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CHAPITRE II Les Pays du lac Tchad

Les pays du Tchad sont une des rég-ions les plus récemment explorées de TÀfrique ; depuis les voyag'cs d'Oudney, Denhamet Glapperton (4822-24) et ceux de Barth (1850) dont la relation reste un modèle de précision scientifique, rien ne fut gagné jusqu'à ceux de Nachtig-al (1873). Plus tard, ces itinéraires furent liés à ceux du moyen Niger (Monteil, 1891) et du Congo (Mizon, 1891) ; presque rien encore, malgré les prétentions anglaises consacrées par le traité de 1890, n'a été fait pour rattacher le domaine du Tchad à ceux du Niger inférieur et de Bénoué ; mais, la jonction sur les bords du Tchad des missions françaises, Foureau-Lamy, venue d'Algérie, Meynier-Joalland, arrivant du Soudan, et Gentil, partie du Congo (1900) sera, nous devons l'espérer, le principe d'une plus exacte connaissance et d'une occupation progressive de toute cette partie de

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Depuis longtemps, des relations sont établies, du Tchad à la Méditerranée et au Nil par les caravanes de musulmans : pèlerins allant à la Mecque, par le Ouadaï, le Darfour et le Kordofan, négociants traversant le Sahara pour vendre les produits soudaniensàTripoliou Benghazi, de nombreux voyageurs indigènes mettaient ces districts reculés de l'Afrique en communication avec le reste du monde ;les rappo]:ts étaient beaucoup moins actifs entre le Tchad et le golfe de Guinée, les conditions géographiques étant très différentes sur ce littoral forestier qui manque de botes de somme.

Entre les monts du Tibesti au nord-ouest, TAïr au nord, les massifs de TAdamaoua et de Yacoba au sud, dans les plateaux des steppes subsahariennes, une dépression est creusée, dont le lac Tchad occupe la partie inférieure, réduit de nos jours à une étendue diminuée, tandis qu'il s'étalait jadis par le Bahr el Ghazal jusqu'au fond, aujourd'hui desséché, du Bodélé. Vers le Tchad convergent les eaux tombées sur les pentes occidentales des monts Marras et les terrasses du Ouadaï, et celles qui, par le Ghari-Logone drainent le seuil de liaison avec le domaine du Congo. L'Adamaoua s'épanche directement dans l'Atlantique, parla Bénoué et le Niger ; à l'ouest et au nord, le Tchad reçoit des oueds formés dans le Bornou et le Zinder.

Les monts du Tibesti ont été reconnus par Nachtigal ; ils se composent de deux massifs volcaniques, dressés

sur un socle de granit : le Koussi, à Test, a 2,600 mètres ; le Tarso, à Touest, atteint 2,700 ; la direction du soulèvement est du sud-est au nord-ouest, il se prolonge par les plateaux du Tassili et se rattache très vraisemblablement à la région montagneuse dite Anahef, que la missionFoureau-Lamy traversait à 1,350 mètres d'altitude moyenne, ainsi qu'aux massifs du Hoggar ; les monts du Tibesti sont encadrés entre deux routes de caravanes, celle du Ouadaï à Benghazi par les oasis de Koufra, et celle du Tchad à Tripoli, par Bilma et les oasis du Fezzan ; cette dernière franchit le faîte à Tétape de Tummo, par 840 mètres. Le Tibesti, touché par les pluies atlantiques, a quelques pâturages et une population de chameliers, tous musulmans qui louent et conduisent leurs animaux pour la traversée du désert. Les terrasses du Borkou et du Ouadaï s'appuient sur le revers occidental des monts du Tibesti et des Marras ; elles se soutiennent à 400 ou 500 mètres, traversées de loin en loin par des redressements isolés, suivant le type déjà étudié des pays du Nil moyen. Les fleuves nés des Marras n'ont pas la force d'arriver jusqu'au Ghari, dont le cours annonce la région des eaux permanentes : le Batha, le Bahr esSalamat se terminent par des lagunes salines. Nachtigal, ayant entendu parler de rivières qui coulaient vers l'ouest, au sud de ces steppes peu arrosées, les rattachait à l'Ouellé de Schweinfurth, mais en admettant aussi l'hypothèse de cet explorateur que l'Ouellé et le Ghari ne faisaientqu'un ;il ne se trompait donc qu'à moitié, car c'est assurément le Ghari que désignaient ses renseignements ; il ne put les vérifier

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par lui-môme, forcé par Fattitude peu amicale des habitants puis par une attaque, de paludisme de quitter le Ouadaï pour passer au Darfour.

Le Ouadaï est peuplé de cultivateurs nèg'res et de pasteurs arabes, musulmans ou islamisés ; les caravanes de Benghazi portaient jadis à la Méditerranée Tivoire, la gomme, les plumes d'autruche et traînaient souvent à travers le désert des convois d'esclaves ; ceuxci étaient enlevés dans le Dar Rounga et le Dar Fertit, en échange de paniers de sel venu de Bilma. Les Arabes du Ouadaï sont belliqueux et peu favorables aux Européens : Vogel, l'un des' compagnons de Barth, fut assassiné par eux en 1855 ; Nachtigal, bien que protégé quelque temps par le sultan, dut abréger son séjour et modifier ses itinéraires. L'armée du Ouadaï, qui descendait pour razzier dans le Kanemetle Baghirmi, aurait alors compté jusqu'à 7000 hommes, et la population totale atteindrait aujourd'hui 8 millions d'habitants. Abech, capitale du pajs, est posée sur le flanc d'une butte, autour de puits abondants ; elle a longtemps passé pour un foyer de fanatisme musulman.

Dans l'état de trouble, conséquent pour toute la région du Tchad des conquêtes, puis des récents échecs de Rabah, il est difficile de dire avec précision quelles sont aujourd'hui les conditions d'accès du Ouadaï; les informations recueillies par la mission Gentil-Bretonnet tendent à le représenter comme beaucoup moins aride que le Darfour, les pluies d'été croissent rapidement du nord au sud, les pentes méridionales se prêteraient sans doute à la culture du coton.

Le Ouadaï s'incline doucement, par le Dar Roung-a et le Baghirmi, vers les vallées tributaires du Ghari ; au nord-ouest, il finit probablement par une falaise plus abrupte, tombant sur la dépression du Bahr el Ghazal et du Bodélé. C'est encore Nachtigal, qui a constaté l'existence de cette ancienne expansion du Tchad, et observé que le Bahr el Ghazal est un effluent et non un affluent de ce lac ; en temps ordinaire, ce chenal est à sec ; mais par les crues exceptionnelles, le Tchad y déborde et^'avance vers les steppes d'Egaï et du Bodélé, dont le niveau est inférieur de 80 mètres au sien. Ces fonds, rafraîchis par des infiltrations souterraines, sont toujours humides ; ils seraient particulièrement favorables à l'élevage du chameau. Mais ils sont à peine habités aujourd'hui.

A partir de cette dépression vers le nord et l'ouest,

le sol se relève par une pente insensible jusque vers

700 mètres ; c'est l'altitude moyenne du plateau sur

lequel se dressent les soulèvements montagneux de

l'Aïr et du Tibesti ; Agadès est à 750 mètres, Rhat à

730 mètres; les sommets de l'Aïr culminent à 1800

mètres. Le Tchad est ainsi entouré de ce côté par une

zone de plateaux ondulés sur lesquels les limites géo-

g-raphiques, très peu précises, sont déterminées, non

par les accidents du relief, mais par la précipitation

des pluies qui diminuent normalement du sud au

nord : à Zinder, où fut assassiné en 1898 le capitaine

Casemajou, où s'établit, en juillet 1899, la mission

Joalland-Meynier, le dattier des oasis sahariennes se

dresse au-dessus de champs de blé ; les transports se L'Afrique. 14

font par chameaux et, sur près de 200 kilomètres dans la direction du Tchad, on ne trouve aucun point d'eau. Des cultivateurs nègres travaillent le sol pour nourrir leurs maîtres, les Touarejocs Kélouis. Un peu plus au sud, dans le Sokoto, les conditions changent, et les caravanes remplacent leurs chameaux par des bœufs. Sur cette frontière septentrionale des pays haoussas, les eaux dissimulent sous terre une partie de leur cours, qu'elles aillent au Niger ou au Tchad.

Sur la rive septentrionale du Tchad, le Kanem fut jadis un centre de puissance musulmane ; des luttes furent longtemps soutenues, entre les indigènes, nègres cultivateurs comme ceux du Zinder, et les Touaregs Kélouis ; devant les razzias de ces nomades, beaucoup de naturels se sont retirés dans le Bornou et dans les îles du Tchad, où ils pratiquent l'élevage et la pèche, sans préjudice du pillage de tous les riverains qu'ils peuvent surprendre.

