CHAPITRE 1er
Le Soudan égyptien, TEgypte et le Nil
Le Nil dont la pente est insensible de Ouadelaï (670 m.) à Khartoum (378 m.) se heurte en aval de cette dernière ville, au relèvement des steppes deBayouda, qui prolongent les plateaux du Darfour et du Kordofan ; ceux-ci se relèvent lentement au sud-ouest pour se souder au pays des Rivières ; sur l'autre rive du Nil, à Test, les plateaux abyssins descendent en terrasses vers le fleuve. L'ensemble de ce double cadre et de la plaine fluviale qu'il entoure forme le Soudan Egyptien.
Sur les glacis extérieurs de l'Abyssinie, des montagnes volcaniques, profondément sillonnées par les érosions, constituent la région des Bertas ; les vallées moyennes de TAbaï et du Takazzé sont fertiles, peuplées par de nombreux indigènes d'origine galla, très
bons agriculteurs ; si Ton s'avance vers la mer Rouge, •on rencontre des rivières qui s'atrophient dans les sables : le Mareb n'atteint pas toujours Kassala, le Barka disparaît à Tokar sans arriver à la côte ; le coton et le tabac sont cultivés sur leur cours supérieur, puis ces fleuves traversent une savane à g-rands fauves, plus bas enfin ils touchent la steppe et leurs eaux ne se révèlent plus que par des chapelets d'oasis. Des alluvions aurifères ont été découvertes à la chute des dernières falaises abyssines, sur l'Abaï ; les indigènes Beni- Chongouls les lavaient nag-uère, en tirant de quoi rémunérer leur travail rudimentaire ; mais le gouvernement égyptien, qui voulut les reprendre à son compte, fut obligé d'y renoncer : ici comme en tant d'autres régions de l'Afrique, au Soudan occidental par exemple (ou encore et sous réserve des explorations ultérieures, à Madagascar) la teneur en or des alluvions est trop faible pour supporter les frais d'une exploitation industrielle.
Les fleuves affluents du Nil sont encaissés dans un plateau de moins en moins arrosé, parsemé de baobabs, avec quelques saillies granitiques, dont l'altitude va jusqu'à 800 mètres ; les oasis de Kassala sont dominées de 300 mètres environ par une de ces buttes, dont le sommet rocheux et ras apparaît de loin, cerclé d'une ceinture sombre de palmiers. Le pays, si l'on peut ainsi dire, tourne le dos à la mer Rouge, dont il est séparé par une série de falaises d'un millier de mètres; on franchit ce bourrelet à 900 mètres sur la route de Souakim à Berber.
Cette route marque bien une limite géographique, et dans l'histoire même elle a joué un grand rôle : c'est par elle que Tislam est remonté le long des vallées abyssines, attaquant peu à peu les populations. gallas qui occupent les terrasses inférieures de TAbyssinie, longeant d'autre part les remparts du Bayouda pour gagner Khartoum, le Darfour et pénétrer dans l'Afrique centrale ; Souakim, dans la vie religieuse de l'islam contemporain, est encore une des cités les plus importantes ; là s'embarquent, pour Djedda et la Mecque, tous les musulmans qui arrivent de l'ouest, venant quelquefois du Tchad ou môme des bords du Niger ; Souakim est donc un point singulier sur une grande voie des pèlerinages musulmans. C'était naguère un port de chargement pour les esclaves, capturés par les traitants arabes parmi les pacifiques agriculteurs des plaines nilotiques.
Le mélange des races, arabes et nègres, s'est fait le long de cette route et de ses prolongements : les savanes sont peuplées de pasteurs demi-nomades, pillards et belliqueux, lesBaggaras, lesChoukourichs, les Beni-Amers ; le type sémitique s'accuse à mesure qu'on est plus près de la mer Rouge, c'est-à-dire des ports d'accès des Arabes ; au contraire, si l'on remonte le Nil vers Fachoda, ce sont des nègres de mieux en mieux caractérisés, des Chillouks, des Bertas qui sont sédentaires, agriculteurs ou pécheurs ; on sait qu'ils ont soutenu des luttes contre des caravanes de pèlerins musulmans, qui ne dédaignaient pas plus que les croisés du moyen âge de se détourner pour s'enrichir au
passag'e ; on observe cependant que la plupart de leurs chefs sont fortement métissés d'arabes.
Pendant longtemps, Souakim a été le port du Soudan Egyptien, car la voie du Nil, couloir coupé de cataractes en plein désert, était trop longue et peu fréquentée : le Sahara interposait, ici comme dans TAfrique Occidentale, un obstacle rarement franchi ; ces conditions sont aujourd'hui transformées par l'établissement du chemin de fer de Khartoum ; mais Schw^einfurth et Junkeront encore débarqué à Souakim, et suivi vers le Haut-Nil la route historique ; tous deux avaient cependant préparé leurs équipements dans le delta du Nil ; Schw^einfurth avait des lettres du Khédive pour les marchands de Khartoum : il passa par où passaient alors les traitants, leurs marchandises et leurs courriers.
