Corresp., CCCCXXXIV (26 fév
qu'il avoit déjà commencé ; j'en suis très fâché. 11 n'est pas permis de s'échaulTer en parlant de soi; et, sur des chicanes de doctrine, on ne peut que vétiller. L'écrit est froid et plat. J'en prévois l'effet d'avance ; mais la sottise est faite : il est inutile de se tourmenter d'un mal sans remède. »
Rousseau ne « barbouillait » jamais rien. Il savait fort bien ce qu'il faisait, en envoyant à son libraire un manuscrit dont tous les termes étaient pesés. A aucun prix, sans doute, il n'eût renoncé à le publier. Il le jugeait, comme il le dit d'ailleurs au pasteur de Motiers, unu écrit devenu nécessaire ^ ». Il en attendait le plus grand effet. Il y déploya toutes ses ressources, jusqu'à cet art de mise en scène dontilavait Vinsimci: Jean-Jacgiies Rousseau^ citoyen de Genève^ à Christophe de Beaumont^ archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud^pair de France, commandeur de tordre du Saint-Esprit, proviseur de Sorbonne, etc. Cette accumulation de titres pompeux, opposés à sa simple qualité, n'est-elle pas — comme d'autres l'ont vu et l'ont dit avant nous — une véritable trouvaille? Le bourgeois modeste, qui s'est fait sa renommée, grandit ainsi de toutes les dignités dont son adversaire est chargé, et gagne une première manche dès la couverture même de son écrit. Les premières lignes lui conquièrent le lecteur: il se pose en persécuté, magnifie ses malheurs, exagère les violences de ses ennemis, montre ce prince de l'Eglise foudroyaut un malheureux condamné, inoffensif, poursuivi, dont tout le crime est d'aimer la vérité. Puis il annonce ce que sera sa défense, avec cette exactitude d'expression qui lui