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neuses. Une argile grasse comble les plaines qui se développent sur l'un et l'autre versant.
Les hauteurs du Fouta-Djalon sont en somme médiocres, mais par leur exposition aux vents pluvieux de l'Atlantique et la variété de leur relief, elles jouent un rôle prépondérant dans l'hydrographie de l'Afrique occidentale ; elles émettent des sources de tous côtés, le Niger, le Bafing, la Gambie, les Rivières du sud ; leur chute est mieux ménagée au nord qu'au sud, où elles tombent en deux ou trois bonds de plus de 700 mètres : la circulation est très pénible sur ces éclats de conglomérats ferrugineux. Les monts Tembiko et Daro, qui dominent la source du Niger, sont les plus hauts du Fouta-Djalon; ils s'élèvent jusqu'à 1320 mètres; au delà, autant que nos connaissances nous permettent de les décrire (et l'arrière-pays de Libéria est encore fort mal étudié) , des plateaux moins accidentés continuent le Fouta-Djalon vers le sud-est et le Ouassoulou.
Dans son ensemble, cette région est formée de vallées cultivées, entre des chaos peu praticables; les eaux courantes, toujours vives, nivellent peu à peu le sol, comblent les dépressions des débris qu'elles précipitent des sommets ; çà et là, les pentes s'arrêtent contre des paliers horizontaux, où l'hydrographie n'est pas encore dessinée. Ce sont les ^aoi^aîs, au sol rugueux de scories, souvent noyés sous une couche d'eau stagnante et bourbeuse, coupés de fourrés d'épines et soigneusement évités par les rojutes de commerce. Au
dessus, sur les mamelons élevés, couverts de pâtu- L'Afrique. ^ "^ 17.
rages, se groupent les plus riches et les plus propres des villages indigènes, signalés de loin par les cônes de leurs mosquées.
Le climat du Fouta-Djalon est plus tempéré que celui des plaines ambiantes : à la fin de la saison sèche, en février-mars, le thermomètre n'y dépasse guère 25", tandis que sur la côte il monte à 40*; la fraîcheur relative des nuits entretient l'équilibre de l'organisme ; l'usage des vêtements et couvertures de laine est indispensable, la température baissant alors jusqu'à -|- 6®. A la fin de mars, les vents du nord-est tournent au sudouest et se chargent de pluies ; avril-août est la grande saison pluvieuse, mais il tombe aussi des orages à toute époque de l'année. Presque partout les pentes sont suffisantes pour assurer le drainage des eaux ; le paludisme n'est donc à craindre que sur les baovals, qui sont précisément les parties les moins fertiles.
Les Peuls ou Foulas, parents de ceux de l'Adamaoua, sont la race dominante du Fouta-Djalon qu'ils ontcoDquis à la fin du dix-huitième siècle sur les indigènes malinkés ; très prolifiques, ils achèvent ainsi d'asseoir leur puissance. Le type peul est plus fin que celui du nègT2 ; la face allongée, le teint moins noir,le regard droit et intelligent le rapprocheraient du type sémitique ; le Peul s'habille avec soin, drape coquettement la pièce d'étoffe blanche dont il s'enveloppe ; musulman, mais sans fanatisme depuis qu'il est fixé sur le sol de sa conquête, il est cependant méfiant des nouveautés européennes : nos premiers explorateurs rencontrèrent à Timbo des gens peu empressés, sinon tout à fait malveillants ; il
faut beaucoup de doigté pour manier ces populations, qui ne manquent pas de fierté.
Le Peul habite surles hauteurs: Labé, Timbo, Foug'oumba, gros villages, à 800 mètres d'altitude environ, sont surtout des centres politiques et religieux, avec leurs missidas (mosquées) couronnées d*un éteignoir de chaume ; les fermes particulières se dispersent à l'entrée des vallons, où le voyageur retrouve presque les impressions d'un pays pastoral d'Europe. Les aborigènes, ouvriers agricoles, sont logés dans des hameaux spéciaux, appelés roundés. La plupart sont des travailleurs dociles, cependant quelques-uns, réfractaires à toute domination, se sont réfugiés sur les éboulis des pentes orientales, où ils font métier de guetter et de piller les caravanes.