Souakim, tête de cette ligne de pénétration, est partagée en deux quartiers, l'un sur une île de coraux, l'autre sur la terre ferme ; le climat en est brûlant comme celui de Massaoua, la plage de sable, dont l'aveuglante réverbération fatigue beaucoup la vue chez les Européens, est également étroite et relevée par une falaise où se nichent les habitations les moins désagréables; le port est retranché au fond d'un chenal dont la navigation est plus facile que l'accès, tortueux à travers les récifs de coraux; la population, mélangée de Grecs, d'Arabes, d'Indous et de quelques résidents européens, est d'environ 12.000 habitants ; une chaussée, portant un petit railway, rattache l'île au continent.
Dans l'intérieur, telle Saati près de Massaouah, des oasis sont posées au-dessus des fonds où disparaissent
les eaux venues d*amont, celles d*El Teb sur le Barka, celles de Sinkat, étape sur la route de Berber ; la salubrité de ces dernières est la meilleure ; Tair lourd et humide d'El Teb est plus malsain pour les Européens que la chaleur sèche de la côte ; Sinkat doit sa supériorité à sa plus grande altitude ; elle est perchée sur la falaise, tandis qu'El Teb est en plaine, à l'issue d'une vallée encaissée qui n'arrive pas jusqu'à la mer. Entre Souakim et Berber, le paysage est saharien : plateaux de sable, mamelons couverts d'une herbe pauvre et grise, bouquets de gommiers, les palmiers en groupes autour des puits ; les caravanes sont montées à chameaux.
Berber, à la rencontre de cette route et du Nil, occupe la position naturellement indiquée d'une grande ville ; elle est située à 350 mètres d'altitude, entre les sixième et cinquième cataractes du fleuve ; elle ne commande donc sur celui-ci qu'un bief de peu d'étendue, mais qui, en fait, s'allonge beaucoup vers le sud par le confluent del'Atbara ; la vallée de cette rivière, irrégulière au milieu des steppes, conduit sur les oasis du groupe de Kassala ; la position de Berber, à droite du fleuve marque, comme celle du Caire, que la ville attend ses ravitaillements surtout des pays de l'est ; elle abrite ainsi ses entrepôts contre les bandes nomades qui vagabondent sur les plateaux de Bayouda ; ses maisons à terrasses sont entourées de jardins, les riches traitants arabes y vivaient jadis bourgeoisement, avec ce confort de vêtement et de table, cette largesse d'hospitalité qui sont si remarquées, auprès de l'indigence nègre, par les voya-
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geurs étrangers; plusieurs puissances européennes, à Tépoque de la grandeur du Soudan égyptien, étaient représentées à Berber par des consuls.
Le Nil soudanienfinità Berber; déjàdepuislasixième cataracte, il est entré dans la steppe de Bajouda, plateau sableux dont Taltitude atteint 1000 mètres ; aussi de toute antiquitéy eut-il là une ville importante, marché de jonction entre les routes qui descendent du Haut- Nil et de TAbyssinie et le commun tronçon qui les prolonge vers un port de la mer Rouge : à côté de Metammeh-Chendi, double entrepôt qui assure aujourd'hui le passage d'une riveàTautre, les ruines de Méroé dressent leurs pyramides, témoins de Tantique civilisation égyptienne. Strabon fait de Méroé la capitale du pays qu'il appelle Ethiopie, et qui englobe le Soudan Egyptien et TAbyssinie ; il rapporte qu'elle possède des mines de cuivre, de fer, d'or et de pierres précieuses, ainsi que de sel gemme ; en quoi il se trompe, mais atteste indirectement les relations antiques de Méroé avec TAbyssinie et le pays des Rivières d'où ces minerais venaient assurément.
De Lado à Khartoum, où le Nil bleu des plateaux amharas conflue dans le Nil de Fachoda, on compte sur celui-ci 1 ,620 kilomètres ; mais nous avons noté, en amont de Fachoda, qui est à peu près à mi-chemin, l'obstacle presque permanent du sett. Le Nil, dans cette immense plaine, reste soumis au régime des pluies d'été ; la saison pluvieuse est, du sud au nord, déplus en plus brève : à Khartoum, où elle est appelée kharif\ elle dure seulement de juin à septembre, développant
LE SOUDAN ET LE SAHARA Si 7
tous les miasmes et débîlîtantla santé des Européens les plus robustes ; la température moyenne de Khartoum est très élevée, voisine de 28®, elle ne baisse pas beaucoup en hiver, sauf pendant quelques journées où le vent du nord, tombant des plateaux refroidis deBayouda, la balaie de rafales rafraîchissantes, sorte de mistral toujours bien accueilli.
La plaine nilotique est entièrement couverte d*alluvions épaisses ; sur la rive g'auche, des alignements de collines annoncent et précèdent les plateaux du Kordofan ; à droite au contraire, les alluvions sont plus largement étalées, et la population indigène, rompue aux conditions d'une agriculture très spéciale, s'y presse en tribus nombreuses, plus ou moins modifiées par l'invasion de l'islam ; les collines de la rive gauche sont parcourues par lesBaggaras, arrosées seulement d'eaux temporaires et très pauvres ; de môme , dans « l'île de Méroé » , vieux nom du pays qu'entourent de trois côtés le grand Nil, l'Atbara et le Nil bleu, les parties hautes sont une région de transition entre le désert et la plaine nilotique, avec des troupeaux transhumants de chevaux et de chameaux, des mimosées et des indigènes deminomades groupés autour de chefs musulmans.
