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Diplomatie and Consular ReporU, Annual Séries^ n

Paix, réforme, économie, le commerce espagnol réclame ces trois points et il semblé bien que la nation saura les obtenir. Ce programme national fut très nettement formulé dès novembre 1898 par le congrès des Chambres de Commerce à Saragosse :

1** Établissement et publication d'un budget public clair et exact ; 2^ Unification de la dette et réduction des intérêts; 3* Équilibre du budget obtenu par une réduction des dépenses; 4* Réduction des pensions ;

5° Réduction des privilèges et billets de la Banque d'Espagne ; 6" Révision et réduction des tarifs de transports ; 7* Incompatibilité de tout mandat législatif avec la situation d'administrateur de banques, compagnies et sociétés à monopole public.

Ce programme national aura sans doute contre lui trois des maîtres de Madrid, aux revenus desquels il porterait un coup trop rude. Prêtres, politiciens et généraux n'ont aucun penchant à ces mesures d'honnêteté et de sagesse. Ce n'est pas que ces bons bergers ne sentent pas venir la révolte du troupeau : depuis trois ans, chacun d'eux a rivalisé de zèle pour rejeter la faute sur autrui et sauver son propre pouvoir. On a entendu les généraux, par la bouche d'un Weyler, se proclamer les champions de l'industrie et du travail contre l'inertie et le gaspillage parlementaires. Les prêtres, en maints endroits, on fait cause commune avec les revendications particularistes. Les

politiciens ont dénoncé l'exploitation et, comme on dit outre-Pyrénées, la lèpre cléricale : profitant du mouvement d'opinion que la pièce anticléricale de M. Gaidoz, Electra, a soulevé dans toute TEspagne, M. Canalejas promenait de ville en ville ses prédications laïques et réformatrices.

L'Espagne connaît la juste valeur de ces apparentes disputes. Elle sait que tous ces gens de Madrid resteront ligués contre ses intérêts. « Le temps est passé, dit l'Union Nationale en son premier manifeste, de la confiance aux pouvoirs publics. » Et elle nomme un comité permanent chargé de mener à efTet les résolutions et désirs du commerce et de l'industrie. Et elle organise une grève des contribuables qui arrache aux gens de Madrid des promesses de décentralisation (mars 1899).

Mais le roi? Les premières paroles d'Alphonse XII avaient été : « Je ne cesserai jamais d'être un bon Espagnol, un bon catholique comme tous mes prédécesseurs et, comme un homme du siècle, un vrai libéral ». Il semble bien qu'Alphonse XIII doive être autre chose encore : le maître et tout à la fois le serviteur de la nation contre ceux qui l'exploitent.

Un roi vraiment national, c'est-à-dire honnête, travailleur et démocrate, aurait un si beau rôle en ce pays si bien pourvu, à cette heure décisive I Être le roi de l'Espagne et non plus le soliveau de Madrid ! le chef de la nation et non plus le traitant du peuple? Si la fortune réservait à nos voisins un souverain de cette taille, les destinées de l'Espagne pourraient

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encore éblouir le monde : car, placée sur toutes les grandes routes terrestres et maritimes du commerce futur, l'Espagne peut redevenir au siècle prochain une grande puissance.

Les choses espagnoles offrent toujours de terribles surprises : ce roi aura-i-il seulement le temps de devenir un homme? Au jour même de sa majorité légale, on a pu craindre pour sa vie, et Barcelone couve un feu terrible, car, seule de toute FEspagne, Barcelone (avec ses dépendances naturelles, la Catalogne et les Baléares ') n'a pas eu à se réjouir longtemps de la perte des colonies. Ses exportations avaient constamment progressé depuis 1886. La moyenne annuelle avait été : de 1886 à 1890, 114 millions depeselas ; de 1890 à 1895, 162 millions ; en 1896 et 1897 ; 170 et 176 millions. La chute en 1898 fut rapide, 147 millions, et en 1899 elle a continué, 136 millions. Cette baisse énorme, ajoute le consul français, est due uniquement à la perte des colonies; malgré Tégalité de traitement douanier concédé par les États- Unis, les produits espagnols lutteront difficilement à Cuba contre la concurrence américaine'.

Pour 1901, le rapport du consul anglais est plus

1. Cf. Diplomatie and Consulat Reports, Annual Séries, n° 2110. The trouble in Cuba bas almoBt ruined this island (Menorca). The manufacture of boots and shoes has been for a great many years the most important trade of Mahon and Ihe other towns. Thèse articles were largeiy exported, principally to Cuba, and the business yielded very fair profit and had a benificial ellect on many dilTerent branches of trade.