Le lac Tchad, à 270 mètres d'altitude, n'est autre chose qu'une inondation permanente de hauteur variable et dont les rives participent de la double nature saharienne et soudanienne : assailli au nord par des dunes de sable, il n'a partout ailleurs que des rivages vaseux et indécis ; l'apport du Ghari compense l'évaporation et le Tchad, bien que très diminué pendant la période des sécheresses, en hiver et au printemps, conserve toujours une épaisseur d'eau de quelques pieds : nulle part il n'aurait plus de six mètres de profondeur ; partout il est encombré de roseaux, de bancs d'alluvions à peine émergés, sauf au sud-ouest où des îlots

plus stables servent de refag'es à une population de pirates ; un courant très faible pousse les eaux vers la rive occidentale, dont il envase les ports. Le Tchad n'est donc pas une vaste mer, dont la possession permettrait la circulation entre des rivages d'accès facile ; c'est beaucoup plutôt un immense marécage, zone d'isolement entre les contrées littorales, réservée par la nature aux ébats des hippopotames et des caïmans ; il est douteux que jamais le commerce puisse organiser une navigation pratique sur ce bourbier*

A Test et au sud du Tchad, le Baghirmi et le Bornou sont des pays mieux arrosés et plus peuplés : Barth y releva 1 mètre de pluie annuelle, tombant surtout entre juin et septembre ; c'est à la fin de cette saison que le lac Tchad atteint sa plus grande extension. Insensiblement, vers le sud, la savane succède à la steppe, puis se fonce de forêts galeries, de plus en plus développées dans les vallées fluviales ; sur les prairies, que percent des pointements granitiques, paissent des chevaux et des bœufs ; on passe ainsi du domaine du Tchad dans celui de TOubanghi et de la Sanga, tributaires du Congo ; le relief plus accidenté de l'Adamaoua offre des conditions encore meilleures à la vie d'éleveurs sédentaires ; là s'était constitué l'un des Etats musulmans les plus puissants et les mieux policés de l'Afrique centrale.

Comme l'Adamaoua fait barrière entre les bords du Tchad et le golfe de Guinée, le lac n'est accessible qu'en tournant ces massifs, soit par les pays haoussas à l'ouest, soit — et c'est ce qu'ont d'abord tenté nos

explorateurs, — parle Ghari à Test.!! semble bien que la vallée de la Bénoué ouvre à travers les monts de TAdamaoua une route qui est continuée vers le Logone, branche du Ghari, par une dépression facile à suivre ; c'est là peut-être la voie de pénétration de l'avenir ; pour le moment, elle est encore trop peu connue, du moins sur le versant du Tchad.

Le Ghari rassemble pour les conduire au Tchad toutes les eaux d'un vaste domaine, qui s'étend des terrasses du Ouadaï aux montag'nes de l'Adamaoua ; le seuil de jonction entre son réseau et celui du Gong'o a été le front d'attaque de la conquête française, s'avançant de la Sang-a et de l'Oubanghi sur le Tchad. G'est là qu'auparavant les Arabes ou les noirs islamisés du Ouadaï et du Baghirmi pénétraient vers le sud, jusqu'à la limite des forêts équatoriales, dans leurs chasses à l'ivoire et à l'esclave, et rien n'est plus instructif, pour connaître ces pays, que de résumer l'histoire de leur retraite devant les progrès français.

Bien que les pays du Ghari, comme ceux du Tchad, aient été d'abord reconnus par des voyageurs français, des traités sont intervenus pour les partager, avant même que les découvertes fussent achevées, entre la France d'une part, l'Allemagne et l'Angleterre de l'autre : la convention de février 1894 porte le Gameroun allemand jusqu'à la rive gauche du bas Ghari et jusqu'au littoral méridional du lac Tchad; il lui abandonne tout l'Adamaoua; le territoire français garde seulement, avec le cours supérieur de la Bénoué, une amorce sur la route navigable du bas Niger. La con-

vention de mars 1899 avec TAngleterre nous laisse le Ouadaï et la Kanem, c'est-à-dire la partie saharienne des rives du Tchad. Cependant, bien qu'il ait été privé de la sorte de régions auxquelles il pouvait prétendre, le Congo français n'a cessé de 'se développer vers le nord, et le Léon Blotj de la mission Gentil, fut le premier vapeur européen qui flotta sur le Tchad (novembre 1897).

Deux routes de pénétration furent successivement étudiées, l'une par l'Oubanghi, l'autre par la Sanga. Crampel, partant de Banghi, essaya de tracer la première (1890-1891). 11 s'était avancé à 500 kilomètres au nord de l'Oubanghi, dans une savane à marigots, où les arbres ne se montraient plus qu'en bouquets dispersés ; il se hâtait vers le nord, sur l'avis qu'il rencontrerait bientôt des populations musulmanes, ainsi que des bêtes de somme dont il avait grand besoin ; cette rencontre eut lieu, en effet, mais le perdit car, trahi par ses guides, il fut cerné et assassiné sur l'ordre du sultan Snoussi, vassal du Ouadaï. M. Dvbowski, dont l'expédition était destinée à soutenir celle de Crampel , du t se borner à le venger ; après une marche pénible vers le nord, il infligea une défaite à des musulmans auteurs ou complices du massacre de Crampel et revint en arrière (1891-1892). L'année suivante, M. Maistre était plus heureux : il arrivait au Gribinghi, branche du Chari, et nouait des relations avec des envoyés du sultan de Baghirmi : mais faute de provisions suffisantes pour descendre jusqu'au lac Tchad, dont il supposait justement avoir atteint les tributaires, il dut se

replier sur l'Adainâoua et regagner le bas Niger. Il observa que les pays du Gribinghi, où vaguent encore des bandes d'éléphants, présentent une végétation tropicale de plus en plus atténuée vers le nord.

La voie de la Sanga était en même temps attaquée, sous la direction de M. de Brazza, au départ du poste de Ouasso, qui date de 1891 ; sur les bords de cette rivière, en 1892, Mizon descendant de TAdamaoua rencontrait JM. de Brazza lui-même, mais le bénéfice de son voyage ne devait pas rester à la France ; puis d'autres postes étaient fondés sur la Sanga et ses affluents, Bania, Gaza, Carnot. En 1894, la mission Glozel découvrait qu'entre les sources de l'Ouom, branche du Logone, et d'autres qui allaient certainement au Congo, le portage n'était que de 100 kilomètres. Mais ces tentatives perdirent beaucoup de leur intérêt, le jour où l'Adamaoua fut abandonné à l'Allemagne ; les hautes vallées de la Sanga et de ses affluents, tapissées d'épaisses galeries forestières, devenaient dès lors des impasses qu'il était inutile d'ouvrir au nord ; elles ne prendront leur valeur que par l'exploitation du caoutchouc, dont elles sont très riches, et surtout lorsque le chemin de fer d'Ouasso à Libreville en permettra Tao cès indépendant par le territoire français.

Depuis la fin de 1895, la pénétration du Congo vers le Tchad a été poursuivi©, par la route de Crampel : lia première mission Gentil a établi qu'un portage de 150 kilomètres séparait la porte deKrébedjé, sur un sousaffluent de l'Oubanghi, de celui de Gribinghi, tête de la navigation de la rivière de ce nom. C'est à Gribinghi

que fut monté le Léon Blot, transporté par morceaux depuis Krébédjé ; le vaillant petit vapeur descendit le Gribinghi, puis le Ghari ; une halte très courte laissa au chef de la mission le temps de pousser jusqu'à Massénia, capitale du Baghirmi, dont le sultan sollicitait le protectorat de la France, car son adversaire, Rabah, était alors établi dans le Bornou ; le Léon Blot ne fit qu'un raid rapide jusqu'à l'entrée du Tchad.

Par ce voyage nous sont parvenus les premiers renseignements authentiques sur le Ghari : c'est une belle rivière, au cours régulier, profonde de 2 à 3 mètres depuis le confluent du Gribinghi, offrant donc de remarquables facilités à la navigation ; mais, près de son embouchure dans le Tchad, elle tourne au marécage ; ses alluvions se déposent en un delta de 100 kilomètres de front ; des coulées de boue, dégageant des miasmes empestés, restent à découvert dès que les eaux baissent; de plus, le combustible manque sur ses rives, de moins en moins boisées vers le nord ; on reconnaît à ce trait nouveau le passage des régions tropicales aux régions sahariennes. Pour ces diverses raisons, nous croyons que l'effort de la pénétration française devrait désormais porter sur les affluents du Ghari et les terrasses du Ouadaï plutôt que sur le delta fangeux et improductif qui s'épanouit dans le lac Tchad.

La nécessité en paraît même urgente, si nous voulons en finir vite avec la « question de Rabah ». Ce chef brigand est un ancien esclave de ce Ziber, qui fut marchand d'esclaves et sultan du Darfour et qui est aujourd'hui retenu prisonnier au Gaire. Entraînant à sa suite une

248 L* AFRIQUE A L*ENTRÉE DU VINiGTlÊME SIÈCLE

armée de nomades fanatiques, Rabah s'est avancé d'est en ouest, a d'abord conquis le Dar Rounga, puis traversé le Baghirmi et finalement occupé le Bornou. Dès la retraite de la première mission Gentil, Rabah, retournant sur ses pas, envahit le Baghirmi dont le sultan recula au sud, pour rallier les postes français du Gribing-hi; il occupe alors tout le moyen Chari, intercepte au passage la mission commerciale de Béhagle, dont le chef reste captif entre ses mains.

Cependant tous les souverains indigènes se sont coalisés contre Rabah : Snoussi, le meurtrier de Crampel, le sultan du Ouadaï, celui du Baghirmi demandent à marcher avec des troupes françaises contre Tennemi commun. La deuxième mission Gentil, précédée par Tavant-garde de Bretonnet, doit coaliser toutes ces bonnes volontés et rouvrir la route du Tchad. Bretonnet, parti à la fin de 1898, était monté directement au Gribinghi puis avait choisi, pour s'y fortifier, un confluent sur le Chari ; mais telle était l'indigence de notre flottille sur le Congo et l'Oubanghi, qu'il ne fut pas possible, malgré ses instances pressantes, de lui envoyer des renforts. Assailli, en août 1899, par l'armée de Rabah, forte de 8000 hommes, il ne put que faire une résistance qui coûta cher à ses adversaires ; finalement il fut débordé et tué avec toute sa troupe.

