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LE COMBLEMENT DU LAC D’'ANTIOCHE

La présence d’un lac constitue un phénomène géologique temporaire qui tend à disparaître, par l’accumulation des matériaux solides entraînés par ses affluents, et à se transiormer en une plaine d’alluvions. Cette évolution est d’autant plus rapide que la cuvette lacustre est moins profonde et se trouve alimentée par un bassin versant plus étendu. Or, la profondeur maximum du lac d’Antioche est de 4 m. ; sa surface est de 90 km, et celle du bassin drainé par ses affluents de 6.300 km?.

Les roches désagrégées sur les flancs marneux de l’Amanus ou sur les plateaux crayeux du Kurd Dagh sont entraînées par les torrents, issus de ces montagnes ; les blocs compacts et les galets forment les cônes de déjeetion, au pied des massifs ou sur la périphérie des marais ; les sables et gravillons roulés sur le fond, sont arrêtés par la végétation ; les sédiments en suspension, qui arrivent dans les zones inondées, se distribuent en raison de leur diamètre : les plus gros s'arrêtent immédiatement et vont former un delta qui, d’abord immergé, émergera peu à peu et s’étendra vers l’amont ; les sédiments plus fins s’allongent dans la cuvette lacustre, et il en est de si ténus qu'ils s’écoulent par le déversoir, en même temps que les éléments colloïdaux.

La décantation de ces sédiments, dans le lac et les marais, provoque un exhaussement du fond et une extension des surfaces inondées, d’année en année. Les habitants riverains de l'Amouk rapportent, en effet, qu’au témoignage de leurs ancêtres, les marais auraient été moins étendus dans le passé et que des terrains actuellement sous l’eau auraient été mis en valeur, il y a moins d’un siècle, à peu près 1,

Essayons de déterminer l’exhaussement annuel du lac et d’évaluer la durée nécessaire à son comblement par les alluvions.

Nous avons déjà rappelé que ses affluents présentent, dans leur généralité, un régime torrentiel semblable à celui de l’Afrine. En généralisant à ces différents affluents, la charge moyenne des eaux de l’Afrine en sédiments suspendus (65 m% par km?), le volume charrié s’éleverait au total à 410.000 m% par an et produirait une sédimentation annuelle de 4 m/m à environ.

1. Il n’est pas sans intérêt de rappeler à cet égard l'importance de la sédimentation due à l’Oronte, au voisinage d'Antioche : en effet, des fouilles archéologiques récentes, dans les parties basses de la ville, ont décelé la couche hellénistique, à 11 m. de profondeur par rapport au niveau actuel du fleuve ; cette couche est noyée par l'infiltration des eaux souterraines et enterrée sous les alluvions. Ainsi, au cours des siècles, l'Oronte alluvionne son lit à l'aval, et par là, il contribue en partie à l'extension des marais de l’Amouk.

Le volume de la cuvette, limité à son niveau d’étiage (81 m. 50) étant de 200 millions de m*, son comblement par les troubles tenus en suspension serait obtenu dans une période de 500 ans. Toutefois, ce comblement ne peut être réalisé, sans que les affluents remblayent leurs lits et leurs deltas respectifs, ainsi que les marais avoisinants, pour réserver la pente nécessaire à l’écoulement des eaux.

Les marais du Mourad Pacha et du Kara Sou (110 km?) seraient ainsi surélevés de 1 m. 50 en moyenne, et ceux de l’Afrine (47 km?), de 0 m. 75 environ ; ce remblayage représente à lui seul un volume de 200 millions de m° ; en tenant compte du comblement des thalwegs avec une pente de 2 pour 1000, la durée du comblement du lacserait de 1500 ans environ.

Rappelons que la période caleulée par Collet pour le comblement du lac de Genève (volume : 89 milliards de m) par les alluvions du Rhône, serait

de 42.000 ans.

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