Corresp., sans date, CGCLXXVIII
LA CONDAMNATlOiN 14i
qu'il (Hait bien Tautoiir des (îcrits incrimiiK's. Cette préctiulion lui [)araît surtout iiidispensahle pour la Profession de foi^ parc(M|u'il l'a doiiné(i comme « un écrit qu'il transcrit dans son livre »! H se relève en cherchant à mettre d'accord les principes qu'il a soutenus dans les deux ouvrages avec le christianisme et la constitution genevoise; et il retombe dans le paradoxe en représentant le Contrat social comme une apologie de cette constitutiou^
Sa dialectique, plus habile que loyale, n'empêche pas que dès ce moment, et de son aveu même, la (juestion des droits souverains du peuple, qu'avait tranchée la médiation, se trouve de nouveau posée. C'est sans doute parce que, résolu à l'écarter, ils jugeaient nécessaire une action vigoureuse, que les conseillers furent amenés à maintenir leur attitude, même contre un homme de leur classe. Cet homme n'était pourtant rien moins qu'un révolutionnaire. Il n'avait aucune envie de susciter des troubles dans l'Etat, ni de se poser en tribun ou en réformateur. Il manquait même singulièrement, à ce qu'il semble et selon le mot à la mode, de « vertu » : dès qu'il peut mesurer les conséquences de sa lettre, qu'il
1. « Quant aux principes du gouvernement établis dans cet ouvrage, ils se réduisent ù ces deux principaux : le premier, que légitimement la souveraineté appartient toujours au peuple; le second, que le g^ouvernement aristocratique est le meilleur de tous. Peut-être importeroil-il beaucoup au peuple de Genève, et même à ses magistrats, do savoir précisément en quoi quelf(u'un d'eux trouve ce livre blâmable et son auteur criminel. Si j'étois procureur général de la république de Genève, je lobligerois à s'expli(pier avec clarté, ou je le j)oursuivrois criminellement comme traître à la patrie et criminel de lèse-majesté. » {Id.)
n'avait point calculées, il s'efforce d'en rejeter la responsabilité sur le malheureux Duvillard, en affirmant avoir reçu de lui « une lettre provocative qui avait donné lieu à la sienne^ ». Fait probablement faux, car le libraire le nie, et Pictet ne peut produire la prétendue lettre ■-. Il essaye alors, par une nouvelle lettre adressée à son frère et destinée au public, d'excuser sa manifestation, en déclarant qu'il s'en serait abstenu s'il eût lu Emile au lieu de s'en tenir au Conlrat^ et en regrettant que son opinion ait été « rendue publique ' ». Puis il écrit dans le même sens au premier syndic. Ces excuses, plutôt plates, qui équivalent à une rétractation, ne sont pas admises : le Conseil est décidé à sévir avec rigueur. Pictet et Duvillard sont donc interrogés, et « mis sous soumission », — c'est-à-dire invités à se tenir à la disposition de la Justice. Le Conseil se constitue en tribunal, selon les formalités prescrites. Suivant la loi, les parents des accusés se retirent : les quatre syndics sont dans ce cas, en sorte qu'aucun d'eux ne pourra exercer la présidence des débats, dont la charge leur est réservée. Onnesemble pas s'apercevoir de cette irrégularité, que la loi des récusations n'avait pas prévue. Le 20, séance avec interrogatoire des accusés. Ils sont « réduits dans les prisons », et interrogés de nouveau, le lendemain. Le même jour, le Conseil érigé en tribunal prend une décision stupéfiante : celle de ne pas communiquer la procédure au procureur