M. Gentil, revenu pendant ce temps, rassemblait sur le haut Chari toutes les troupes disponibles de la colonie du Congo, un peu plus de 300 combattants. Or Rabah n'avait pas moins de 2,500 fusils, et trois canons, pris à Bretonnet avec leurs munitions. Malgré la faiblesse

de ces effectifs, dès que la saison sèche fut établie, M. Gentil marcha au nord ; une bataille sang-lante nous livra Kouno, la forteresse que Rabah avait occupée après Bretonnet ; le chef noir,ayant perdu 3000 hommes, s*est enfui presque seul vers le Ouadaï et les officiers français regrettent de n'avoir pas disposé de quelques cavaliers pour entraver sa fuite et sans doute s'emparer de sa personne (décembre 1899). A la suite de cette victoire, le sultan du Baghirmi est rentré dans sa capitale, et bientôt après les trois missions Gentil, Meynier-Joalland et Foureau-Lamy étaient réunies au sud-est du lac Tchad, réalisant ainsi l'espérance qui guidait depuis 1890 les directeurs de notre politique africaine (i).

Une étude attentive des documents rapportés par ces trois missions établira si le lac Tchad doit rester le pôle d'attraction de toutes nos eolonies africaines, si c'est un carrefour de routes ou un obstacle à tourner. Mais déjà de grands résultats sont acquis : si l'onadmet que les dispositions nécessaires seront ou sont déjà prises pour interdire à Rabah tout retour offensif sur leChari, nous n'avons plus à tenter qu'un dernier effort pour occuper le Ouadaï et porter ainsi notre domaine africain jusqu'aux limites reconnues par les traités. Or, nous n'avons, pour y pourvoir, d'autre base d'opérations que le Congo ; nous devons donc outiller cette colonie au plus tôt, et sans attendre une participation de l'Etat aux bénéfices très hypothétiques des concession-

(1) Une note ajoutée au précédent chapitre, a signalé la défaite et la mort de Kabah, annoncée en France en juil-. let 1900, penda,nt Vimpression de ce livre.

naires entre lesquels elle est partagée ; les réseaux navigables du Ghari et du Congo sont faciles à réunir ; par là, nous pouvons dès maintenant resserrer la cohésion de notre domaine ; mais de longtemps on ne peut prévoir des communications artificielles assurées, du Ouadaï au moyen Niger, à travers les steppes que les conventions nous ont laissées de part et d'autre du lac Tchad.

L'Angleterre et l'Allemagne se sont attribué les meilleures parties des pays du Tchad, c'est-à-dire le Bornou et l'Adamaoua ; la première y a joint le Haoussa, dernier étage de la nature soudanienne entre le golfe de Guinée et le désert. Un vaste soulèvement de hautes terres, dont l'Adamaoua n'occupe que le flanc oriental, se dresse entre le Tchad et la côte atlantique et borne très nettement au nord la zone du climat équatorial : le palmier à huile remonte le long du Niger jusqu'à Egga, sur la Bénoué, dirigée dans le sens des vents pluvieux de Touest, il va jusqu'au Mouri. Barrière opposée à la pénétration des influences maritimes, les montagnes de l'Adamaoua s'abaissent en ondulations plus molles vers le Ghari et le Tchad.

L'altitude moyenne de ces hauteurs, ou la forme de plateau domine, est de 800 à 1200 mètres ; comme dans les monts du Tibesti, des alignements volcaniques jaillissent au-dessus d'un soubassement de granit, élevant leurs sommets jusqu'à 2000 mètres j il est remarquable

que la direction en soulig'ne exactement celle du Tibestî, comme de la côte de Sierra-Leone et des chaînes du Fouta-Djalon ; les volcans du Gameroum, les îles espagnoles et portugaises du golfe de Guinée doivent être rattachées aux mêmes soulèvements, dont les manifestations se montrent ainsi sur toute TAfrique occidentale.

L'Adamaoua est ici le centre hydrographique le plus puissant, offrant avec le Fouta-Djallon beaucoup de ressemblances ; il envoie des sources à la Bénoué, au LiOgone, à la Sang'a et directement à TAtlantique, par les rivières du Cameroun allemand. Plus au nord, les escarpements du Mouri dominent la Bénoué, et plus loin encore, les monts Sarandas dispersent leurs eaux vers la Bénoué, le Niger et le Tchad. Ces derniers, reconnus par G. Rohlfs, dominent d'environ 600 mètres les fertiles plateaux de Saria (1200-1500 mètres) ; les sommets sont boisés, des cascades d'eau vive répandent de tous côtés la fraîcheur, et ce pays alpestre, sain par son altitude et par la richesse de sa circulation fluviale paraît destiné à un avenir de colonisation agricole et pastorale : comme le Fouta-Djalon à Touest, ce serait un futur grenier d'abondance, en même temps qu'un 'sanatorium pour les Européens établis à la côte de Guinée.

L'explorateur français Mizon, qui vécut six mois à Yola, sur la haute Bénoué, put étudier à loisir le climat de ces plateaux ; l'été y est très pluvieux ; à la fin de l'automne, la sécheresse commence, avec un vent poudreux, appelé harmattan, qui arrive des steppes du

âSS lVfrique a l'entrée du vingtième siècle

nord ; le harmattan est le symétrique du sirocco de T Afrique Mineure, issu comme lui du Sahara ; quand il souffle, Tair est embrasé, Thorizon embrumé d'une poussière roug-eâtre. Les hivers sont rigoureux; Mizon a vu de la glace en janvier 1892 ; des indigènes qui accompagnaient le voyageur allemand ZintgrafiF moururent de froid dans TAdamaoua, par 4-6**. Mais ces conditions, très pénibles pour eux, sont au contraire beaucoup plus favorables aux Européens que Thumidité chaude et sans répit de la côte.

Dans les vallées plus basses, le climat est différent ; la violence des érosions a foré des failles profondes, dont le lit est tapissé d'alluvions : celle de la Bénoué, par exemple, est encadrée entre des falaises abruptes, mais les rives du fleuve sont marécageuses, et les villages indigènes se placent un peu à l'écart ; la végétation des fonds est tout équatoriale, avec des papyrus, des palmiers à huile, des bananiers.

Deux dépressions principales traversent les montagnes de l'Adamaoua et leurs prolongements : celle de la Bénoué et celle du Niger, car ce fleuve lui-même, après un cours de plaine, coule dans une vallée resserrée et coupée de rapides, de Boussa à Lokodja ; tandis qu'à Rabba, à peu près au milieu de ce bief, son niveau est à 170 mètres, le plateau ambiant est à 400 m. ; un promontoire domine, à l'ouest de Lokodja, le confluent du Niger et de la Bénoué. Cette dernière serait par ses sources très voisine du Logone ; les marais de Toubouri partagent peut-être leurs eaux entre le Tchad et le golfe de Guinée : mais, cette hypothèse ne serait-

Le soudai^ Et LE sahaHà 25â

elle pas vérifiée qu'il n'en faudrait pas moins remarquer la valeur du couloir de la Bénoué comme voie de pénétration directe du bas Nig-er au Bornou. Après un cours sinueux dans les brèches de TAdamaoua, jusqu'à Yola, la Bénoué s'étale dans une plaine qu'étrang-lent, de loin en loin, des ressauts montag-neux. En aval de son confluent avec la Bénoué, le Niger arrose la zone équatoriale du delta et des « rivières d'huile»^ que nous avons décrite dans un chapitre précédent (i).

L'Adamaoua, qui fut jadis une dépendance assez libre du Sokoto, est un état musulman, que sa constitution politique et sociale place parmi les plus avancés de l'Afrique. Il est habité par deux classes très distinctes de populations : dans les vallées vivent des nègres cultivateurs et pécheurs, parmi lesquels résident quelques Haoussas, commerçants ; la terre est fertile, Mizon obtint très vite, dans son jardin d'Yola, tous les lég'umes d'Europe ; les indigènes cultivent le maïs, le riz, les arachides. Mais la race souveraine est celle des Foulas ou Peuls, et ceci est un nouveau trait de ressemblance de l'Adamaoua avec le Fouta Djalon. Les Foulas occupent tous les plateaux à pâturages, qui sont la véritable richesse du pays ; leurs fermes sont des hameaux palissades, avec bâtiments distincts pour l'exploitation et l'habitation des maîtres ; ils ont des troupeaux de bœufs, d'ânes et de chevaux ; les nègres

(i) Livre I, chapitre i.

du bas^ pays sont ordinairement leurs captifs, et travaillent pour eux.

Les Foulas sont musulmans ; c'est par eux que Tislam se propage vers les bouches du Niger comme vers le Congo ; leurs déplacements ont toujours le caractère d'expéditions de guerre ; ils pillent les villages indigènes, soit pour en voler les provisions, soit pour recruter leur personnel de service ; la plupart des tribus nègres, mal armées, sans cohésion entre elles, se sont soumises ; quelques-unes cependant ont résisté, et se sont alors réfugiées sur les hauts sommets, aux rochers inaccessibles ; Mizon fut témoin d'un exode de ce genre, devant les soldats du sultan d'Yola : ainsi les Berbères du sud tunisien, pour laisser passer le flot des invasions arabes, refluaient des plaines sur les falaises des ksours. La domination des Foulas repose sur la force ; aussi les indigènes vaincus, habitués à tout craindre des étrangers qui pénètrent dans leur pays, font-ils un accueil peu empressé aux Européens; les Allemands se heurtent, dans Tarrière-pays du Cameroun, à des difficultés qui n'ont probablement pas d'autre origine.

