Id. ibid,, n
de quelques privilégiés. La suppression de ces tarifs n'empêchera pas, de longtemps encore, Texportation espagnole vers les anciennes colonies des mêmes produits agricoles, fruits, huiles, olives, vins, pois chiches, aulx et oignons, etc. Car ces anciennes colonies sont habituées au régime de nourriture espagnol et elles ne produisent pas ces différents articles de consommation.
Les exportations de vivres vers les anciennes colonies * se sont donc maintenues pour le bénéfice de Tagriculture espagnole. Les exportations de primeurs vers rétranger ont aussi commencé ; les campagnes andalouses, en particulier, après avoir fourni Gibraltar, ont entrepris de fournir le marché de Londres. En même temps les tarifs douaniers, dressés désormais entre les colonies et Tancienne métropole, ont supprimé les importations en sucre, tabac, etc., de Cuba et des Philippines : de ce chef encore, Tagriculture espagnole a largement profité.
L'Espagne offrait jadis un marché que les produits coloniaux encombraient. Ce marché se réserve aujourd'hui aux producteurs de la péninsule. Murcie a développé ses plantations de canne; les Castilles, l'Andalousie et la Galice ont entrepris, puis énormément accru leurs plantations de betteraves : les champs espagnols ont pu fournir le marché national de sucres indigènes. Pour le tabac, il en serait de
1. Cf. Diplomatie and Consulat Reports, Annual Séries, n° 2560. En 4899, les exportations espagnoles à Cuba sont montées à 12 millions (pesetas) pour les chaussures, 10 millions pour les alpargates, 5 millions pour le vin, 2 millions pour l'huile, et 17 millions pour les cotonnades.
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même, n'étaient les monopoles et les entraves imposés par la rapacité des gens de Madrid : le droit exclusif de vente et de manufacture de tabac dans le royaume a été concédé à la Banque d'Espagne, et ce monopole de 4887 a été encore étendu et de vingtcinq ans prolongé en 1896. La culture du tabac est ainsi interdite par la Banque aux trois quarts des provinces : vainement les gens de Séville et de Léon ont réclamé.
Comptez en outre que la renaissance du commerce a développé chez Tagriculteur espagnol des soucis que jadis il n'avait pas. Autrefois TEspagne ne vendait que des produits bruts, vins, fruits, huiles, etc., à rétranger; elle laissait les Italiens et les Français « travailler » ses huiles brutes ou ses vins grossiers ; elle laissait les commissionnaires anglais choisir, encaisser et exporter ses raisins, oranges, limons, dattes et pommes. Le plus gros des bénéfices restait entre les mains de ses intermédiaires. 11 semble que, depuis trois ans, TEspagne veuille s'outiller et s'apprendre à fournir directement ses' consommateurs selon leurs préférences ou selon leurs besoins.
Pour les vins en particulier, tant que la rupture commerciale entre la France et l'Italie et tant que la disette de nos vignes phylloxérées assuraient aux produits espagnols, vaille que vaille, un débouché presque insatiable, le vigneron espagnol ne cherchait que la quantité de la récolte et, par là môme, avilissait le prix de sa marchandise. Aujourd'hui, nos besoins et nos achats en Espagne ont beaucoup
diminué. L'Espagne s'est mise en tête de ne plus produire seulement de gros vins de coupage : elle essaie de fabriquer des vins de table; elle veut surtout développer son commerce des vins de liqueur et des cognacs. Xérès ^ a fait venir une commission de médecins anglais pour leur prouver de visu Texcellence de ses produits absolument sains et naturels : elle voudrait détrôner en Angleterre le monopole du porto portugais.
Pour le commerce des fruits, pareilles tentatives de progrès et pareilles initiatives : « Nos produits espagnols, écrit un journal de Valence (cité par le consul américain Bartleman*), perdent de jour en jour leur clientèle étrangère, et, si nous ne voulons pas marcher avec le progrès, nos vins, nos huiles, nos fruits et nos légumes seront réduits à notre clientèle nationale. Eln 1900, malgré l'Exposition, la France a diminué chez nous ses achats : c'est la Californie qui nous a supplanté, non seulement à cause de ses prix moindres, mais surtout à cause de ses produits admirablement présentés. Les fruits américains, pommes, pêches et poires, atteignent Paris en meilleur état, après 6 000 milles de voyage, que les nôtres après 500. Nous ne pourrons lutter contre l'Amérique qu'en adoptant ses méthodes de culture, de récolte, d'emballage, de réfrigération, de rapide et sûr transport. La Castille était jadis le grenier de l'Europe. Nous avons assez vécu pour voir le blé américain lutter
i. Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n? 2223. 2. Review o/' the WorltTs Commerce, i901, p. 219.
228 L'AFFAIRE MABOCAUfB
contre nos produits sur notre propre marché, malgré d^énormes fret», droits de douane, etc., et un change de 35 p. 100. Vivrons-nous assez pour voir les oranges américaines sur le marché de Valence? ^
Bref, agriculture, industrie et commerce, de toute TEspagne, on peut dire ce qu'un consul anglais écrivait dès 1899 < :
Depuis la fln de la guerre américaine, il y a des signes indiscutables que les gens de Cadix ouvrent enfin les yeux. Cadix n*est plus la brillante cité commerciale d^autrefois; vivant sur cette glorieuse tradition, elle a laissé couler ses bénéflces aux marins d'autres ports plus énergiques et plus entreprenants. Après avoir eu le monopole des Amériques et des Indes Espagnoles, elle est tombée à un rang qui ne lui réserve qu'un sombre avenir. Il semble que cette ruine ait enfin réveillé son peuple^ et que, sérieusement, elle soit disposée h. chercher et à trouver ce qui doit lui rendre son ancien rôle et les profits auxquels sa situation et ses avantages naturels peuvent l'appeler.
