‹ L'affaire marocaineChapitre 18 sur 26 · Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n · texte numérisé non relu

Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n

En fin de compte, cet admirable effort de TEspagne régénérée risque d'échouer lamentablement contre rignorance ou la malhonnêteté de ses maîtres. Cet honnête pays (les consuls, tous ensemble, vantent Thonnêteté profonde du commerce espagnol au cours de la crise cubaine) se débat aux mains louches de Madrid. Mais voici, pour la première fois depuis quatre siècles, que l'Espagne semble avoir pris la résolution d'échapper à ses exploitants.

En 1898, la Chambre de Commerce de Séville décida de faire appel à toutes les Chambres de Commerce du royaume. Chaque année, depuis 1898, ces Chambres de Commerce se sont syndiquées en une sorte de concile national, — « Union nationale », disent elles, — qui, loin de Madrid, a tenu ses assises dans quelqu'une des glorieuses métropoles de jadis, Cadix, Saragosse, Valladolid*. En face de Madrid, il semble donc que la nation va relever la tête et que l'Espagne soit aujourd'hui à la veille des mêmes luttes sociales et économiques, qui, de l'Angleterre féodale de 1800, firent la grande Angleterre libérale de 1850.

i. Cf. Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n" 2245. A gênerai Assembly of the spanish Ghambers of Commerce was held at Saragossa (nov. 1898). AUhough it bas as yet led io no practical resuit, the fact at ail is a proof of the gênerai anxiety among a large and influential portion of tbe nation to take immédiate steps for tbe improvement of trade.

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Mol pour mol, les Espagnols pourraient reprendre le programme des radicaux anglais de 1830 : peace, reform and retranchment,

i^ La paix, c'est-à-dire Tabolition de cette exploitation militaire, qui a fait la honte et la ruine du pays, qui Ta chargé des crimes et des dettes de Cuba, et qui n'a pu lui épargner ni les misères ni les terreurs de la défaite : Cadix et la Corogne, pendant Tannée 1898, n'ont pas vécu, s'attendant chaque jour au bombardement américain, et, sous cette menace, toutes les côtes de l'Espagne virent un exode des riches familles vers les premières villes de l'intérieur *. Il est temps d'en finir avec ce budget militaire qui n'a plus aucune raison d'absorber le quart des recettes publiques. L'Espagne n'a plus aujourd'hui de colonies à maîtriser; en Europe, aucun ennemi ne la menacera jamais : à quoi bon dépenser annuellement 154 millions pour la guerre, alors que la seule marine appelée à rendre des services ne coûte plus que 35 millions?

2° La réformcy c'est-à-dire le renversement de la tyrannie cléricale, la résurrection à la liberté, à la vérité, à la science, à l'esprit. Bilbao déjà sait, par expérience, que sa fortune actuelle est sortie tout entière de ses écoles d'ingénieurs, de marine et de commerce, et toute l'Espagne est en train de se convertir aux mêmes idées :

1. Cf. Diplomatie and Consular Reports^ Annual Séries^ no2289 : The influx (à Grenade) of many familles from the coast who sought a refuge when a gênerai bombardment of the seaports by an American squadron was feared.

L'introduction d'usines et de comptoirs, écrit le consul anglais de Madrid*, et les occasions de travail qui s'offrent maintenant à toute la main-d'œuvre un peu dégrossie, ont réveillé jusque dans les moindres villes de province le besoin d'instruction. Les districts ruraux eux-mêmes s'intéressent à l'enseignement, qui les met à même d'exiger de meilleurs salaires. C'est le manque d'instruction des petites villes et des bourgs qui arrête un peu le rapide progrès de la vie industrielle. L'agriculture aussi en est asservie à ses méthodes et outillages surannés. Le paysan illettré ne peut déchiffrer le moindre papier, manuel, journal ou réclame, qui lui ferait connaître les nouvelles machines, les nouveaux engrais, toutes les innovations destinées à décupler la production en diminuant le travail.... Dans le commerce des vins surtout, ajoute le consul de Tarragone, cette ignorance du paysan est une énorme cause de ruine.

3® Véconomie, c'est-à-dire la suppression du gaspillage et du bavardage politiciens, l'économie de temps, de travail et d'argent : est-il vraiment bien utile de dépenser 40 millions pour le culte alors que l'instruction ne reçoit que 43 millions? Les Chambres de Commerce ont appris, par l'administration de leurs ports et marchés, de quelle importance vitale est, en un budget bien étudié, l'équilibre réel des recettes et des dépenses; elles ont éprouvé surtout de quelles surtaxes grevait leurs échanges cette incurie des politiciens qui, follement, ont livré le crédit et les gains du royaume à cette Banque d'Espagne dont les spéculations avaient fait monter et maintenu le change à 35 et 40 p. 100.

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