La plaine du Nil, habitée par des nègres cultivateurs, est beaucoup plus riche ; le long du fleuve, avant l'insurrection mahdiste, le gouvernement égyptien avait tenté des plantations de coton, de bananes, de canne à sucre ; Sennaar, ville aujourd'hui déchue du Nil blanc, posséda sous Méhémet Ali plusieurs usines sucrières.
Mais, avant même les Mahdistes, ce sont les conque-^ L'Afrique. 13
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rants égyptiens eux-mêmes qui épuisèrent le Soudan nilotiquc ; les indigènes leur étateot moins des auxiliaires de culture que des esclaves à chasser cl diriger pour la vente sur les marchés du delta ou de l'Arabie; de proche en proche, les traitants de Khartoum s'enfoncèrent dans le pays des Rivières, précédantle gouvernement égyptien qui, faute de pouvoir les détruire, en faisait ses fonctionnaires ; les zéribas s'avançaient ainsi de Khartoum vers le sud-ouest ; chacune d'elles, avec ses habitations de mattre presque luxueuses, sa ceinture de champs cultivés par des captifs, ses magasins d'ivoire, représentait la ruine de tout un district indigène et la pert« de plusieurs centaines d'existences. Aussi les populations noires ont-elles été facilement gagnées par les Mahdistes, dont le chef se présentait comme le vengeur contre les oppresseurs égyptiens ; c'est sur le Nil, entre Khartoum et Fachoda, que le Mahdi remporta en 1882 ses premiers succès.
Khartoum, dans l'intérieur du confluent des deux Nils, était au temps de Schweinfurth la capitale des négociants arabes disséminés dans le haut pays ; de là, le service du fleuve était fait jusqu'à Mechra-er-Rek par de grandes pirogues en bois d'acacia, montées par une trcniaine de rameurs et de gabiers, car on allait souà la voile ; en 1876, Gordon ayant pris en mains lînistration de ces provinces, Junker vit des chalouvapeur remonter régulièrement le fleuve, sauf au de juillet pendantlequel les eaux sont très basses. ■ives du Nil, pastorales et agricoles, ont été déléesde leursarbres, pourla construction des piro-
^ues d'abord, pour la chauffe des machines, ensuite ; pour en trouver des bosquets encore compacts, il faut remonter jusque chez les Chillouks, près de Fachoda. Gordon, en faisant la guerre à Tesclavag-e, avait porté un coup à la prospérité de Khartoum ; la ville n'était plus, en 1882, riche, industrieuse et presque gaie, comme quelques années auparavant ; sa population cosmopolite, mêlée d'Arabes, de Grecs, d'Italiens, était en voie de diminution. La conquête mahdiste acheva cette décadence ; toutes les voies du commerce soudanien étaient coupées désormais sur le Nil moyen, la chute de Khartoum et la mort héroïque de Gordon (janvier 1885) livrèrent pour près de quinze ans tout le Soudan égyptien au pillage et à l'anarchie ; nous dirons plus loin comment ses nouveaux maîtres, le mahdîsme enfin vaincu, s'occupent de restaurer sa fortune d'autrefois.
Le mouvement mahdiste s'est surtout développé à partir des plateaux du Darfour et du Kordofan qui se dressent à gauche de la plaine du Nil. Depuis le fleuve, qui esta 400 mètres environ, le sol se relève lentement vers l'est ; El Obéid, capitale du Kordofan, est à 580 mètres ; El Fâcher, capitale du Darfour, à 720 ; cette dernière ville est située au pied des monts Marras, dont les sommets culminants, supérieurs à 1800 mètres, attirent quelques nuages suffisants pour former vers le Nil ou vers le Tchad des cours d'eau temporaires.
Pays de steppes, le Kordofan offre une altitude moyenne de 500 mètres ; il est traversé par des alignements montagneux de même que les terrasses occiden-
taies des plateaux d'Abyssinie ; Tune de ces saillies dominantes, en vue même d'El Obéid, atteint 850 mètres ; il tombe sur le Kordofan 0™,35 de pluie, entre juin et octobre; le reste de Tannée est entièrementsec et la température, toujours élevée, oscille peu aux environs de 30°. Nachtig'al, qui suivit en 1874 la route des pèlerins musulmans à travers le Darfour et le Kordofan, a observé qu'en ces régions se marque du nord au sud toute la g'amme des transitions entre le Soudan et le Sahara; le sud voit déjà des bœufs porteurs, tandis que dans le nord apparaissent des autruches, de plus en plus rares par suite de l'acharnement des chasseurs.