Il faudrait, pour rassurer ces noirs, l'établissement d'un protectorat européen effectif sur le sultan de l'Adamaoua et ses principaux feudataires ; l'Allemagne et l'Angleterre, qui se sont partagé diplomatiquement le pays, n'en ont pas encore commencé l'occupation. L'armée de l'Adamaoua n'est pas sans valeur ; le sultan Zoubir, dont Mizon n'obtint un traité qu'à son deuxième voyage (1893), avait alors plusieurs escadrons de cava-

liers cuirassés ; sans doute de telles défenses ne seraient d'aucun usag'e contre les armes à feu, mais elles assuraient une impunité presque absolue aux fourrageurs musulmans qui pouvaient braver sans crainte les flèches et les lances des nèg^res.

Yola, capitale de rAdamaona, a été comprise dans la sphère d'influence ang>laise parle traité anglo-allemand du 15 novembre 1893. La navigation sur la Bénoué ne remonte jusqu'à cette ville qu'aux crues, et l'on n'a pas oublié que Mizon se trouva bloqué par les basses eaux à la hauteur de Mouri. Les Allemands n'ont un port qu'en amont de Yola (Garoua) et les Anglais gardent ainsi la surveillance presque exclusive d'une voie navigable qui pénètre à plus de quinze cents kilomètres dans l'intérieur de l'Afrique. Ils auront, il est vrai, à faire accepter leur autorité sur la Bénoué, où la Royal Niger Society, aujourd'hui rachetée par le gouvernement impérial, n'avait jamais eu que des pontons entrepôts, tolérés par les chefs riverains ; de plus Yola est entourée de marécag>es, et très malsaine.

Dans la partie méridionale de l'Adamaoua, qui leur est attribuée, les Allemands devront prendre possession des hautes citadelles des Foulas, Ngaoundéré parexemple, grand marché d'esclaves, ainsi que de coton, d'indigo et d'ivoire ; mais si leur établissement politique doit être contesté par les Foulas, il est sûr aussi que les Haoussas commerçants ne se laisseront pas volontiers déposséder de leur monopole. On ne pourrait lutter contre leur concurrence que par des voies de communication faciles avec la côte : or tout le domaine de la Sanga

ressort au Congo français, môme la place forte de Koundé, qu'habitent des musulmans de TAdamaoua ; les routes ne sont pas dégagées, du littoral à TAdamaoua par Tintérieurde la colonie allemande. Les plateaux de Ngaoundéré seraient pourtant favorables à des cultures riches, comme celle du coton mais tout développement agricole de ce pays ne profiterait qu'à la voie anglaise Niger-Bénoué ; il faudrait au moins que la navigation en fût maintenue libre, conformément aux traités. Quant au projet d'un chemin de fer de pénétration dans le territoire allemand du Cameroun, il n'a pas été encore étudié sur place et la ligne ne commanderait pas, selon toute vraisemblance, un pays assez riche pour payer les dépenses de construction.

Les régions ondulées qui, appuyées sur les monts de l'Adamaoua et de Saria, entourent le Tchad à l'ouest et au sud-ouest sont le Haoussa (Sokoto) et le Bornou ; le Niger n'en forme pas la limite occidentale, car le Borgou,dansrarrière-Dahomey,présente les mêmes aspects. Il n'y a pas, entre le Tchad et le Niger, de faîte continu, seulement quelques rochers, dépouillés par les érosions, qui servent d'acropoles aux villes principales. Sur ce sol peu incliné, la circulation des eaux est paresseuse et incertaine : en été, l'inondation couvre la plaine de Sokoto; des marais stagnants, autour deKano, rendent ce district très insalubre. Le niveau moyen des plateaux est une savane pauvre en haute futaie, ouvrant cependant vers le sud-ouest quelques cirques où les pluies s'engouffrent et dont la verdure résiste à la saison sèche;

LE SOUDJLX ET L£ RAWARA 257

l'arbre à beurre, le baobab, espèces soudanîeQDes, sont les arbres les plus commuus.

Le Haoussa et le Bomou ont une population assez dense, dont le mouvement déjà ancien du commerce et les g'uerres continuelles ont métissé tous les éléments : des nègres Kanouris sont les cultivateurs, en force surtout dans le Bomou, hommes musclés et trapus ; quelques tribus, réfugiées dans les îles du Tchad et le delta du Chari, seraient encore très sanvag^es, païennes et réfractaîres à l'islam que les Foulas leur apportaient violemment ; ce sont d'ailleurs les seuls agriculteurs qui résistent au climat paludéen des bords méridionaux du Tchad ; des Kanouris, plus instruits, sont coupés autour de Kano en villag-es industriels; quelques-uns travaillent les métaux, tissent et teignent les étoffes et fabriquent des poteries si réputées que l'on en expédie des charges, par caravanes, jusque dans le sud marocain ; d'autres cultivent le manioc, le riz, le coton, quelques lég'umes.

Les Foulas sont des demi-nomades venus du nordest, branche probablement détachée du tronc sémitique ; ils se distinguent par leur intelligence et leur aptitude à rélevage ; pasteurs de chameaux à lalimitedu désert, ils élèvent des bœufs et des chevaux dans le Bornou et le Sokoto. Avec eux peut-être sont venus de l'Afrique méditerranéenne des traitants armés, qui se sont fixés dans le pays, y ont fait souche, et sont devenus souvent, comme dans le Kanem, les chefs politiques. Mizon a trouvé auprès du sultan d* Yola des négociants de Tunis et d'Alexandrie.

Les Haoussas,dont il est difficilede préciser rorigine, tant ils paraissent rassembler de traits divers, sont des marchands dont le domaine commercial s'étend des limites du Sahara au littoral de la Guinée ; ils ont des colonies sur le bas Niger et jusqu'à Kong- ; ce sont des nègres de petite taille, alertes, actifs et qui ont adopté la religion musulmane des Foulas ; peu attachés au sol, aventureux, ils s'engagent volontiers sous des officiers européens pour des expéditions de guerre ; les colonies anglaises de la côte de Guinée recrutent leurs soldats parmi les Haoussas : les géants ouolofs et sérères de nos régiments sénégalais affectent de mépriser ces tirailleurs qui ne leur vont pas à L'épaule, mais n'en montrent pas moins delà bravoure et même de la discipline.

Le Bornou occupe les rives méridionales du Tchad, et de là remonte vers l'Adamaoua par des terrasses surmontées de soulèvements volcaniques (monts Mendifs, monts Holmas, 2000 m.). Nachtigal nous décrit comme une grande ville Kouka, la capitale ; il y aurait 50.000 habitants fixes, c'est-à-dire que Koukd serait une des premières agglomérations urbaines de l'Afrique nègre; on y observe la transition entre les huttes en chaume, qui sont les habitations des noirs du centre africain, et les maisons d'argile, à toits plats qui sont celles des Arabes. Kouka fut jadis un grand marché ; Barth y vit circuler les monnaies les plus disparates, des écus d'argent à l'effigie de Marie-Thérèse et des coquillages (cauris) ; on y échangeait contre du sel et des armes, importations du Sahara et de la Tripolitaine, de l'ivoire et des esclaves ; les troubles qui ont suivi l'entrée de

Rabah dans le Bornou, la difficulté toujours croissante de la vente des esclaves ont fait perdre à Kouka beaucoup de sa valeur comme entrepôt d'un trafic transsaharien.

Rabah s'était établi au Bornou vers 1893, et depuis lors jusqu'en 1899, Dikoa, au sud du Tchad, fut sa résidence ; il vivait là en pays peuplé de Kanouris qui cultivaient le coton et Tindig-o, et savaient en fabriquer des étoffes teintes ; à Dikoa, Rabah serait entré en relations par la Bénoué avec les autorités anglaises du bas Nig'er ; il recevaitdifficilement par les voies sahariennes les armes nécessaires au maintien de son autorité ; des journaux anglais parlèrent alors d'une alliance à conclure avec ce chef brigand, afin de le détourner du Sokoto, réservé à l'influence anglaise, fût-ce sur les régions d'influence allemande ou française. Ces suggestiens ne furent pas écoutées, et l'on sait que Rabah, vaincu par les missions françaises du Congo, tué dans sa dernière rencontre avec la mission Gentil, vient enfin de terminer son aventureuse carrière.

Le Bornou se reconstitue sans doute tel qu'il était avant la conquête de Rabah, état musulman policé, avec une armée régulière de fantassins, de cavaliers cuirassés et môme de quelques pièces d'artillerie : les Européens qui voudraient le soumettre pourraient donc rencontrer quelque résistance, à moins de préparer l'action militaire par une habile diplomatie. Kouka est dévolue à l'Angleterre, Dikoa à l'Allemagne. Les communications les plus rapides de Bornou avec la côte doivent tourner le Tchad, emprunter au terri tpire aile-

mand et français la voie du Logone et se souder enfin à la route de la Bénoué, qui est anglaise ; une ligne directe de Kouka sur Yola devrait franchir plusieurs alignements de hautes montagnes et serait fort dispendieuse.