Mais, comme les gens de Cadix, toute l'Espagne n'a pas tardé à s'apercevoir que ses efforts étaient contrariés, annihilés, par la tyrannie madrilène. L'ignorance, la paresse, la malhonnêteté et le gaspillage de Madrid sont des obstacles insurmontables ou des
1« Diplomaiic and Consular Rsports^ Annual Séries^ n* 3323 •
drawbacks vraîment trop lourds. Tant que l'entreprise espagnole a pu se limiter à la région côtière, elle n'a que médiocrement souffert de cette incurie et de cette rapacité. La mer du moins échappait à l'absolu contrôle de Madrid. Les gens de Bilbao, doublant et triplant leurs flottes, assuraient le cabotage entre les ports indigènes, et Texportation vers l'étranger. C'est toute une flotte marchande que les capitalistes de Bilbao ont, depuis cinq ans, rendue à l'Espagne par leurs achats de navires : dans la seule année de 1899, Bilbao a fait venir d'Angleterre soixante et un vapeurs, d'un tonnage total de 130000 tonnes*. Mais, dès les quais de ses ports, l'entreprise espagnole luttait déjà contre le douanier, le gabelou, le peseur et le contrôleur gouvernementaux, et, quand elle voulut pénétrer vers l'intérieur du pays, elle trouva les routes impraticables ou barrées d'une armée de parasites et de pillards. Il faudrait un volume pour résumer les principaux chapitres de
1. Diplomatie and Consular Reports^ Annual Senes, n?* 2407 et 2445 : les Espagnols ont monopolisé à leur profit le commerce des transports avec rAngleterre et le Continent. Us comptent étendre leurs opérations jusqu'à la Baltique (pour leurs bois) et jusqu'à la mer Noire et au Danube (pour leurs grains). La ligne Meliton-Gonzaiez vient d'acheter cinq bateaux de 1 500 à 2 000 tonnes pour ce dernier usage; les Compagnies de Gijon ont acquis pareillement trois nouveaux steamers pour le cabotage. La seule année 1899 a vu le lancement dans les seules Âsturies de cinq nouvelles Compagnies de navigation au capital total de quarante millions de pesetas, et l'une d'elles, Sindico Minera, d'Aviles, a déjà acheté cinq vapeurs. Mais Bilbao tient toujours la tête : le tonnage de sa flotte dépasse 300 000 tonnes, soit la grande moitié du tonnage de toute la flotte marchande du royaume.
230 L'affaire mabocainb
cette exploitation madrilène. En voici du moins quelques exemples.
Cadix voit son avenir dans son port qui, situé à Textrémité méridionale de l'Europe et à Feutrée de la Méditerranée, devrait être le grand embarcadère et débarcadère des passagers européens vers l'Afrique et TAmérique du Sud, et le port charbonnier des vapeurs atlantiques vers la Méditerranée. Il faudrait à Cadix un chemin de fer direct et des trains rapides vers Madrid et l'Europe pour les passagers, des entrepôts pour le charbon, mais, avant tout, des passes praticables et des quais. Elle ne peut rien obtenir : elle garde jusqu'en 1900 sa gare en bois, construite provisoirement il y a quarante années. Entre elle et Madrid, la ligne ferrée fait des retours et des détours \ que Ton pourrait abréger de 100 kilomètres par la |
construction de l'embranchement Puertollano-Cor- | doue. Cet embranchement est décidé depuis 1880; i une des grandes Compagnies de Madrid s'en est chargée; elle devait l'avoir commencé avant 1888 et terminé avant 1892, sinon elle encourait la confiscation des 2 750 000 pesetas, qu'elle donnait en cautionnement sous intérêt de 6 p. 100 jusqu'en 1892. Elle I n'a rien commencé. Les Chambres de commerce de [ toute l'Andalousie ont en vain protesté. La Compagnie avait trop grand bénéfice à ne pas établir ce raccourci.
Or, non seulement le gouvernement (les administrateurs ont fait les frais nécessaires) ne lui a pas retiré la concession, mais encore, après 1892, il a
continué de lui verser Tintérêt intégral de ce cautionnement, qu'il aurait dû confisquer*.
Pareillement, Carthagène attend toujours les lignes directes qui la mettraient en contact avec les marchés agricoles de TAndalousie et fourniraient ainsi de vivres abondants sa population de mineurs et d'ouvriers.... Alméria pourrait être Tun des ports de Grenade : le chemin de fer commencé depuis cinq ans ne réunit pas encore les deux villes ; la compagnie a organisé un service de diligences.
A San Lucar, les bateaux paient les droits de port; mais la barre, jamais nettoyée, rend l'entrée presque impossible. A Huelva, un droit d'exportation sur le minerai de cuivre rend nécessaire l'envoi préalable, aux laboratoires officiels de Madrid, de tous les échantillons de minerais embarqués. A la Corogne, l'absence de routes et de lignes gouvernementales nécessite l'établissement de diligences automobiles. Dès 1834, l'ingénieur allemand W. Schultz prédisait aux mines de Lugo un merveilleux avenir : l'apathie ou la corruption gouvernementales ont empêché les routes d'arriver jusque-là. Un grand chemin de fer est depuis longtemps désiré et commencé entre Carrel et Pontevedra ; mais un riche propriétaire, appuyé par le ministère, arrête les travaux à deux kilomètres du but.
Les côtes de Galice regorgent de poisson, qui trouverait un prix rémunérateur sur tous les marchés du royaume, car l'Espagnol vit de légumes et de marée,