El Obéid, ville principale du Kordofan, est le centre de ralliement, la mosquée commune et le marché de tous les nomades de la rég'ion ; c'est là que le Mahdi, Mohamed Ahmed, qui était né à Dongola, établit en 4883 le siège de son empire, après avoir soumis par la famine la ville qu'il n'avait pu prendre d'assaut. Vainement, Hicks-pacha, vainqueur d'indigènes révoltés dans le Sennaar, voulut renverser le nouveau souverain du Kordofan : dans les mêmes parages où avait été gagnée en 4821 la bataille qui soumit le Kordofan à l'Egypte, ses dix mille hommes furent cernés, dispersés ou anéantis (novembre 4883) ; peu de temps après, Slalin-bey, coupé de ses communications avec le Nil, était forcé de céder le Darfour aux Mahdistes ; il avait un instant compté pour résister sur les montagnards du Marra, très hostiles aux Arabes, mais cet espoir fut déçu.
Le Mahdi avait, en effet, trouvé dans la population
de Kordofan des auxiliaires redoutés de tons les sédentaires : depuis longtemps les Bagts^aras nomades, dressés à la vie de chameliers à travers la steppe, faisaient métier de conduire des caravanes d'esclaves vers la basse Egypte, de concert avec certains fonctionnaires, et malgré l'opposition des représentants européens du Khédive ; musulmans fanatiques, il ne fat pas difficile de les décider à la guerre sainte, qui leur assurerait le mérite et le profit de piller des infidèles. Et, comme pour montrer sur quels soldats il s'appuvait et que son empire était aussi bien qu'eux nomade, le Mahdi donna l'ordre d'évacuer les maisons en briques qui formaient, disséminées parmi des champs, l'agglomération d'El Obéid ; on le remplaça par des tentes, la ville par un campement.
En arrière du Kordofan, le Darfour se compose d'un groupe d'oasis de hauteur étagées sur les monts Marras; la route des caravanes et des pèlerins franchit entre le Ouadaï et le Darfour un col à 1050 mètres ; sur ces montagnes, bien étudiées par Nachtigal, tombent en été des pluies qui viennent de l'Atlantique et forment des oueds, plus puissants à l'ouest qu'à l'est ; sur le flanc oriental des Marras, vers le Nil, le pays est sablonneux, les oueds n'atteignent qu'en des saisons exceptionnelles le lit collecteur du Bahr el Arab; mais les vallées supérieures de ces cours d'eau, enrichies par lés allu viens descendues des sommets, portent de belles moissons de céréales et seraient propres à la culture du coton ; on y relève des traces ferrugineuses ; malheureusement, le climat lourd ethumidede cescouloirs, analogueà celui
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des kollas abyssines, est très défavorable & l'établissement des étrangers.
Autour des montagnes, et de moins en moins arrosée à proportion qu'elle s'en éloigne, la savane couvre tout le Darfour ; vers le nord, poussent des baobabs dont les troacs sont évidés par les indigènes pour conserver l'eau trop rare des pluies ; le dattier ; avec son cortège d'arbuslas à piquants, annonce l'approcbc du Sahara ; des chameaux sont les seules bétes domestiques et le type arabe domine dans la population. En descendant vers le Bahr el Arab et le Dar Fertit, on atteint l'habitat des tribus négroTdes sur lesquelles les traitants des zéribas prélcvaïentleurs esclaves ; on rencontre des bœufs, ainsi que des cultures soudaniennes de blé de Turquie, d'oignons, de tabac, d'arbres k fruits.
Tout le Soudan Egyptien, par le traité du 21 mars 1899, a été abandonné par la France à la « sphère d'influence anglaise ». La réoccupation par les Anglo- Egyptiens n'est pas encore achevée, bien que les dernières garnisons françaises établies par ia mission Marchand dans le Bahr el Ghazal soient maintenant rapatriées, mais il n'est que juste de reconnaître avec quelle persévérance inéttodique les Anglais ont procédé à la destruction progressive de l'empiremahdiste; ils n'y ont pas consacré moins de trois campagnes (1896-1899), s' étant assurés entre temps de la possession de Kassala, cédée par les Italiens et d'où leurs troupes gardent les terrasses septentrionales de l'Abjs-
sinie, tout en coDfa:=.'t 1** e: ^Lï^x^n^tî ke* -c-» nomades de la steppe, «itr* la ^3-1* *« it NC îtc l>5C .
La marche des armées v-hlajiî dï ïri-ri a t:* i=:=.fdiatement siÛTie de la C'i'^^tTm^in czjï ch^s^ de fer qui double le Nil da&s la rèsi'^n des cataracîciSs. et atteint aujonrdliaî KharM-am; d.kis5> S'êté d-e I8d^. lird Kitchener enlevait K]iai1<>iuB, oa p]a^>t Omdurman. la citadelle constmile par le JlaLii sur la rive srao^^he du Nil y à portée des secours da Kordo£ui ; le % août suivant, ce général inansnraît le pont métallique de 400 mètres lancé pour le chemin de fer sur FAtbara : le 4 janvier 1900, le chemin de fer d'Ouadi-Halfa àKhartoum était livré au service public, et Ton annonçait la prochaine ouverture, dansTanciennecapitale mahdiste, d'un vaste hôtel moderne, où seraient reçus les touristes de MM. Thos, Cook et fils.
