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faite ])ouno loi, parce qu'ils les jugèrent dangereux pour leur ordre social et otFensants pour la religion qui cimentait leurs institutions.
La lettre anonyme circula pendant quelques jours sous le manteau. Le 8 juillet, le colonel lUctet crut devoir écrire au premier syndic, pour s'en reconnaître l'auteur. Elle faisait grand bruit. Beaucoup la trouvaient juste, sans trop oser le dire : car aucune opposition sérieuse ne se manifestait encore contre l'arrêt du Petit Conseil. D'autres s'en indignaient. Je trouve dans le Recueil Tronchin deux brouillons de réponses qui semblent être du Conseiller François, et sont d'un ton très vif. Il paraît surtout préocupéde défendre Voltaire, dont les (< plaisanteries profanes» ne peuvent être comparées, selon lui, à « un livre systématique où toutes les preuves de la Religion sont combattues, l'une après l'autre, avec toute la force dont une si mauvaise cause est susceptible ». Comment d'ailleurs Voltaire, avec son déisme notoire, aurait-il pu réclamer ou provoquer un jugement par quoi « ses propres opinions sont condamnées »? Il déplore qu'un citoyen de Genève « ait insulté en France la Religion et le Gouvernement français » ; et il admoneste vertement l'impudent qui s'avise de le soutenir*.
1. « ... Homme aveugle 1 quand vous ne sériés pas un menteur, comment seriés-vous un citoyen? Vous ignorés quattaché inviolablement à la bienheureuse Constitution de notre Etat, un citoyen montre sa soumission à la loi en lionorant ses ministres, et qu'il ne parle qu'avec un respectueux ménagement du magistrat qu'il a choisi lorsqu'il le soupçonne de s'èlre trompé. » (.\rch. de Bcssinges.)
Dans une lettre du 12 juillet adressée à ses correspondants habi-
Cependant, le Pelil (Conseil commençait à s'occuper de cette nouvcdle ad'aire, (jui venait inopinément se ^reiïer sur la pr(;mière; et comme il était enti(' dans les voies de l'illégalité, il y devait demeurer. Les actes de sa procédure' dénotent une singulière incohérence. Dans sa séance du 12, le Conseil décide d'entamer les poursuites; le 16, de passer oulre aune protestation de Pictet contre cette réso-
tiicls, les Freudenreic'li, le conseiller J.-L. Dupan s'exprime avec une égale horrciu* sur le compte du malencontreux opposant :
« ... .le dis l'antre jour au Papa qu'il courait à Genève une lettre contre le Conseil à l'occasion de son arrêt contre les livres de Rousseau. Celle lettre est aussi absurde qu'insolente et séditieuse. On y fait quelques réponses qui courent aussi la ville, et dans lesquelles l'auteur est traité comme il le mérite. Cet auteur est connu, c'est le frère du colonel Pictet, qui était lieutenant-colonel de Budé, en Hollande. Il est allé reconnaître ses torts chez les sindics. On ne sait point encore ce que dira le Conseil, il n'y reste que quatre juges, tous les autres sont parents de Pictet, parce qu'en alï'aires criminelles les récusations s'étendent jusques aux enfants issus des germains. Ce Pictet a su se faire un nom en blàiiiant le Conseil et en injui'iant Voltaire, mais il s'est fait un nom odieux...
« ... Je ne croyais pas que vous chasseriez Rousseau d'Yverdon, il n'a cependant que ce qu'il mérite. Il est bon que les orgueilleux soient punis. C'est dommage que les plus grands génies soyent sujets à faire les pins grandes fautes. Cela console les pauvres en esprit comme moi.
« Mais lous les orgueilleux n'ont pas de l'esprit, nous en connaissons de bien sots et de bien bêtes, tels que ce Pictet. Il a demandé pardon au Conseil, par lettre ou requête, bien humblement ; ses parens étant sortis, le restans n'étant pas en nombre suffisant pour juger prendront des adjoints dans les conseillers pour faire un (Conseil des 'io, suivant nos loix, et dans ce Conseil on déterminera la procédure. Cela est humiliant. » (Arch. du château de Monnaz.)