Corresp., éd. Hachette, CGCGLXIX (à Deluc, 7 juillet
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marche qu'un caprice oiifanlin d'écrivain vaniteux, (|iii no pouvait (jue nuii'c à son autour et le perdre dans r()|)inion d'uiio bourgeoisie très patriote. Co fut en tout cas l'opinion de quelques-uns de leurs soutiens les plus autoris('S : « Vous savez, dérivait par ex(Mnple Chnrles Bonnet à son ami Albert de Mallor, qu'il (Rousseau) a écrit depuis peu à notre premier sindic pour résigner volontairement ses droits de Bourgeoisie et de Cité. Cette résignation a été sur-le-champ acceptée et enregistrée, et vous pouvés croire que les partisans du Gouvernement et de TEvangile n'ont pas été aftîigés de cette démarche imprévue du Diogène moderne. Si vous n'avés pas la lettre, je m'empresserai devons l'envoyer ; elle est bien sur le ton de cet écrivain superbe '... »
Les magistrats du Petit Conseil, leurs défenseurs, leurs partisans jugeaient en hommes anciens ces événements singuliers. Ils ne comprenaient pas que les livres mômes qu'ils avaient condamnés apportaient un esprit nouveau, que cet esprit bouillonnait déjà dans leur petite république, qu'il en ferait craquer les moules avant de déborder dans le monde et d'y briser des vases plus larges et plus puissants. Ils n'en mesuraient pas la force extensive, aveuglés qu'ils étaient par leur expérience du passé. Attachés à des formes politiques surannées, auxquelles ils devaient leurs privilèges, ils croyaient encore leur pouvoir solide, leur autorité incontestée ; et tous leurs actes, toutes leurs
1. Le 2 juin. — Bibl. de Genève, mss. G Bonnet, Gopie de lettres.
délibéralions, toutes leurs décisions, allant à (ins contraires, servaient la cause qu'ils voulaient combatti'e. Eussent-ils d'ailleurs pris d'autres mesures qu'ils se seraient probablement trompés encore et n'auraient point arrêté le courant : en condamnant l'auteur absent des deux ouvrages dont ils redoutaient l'intluence, ils avaient commis une de ces fautes initiales dont les conséquences sont incalculables. Il ne leur appartenait plus de la corriger. Au premier moment, toutefois, leurs calculs purent sembler justes : l'impression générale fut nettement défavorable à Rousseau. Ceux mêmes qui l'admiraient avec le plus d'ardeur, le blâmèrent. Des épigrammes circulèrent, dont les auteurs lui reprochaient un acte que n'auraient jamais commis ses modèles antiques :
... En supportant les torts d'une ingrate patrie. Notre gloire, Uousseau, n'en est jamais tlétrie,
Un Aristide, un Phocion En donnèrent jadis Tadmirable leçon.
Dis-moi donc par quelle manie.
Citoyen si chéri d'une ville chérie, Tu pus si follement en abjurer le nom ? Sans mettre icy mon esprit à la gêne J'en crois pouvoir deviner la raison :
Aussi sublime que Platon.
Non moins nerveux que Démosthène,
Et plus serré que Cicéron,
A la roideur du vieux Caton, Tu voulus ajouter en rompant cette chaîne Le dédain orgueilleux d'un nouveau Diogène '.
On trouve, dans le portefeuille de Xeuchàtel, des lettres anonvmes dont le Ion d'aflliction sincère ré-
i. Recueil Trnnchiii.
vèle des sympatliles (lègues '. Les amis, les pjircnts sont inquiets ou troubl(;s : leur conficince chancelle, leur lidélilé traverse une rude épreuve. Moultou seul, qui se prépare à faire visite à son grand ami, conserve son admiration complète, et ne « pleure » que sur la patrie, privée d'un tel citoyen '. Si l'on en croit Houstan, la résolution de Jean-Jacques 0 a coûté des larmes à M. Jallabert ^ ». Jallabert, de son côté, aurait écrit que, s'il en eût eu la possibilité, il aurait lait tous ses eflorts pour l'en détourner''. Lo cousin Théodore va prier le Premier syndic de pousser le Conseil à <( renvoyer et éluder de souscrire la déclaration », et, tout en blâmant son parent avec discrétion, lui demande une copie de la lettre qu'on lui refuse, le Conseil se proposant de garder un « secret inviolable"' •>, lequel ne saurait être que celui de Polichinelle, car la lettre est bientôt dans toutes les mains. Mouchon a la même impression que Théodore Rousseau. Il l'exprime, le même jour, d'un ton plus vigoureux à la fois et plus déclamatoire^'.