‹ L'affaire marocaineChapitre 7 sur 26 · Livre jaune^ p. H · texte numérisé non relu

Livre jaune^ p. H

térôt politique est d'accord avec rhumanité pour nous conseiller quelques sacrifices immédiats. Lettre de M. Jonnart, le 18 octobre 1904 :

L*état d'anarchie qui règne actuellement dans Tanialat d'Oudjda a amené le représentant du sultan dans cette ville à solliciter pour les Mehaia et les Angad rautorisation d'envoyer leurs troupeaux sur notre territoire. Cette demande ne pouvait être accueillie en raison de Tinsuffisance des pilturages sur nos confins. Mais, étant donnée la panique extrême qui s'est produite dans la région d*Oudjda, de forts groupes ont traversé la frontière. Je n'ai pas cru devoir les faire refouler en territoire marocain, car ils auraient probablement rejoint Bou-Hamara et Bou-Amama et grossi le nombre des pillards qui tiennent constamment nos troupes en éveil. Ces groupes marocains ont été provisoirement autorisés à s'installer...

Mais il s'agit là d'une solution toute provisoire, et il est certain que la présence de ces Marocains sur notre frontière peut devenir une cause de conflits et de sérieux ennuis.

Cette lettre dans le Livre jaune est incomplète; M. Delcassé, en la résumant à M. Saint-René Taillandier, ajoute :

M. Jonnart me prie de lui faire connaître s'il doit « faire reconduire ces réfugiés et leurs troupeaux à la frontière ou rechercher s'il est possible de les installer assez loin de cette frontière ». En ce dernier cas, le Makhzen devrait nous tenir compte des dépenses et indemnités afférentes au séjour des Marocains sur notre territoire.

M. Saint-René Taillandier se hâte de répondre :

Je crois que nous ne pourrions faire reconduire à la frontière les Marocains réfugiés et leurs tioupeaux sans

aller à rencontre de nos procédés traditionnels et de nos promesses d'assistance amicale. Le cas actuel a de nombreux précédents. En 1899, les Mehaïa nous demandèrent refuge : le Gouverneur général accueillit leur requête moyennant un droit de pacage.

Réplique de M. Jonnarl :

Je reconnais les inconvénients qu'il y aurait à refouler sur territoire marocain les tribus réfugiées. Je vais m'efforcer de les cantonner dans une région où leur présence ne sera pas trop préjudiciable à nos sujets algériens; mais la rétribution qui peut être exigée de ces Marocains ne couvrira certainement pas le dommage causé par leur installation sur les terrains de parcours, qui dans toutes les régions de l'Algérie sont déjà insuffisants pour nos tribus. Je ne puis donc considérer comme sans importance cette nouvelle et fâcheuse conséquence de l'insécurité, que le Makhzen est impuissant à faire cesser sur notre frontière, et j'insiste pour que l'attention du gouvernement Chérifîen soit attirée sur cet état de choses.

C'est toujours la politique du paiement immédiat : « Il serait bon que notre entente avec le Maroc se traduisît par quelques mesures profitables aux deux parties », dit ailleurs le gouverneur général *.

Tel n'était pas l'esprit des accords de 1902 : notre entente avec le Maroc, pour être un jour utile, devait au contraire se traduire immédiatement — quelle que fût la conduite des gens de Fez, leur foi réellement bonne ou peut-être douteuse, — par des sacrifices, des cadeaux, des avances de notre part, afin d'augmenter chaque jour les dettes du Chérif à notre

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