Le chemin de fer du Soudan égyptien est à voie d'un mètre ; il a été construit sous la direction des autorités militaires anglaises, et très rapidement poussé, malgré les tornades de sable qui, dans la traversée delà steppe, emportaient parfois 20 kilomètres de voie déjà posée. Mais là ne s'est pas bornée l'activité anglaise : le 10 juillet 1899, lord Cromer signait avec le ministre des affaires étrangères du Khédive un traité par lequel Souakim, port naturel du Soudan égyptien, est soustraite au régime des capitulations. En même temps, le colonel Wingate préparait contre les Mahdistes retirés dans le Kordofan un raid des plus audacieux : il eut la chance, après avoir battu le chef Ahmed Fédil, de tomber à rimproviste sur le Mahdi luî-m^me, qui se fit
bravement tuer au milieu de ses fidèles compagnons (nov. 1899) ; le Kordofan était conquis. Enfin, des études étaient commencées, de concert avec les autorités de rOugpanda, pour ouvrir un passage permanent à travers \e sett du haut Nil, dont l'interposition est non seulement un obstacle pour les communications, mais encore un danger pour la régularité des crues en Egypte. Il reste encore à soumettre le Darfour, où pourraient bien se réfugier, autour de Rabah (1), tous les mécontents pressés entre les Français du Chariet les Anglais du Kordofan. On a proposé à cet effet de lancer un chemin de fer, de Dongola sur El Fâcher, par la vallée de l'oued Melek que suivaient jadis les caravanes.
Sir William Garstin, ministre des travaux publics en Egypte, est très pessimiste sur l'avenir économique du Soudan Egyptien; il faudrait d'abord cinquante ans pour réparer les maux de longues guerres ; tout le pays en amont de Khartoum aurait peu de valeur, sauf les rives mômes du Nil, dans la mesure où l'irrigation pourrait les atteindre ; encore doit-on remarquer que la population y est devenue rare, et que le climat en est fiévreux. Cette opinion, particulièrement compétente, n'a pas arrêté la marche de l'appropriation anglaise : si lord Gromer n'est guère plus enthousiaste sur le Soudan que sir William Garstin, il parle déjà de nouveaux
(1) Des nouvelles arrivées en France pendant Timpression de ce livre (juillet 1900) ont annoncé la mort de Rabah, vaincu par la mission Gentil.
chemins de fer, l'un de Souakim à Berber, rétablissant vers un port tout anglais l'antique voie commerciale, imposant une surveillance et un péag'e à tous les pèlerins musulmans de l'Afrique soudanienne, l'autre, plus particulièrement stratégique du Nil navigable vers les frontières de l'Abjssinie. On peut prévoir le jour où ce dernier se joindrait, dans la vallée du Sobat, aux prolongements des lignes de l'Ouganda, tels que nous les indiquions dans un chapitre précédent. Peut-être alors les Chillouks, descendus à la faveur de la paix au delà de Fachoda ou des Indiens amenés par l'Ouganda auront-ils apporté sur le Nil moyen ce supplément nécessaire de main-d'œuvre, qui permettrait de reprendre avec chances de succès les tentatives de cultures coloniales jadis abandonnées par le gouvernementégyptien. En attendant on ne doit pas oublier que le mahdisme avait contribué à détourner au sud, du côté du Congo, le commerce issu du pays des Rivières et des monts Baghinzés ; pour renverser ce courant, il ne faudra pas moins que des avantages très notables de circulation vers le Bahr el Ghazal et le Nil ; ceci suppose à travers le sett des travaux à peine ébauchés encore ; ce n'est pas de longtemps, semble-t-il, que l'on pourra conseiller aux capitaux de colonisation de s'engager dans le Soudan égyptien.
Le confluent du Nil et l'Atbara marque à peu près la limite de la nature tropicale et du Sahara ; l'Atbara L'Afrique. ^3.
lui-même est parfois trop faible poursetratner jusqu'au Nil, tandis qu'il a de temps en temps des crues furieuses, comme celle qui emporta, dans l'été de 1899, le pontprovisoiredu chemin de fer. La steppe de Bayouda n'est pas encore le désert véritable, puisqu'on y trouve
d des pAturag^es permanents et des girafes; elle
nient plutôt à cette zone des mimosées qui, de it à l'est de l'Afrique, se déploie comme une bande ;rrompue au sud du Sahara. Mais, au delà de steppe, c'est le désert dans toute son aridité ; les s parUes dont la stérilité n'est pasabsolue sont les aj^es du littoral de la mer Roug'e, assez élevées condenser quelques pluies, et la vallée du Nil, ire parle fleuve. Celle-ci, deKhartoum au Caire, n'a loias de 2,700 kilomètres, soit une longueur comlie à celle du Danube (2,850 kilomètres). Elle détravers la Nubie une courbe immense, en forme circonstance qui ne nuit guère à la navigation, [ue ces méandres se développent dans la région peu des cataractes, mais qui par contre accroEtnolablela surface cultivable des terres ainsi gagnées sur sert.