Le Sokoto est au carrefour des routes du Sahara et du Soudan; il a de grandes villes, ou plutôt dévastes enceintes, englobant des villages et des cultures, Kano, Katsena, Sokoto ; Barth fut frappé de Tindustrieuse ac^ tivité de Kano ; mais ce marché manque de voies d'accès naturelles, et ne peut dès lors devenir un centre de commerce européen. lien est autrement de Sokoto, dont la rivière, affluente du Niger, est navigable pendant les crues au moins depuis Argoungou ; aussi les Anglais, dans le traité de 1898, ont-il tenu à posséder Gomba^ au confluent de cette rivière, rejetant la frontière française sur le Niger en amont, jusqu'à un point d'où la pénétration à l'est ne sera jamais qu'artificielle. Si, comme on l'induit des industries indigènes, il existe dans les collines au sud de Sokoto des mines exploitables de fer et d'étain, ce coin du Haoussa deviendra l'un des plus riches de l'Afrique ; sur les bords de la rivière de Sokoto, sur les rives et dans les îles du Niger habite une population dense, où l'on trouverait la main-d'œuvre nécessaire ; les éleveurs de chevaux du Gando et du Borgou, pays aux mamelons verts et bien arrosés, fourniraient les bêtes de somme.

Mais le Sokoto n'est pas encore approprié par les Européens ; il s'est fermé aux tentatives aussi bien anglaises que françaises, et l'on se demande s'il ne faudra

pas l'ouvrir par la force : il aurait une armée nombreuse ; où l'on compte 30,000 cavaliers ; sans doute, sa souveraineté n'est plus eflfective aujourd'hui, surtout depuis le passage de Rabah, sur le Bornou et l'Adamaoua ; mais sa puissance militaire n'en paraît pas moins redou table. Au colonel Lug-ard, qui gouverne les territoires anglais, récemment réorganisés, du bas Niger, d'en hâter lasoumission(i). Quant à la France, qui possède du Niger au Tchad la bande des steppes subsahariennes, exposées aux pillages des Touaregs, elle ne peut que s'établir fortement dans les oasis principales, celles de Zinder, par exemple, et prévenir ainsi toute attaque de SCS possessions, du nord comme du sud.

Les rapides du Niger, entre Boussaetle confluent de la Bénoué ont décidé les autorités anglaises à étudier un chemin de fer de Lagos au Sokoto, qui franchirait le Niger à Rabba ; les 60 premiers kilomètres en sont actuellement construits, jusqu'à la station d'Abéokouta; i^ télégraphe précède le chemin de fer. Nous parlerons dans le chapitre suivant de la voie ferrée projetée à travers le Dahomey français ; quant au tracé d'un transsaharien qui descendrait sur Zinder par la route de la mission Foureau-Lamy, nous croyons, jusqu'à plus ample informé, qu'il vaudrait mieux lui substituer une ligne Say-Zinder-Tchad qui serait bien, elle aussi, transsaharienne, et qui aurait l'avantage de rattacher à nos possessions de l'Afrique occidentale tout ce que les traités nous ont laissé à l'est du Niger.

(i) Les Anglais viendraient d'occuper les plateaux de Saria (août 1900).

de TAfrique, les bienfaisants phénomènes de la crue du Nil. Entre Ség'ou et Koriumé, port de Tombouctou, la pente du Nig'er est insensible, 20 mètres sur 600 kilomètres environ; les pluies d'été qui tombent sur le Fouta-Djalon grossissent le fleuve qui, en septembre, monte de 5 ou 6 mètres devant Bammakou ; en aval, les eaux se dispersent et s'écrasent ; des chapelets de marigots deviennent des bras actifs et de vastes marécages se tendent sur les deux rives ; le lac Faguibine, au nord-ouest de Tombouctou, est alors atteint par le Niger, mais le cours du fleuve est si lent que cette crue n'a lieu qu'en janvier seulement.

Le lac Débo est formé par le double apport du Niger et de son affluent de gauche, le Bani ou Mayel-Balevelf il repose sur la marche supérieure d'une sorte d'escalier lacustre, comme le lac Faguibine ; c'est que là les eaux du fleuve ont dû s'amasser longtemps contre la falaise saharienne, avant de s'ouvrir vers l'est une issue qui a drainé un grand lac ancien et l'a réparti d'après la division actuelle. La pente trop faible de la plaine n'a pas permis le dessin d'une vallée nettement tracée ; aussi la navigation sur ce bief du Niger est-elle toujours in-, certaine; le fleuve n'a donc pas la stabilité d'une voie de communication définitive ; jusqu'à ce que des travaux aient régularisé son cours, la batellerie sera sans cesse exposée à des caprices qui en entraveront le progrès.

Cet inconvénient est compensé par la fertilité de la zone inondée : les indigènes avaient grand soin de cacher aux voyageurs étrangers la source de leurs richesses : René Caillié, Barth, Lenz, ont ainsi passé très

près des lacs de Tombouctou sans même en entendre parler ; Texistence en fut pour la première fois soupçonnée par des officiers de la province d'Oran sur des renseignements apportés du sud par des caravanes ; mais c'est seulement depuis l'occupation française qu'ont été vérifiées ces informations. La présence de nos troupes a été favorablement accueillie par les cultivateurs indig'ènes : ici comme en Ëg'jpte, comme dans les oasis du sud algérien, les populations sédentaires avaient été asservies par des nomades qui les obligeaient à cultiver ; nos soldats ont affranchi les noirs de Tombouctou de la tutelle brutale des Touaregs, comme Bonaparte délivra les Fellas de celle des Mamelouks.

La région d'inondation de Tombouctou est l'entrepôt naturel de ravitaillement de toute la partie saharienne de l'Afrique occidentale ; les indigènes y cultivent le mil et les arachides ; sur les terres couvertes par les eaux, le poisson se répand en telles quantités que ce sol, comme celui de la Cochinchine et du haut Zambèze, a deux récoltes par an, l'une de poisson et l'autre de riz ; sur les terres ordinairement émergées paissent des troupeaux de moutons et de bœufs à bosse ; ce sont là, presque sans travail, des éléments qui suffisent à Talimentation des riverains et même de leurs maîtres nomades. Une agriculture plus méthodique introduira autour de Tombouctou des plantes nouvelles. Je blé, le coton, l'indigo, peut-êtrie, comme dans le delta du Nil, la canne à sucre. On doit souhaiter prochain le jour où l'un des principaux services publics du Soudan français sera celui des irrigations du Niger.

Les premiers essais de cultures coloniales autour de Tombouctou sont encourageants et quant au blé, en particulier, laissent espérer que ces pays deviendront l'un des greniers de l'Afrique occidentale pour les résidents européens, très sensibles à la privation du pain blanc.

Leur richesse en a fait, dès longtemps, l'emplacement d'un marché d'échanges, et parla s'explique l'ancienne fortune de Tombouctou. Cette ville, bâtie sur un promontoire de la falaise saharienne, à 245 mètres d'altitude, n'a de communications fluviales avec le Niger que pendant les crues ; la population en était évaluée par Barth à 13.000 habitants (1853), et Lenz allait même jusqu'à 20.000(1880). Les documents, beaucoup plus précis depuis l'occupation française, sont unanimes pour réduire très notablement ces chiffres ; Tombouctou n'a pas plus de 6.000 habitants fixes aujourd'hui ; elle connut certainement des jours de prospérité plus grande, mais les guerres perpétuelles, les pillages des Touaregs et plus récemment la crise économique déterminée par la conquête française ont diminué la valeur de son marché ; il nous appartient d'en refaire, par la paix, ce qu'il fut jadis et même beaucoup mieux.

Ville d'aspect arabe, avec ses maisons à terrasses plates et ses mosquées, Tombouctou n'est plus dans le Soudan, mais plutôt dans le sud algérien ; plie est l'étape nécessaire entre le Soudan et le Sahara : des caravanes et des bateliers, ceux-ci sur de grandes pirogues de 100 tonnes, lui apportent du sud l'or, le beurre

de karité, la kola, les grains du haut Macîna, quelques objets tissés de Kongc ; du nord, arrivent sur des chameaux le sel de Tichit et Taoudénit ainsi que des étofiPes, anglaises et allemandes, débarquées à Mogador. Nourris par les cultivateurs nègres du pays à inondations, enrichis par la commission sur d'aussi nombreuses et diverses marchandises, les négociants de Tombouctou vivaient confortablement, leurs besoins étaient ceux des Arabes riches, et leur ville s'était élevée jusqu'à l'industrie : Tombouctou travaille encore le coton et les cuirs, fabrique des bijoux, des armes, de la poterie ; elle a dû sans doute à ses ouvriers la réputation de cité luxueuse dont elle jouissait dans tout le monde de l'islam.

Les plateaux autour de Tombouctou participent de l'aridité saharienne au nord et de la végétation soudanienne au sud ; ils sont peu accidentés et portent, dans les endroits les moins secs, des champs de mil, partout ailleurs des gommiers et de maigres pâturages; sur les premières pentes qui montent vers le Mossi, des Peuls élèvent le cheval, tandis que, plus près de Tombouctou, le chameau résiste seul au climat; les chevaux du Yatcnga sont connus dans tout le Soudan, ils étaient jadis très recherchés des chefs indigènes comme Tiéba et Samory. De même que le Yatenga, le Liptako, qui s'incline vers le Niger au nord-est du Mossi, élève des chevaux et des ânes ; mais le sol n'est pas encore assez arrosé pour d'autres espèces domestiques : Monteil dut remplacer par des ânes tous les bœufs qu'il avait amenés de l'ouest.

Pendant 400 kilomètres, le Niger longe, au-dessous de Tombouctou, la falaise saharienne ; il a 2 à 3 kilomètres de large, mais peu de profondeur; il se traîne entre des rives sèches, vite saisies par le régime désertique, et n'entretient de verdure que dans les îles dont il est coupé ; le lieutenant de vaisseau Hourst est, depuis Barth, le seul Européen qui ait encore étudié cette partie du cours du Niger, mais ses études sont assez précises et complètes pour que l'on puisse affirmer le peu d'intérêt de la navigation, entre Tombouctou et les rapides d'Ansongo ; il n'y a là que des campements plutôt que des villes, telRhergo qui tenta vainement de remplacer Tombouctou après la conquête française.

