‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 65 sur 200 · Corresp., GCCLXIII (22 juin · texte numérisé non relu

Corresp., GCCLXIII (22 juin

•ï. Ilécrità Moultou, dans la même lettre du 22 : «... Quant à présent, je pense qu'il esta propos de laisser au Conseil le temps de revenir sur lui-même, et de mieux voir ce qu'il a fait. D'ailleurs il seroit à craindre que, dans ce moment de chaleur, quelques citoyens ne vissent pas sans murmure le Irailement qui m'est destiné, et cela pourroit ranimer des aigreurs qui doivent rester à jamais éteintes. Mon inlcnlion n'est pas de jouer un rôle, mais de rem-

no l'affaire J.-J. ROUSSEAU

Les amis de Rousseau étaient atterrés. Pourtant, les plus ardents se contentèrent de lui adresser des protestations déclamatoires, et se tinrent coi. L'initiative de la résistance vint d'ailleurs.

Il y avait alors, dans le quartier Saint-Gervais, à l'enseigne des Quatre-Cantons, un horloger nommé Abraham-Gédéon Binet^

C'était un homme intelligent, habile dans sa partie, inventeur d'un outil à finir les dentures démontre'^, imbu des idées civiques qu'Isaac Rousseau inspirait à son fils :

... On m'apprit aussi qu'ayant par ma naissance Le droit de partager la suprême puissance, Tout petit que j'étois, faible, obscur citoyen, Je faisois cependant membre du souverain...

Son commerce prospérait. Il pouvait même se croire en train de faire fortune, quand une fausse

plir mon devoir. » Puis, avec beaucoup de sang-froid, il modère le zèle de son ])OLiillant ami et lui recointiiamle la prudence [Con-espondcDice, CGCLXIIl), Le même jour, il écrit avec dignité à M. de Gingins de Moiry, bailli d'Yverdon, pour s'informer si sa présence sur le territoire vaudois sera bien vue de Leurs Excellences de Berne : « ... H ne me suffit pas dans mes malheurs de la protection même du souverain, si je ne suis encore honoré de son estime, et s'il ne me voit de bon œil chercher un asile dans ses Etals... » [hl., CGGLXIV.) Et deux jours après, le 24, il renouvelle ses l'ccommandations à Moultou : « ... Ne cherchez point à parler de moi: mais, dans l'occasion, dites cà nos magistrats que je les respecterai toujours, même injustes: et à tous mes concitoyens, que je les aimerai toujours, même ingrats. Je sens dans mes malheurs que je n'ai point l'àme haineuse, et c'est une consolation pourmoi de me sentir bon aussi dans l'adversité... » (/«/., CCCLXV.)

1. Mé))ioi)'e cV Abraham-Gédéon Hinel, remis aux seigneurs plénipotentiaires et médiateurs, à Genève, en 1766, avec quelques pièces qui lui sont analogues (1176). Il faut rapprocher de ce Mémoire la lettre que Binet écrivit à Rousseau, le 27 mai 1763. et qu'on trouve dans les manuscrits de Ncuchàlel.

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