Sahara égyptien est un plateau relevé d'ouest en ippelé Libjque à l'ouest du Nil, Arabique è l'est Qeuve et terminé le long de la mer Rouge par un sscment qui tombe à pic sur la cdte ; le rebord tal, granitique, monte jusqu'à 2000 mètres; ilcorlod à des profondeurs marines qui, très près du e, atteignent 200 mètres ; quelques coupures ou- , à des havres littoraux des routes de pénétration
vers le Nil, celle de Kosséir, dont Keneh, sur la rive droite du fleuve, est éloigné seulement de iOO kilomètres ; celle de Bérénice, dont le port abandonné au jourd'hui fut à l'époque alexandrine le point de départ d'échanges actifs avec Sjène (Assouan), en aval de la première cataracte. Ces montagnes sont arrosées par quelques pluies venues du nord en hiver, venues du sud en été ; elles ont des pâturages ramassés autour des points d'eau.
La vallée du Nil est creusée dans le désert, dont la falaise domine le cours de 50 à 350 mètres ; le sol superficiel du plateau, formé de grès délités par les éro* sions, est traversé de dunes que le vent accumule sur les moindres obstacles, et aussi de quelques alignements volcaniques, qui déterminent les rapides appelés, d'un nom qui ne les qualifie pas tous exactement, des cataractes. Le climat du plateau est celui de tout le Sahara, continental, très sec, au point que les corps abandonnés à l'air libre se momifient sans se corrompre ; l'atmosphère est pure, sauf pendant les tempêtes de sable qui la chargent d'une impalpable poussière rougeâtre, assez fine pour pénétrer dans les milieux les mieux clos, assez épaisse pour embrumer l'horizon et voiler le soleil. Les nomades du désert arabique sont des Bagarras et des Bedjas, pasteurs chameliers, difficiles à saisir, donc à soumettre. Les steppes libyques sont encore un des coins les moins explorés de l'Afrique ; on y rencontre vers l'ouest des groupes d'oasis, celles de Koufra qui sont rattachées à la Tripolitaine, celles de Sioua qui appartiennent à l'Egypte et qui.
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évidées à 33 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, reçurent peut-être autrefois une dérivation du Nil.
Le désert de Libye est séparé de la Méditerranée par le petit plateau de Barca (ancienne Cyrénaïque), dont la hauteur est de 500 mètres et dont le climat correspond à celui de l'Afrique mineure. Cyrène fut, dans Tantiquité, une ville prospère ; les Turcs, maîtres de la Tripolitaine, ont longtemps oublié mais semblent se soucier maintenant de restaurer cette fortune au profit de Benghazi. Mais la Cyrénaïque n'est qu'une ile tempérée : elle est cernée de tous côtés par le désert, qui la presse contre la mer et ne présente, sur les routes des oasis du Fezzan (500 mètres) qu'un petit nombre de gîtes d'étape autour des puits.
Le Sahara égyptien, prolongé vers l'ouest par l'arrière Tripolitaine, est donc un pays très pauvre ; on n'y a jamais exploité que quelques carrières, quand on avait la chance d'en rencontrer près de la mer ou près du Nil : les porphyres de Kosséir étaient importés dans la basse Egypte par la mer Rouge et les canaux des Pharaons ; dans les assises calcaires de Syène ont été taillés les temples de Philé et les colosses de Thèbes ; de même les carrières dont on aperçoit encore, à l'est du Caire, les escaliers blancs, ont bâti Memphis et ses pyramides, puis les monuments arabes du Caire lui-même. Mais ce ne sont là que des exceptions, et le désert d'Egypte ne vaudrait rien, si la vallée du Nil n'y était insérée.
Depuis le sett jusqu'en aval du Khartoum, le Nil
coule tranquille entre des rives de plaine ; mais de Khartoumà Assouan, sa pente est beaucoup plus inclinée, et des cataractes ou g'roupes de rapides le coupent en six endroits di£Férents ; la navigation n'y est pas absolument interrompue, mais le cours s'y précipite entre des rochers déchiquetés à travers lesquels la circulation est dang'ereuse ; un des passages les plus caractéristiques est celui de Dong-ola, dit troisième cataracte : là, le Nil est divisé entre les flots d'un nombreux archipel, dont le principal, Argo, porte des bois et des cultures ; ce sont, dans la longue oasis qu'est la vallée du Nil elle-même, des taches de verdure plus intense et plus stable. Ces rapides étaient-ils autrefois de vraies cataractes ? Il semble bien que le fleuve, depuis l'origine de l'époque historique, a creusé son lit ; des inscriptions, des niveaux relevés sur divers points en portent témoignage.
Le climat de l'oasis nilotique est, comme celui de toutes les oasis, plus humide et plus fiévreux que celui des steppes ambiantes ; mais la population y est plus nombreuse, les terres cultivables sollicitant à la vie sédentaire. Ces Nubiens sont des nègres vigoureux, très noirs, de haute taille et de belle prestance, bien différents des fellas de la basse Egypte, agriculteurs comme eux, mais plus petits, de teint olivâtre et de visage moins arrondi ; la vallée dont ils cultivent une partie est large de quatre à cinq kilomètres, entre les falaises du désert ; parfois elle forme des bassins qui s'étalent sur 12 à 15 kilomètres, et devenaient les marchés et les centres politiques des biefs avoisinants : ainsi Mé-
raouî etDongolafurenllong'teinps les capitales de deux états, Tun musulman, Tautre chrétien. Aujourd'hui tous les Nubiens sont musulmans ; c'est parmi eux que les marchands de Khartoum recrutaient leurs meilleurs auxiliaires, pour leurs razzias d'ivoire et d'esclaves dans le haut pays ; cette carrière leur étant maintenant fermée, les Nubiens émigrent dans les villes du delta, où ils se placent comme domestiques; les plus intellig^ents deviennent interprètes, ou s'engagent pour figurer en Europe les nègres d'Afrique, rôle qui comporte d'assez nombreux emplois.
