‹ L'affaire marocaineChapitre 12 sur 26 · Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n · texte numérisé non relu

Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n

(146 millions) et les vivres (63 millions) qui forment la masse. Les importations coloniales en Espagne venaient ajouter, à ces bénéfices de l'exportation, les bénéfices du fret et les retours d'argent. Le total de ces frets coloniaux, durant les trois années dernières, dépassa en moyenne dix millions de pesetas, auxquels il. faut ajouter encore les passages de voyageurs et d'émigrants, soit environ vingt-trois millions de pesetas par an.

Durant les trois années dernières, le total des exportations espagnoles s'éleva à deux milliards trois cents millions de pesetas; par suite, la moyenne annuelle fut de sept cent soixante-quatorze millions pour tout le commerce d'exportation du royaume. Or il faut dans ce total attribuer aux colonies cinq cent cinquante ou soixante millions, soit une moyenne annuelle de cent quatre-vingtcinq millions de pesetas : bon an mal an, les colonies auraient donc pris à la métropole environ 1/4 ou 23 p. 100 de seâ exportations.

Ce chiffre de 23 p. 100 — presque le quart — est en lui-même important; mais il prend encore plus de valeur si Ton réfléchit que ces exportations espagnoles vers les colonies, étant de produits manufacturés, laissaient au commerce espagnol ses plus larges bénéfices : les autres exportations de l'Espagne vers l'étranger ne comprenaient que des matières premières, minerais et métaux bruts, vins et substances alimentaires * (car les vins espagnols, sauf de rares exceptions, ne sont que des matières

1. Cf. Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n*2065. En 1896, voici le tableau des exportations espagnoles :

Vins ordinaires. . 13,7).. ^ ,^ Fruits frais 5i3 ) « o iaa

- de liqueur.. 1,3)^^ P' *^ - secs 3.5 5®'®?'^°^

Espèces argent 14,3

Minerais 10,6

Métaux 9,6 —

Cotonnades 5,4 —

Viandes et cuirs 4» —

Divers , 32,3 —

tit l'affaire marocaine

premières entre les mains des Français, qoi les mélangent, les coupent et les a travaillent »). Dans les bénéfices do TEspagne, il fallait donc prévoir qne la perte des colonies entraînerait un sérieux déficit... Il n'en fut rien. La perte des colonies fut au contraire un grand bénéfice pour le royaume. Les consuls anglais de Cadix et de Barcelone écrivent en 1899 ^ :

Dans Testime publique, la perte des colonies devait porter un coup tiensible au commerce de TEspagne. Quelques gens avisés pourtant escomptaient cette perte comme un d(^?barras et comme le signal d'une reprise générale des alTttireH dans tout le pays. Il semble que ces derniers avaient raison. Dans mon district consulaire, une surprenante activité a relevé toutes les entreprises industrielles, moins encore à Cadix qu'à Séville, Huelva, etc. Les seules rocottoH de la douane à Cadix suffiraient à montrer le progrès d(3 l'année de 1899 sur les précédentes : 2,5 millions de pesetas en 1899, au lieu de 1,3 en 1898, 1^9 en 1897, et 2 en 1896.

En Catalogne, Tannée 1899 a été de tous points satisfaisante : Barcelone, Tarrasa, Manresa, Sabadell, les manufactures de cotonnades ont travaillé sans arrêt et à des prix n'îmunérateurs; la consommation de coton brut a dépassé soixante-dix mille tonnes. Une excellente récolte avait, en 1898, rempli la bourse du paysan espagnol. Deux cent mille hommes rentrés des colonies touchèrent leur solde arriérée et eurent besoin de vêtements. Les manufactures de toile déclarent n'avoir jamais connu d'année plus productive.

La plupart des villes côtières de l'Espagne ont éprouvé le même regain d'activité : « A Malaga, tout

i. Diplomatie and Consular Reports, nV 2406 et 2460.

traduit au dehors le rapide accroissement de la prospérité, écrit en 1900 le consul anglais. Les signes les plus visibles sont le développement des industries locales et la mise en valeur de toutes les capacités agricoles ou minières de ce pays ». A la Corogne, à Santander, à Bilbao, le regain est encore plus sensible et, n'étant pas accidentel, il semble ne pas devoir être passager, car il sort de deux causes profondes et permanentes.

Les colonies donnaient sans doute à la métropole de faciles revenus. Mais, chaque année, pour leur défense et leur police, comme pour leur exploitation, elles lui enlevaient une centaine de milliers d'hommes vigoureux et entreprenants, émigrants ou soldats : toute la jeunesse et l'activité de l'Espagne coulaient vers Cuba et vers les Philippines. Et les capitaux espagnols coulaient aussi vers les placements coloniaux.

La perte des colonies a ramené vers la métropole des capitaux considérables (un consul américain estime à 500 millions de pesetas le chiffre de ces capitaux *) et de nombreux et laborieux jeunes gens * : se repliant sur elle-même, l'Espagne a découvert sou-

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