iMss. de Neuchàlel
2. Desnoiresterres (p. 333-336) et M. Maugras (p. 448-449) ont l'un et l'autre connu cet épisode, sinon par les lettres de M"' de Beaugrand, du moins par la réponse de liousseau à cette dame, par le récit qu'il fait de cet incident au prince de Wirtemberg [Corresp., DXXl), et par la réponse de ce prince (publ. par Streckeisen-Moultou, Amis et Ennemis, II, p. 117). Desnoiresterres n'y voit qu'une « espièglerie », en reconnaissant d'ailleurs qu'elle « n'était pas d'un goût parfait ». M. Maugras l'excuse : « Le patriarche évidemment crut à une mystification, dit-il, qui, il faut l'avouer, paraissait bien vraisemblable. » — Peut-être Voltaire ne mit-il pas à la chose beaucoup de malice; il n'en comnrit pas moins une méchante action, qui prend une certaine iuqjortance en raison même des sentiments qu'il professait alors pour Jean- Jacques, de la situation malheureuse et de la maladive sensibilité de celui-ci.
que le colonel Pictet, d'accord avec la voix publique, ait attribué à l'influence de Ferney le coup qui frappait Rousseau. L'opinion s'en accrédita : elle fut celle de Rousseau lui-même, celle de ses amis, celle de tout le monde i. Si bien que Voltaire s'en trouva gêné : dans une note dont je trouve la copie dans le Recueil du conseiller François Tronchin'^, il en discute l'un après Tautre les points qui le concernent, sur un ton conciliant, assez ditférent de celui qu'il prenait volontiers dans ses polémiques, mais avec les soubresauts d'une vanité qui est bien sienne. Pictet l'avait appelé « un étranger auquel on avait accordé une retraite, dans un temps oii toute l'Europe la lui refusait'^ ». 11 repousse une telle insinuation, qui l'bumilie : s'il est venu à Genève, ce n'est point en proscrit, c'est en malade du D' Tronchin, ((Comme cent autres étrangers»; rien ne l'obligeait à quitter la France, oii il conserve sa charge de gentilhomme ordinaire de la chambre du roy;
1. Kousseua. dès longtemps, s'attendait à tout de la part de Voltaire. Je trouve mention, dans le Recueil Adert, dune note de De Luc spécifiant qu'à la date du 7 lévrier l"Io5, Jean-Jacques lui aurait écrit : « Je suis très sûr qu'à moins que je ne lui survive, je serai persécuté jusqu'à la mort. » Adert avait ajouté, à la copie de cette note, que la lettre en tjuestion ne s'était « jias retrouvée dans les papiers de De Luc ». M. E. Ritler croit la date erronée, et la lettre postérieure.
'2. Cette note ne figure pas dans la Cone.spondance. Je ne sais si elle a jamais été publiée. Je suppose qu'elle était destinée au colonel Pictet, à qui Tronchin aurait été chargé de la remettre. II ne voulut pas s'en défaire sans en garder une copie, qu'il annexa à son Recueil. C'est cette copit> seulement que j'ai eue entre les mains (Archives de Bessinges'. Il n'y a d'ailleurs aucune raison d'en suspecter Tauthenticilé.
;>. Viridet. p. 38.