Nous n'aurions pas à nous occuper, dans le présent ouvrage, du Nil inférieur et de l'Egypte proprement dite, si l'Egypte n'était, suivant le mot d'Hérodote, un présent du Nil, si sa vie entière n'était réglée par les vicissitudes de ce fleuve de l'Afrique tropicale. L'Egypte historique commence au-dessous de la chute d'Assouan (Syène) ; depuis cette dernière cataracte, le Nil coule lentement, sans rencontrer d'autre barrière ; Thèbes, la ville aux ruines majestueuses, s'élevait un peu audessous de Syène, à l'origine d'un bassin fertile ; plus bas, depuis Siout (70 m.) on peut dire que la région deltaïque commence ; des dérivations étendent à gauche la zone d'irrigation et les eaux pénètrent même dans une dépression naturelle, le Fayoum, dont l'ancien lac Moeris était sans doute une partie aménagée par l'homme.
Le delta, sans cesse remanié, gagne sur la Méditerranée plus de deux mètres par an ; les anciens comptaient sept bouches; deux seulement sont, de nos jours.
autre chose que des chenaux temporaires, celles de Rosette (ouest) et de Damiette (est). Encore celles-ci ne sont-elles pas accessibles aux navires de mer ; le Nil, qui est un véritable transsaharien fluvial, finit donc par une sorte d'impasse. Il serait certainement possible d'améliorer le cours, dans la rég^ion des cataractes, mais on n'entrevoit pas encore le jour où, le delta ainsi transformé, le Nil serait, comme le Saint-Laurent, sillonné jusqu'au cœur du continent par des steamers venant directement d'Europe ; tel que la nature l'a fait il ne peut offrir que des sections navig-ables, sur la voie ég-yptienne de pénétration au Soudan.
On peut même se demander s'il n'y aurait pas intérêt, renonçant à le corriger pour en faire une grande voie navigable, à l'utiliser seulement comme un gigantesque canal d'irrigation. Et en effet, toute fertilité, dans la basse Egypte, procède de l'eau du Nil : que vaudraient, pour les récoltes, les 200 millimètres de pluie qui tombent chaque hiver à Alexandrie, les 34 millimètres du Caire ? Aussi, tandis que les steppes qui encadrent le Nil sont à peine parcourues par quelques tribus nomades, une population très dense se presse-telle dans la vallée inférieure du fleuve et dans le delta ; on l'évalue à 250 habitants au kilomètre carré, chiffre qui n'est atteint en Europe que dans quelques cantons de Flandre ou de Saxe et qui est ici la moyenne sur 30.000 kilomètres carrés, soit à peu près la superficie de toute la Belgique ; encore doit-on dire que la population de la basse Egypte est en voie de rapide développement.
On sait, sans qu'il soit nécessaire d'y insister, que toute l'économie de l'Egpypte dépend de la crue annuelle du Nil ; les impôts, comme les récoltes, varient selon la hauteur atteinte par les eaux du fleuve ; l'arrivée de l'inondation est anxieusement guettée chaque année par les fellas ; on l'annonce de loin, on la célèbre solennellement au Caire et Bonaparte avait compris qu'il ne pouvait mieux prouver son désir de régénérer l'Eigypte qu'en présidant cette fête populaire. Le «Nil vert » arrive vers le 10 juin à la pointe du delta, chargé des débris végétaux des forêts équatoriales ; en juillet, c'est le « Nil rouge », teint des alluvions volcaniques que TAbaï et l'Atbara lui apportent d'Abyssinie ; la crue atteint son maximum en octobre ; puis la baisse est rapide. En décembre, sur les berges évacuées par les eaux, on commence les semailles, pour récolter en avril. Les oscillations du niveau du Nil sont de moins en moins amples, d'amont en aval; elles atteignent en moyenne i5 mètres àAssouan, et 7 au Caire.
L'homme ne reste pas spectateur inactif de cette évolution annuelle ; la nécessité de ne pas perdre, pour les terres cultivées, le bénéfice d'une seule crue l'a peu à peu conduit à substituer l'irrigation canalisée à l'inondation libre par les eaux du fleuve ; il assure ainsi la régularité des moissons. Mais, s'il est intéressant, dans la basse Egypte, de profiter au mieux des crues telles qu'elles se présentent, il n'est pas moins utrle d'en régler le débit par des travaux sur le haut fleuve, car le Soudan Egyptien commande tout le cours inférieur du Nil. Les Anglais, dont l'influence politique domine au-
jourd'hui sur le Nil tout entier, n'ont pas manqué de dresser un plan général pour l'amélioration de son rég-iiiie. Ils ont judicieusement accaparé tous les postes de directeurs du service des irrigations, et tiennent ainsi les clefs de la fortune de l'Egypte.
