‹ L'affaire J.J. RousseauChapitre 92 sur 200 · Correspondance, CCGGXXXV (du 26 fév · texte numérisé non relu

Correspondance, CCGGXXXV (du 26 fév

L'archevêque de Paris, en effet, avait lancé contre Rousseau, le 20 août 1762, un mandement retentissant. Ce prélat jouissait d'une autorité personnelle qui exhaussait encore celle de sa charge. On admirait la fermeté qu'il savait allier à heaucoup de douceur, sa bienveillance habituelle, la constance dont il avait fait preuve en défendant les puissants intérêts commis à sa garde. Il avait connu l'exil, résisté au roi, souffert pour ce qu'il croyait juste et vrai, combattu avec une égale ardeur les jansénistes, les visionnaires, les philosophes incrédules-. Mais il faut reconnaître que son mandement n'est point à la hauteur de sa réputation. Après un début brillant, où se trouve le portrait si souvent cité de Rousseau : « Du sein de l'erreur, un homme plein du langage de la philosophie sans être véritablement philosophe. . . » ,1e prélat se jette imprudemment dans une discussion maladroite des points les plus audacieux de la Profession de foi. Les défauts de sa méthode soulignent les défaillances de ses raisonnements : on le voit^'avec surprise assimiler les témoignages sur lesquels repose le dogme de la révélation à ceux qui établissent les faits de l'histoire profane, exagérer certaines idées de Rousseau pour les réfuter facilement, ou même les habiller et les paraphraser avec un sans-gêne que la rigueur de la

1. ^'oir Christophe de Hcaunionl, archevêque de Vnris, par le W E. Kôgnaiilt, 2 vol. in-8% Paris, 1882.

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(lisr.nssion no |)(M'in(»l pas. Tout C(3la liiil la partie bello à son iMMionlahhi advcrsairo.

Il scmhlo parfois quo la pfinsoo de iioussi'au se forme en lui comnio malgré lui, par des actions étrangèi'es à sa volont*', [)onr éclater au moment opportun. llas[)irait à la tran([uillilé. Il s'était promis de ne plus écrire. Il en avait pres([ue pris rengagement. Mais comment résister à la tentation de r('pondre à une attaque si faible à la foiset si éclatante? Ce mandement, lancé du haut du siège archiépiscopal de Paris à toute lachrétienté pour écraser un proscrit, n'était en somme qu'une assez pauvre chose. Fallait-il manquer une telle occasion de s'exalter par la grandeur de l'adversaire, par ram[)leur d'une victoire certaine? Le même souffle intérieur qui avait saisi Rousseau lorsque ses yeux étaient tombés sur le programme du concours ouvert par l'Académie de Dijon, l'emporta de nouveau. Il oublia ses projets de repos, il ne pensa plus à la paix de sa retraite, et se mit au travail sans en rien dire, même à ses plus intimes. C'est seulement le 26 février 1763, quand son ouvrage; est composé, qu'il l'annonce à Moultou '. Il vient de lui déclarer que dans l'état de lassitude où il se trouve, « le repos et la paix sont les seuls biens » qu'il souhaite; il ajoute, comme s'il s'agissait d'une bagatelle:

(c ... J'avois barbouillé une espèce de réponse à Tarchevêque de Paris, et malheureusement, dans un moment d'impatience, je l'envoyai à Rey. En y mieux pensant, Je l'ai voulu retirer : il n'étoit plus temps; il m'a marqué, en réponse,

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