Borgeaud, l'Académie de Calvin, \). 552 et suiv
u ... Vous eflacorez tant de nuances qu'il vous plaira de l'action de Calvin, écrit-il, elle restera toujours odieuse... Empécherés-vous qu'il eût eu des disputes avec Servet, que ces disputes ne l'eussent brouillé avec lui, que cependant il ait été son délateur, sa partie et son juge même, puisqu'il se chargea d'extraire des ouvrages de Servet les propositions qui dévoient le conduire au bûcher. Si un Jésuite brouillé avec un janséniste pour quelques disputes sur la grâce, le déféroit, lui faisoit partie, choisissoit lui-même dans ses livres les endroits les plus hérétiques, et que les juges échauffes par cet accusateur se prétassent à cette manœuvre, et fissent brûler vif cet infortuné, toute l'Europe ne frémiroitelle pas d'horreur, et seroit-on bien reçeu à vouloir prouver que du moins il n'y a point de trahison dans le fait du Jésuite? Quoi donc, les mêmes choses ont-elles des noms différents? L'action de Calvin étant telle dans le fond, est-il bien consolant de prouver comme a fait M. de la Chapelle, que ce Lafontaine, l'instrument de Calvin, étoit proposant etnon pas cuisinier, et d'examiner s'il avoit eu dessein auparavant de faire pendre Serve ta Lyon ou à Vienne. Non, Monsieur, avouonsle ingénument, le supplice de Servet est un meurtre. Je le signerai. Je fais gloire de penser ainsi. Et plût à Dieu que le corps entier de nos pasteurs le signât avec moi et apprît à toute l'Europe que son respect pour un grand homme et sa reconnaissance pour ses services ne change point à ses yeux la nature de celte action, plus jalouse des droits sacrés de la religion et de l'humanité que de Tintéi-êt de sa mémoire '... »
Cette lettre est de cinq ans antérieure aux événements que nous rapportons- : Jean-Robert Tronchin resta toujours fidèle aux principes qu'il y exprime avec une si évidente sincérité. Les troubles qu'il traversa, les violentes attaques, les baineuses calomnies dont il fut l'objet, ne TempOcbèrent point d y
1. Arch. de BessinfTCs, cote 194. — J'exprime ici tous mes remerciements à iM. H. Tronchin, qui a bien voulu me signaler cet important fragment, dans la copie qu'en avait conservée François Tronchin, et m'autoriser à le publier.