2. Rapports commerciaux, n° 4. Cf. Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries^ n° 2651*

pessimiste encore : « La perte des colonies produit maintenant tous ses résultats. Vers Cuba, Porto-Ricp et les Philippines, les exportations de Barcelone étaient encore de 70 millions (pesetas) en 1899; elles sont tombées à 9 millions en 1900, à 1800000 pesetas en 1901. La Catalogne a pourtant augmenté ses achats de coton : elle a aujourd'hui une consommation annuelle de 300000 balles. Elle a augmenté de même ses importations de charbon : 750000 tonnes, dont 600 000 environ de charbon anglais. Elle cherche à étendre sa clientèle à Tintérieur même du royaume » * . Mais, à rintérieur de TEspagne, Barcelone n'a pas encore la clientèle suffisante pour remplacer les marchés coloniaux. Ses intérêts et ses désirs sont d'ailleurs fo.rcément contraires à ceux des autres villes du royaume; l'Espagne du vin ou des métaux arrivera tôt ou tard à réclamer l'abaissement, la suppression peut-être, des tarifs douaniers : le libre-échange lui assurerait au dedans la vie au meilleur marché possible, et ouvrirait au dehors toutes les portes à ses propres produits. Barcelone a besoin, pour défendre son industrie, d'une pesante armure de protection et, pour défendre son commerce, elle réclame un port libre que le reste de l'Espagne ne veut pas lui concéder : « On a beaucoup parlé, écrit en 1902 le consul anglais, de ce port libre. Un rapport détaillé est parti pour Madrid, avec un plan dressé par la commission compétente. Mais, depuis, on a plus eu aucune nou-

1. Diplomatie and Consular Reports, Annual Séries, n° 2856. l'affaire mahocaime. 16

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relie. Le dninage do delU de la liobregat en serait la condi;ion ptvjiinîiiaîie et le chemin de fer de la Cerdagne en serait le com|^nient obligatoire. Car de Barcelone à RipoU et de Rîpoll à Puycerda, pour redescendie par Ax vers Toulouse, ce chemin de fer, disent les importateois de Barcelone, serait la voie ferrée la plus courte entre la Méditerranée et TOcéan. Barcelone sor la Méditefranée deviendrait le correspondant le plus dûect de Bordeaux et de la Palice, qui gagneraient 60 ou 70 milles à ce trajet sur celui de Marseille* «. Mais, qu*il s'agisse du port libre ou du chemin de fer, les gens de Madrid ont bien peu cure des besoins de Barcelone.

Barcelone, peu à peu, se persuade qu'elle n a rien à ^gner et tout à perdre dans Tunion espagnole. Travaillée depuis longtemps par les idées séparatistes de ses Catalans et par les idées révolutionnaires de ses socialistes et anarchistes; tyrannisée par les sociétés secrètes qui, brusquement au printemps de 1902, décrétèrent et imposèrent celte grève générale à laquelle personne aujourd'hui encore ne peut rien comprendre; ulcérée par les répressions brutales dont les généraux ou policiers de Madrid ensanglantèrent ses rues; dominée surtout par cette bastille de Mont-Juich qui, chaque jour, lui rappelle les tortures et pendaisons de centaines de patriotes : Barcelone est toute prête à la révolte, à la révolution; chaque année, elle fait un pas vers la séparait Diplomatie and Consulat* Reporte, Annual Séries^ n^ 2856.

lion ; la guerre fédéraliste ne serait pas pour lui déplaire.

Or Barcelone jouit d'une grande influence sur la démocratie espagnole. La bourgeoisie des Chambres de Commerce peut, à coup sûr, ne pas désirer la suppression du gouvernement de Madrid ni de la royauté : la réforme administrative accomplie par un roi politique suffirait à contenter les désirs et les intérêts du bourgeois. Mais le peuple de la péninsule a toujours gardé le secret amour de ses fueros locaux, de son antique vie provinciale, et les projets de république fédéraliste ont partout des adhérents.

Cet incendie de Barcelone va-t-il éclater et détruire en quelques heures, avec les restes de Tantique royauté, les germes de la prospérité à peine reconquise? Quand il s'agit de la malchanceuse Espagne, il faut s'attendre au pire.

Vers la fin de 1869, au palais des Tuileries, la gouvernante des demoiselles d'Albe, nièces de l'impératrice Eugénie, faisait lire à ses élèves la correspondance de Mme de Maintenon. Il y était question de riches tapisseries, envoyées par Louis XIV à la famille d'Albe, à l'occasion du mariage de Berwick. Les petites princesses, qui n'avaient jamais vu ce cadeau du grand roi, interrogèrent leur tante, qui ne le connaissait pas davantage, mais qui le fit rechercher dans les demeures espagnoles de la noble maison. Dans l'un des châteaux de province, on finit par retrouver, non déclouées, les caisses venues de France au début du xviii* siècle; non déclouées, on les renvoya en France

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h rimpératrice Eogénie. Onrertes, elles livrèrent leurs tapisseries presque intactes, merTeiUeuses de beauté et de richesse. Elles furent portées à Saint-Cloud — Six mois après, ces malheureuses tapisseries d'Espagne brûlaient dans le bombardement et Tincendie de 1871.

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