur conception de la politique et de la société. Ils en devinèrent le péril : cccompatriole, dont ils avaient applaudi ](\ succès, facilité la rentrée dans la cite et tiré même quelque orgueil, leur parut soudain plus dangereux que Voltaire, — le voisin remuant avec qui Ton Unissait pourtant par s'entendre et qui du moins, s'il atta(|uait certaines pièces de la machine politique, en respectait les moteurs principaux. Ils pressentirent en lui quelque chose de pire à leurs yeux qu'un critique, qu'un pamphlétaire ou même qu'un réformateur : un destnicleiir. Cela ne laisse pas de faire honneur à leur clairvoyance : elle les trompa sur les moyens de comhattre l'ennemi, non sur l'ennemi même.
Révolutionnaire en politique, Emile le parut plus encore en religion.
Que pour les catholiques il fût un livre hérétique au plus haut point, nul ne s'en étonnera. Et si nous voulions savoir pourquoi, il suffirait de nous reporter au Mandement de l'archevêque de Paris ^ ou h\ii Censure de la Faculté de théologie de Paris''- ^ qui nous éclaireraient aussitôt. Qu'il ait produit un effet aussi violent, aussi répulsifsur des protestants, voila ce que nous avons aujourd'hui plus de peine