Voltaire et J.-J. Rousseau, p. 199 et suiv
vrages. C'est la raison fort prosaïque qui lui fit prendre la route d'Yverdon. » — Si l'on tient à reprocher à Rousseau d'avoir voulu donner le change sur ses vrais sentiments en se targuant d'une fausse générosité, il faudrait ajouter qu'il était très loin de prévoir l'orage qui s'amassait contre lui dans sa patrie. Il ne pouvait alors rien redouter de pire que d'y trouver des dispositions malveillantes; et il jugeait préférable, pour sa tranquillité, un séjour en pays neutre, dans une petite ville oij, sans être accablé de relations, il aurait un excellent ami, Daniel Roguin. Lorsqu'on connaît ses agitations pendant la période qui précède, on ne peut ni s'étonner de ce désir de paix, ni l'en blâmer. Dès le 15 également, il annonce son arrivée « sur cette terre de justice et de libeté' » au maréchal de Luxembourg; puis, le 17, à la maréchale, au prince de Gonti, à Thérèse; le même jour, il écrit de nouveau, plus longuement, au maréchal. Aucune de ces lettres ne révèle une inquiétude quelconque sur ce qui se prépare à Genève. Elles ne sont pas encore — à beaucoup près ! — d'un héros; elles sont plutôt d'un pauvre homme: il faudra quelque temps à Jean-Jacques pour acquérir la grandeur d'àme qu'il montrera dans son extrême adversité. Par exemple, il avoue ingénument à la maréchale qu'il a eu grand peur en passant la frontière, que sa main tremblait en signant son nom qu'il n'eut pas la force de changer comme il avait résolu de le faire, qu'il croyait constamment entendre