La population des deux rives est mêlée d'indigènes sonrhaïs et de Touaregs ; ceux-ci sont assurément supérieurs, guerriers, monogames, assez instruits ; ils ont abattu un empire sonrhaï qui s'étendit sur tout le moyen Niger ; les nègres, vaincus et asservis, cultivent pour eux les îles du fleuve ou paissent des troupeaux de bœufs et de moutons sur les rives fréquemment inondées, qui font de la vallée du Niger une oasis déployée dans le désert. M. Hourst avait réussi à se concilier l'amitié de Madidou, chef des Touaregs Aouellimidens (mars 1896) ; il lui avait fait présent d'un collier de pièces d'argent pour sa femme, et pour lui-même d'une selle et d'un portrait du « sultan des Français », M. Félix Faure ! Ces libéralités, de même que le souvenir de Barth, dont Hourst se disait le neveu, permirent à la petite expédition (elle ne comptait que cinq blancs) de descendre sans encombre le moyen Niger. Mais dç-

puis, les Touaregs de Madidon se sont montrés moins dociles et, comme ils disposent d'un nombre considérable de guerriers, 90.000 à 25.000 d'après M. Hourst lui-même, il serait imprudent de s'aventarer parmi eux loin d'une base solide d'opérations. Pour les Aouellimidens comme pour les autres groupes touareg's, il faudrait procéder par une occupation couverg-ente, à la fois du nord et du sud, de toutes les oasis du Sahara.

La rive droite du moyen Niger se relève au sud vers le Mossi qui est l'étage dominant des plateaux de la boucle, en même temps que le centre hydrographique d'où naissent les tributaires de la Volta. Jusqu'au Bagoé, l'aspect général est assez uniforme ; à l'ouest de cette rivière, le reliefplus accidenté annonce le Fouta- Djalon. Les plateaux descendent vers la côte de Guinée en trois marches principales ; le Mossi, qui occupe la plus haute, se maintient à 800 mètres d'altitude ; audessous, le Sikasso, le Gourounsi, le Gourma en ont 400 à 500 ; plus bas se développent les savanes de Kong, du Gondja, de l'arrière Dahomey (300 à 400m.), celles-ci se liant aux mamelons du Borgou et du Sokoto ; sur la côte enfin, les plaines littorales mettent leur frange de forêts, de largeur variable, au bord des dernières terrasses du Soudan.

Sur ces divers étages s'enlèvent des chaînes orientées du nord-est au sud-ouest, composées de grès et de granit et dont l'escarpement le plus raid e est uniformément tourné au sud : une première ligne commence

près de Sikasso ; elle atteint, sous le nom de monts Naouris, une altitude de 1800 mètres et vient embarrasser le Nig-er qui la traverse par les rapides d'Ansongo ; plus au nord, des ressauts secondaires comme les monts Homboris (1000 mètres) en sont une reproduction réduite. Les montagnes de Bondoukou (700 à 800 mètres) courbent à Test la Volta noire et l'amènent à rejoindre la Volta blanche auprès de Salaga. Au sud enfin, lés rochers du cap des Trois Pointes sur la Gôte-d'Or anglaise sont l'amorce d'une troisième série appelée monts Akouapens (500-600 m.), qui couvre le pays des Achantis, traverse le Togo allemand et vient s'efiPacer dans l'hinterland du Dahomey et de Lagos, où ses derniers ressauts contribuent à couper le Niger de rapides entre Boussa et Lokodja.

Le régime général est celui des pluies d'été, tombant de juillet à novembre, et naturellement plus intenses autour des montagnes dominantes : ainsi la Voltanoire, le Gomoé, plusieurs affluents du Mayel-Balevel ont des sources voisines autour des hauteurs de Sikasso. Quand on descend vers le sud, on remarque une accalmie des pluies pendant le mois d'août, puis aussi celui de juillet ; le début de la saison pluvieuse est alors reporté au printemps, et quand on atteint la côte de Guinée, on note une succession annuelle de quatre saisons, tour à tour sèches et pluvieuses, ainsi que nous l'avons indiqué dans un chapitre précédent.

Le Mossi est aujourd'hui bien connu ; la mission Voulet-Ghanoinc (1896-1897) y établit définitivement la souveraineté française ; il avait été traversé auparavant

par Binger, Monteil et le docteur Crozat ; on en évalue l'étendue à 100.000 kilomètres carrés, et la population, d'après Voulet, à 4 millions d'habitants ; ce chifiFre paraît trop élevé ; leMossi est cependant, à n'en pas douter, une des régions les plus peuplées de l'Afrique occidentale. Touchant au nord aux prairies du Macina et aux territoires de parcours des Touaregs, le Mossi a reçu de ce côté des apports ethniques qui ont modifié les races indigènes ; dans l'est, plus accidenté et plus régulièrement arrosé que l'ouest, des colonies de Peuls élèvent le bœuf et le mouton. Les naturels sont surtout agriculteurs ; ils cultivent le maïs, le tabac, le coton et d'autres plantes textiles, les récoltes ont lieu en décembre, au commencement de la saison sèche ; les plus industrieux fabriquent des étoiffes pour usages locaux ; ces indigènes sont apparentés aux Mandingues du haut Niger, et restent pour la plupart fétichistes, malgré la propagande musulmane des marchands de Tombouctou et du Haoussa.

Le Mossi était parvenu, lorsque la France en prit possession, à une civilisation comparable à celle du Sokoto : une hiérarchie de nabas ou chefs de villages avait étendu sa domination sur tous les indigènes ; ces petits souverains relevaient du naba d'Ouagadougou, mais la guerre entre eux était chronique ; ils étaient venus des pays sonrhaïs, chassés sans doute par les incursions des Touaregs, mais gardant de la lutte contre les envahisseurs une certaine vigueur qu'ils déployèrent contre les populations plus pacifiques du Mossi ; auprès d'eux résidaient des marchands musulmans, conseillers

et fournisseurs tout ensemble, et dontrinfluence s'exerça contre nous jusqu'à l'occupation d'Ouag'adougou. Les nabas ne sont plus maintenant entre nos mains quedes intermédiaires sans pouvoir propre ; les traitants se sont ralliés à nous car, si les razzias d'antan ne sont plus possibles, ils savent se décider aux transactions plus régulières que développe la pacification.

Au sud du Mossi, la végétation arbustive est plus ordinaire ; d'après le capitaine Quiquandon, qui futrésident de France à Sikasso, capitale deTiéba, cette ville s'élève à 485 mètres, dans un pays fertile ; les céréales et le coton y sont cultivés, ainsi que le bananier que l'on ne rencontre pas plus au nord. Le bétail indigène est nombreux, et l'on trouve parmi les habitants d'excellents forgerons. Sikasso, avec 10.000 habitants environ, est un marché où l'on échange le sel du nord contre les marchandises européennes qui arrivent par le Sénégal et par la côte du sud. Le régime politique institué par Tiéba reposait, comme au Mossi,sur l'alliance de ce chef avec les marchands musulmans, aux dépens d'indigènes artisans et cultivateurs ; inquiets d'abord du voisinage de Samory, ces traitants ou dioulas firent d'abord solliciter par Tiéba la protection française; mais quand Samory se fut éloigné au sud-ouest, ils poussèrent Bemba, frère et successeur de Tiéba, à secouer cette tutelle; une expédition assez pénible, un assaut meurtrier de Sikasso furent nécessaires pour vaincre ces résistances (avril-mai 4898).

D'un relief plus varié que le Sikasso, le Gourounsi reçoit aussi des pluies plus abondantes ; au lieu des

cultures du pays de Tiéba, c'est une brousse sur un chaos de chaînons granitiques, qui enserrent des vallées profondes et marécageuses, avec des forêts et des éléphants ; la Volta blanche le traverse par un couloir encaissé. La population en est farouche ; les routes de commerce des dioulas évitent les rivières pour circuler sur les faîtes intermédiaires, plus découverts et moins fiévreux. Le Gourounsiest aujourd'hui partagé entre notre Afrique occidentale et la Gôte-d'Or anglaise.

Le Gourma couvre Thinterland du Togo allemand et du Dahomey français, entre lesquels il a été divisé ; il est moins sauvage que le Gourounsi, et descend par des étages de prairies vers le Niger de Say ; la pluralité des races qui l'habitent est peut-être exprimée par ce fait singulier que plusieurs autorités locales commandent ensemble dans la même agglomération, à Noungou (ou Fada n'Gourma), à Sansanné-Mango. Les Peuls sont de plus en plus nombreux vers le Niger et là, comme partout, s'adonnent de préférence à l'élevage ; ce sont à peu près les conditions du Sokoto, sauf que l'islam n'a pas eu le temps, de ce côté du Niger, de fonder des états aussi bien constitués que dans l'est.

L'étage inférieur des plateaux présente tour à tour une savane plate, de végétation pauvre, coupée de nappes ferrugineuses et de vallées profondes, et des mamelons mieux arrosés sur lesquels se pressent les cultures et les populations. Le pays de KcKig n'a que des eaux rares, il est exposé à de fortes chaleurs, surtout avant le commencement des pluies (avril) ; il est traversé par des coupures à bords abrupts dans lesquelles coulent

le Gomoé et le Bandama ; les alluvions aurifères j sont nombreuses, mais le manque d*eau en fendrait l'exploitation difficile. La poudre d'or est une monnaie ordinaire des indigènes qui n'en connaissent pas la valeur, puisqu'ils se servent aussi couramment de cauris.