Leur idée principale paraît être celle que nous indiquions tout à l'heure, de considérer le Nil comme un chenal naturel mais encore imparfait qui conduit jusqu'en Egypte les eaux tombées sous l'équateur, et de tie s'en servir qu'accessoirement comme voie de pénétration. Ils ont aujourd'hui renoncé au système des barrages sur le cours principal : outre le prix de ces travaux, très élevé pour un fleuve aussi large que le Nil, les constructions les plus soignées ne sont pas garanties contre le choc d'une crue exceptionnelle, et les désastres survenus dans notre province d'Oran, par exemple, ont montré les dangers de cette pratique ; on bâtit aujourd'hui des réservoirs latéraux, d'après les traditions excellentes des ingénieurs antiques du lac Moeris: le fleuve emplit, lorsqu'il monte au-dessus d'un certain niveau, ces bassins d'approvisionnement ; un simple jeu de vannes emmagasine ainsi, pour les temps de disette, un lac artificiel dont le courant ravivera le fleuve affaibli.
De grands travaux ont été entrepris pour relever le plan d'eau du Nil à Assouan ; les archéologues craignirent un instant que le souci du progrès moderne l'emportât sur le respect des plus belles ruines de l'Egypte ; l'un des projets étudiés aurait, en effet, noyé l'île de Philé; si riche en monuments anciens ; mais leurs do-
léances furent écoutées, et Philé restera intacte. Beaucoup plus loin, sur le haut Nil, nous avons dit que les Anglais se préoccupaient de percer le sett, qui forme une série de barrages puissants et capricieux. Déjà des résultats appréciables ont été obtenus : bien qu'en 1899 la crue du Nil ait été Tune des plus faibles des vingt dernières années, la surface irriguée et ensemencée a été supérieure à celle des campagnes précédentes, et seule la récolte du riz, qui demande beaucoup d'eau, a souffert de cette sécheresse relative.
Des progrès du régime du Nil dépendra la diffusion, dans la basse Egypte et le delta, de cultures riches telles que le coton et la canne à sucre ; la terre, bien arrosée, peut, sous ce climat très chaud, porter deux ou trois récoltes par an, ou communiquer une vigueur inusitée aux plantes dont la croissance n'est pas annuelle. Et ces plus-values de l'agriculture se traduisent par une plus grande richesse des habitants, par le développement du commerce, par la paix mieux assurée, par le crédit international de l'Egypte plus solide. Ce sont, il ne faut pas l'oublier, des ingénieurs français qui ont les premiers indiqué la nécessité des travaux aujourd'hui dirigés par l'Angleterre, et dont l'exécution n'est pas liée nécessairement au maintien de telle ou telle domination européenne en Egypte ; il est vrai par contre que les maîtres européens de l'Egypte seront les premiers à en profiter.
Gomme voie de pénétration le Nil, sans être déclassé, n'a pas l'importance d'une route uniformément facile : en aval de la première cataracte et jusqu'à la pointe du
delta, il est navig-able pour de grands vapeurs fluviaux, et chaque année de nombreuses caravanes de touristes — fret principal des entrepreneurs — vont ainsi visiter Siout, les ruines de Thèbes et Louqsor, Assouan et Tfle de Philé. La navigation sur le bief des cataractes, d'Assouan à Khartoum, n'est pas strictement impossible aux hautes eaux, pour des chaloupes de calaison médiocre (0"*,70), mais elle est pratiquement interdite aux transports de commerce, car elle est trop dangereuse et de plus très longue, à cause des détours du fleuve. En amont de Khartoum, on pourra,si jamais le sett est vaincu, s'avancer jusque près du lac Albert; déjà les Anglais ont en aval deFachoda une flottille de chalands et de canonnières à une roue d'arrière; on se rappelle que ces embarcations coopérèrent utilement à l'occupation de Khartoum. Mais d'ores et déjà le Nil des cataractes est abandonné pour le chemin de fer d'Ouadi-Halfa à Khartoum, sur lequel se greflFera tôt ou tard l'embranchement Berber-Souakim ; le haut Nil, en amont du sett, ressortira plus tôt peut-être à l'Afrique orientale anglaise qu'aux voies de l'Egypte.
Aujourd'hui, de quelque côté que l'on cherche des issues (et sauf les concurrences congolaises par le pays des Rivières), tous les débouchés des régions nilotiquos appartiennent à l'Angleterre, en môme temps que toute la ligne d'eau le long de laquelle on peut surveiller l'Egypte et, de fait, la gouverner. Nous n'avons pas à examiner ici si cette situation est provisoire ou définitive ; nous notons seulement que l'Egypte est le seul pays d'Afrique qui dépende d'un maître fortement
établi au Soudan. Après les fautes de notre diplomatie et de notre parlement en 1882, quelques hommes d'Etat, chez nous, s'en sont doutés ; mais on pourrait leur reprocher, puisqu'ils connaissaient la géographie de cette partie de l'Afrique, de n'avoir pas prévu le cas où d'autres, mieux outillés sur place, la connaîtraient aussi.