Diplomatie and Consular Reports^ Annual Séries, n
jeter dans la cale des vaisseaux les minerais de la région bordière. Porman, tout voisin de Carthagène, est le plus fréquenté de ces embarcadères ; mais vingt autres, Adra, Aguilas, Garrucha, Carthagène, Mazarron, etc., le dépasseront quelque jour :
A Aguilas *, les chargements de minerais de fer ont augmenté constamment depuis 1874, mais i! est probable qu'après 1899 ils auront atteint un considérable maximum : de 41000 tonnes en 1897, ils sont à 60 000 en 1898.... En
1899, une activité fébrile n'a pu satisfaire les demandes anglaises et françaises : 101000 tonnes d'exportation.... En
1900, il a fallu construire un môle pour l'embarquement du minerai. Des compagnies anglaises viennent d'ouvrir des mines nouvelles dans le district voisin de Bacarès : l'exportation a dépassé 128 000 tonnes ; on peut prédire qu' Aguilas va devenir l'un des grands ports miniers du royaume.
J'ai pris cet exemple d' Aguilas parce qu'il est le plus typique : ce port n'était, il y a huit ans, qu'une plage déserte ; il sera dans dix ans un grand embarcadère vers l'Europe et l'Amérique. Et j'ai pris ce commerce des minerais de fer parce qu'il est et que, de jour en jour, il sera le plus important : le minerai de fer est le pain de l'industrie moderne; riche en fer, l'Espagne peut redevenir une grande puissance métallurgique, grâce à ses charbonnages, qu'une exploitation soigneuse rendrait bientôt prospères, mais que le déplorable état des routes et communications a jusqu'ici grevés de frais écrasants. Cinq
1. Diplomatie and Consular Beports, Annual Séries, n°" 2il2, 2289, 2420 et 2636.
provinces ont des houillères en activité. Les seules Asturies, voisines de la mer et de Bilbao, peuvent exploiter leur charbon avec profit : Bilbao, de ce côté encore, a trouvé des placements pour ses capitaux ^t des chargements pour ses flottes*.
Asturies 1008 1122 1257 1542 1604
Cordouo 277 306 316 320 381
Bien d'autres ports atlantiques et méditerranéens ont subi cette influence des Basques : Séville est le siège de compagnies anglaises; il s'y fonde aussi des compagnies de Bilbao pour Texploitation des « ferrières » d'Aznalfarache ou de Cala, et Sanlucar doit son tonnage sans cesse augmenté à ces minerais de Séville. Et le commerce de bien d'autres minerais prêterait aux mômes remarques. Les gîtes aurifères de la Galice*, célèbres durant l'antiquité, ont vu revenir les prospecteurs. Huelva, le grand embarcadère du cuivre, et Carthagène, le port du plomb argentifère, ont subi la môme poussée; ces métaux précieux ont attiré les capitaux européens en plus grande abondance encore que les capitaux espagnols :
L'importance d'Huelva ^ se développe d'année en année : bateaux anglais, Scandinaves, allemands, italiens, autri-
1. Cf. Diplomatie and Consular Reports ^ Annual Séries^ n" 2065 ; Production de charbon espagnol en milliers de tonnes.
2. Diplomatie and Consular Reports, Miseellaneous Séries, n** 538 : Mining industry in Galicia.
3. Diplomatie and Consular Reports^ Annual Séries^ n*" 2143, 2223, 2406, 2590 et 2780.
chiens, hollandais, etc., arrivent en plus grand nombre; en 1898, les seuls Allemands ont augmenté de 24, les Hollandais de 21. Le nombre des mines ouvertes et mises en communication par des railways avec la côte croît indéfiniment. Les 4 États- Unis eux-mêmes augmentent leurs achats.... En 1899 des sommes énormes de capitaux anglais ont été placées dans les mines. Les compagnies de Tharsis et de Rio Tinto ont dû se construire de nouveaux môles et se pourvoir de grues à vapeur et de lampes électriques pour les chargements de nuit. Les pyrites de fer fournissent aussi des frets de plus en plus considérables. L'exportation de manganèse, d'autre part, a dépassé 148 000 tonnes : c'est le quart de la consommation mondiale.
Dans l'île de Minorque, une compagnie, Cobres de Minorca, se fonde au capital de 2 millions fournis par les gens de Bilbao pour l'exploitation des cuivres du mont Coro *.
Et, de l'industrie, la contagion a gagné ragriculture. Vignerons d'Andalousie, fruitiers de Malaga, maraîchers de Galice ou de Valence, laboureurs de Casiille, toute l'Espagne des champs s'est remise au travail avec Tardeur de la nécessité, et comme avec la joie d'une conscience plus tranquille :
C'est un spectacle vraiment curieux, écrit le consul de Séville *, que l'effet produit sur l'Espagne par la perte de ses colonies. En ce qui concerne les intérêts de cette région, je n'hésite pas à dire que cette perte fut une bonne affaire. Pour l'ensemble du peuple espagnol, en effet, les colonies en ces années dernières ne représentaient plus qu'un énorme sacrifice d'argent et de vies humaines, si les tarifs protecteurs et les grasses sinécures remplissaient la poche