Lorsque M. Bing-er traversa Kong-, en 1888, il j vit un important marché d'objets indig'ènes et même européens, ces derniers arrivant de la côte ; Kong" avait alors 12.000 à 15.000 habitants, fabriquait des tissus de coton, des étoffes teintes, de la ferronnerie, de la vannerie, cette dernière industrie étantconfiée aux femmes; des cultures épuisantes avaient appauvri le sol des environs, mais l'aisance paraissait encore générale... Le passage des sofas de Samorj anéantit cette prospérité ; lorsque, en 1898, nos troupes réoccupèrent Kong, elles trouvèrent une population décimée, des champs partout en friche, toute une œuvre à refaire.

En avançant de Kong vers la Volta le pays devient plus forestier et plus marécageux ; c'est le Gondja, qui correspond au Gourounsi et aux montagnes de Bondoukou ; là, l'or est particulièrement abondant ; les indigènes sont tous munis d'une petite balance pour peser la poudre et d'un aimant pour en extraire les parcelles de fer ; mais l'argent monnayé paraît pour eux de plus de valeur qu'un même poids d'or. Bondoukou a été laissé à la France, et l'on peut croire qu'il serait intéressant d'étudier une région où l'or est si commun, mais si l'eau n'y manque pas pour l'exploitation, comme à Kong ; le Gondja est aussi insalubre que la côte, dont il annonce la nature équatoriale ; le séjour des Euro-

péens y serait très pénible, fût-ce pour dirig-er des travaux miniers sans y participer eux-mêmes.

Dans Tarrière Tog^o, au contraire, et surtout dans l'arrière Dahomey, les collines sont mieux aérées, lacirculation des eaux plus régulière, donc la salubrité meilleure ; Abomey,qui n'est guère qu'à cent kilomètres de la mer, est 3ituée à 325 mètres d'altitude, entourée de belles avenues d'arbres et de champs cultivés ; les cruautés de l'ancienne monarchie de Behanzin n'excluaient pas une certaine civilisation et, dans l'énergie môme de la résistance qui fut opposée à nos troupes, on saisit une preuve des qualités réelles des indigènes dahoméens; leurs cultures sont soignées, leurs cases propres ; ils s'habillent plus complètement que la plupart des nègres; de plus comme le rideau de la forêt littorale est ici très peu épais, le Dahomey apparaît comme une des parties de la côte qu'il est le plus aisé de relier rapidement à son hinterland. Au nord, vers le Niger, les savanes pastorales succèdent aux terrasses plus arrosées où seront possibles les cultures coloniales ; la population indigène des Mahis, qui se compose de bons agriculteurs, fait place à des Peuls, dont les fermes palissadées rappellent celles de l' Adamaoua et du Fouta-Dj alon . L'islam est propagé par les marchands haoussas, et aussi par des cavaliers baribas, pirates plutôt que caravaniers, qui ont été les derniers adversaires de l'action française.

L'ensemble des plateaux de la boucle du Niger renferme donc en abondance des produits riches, comme la kola, le beurre de karité, le coton, etc.. sans parler de races d'animaux domestiques, comme les bœufs du

^76 l'afRIQUE a L^ENTHÉE Dt7 VINGTIÈME SIECLE

Mossi et les chevaux du Yatenga et du Borgou. Mais cette région a été profondément troublée, presque sous les yeux des conquérants européens, par des envahisseurs musulmans: Faidherbe dut lutter contre ËlHadj Omar, puis les successeurs de Faidherbe contre Ahmadou, Tun des fils de ce prophète ; sur le haut Niger, Samory vécut plusieurs années de pillage, bernant la confiante naïveté qui nous le faisait accepter pour un souverain civilisé ; ailleurs, c'étaient les cavaliers baribas du pays Mahi, ou les Zabermabés, vaincus par Chanoine avec Taide des indigènes du Gourounsi. Nous avons donc surpris le Soudan en pleine crise, avant que l'islam, qui l'attaquait de toutes parts, eût le loisir d'y fonder solidement les états qu'il ébauchait à peine. On doit tenir grand compte de ce fait, si Ton veut comprendre les causes de sa médiocre valeur actuelle et les conditions de sa régénération pour l'avenir.

Dans l'insécurité générale de cette conquête en marche, les transactions commerciales avaient été réduites, presque partout, à des échanges locaux ; les caravanes de dioulas n'osaient plus s'aventurer du Bagoé jusqu'à Kong, lorsque les sofas de Samory tenaient cette place ; il n'y avait donc plus, lors de l'arrivée des Européens, de grands courants commerciaux : quelques charges de kola, du sud au nord, quelques sacs de sel, en sens inverse, et c'était tout. Kong, dévastée par Samory, n'envoyait plus sur le moyen Niger ses tissus teints. Par contre, dès l'occupation française du Macina,des bestiaux et des grains descendirent par caravanes ou par pirogues sur Tombouctou ; cette ville reçut même bien-

LE SOUDAN ET LE SAUAHA ill

tôt des convois de bœufs amenés du Fouta-Djalon.

Quant aux relations entre la côte de Guinée et l'intérieur, on peut dire qu'elles n'existaient pas : la forêt dressait sur toutes les routes possibles son obstacle devant les dioulas indigènes ; elle était peuplée d'habitants sauvages, anthropophages, hostiles aux musulmans du Soudan comme aux Européens du littoral ; les TTiarchands haoussas devaient déposer leurs marchandises sur la lisière de la forêt, dans les ports extrêmes du Soudan ; de là les naturels des bois les emportaient dans leurs clairières. Si, parmi les populations côtières, quelques-unes paraissaient plus avancées, c'étaient des tribus féroces, les Achantis et les Dahoméens ; ainsi la zone d'action des ports européens de Guinée n'était-elle qu'une mince bande côtière : seule Accra recevait par plusieurs séries d'intermédiaires une petite quantité de poudre d'or, originaire du Gondja.

Lorsque M. Binger, après son mémorable voyage du Sénégal à la Côte d'Ivoire, était gouverneur de cette dernière colonie, il essaya bien de nouer des communications avec l'intérieur : le lieutenant Braulot (qui devait plus tard mourir victime d'une perfidie de Samory) était bien accueilli par les chefs musulmans de l'intérieur ; en même temps, le capitaine Marchand poussait jusqu'à Kong, à travers le large couloir de plaine du Baoulé ; par ses soins, des groupes de dioulas étaient prêts à descendre à la côte par cette voie toute nouvelle pour eux ; quelques-uns s'étaient aventurés déjà, tous les chefs des stations intermédiaires, catéchisés par

Marchand, leur assuraient libre passage, et le capitaine L'Afrique. 16

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croyait dès lors avoir ouvert la mer au Soudan (1893- 94)... Vain espoir: Samorj, rejeté par nos colonnes, refluait à Test, il arrivait au Baoulé, saccageait le pays de Kong* et la forêt refermait derrière la côte d*Ivoire sa barrière un instant écartée. A peine commencet-on aujourd'hui, Samory vaincu enfin, à relever ces ruines.

On peut donc dire que les pays de la boucle du Niger, à la fin du xix® siècle, ne sont encore atteints directement par aucune voie de pénétration européenne, mais les partages politiques entre les puissances coloniales sont enfin terminés ; les derniers dissidents indigènes sont réduits, à l'exception des Achantis que des violences maladroites ont encore soulevés cette année même (1900) contre les autorités anglaises de la Côted'Or. Cette insurrection n'étant d'ailleurs qu'un incident tout local et que l'on doit souhaiter promptement clos, le moment est venu d'organiser les communications extérieures de tout l 'arrière-pays ; on s'en occupe activement, chez nous surtout, car les conventions ont réservé la plus grande partie de ce domaine à la France, dont les territoires entièrement occupés aujourd'hui ne laissent à l'Allemagne et à l'Angleterre que l'enclave littorale du Togo et de la Côte-d'Or.

Gomment ouvrir ces régions à l'Europe et quelles en sont les parties qu'il convient d'atteindre les premières ?

Les bords du Niger ne présentent d'intérêt qu'en amont de Tombouctou ; là notre œuvre doit être d'abord

politique, car les cultivateurs indigènes, forcés de céder aux nomades armés la meilleure partie de leurs récoltes, mènent une vie misérable au milieu de leurs riches moissons ; une occupation vigilante et prolongée, garantissant à chacun les produits de son travail, est donc la condition primordiale d'un progrès économique, d'ailleurs assuré. Mais les communications par le Niger sont précaires au-dessous de Ségou et de Sansanding ; le cours navigable est incertain ; le combustible manque pour les chaudières : les arbres se font de plus en plus rares sur les dunes, percées de coupoles de granit, qui portent quelques villages de pêcheurs indigènes, à l'abri des inondations. En 1887, le lieutenant de vaisseau Gàron atteignit à grand peine Koriumé, port de Tombouctou ; à son retour, il fut assailli dans le lac Débo par une tornade dangereuse, et l'accès des rives, marécageuses, infestées de nuées de moustiques, lui parut très difficile. On pourra cependant, selon toute vraisemblance, utiliser régulièrement le Niger jusqu'à Tombouctou pour des transports par chalands plats, remorqués par des chaloupes à faible tirant d'eau et dont l'un servirait de tender d'approvisionnement pour la machine.

