‹ L'affaire marocaineChapitre 17 sur 26 · Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n · texte numérisé non relu

Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n

de cocido (bouillie de pois chiches) et de bacalao (morue), et la morue salée est Tune de ses principales importations. Mais la Galice ne peut pas obtenir la ligne directe et les trains rapides qui porteraient sa pêche à rintérieur *. A Santander, le curage du port et le creusement du chenal ont été menés à bien par rinitiative locale ; mais le gouvernement ne peut ou ne veut pas achever les cales sèches commencées depuis dix ans. La digue de Gijon ferait de ce port le meilleur refuge à l'entrée du tempétueux golfe de Gascogne; Gijon deviendrait aussi un grand embarcadère de minerai à égale distance de toutes les mines asturiennes ; la digue, entreprise il y a vingt années, est toujours en pareil état d'inachevément.

Il n'est pas un rapport consulaire qui ne mentionne cette incurie dans les travaux publics : « Le charbon d'Andalousie, écrit le consul d'Huelva, est de qualité inférieure. Pourtant il existe quelques bonnes mines, qui pourraient fournir à l'industrie, si elles étaient à portée de lignes ferrées ou simplement de routes. Mais quand il faut transporter la houille à dos de mulet, comment lutter dans les ports contre le charbon étranger, anglais surtout '? » Et si l'on voulait

i. Cf. Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n"" 2289. Pendant longtemps, il en a été de même pour le poisson de la Méditerranée. Entre Alméria et Carthagène, le petit port de Garrucha avait une flotte et une population de pécheurs, qui n'ont pu gagner leur vie qu'après la construction toute récente du chemin de fer de Grenade.

2. Cf. Diplomatie and Consular Reports j Annual Séries, n" 2143.

étudier la justice, les finances et les monopoles 1... Nous avons déjà vu le monopole des tabacs empêchant la culture andalouse. La loi de juin 1897 a donné le monopole des explosifs à une compagnie madrilène, qui s'est empressée de faire fermer toutes les fabriques de poudre, dynamite, etc., et qui a fait monter les vingt-cinq kilogrammes de dynamite de 42 à 75 pesetas, tout en ne fournissant encore que des qualités inférieures. V Union Minière propose à l'État, s'il consent à supprimer ce monopole, de lui payer annuellement les trois millions de pesetas que ce monopole lui rapporte. Mais les spéculateurs de Madrid ont fait rejeter cette offre et continuent d'entraver ou de surcharger iniquement l'exploitation minière de la péninsule.

L'agriculture à son tour se plaint avec raison que les déserts de l'Espagne centrale ne puissent pas être défrichés, faute de routes et faute aussi d'encouragements qui tourneraient vers ces champs des Castilles la trop nombreuse émigration espagnole, dont profite à l'heure actuelle TAlgérie française. En Andalousie même, à quoi bon cultiver les régions éloignées de la côte, d'où l'on ne pourra pas exporter les produits? « Des milliers de paysans ne trouvent plus à gagner leur vie et vont chercher leur pain à l'étranger, pour le plus grand dommage de l'Andalousie : je suis sûr, ajoute un consul anglais, que nos jeunes compatriotes découvriraient à l'expérience que l'Espagne méridionale est une terre de colonisation ou de fermage et que leurs capitaux placés ici leur rap-

porteraient môme plus que dans T Amérique du sud*.»

EtTEspagne tout entière a pu se croire, en 1898, à la veille de la famine par la folle administration de ces gens de Madrid : le prix du pain toujours augmenté fit éclater des émeutes populaires; il fallut enfin supprimer ou suspendre la douane du blé. Car TEspagne, ne pouvant suffire à sa consommation de blé, a toujours dû recourir à Timportation. Quand elle avait le monopole colonial, elle trouvait juste et rationnel de rendre aux gens de Madrid, sous forme de douane, une partie des bénéfices que lui procurait Talimentation de Cuba et des Philippines, Mais en janvier 1898, après la perte des colonies, quand nos gens de Madrid voulurent continuer leurs opérations douanières — droit de 10 à 50 pesetas par 100 kilogrammes de blé, de 10 à 30 pesetas par 100 kilogrammes de farine, — le blé monta à de tels prix qu'il fallut l'intervention publique contre les accapareurs. Madrid défendit alors pendant quatre mois (mai-août 1898) l'exportation des vivres, céréales, légumes, pommes de terre, etc. : pour apaiser le peuple des villes, on ruina le florissant commerce des maraîchers de la côte.

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