La région vraiment fertile du Soudan français est la zone centrale, celle des plateaux ondulés où les cultures coloniales seront tentées avec succès, celle où réapparaissent, au sud des steppes à pâturages instables, les pluies régulières et les groupes plus denses et plus fixes de population ; le haut Niger, les anciens Romaines de Çainory se rattachant naturellement aux

voies d'évacuation du Sénégal et de la Guinée française, il en sera question dans le chapitre suivant; comment le Mossi et le Kong, le Sikasso, le Gourma, pour ne parler que des territoires français, ressortirontils à la côte méridionale et aux routes de l'ouest, voilà ce que nous devons étudier ici.

Par l'hydrographie, ces pays appartiennent au versant du golfe de Guinée, mais aucune communication ne les y relie, tandis que, bien au contraire, divers obstacles les en séparent : les fleuves ne sont navigables que sur des biefs très courts, et les vallées s'opposent aux relations, plutôt qu'elles ne les favorisent : en été, les cours d'eau sont assez grossis par les pluies pour que les pirogues franchissent les rapides ; mais en cette même saison, des marais sans profondeur se forment sur les marches du plateau, le chenal s'y déplace et les embarcations risquent à tout instant de s'échouer ; aussi les sentiers indigènes courent-ils, sans distinction de saison, sur les parties émergées ; c'est sur leurs traces que, renonçant résolument à l'emploi des voies fluviales, on est aujourd'hui décidé à lancer des chemins de fer. Même la route Bandama- Bagoé, dont Marchand attendait beaucoup, n'ofifre pas les ressources qu'il en espérait, et cependant de ce côté le portage par terre serait réduit au minimum entre les affluents du Niger et les tributaires du golfe de Guinée, mais la navigation du Bagoé par pirogues indigènes ne commence qu'à la hauteur de Sikasso ; elle se joint à celle du Niger dans le lac Débo.

En attendant que les communications SQÎeat ré^u-

Hères du Soudan vers la côte, nos représentants se sont occupés d'en assurer au moins la circulation inté* rieure ; un rapport du commandant Destenave signalait qu'en 1898 la pacification des «pays de la boucle» était complète ; des commerçants indig-ènes venus de Saint-Louis, de Kayes et de Médine s'établissaient jus qu'à Ouagadougou, centre de notre administration ; des négociants européens visitaient les marchés du pays, résolus à y fonder des comptoirs. Deux pistes, munies de gîtes d'étapes, sont maintenant tracées en croix à travers le Soudan français ; l'une va du lac Débo à l'arrière-Dahomey, par le Yatenga, le Mossi et le Gourma (900 kilomètres) ; l'autre suit la corde de l'arc du Niger, sur 800 kilomètres, entre Mopti et Say par le Macina méridional et le Liptako ; ces pistes, simplement débroussaillées par des prestataires indigènes, se prêtent à la circulation d'animaux de bât et de voitures Lefèvre.

Dans tout le Soudan, le développement méthodique de l'élevage doit fournir au commerce les bêtes de somme dont il a besoin ; c'est un notable avantage sur les pays équatoriaux, où le service du portage détournera nombre d'indigènes de l'agriculture, jusqu'à ce que des voies de pénétration artificielles aient été créées. Or la main-d'œuvre des Soudanais est déjà formée pour l'agriculture, les régions de Kong et de Sikasso sont peuplées de paysans qui produiront volontiers au delà de leurs besoins immédiats dès qu'ils seront certains de ne pas travailler pour des chefs pillards, comme Bemba ou Samory. Le capitaine Péroz L'Afrique. 16.

raconte que celui-ci faisait cultiver par des captifs les environs de ses résidences, Kankan, Bissandougou et qu'il existait autour de ces villages des champs d'orangers fort bien entretenus. Le Soudan se trouve donc placé dans des conditions favorables pour que la « paix française » y soit rapidement féconde.

Cet essor sera plus vif encore si des portes lui sont ouvertes sur la mer de Guinée et c'est la France qui doit le diriger. La colonie allemande du Togo n'a qu'une frontière littorale très étroite, étranglée entre la Côted'Or anglaise et le Dahomey français ; les rivières formées dans la région montagneuse de Bismarckbourgf vont à la Volta, dont l'embouchure est anglaise ; un chemin de fer ne franchirait pas sans de grands frais cette zone pluvieuse et forestière qui s'abaisse vers le nord en prairies d'élevage, habitées par des groupes de pasteurs peuls. Quant à la pénétration anglaise, elle serait moins contrariée par la nature, puisque l'ouest de la colonie n'est pas barré par des chaînes de montagnes ; mais l'hostilité des Achantis n'est pas encore vaincue, et c'est sans doute à cette difficulté qu'il faut attribuer l'arrêt des travaux du chemin de fer de Segondi à Coumassie, malgré les subsides récemment votés par le Parlement. Au début de 1900, une soixantaine de kilomètres étaient construitsjusqu'àTarqua,dans un district minier ; les plans de deux autres tronçons étaient arrêtés au départ d'Accra et d'Apam.

En territoire français, les travaux porteront sur deux lignes de pénétration, l'une partant de la Côte d'Ivoire, l'autre du Dahomey; les deux tracés ont été étudiés

pendant Tannée 1899. Le chemin de fer du Dahomey doit relier Kotonou au Niger ; il peut être entrépris, si Ton ne préfère leconfier à des compagnies particulières,* par la colonie elle-même, dont le budget de 1899 laissait un excédent de 800.000 francs ; il traverse le pays d'Allada, propre à toutes les cultures tropicales, puis celui d'Abomey où commencent les collines à produits plus variés ; il s'enfonce ensuite dans les savanes des Mahis, dans le Borgou et atteindra le Niger, après un • parcours d'environ 700 kilomètres, en un point non encore déterminé. Les études sont complètes sur les 360 premiers kilomètres, et le coût en est estimé par le commandant Guyon, chef de la mission, à 65.000 francs par kilomètre ; la main-d'œuvre pour les terrassements serait obtenue sur place, après entente avec les chefs indigènes, et cette prévision a permis de proposer un prix de revient qui paraît bas ; souhaitons qu'il n'y ait pas de mécomptes sur ce point non plus que sur l'estimation très optimiste des recettes immédiates ; il est clair qu'il faut au plus tôt, môme au prix de sacrifices temporaires, affranchir les indigènes et les colons agriculteurs des servitudes du portage, et ceci n'est possible que par la construction rapide du chemin de fer.

La ligne de la Côte d'Ivoire a été levée parla mission du capitaine Houdaille : elle partira d'un port nouveau, aménagé sur la lagune de Grand Bassam, à l'ouest de cette ville qui sera probablement évacuée ; elle s'enfoncera dans l'intérieur jusqu'à 300 kilomètres environ de la côte et sera ultérieurement prolongée sur Kong ; de là, on peut souhaiter qu'une extension nouvelle la con-

duise jusqu'à Sikasso et au terminus navigable du Bagoé. Le prix kilométrique serait de 60.000 à 80.000 fr.;

Texploitation de la forêt côtière permettrait certainement, dès les débuts, un trafic suffisant pour couvrir les frais d'exploitation. Une observation du lieutenant Macaire, adjoint au chef de la mission, est particulièremont intéressante : c'est celle des chutes de la Gomoé dont on pourrait emprunter la force hydraulique soit pour le chemin de fer lui-môme, soit pour des travaux forestiers. Le seul moyen pratique d'employer ces rivières sauvag'es ne serait-il pas, en effet, de discipliner leur effort en le communiquant à des machines, ce qui est maintenant possible même à grande distance ?

A l'ouest, les chemins de fer de Kayes à Koulikoro et Kouroussa à Konakry relieront le Niger au Sénégal et à la Guinée française. Une autre voie serait utile pour assurer la cohésion de tout notre empire de l'Afrique occidentale : c'est celle qui traverserait d'ouest en est tout le Soudan, de Sikasso à Say, par exemple, avec prolongement éventuel parle transsaharien Say-Zinder- Tchad ; elle prendrait contact avec les voies de la Côte d'Ivoire et du Dahomey et serait facilement reliée, d'autre part, au réseau du Sénégal ; elle suppléerait à l'insuffisance du moyen Niger comme voie navigable; lorsque le transsaharien venant du nord y serait soudé, de manière quelconque, le domaine de la France dans l'Afrique occidentale serait entièrement frayé, capable d'une plus-value immense, et fortement outillé pour défier tous ses ennemis.

Le ministère des colonies, par le décret du 17 octobre

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1899, dit de dislocation du Soudan, a voulu dès maintenant assigner à chacune de nos colonies côtières la part des régions soudaniennes qu'elle devra desservir un jour ; il n*a conservé, au nord et à Test, que deux territoires militaires (1), dont les chefs sont étroitement soumis au gouverneur général de T Afrique Occidentale. Ce décret a devancé des réalités souhaitables, mais encore contingentes : ni le Dahomey ni surtout la Côte d'Ivoire ne sont encore les débouchés maritimes de leur arrière-pays, et la situation ne sera pas diflFérente jusqu'à l'achèvement des chemins de fer de pénétration. Il faut espérer que ceux-ci seront établis sans tarder ; ouvrant les uns aux autres des pays de productions différentes, ils seront d'une utilité commerciale et, pourrait-on dire, sociale supérieure à celle delà voie Kayes- Niger et prolongements, le long de laquelle la nature est peu variée. Mais si Ton a toutes raisons d'en hâter les travaux, on ne doit pas oublier que ce n'est là, pour la France, qu'une partie de l'œuvre nécessaire; la formule administrative, unité ou dislocation, importe peu; le tout est que la multiplicité des intérêts particuliers ne laisse pas perdre de vue les plans d'ensemble qui doivent guider le progrès des possessions françaises de l'Afrique du Nord.

(1) Un troisième territoire militaire vient (juillet 1900) d'être créé dans les pays à Test du Niger.

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