Le riz ne peut venir sur les hauts plateaux; mais on y cultive les arbres fruitiers, tels qu'orangers et bananiers, les légumes, une sorte de vigne qui laisserait espérer l'acclimatation du vignoble français. La faune sauvage est riche dans les forêts où l'on trouve encore des lions ; les plantes à caoutchouc sont très abondantes . Mais c'est surtout comme éleveur que le Peul se distingue; les hommes surveillent l'alimentation et la reproduction du bétail, tandis que les femmes connaissent tous les emplois du lait pour les usages domestiques. L'instruction est moins rare chez les Peuls que chez les nègres du bas pays : chaque village a son école arabe, régulièrement fréquentée par les enfants.
De leurs citadelles naturelles, les Peuls descendent souvent, par groupes armés, pour faire le commerce à
la côte ou dans les plaines du nord ; depuis roccupation française du moyen Nig-er, ils acheminent régulièrement des convois de bœufs sur nos postes, et sont même en correspondance avec des marchands de Tombouctou ; de la côte ou de Bakel ils importent du sel et des armes, en échange de bestiaux, de fruits ou de caoutchouc. Freetown, dans la colonie anglaise de Sierra-Leone, fut longtemps leur port de ravitaillement au sud, mais Konakry, capitale de la Guinée française, attire déplus en plus les caravanes ; le chemin de fer en construction de Konakry au Niger achèvera de déclasser à son profit les routes de la Guinée.
Quelles que soient les ressources et la salubrité du Fouta-Djalon, l'établissement de nombreux colons européens n*y paraît pas possible, en raison du caractère des Peuls. Nous croyons que les premiers résidents devront être des commerçants ; car, dans ce pays peuplé d'habitants intelligents et presque riches, il serait possible de placer beaucoup de produits européens ; les cases des Peuls, leur mobilier, leurs vêtements sont de gens qui saisiront volontiers les occasions de les améliorer encore. Quelques Européens, habitant au milieu d'eux,leur apprendraientà mieux récolterle caoutchouc; non seulement le Fouta-Djalon, mais toutes les vallées du haut Niger et du haut Sénégal abondent en caoutchouc ; l'indigène gaspille ces richesses, ig-norant les bonnes méthodes pour inciser les plantes et coag^ulerle latex; mais déjà nos officiers ont institué à Kouroussa des écoles professionnelles où ces méthodes sont enseig-nées ; il ne serait sans doute pas difficile d'introduire
chez les Pauls du Fonta-Djalon quelques coun; pratiques du même centre. Des comptoirs français installés dans les Tillages principaux etn'acdietantaux indijsrènes que du caoutchouc bien préparé axMjuerraient leurs proTisions à bon compte et propagreraienlles procédés d^une meilleure exploitation. Mais pour que ce commerce soit posâble et profitaLle. iJ faut d'aliord que le Fonta-Djalon comjnunique aisément avec les ports d'éyacuation, et otâ pose la question du dmniu de fer de pénétration.
Les rivières issues de ces hauteurs ne sont pas navigables vers le Nipper eî le Séné^ral ; celles qui voDt directement à l'Atlantique ne valent pas mieux mais la côte, découpée en {U'ofonds estuaires, présente de bons abris et porte assez avant dans Tintérieur la navigation maiitime ; c'est donc de ce côté qu'il £aut chercher le tracé du chemin de fer. Et d'abord, quels sont les caractères de cette côte ?
Elle court sur 1500 kilomètres, de la Gambie au cap des Palmes, déchiquetée, bordée d'îles à traces volcaniques jusqu'au delà de Freetoivn, puis plus monotone, presque rectiligne, soulignée de lagunes,telle qu'elle se continuera sur le g-olfe de Guinée. Elle est assaillie par le contre-courant équatorial, qui détermine de fortes marées (6 mètres au Rio Nunez) et empiète progressivement sur la terre ferme : dans la Guinée portugaise, où la mer a certainement gagné sur le rivage, on rencontre des hippopotames très près du littoral. Ces terrasses méridionales du Fouta-Djalon sont insalubres, très pluvieuses de mai à novembre, sauf une période de
sécheresse relative en août, balayées en hiver par un vent de nord-est qui, descendant des plateaux, s'enfonce dans les vallées et chasse devant lui des miasmes iic fièvre. Freetown, malgré Taspect pittoresque de son cadre de verdure tropicale, est une des villes les plus malsaines de r Afrique Occidentale.
Si les estuaires des<( Rivières du sud » sont depuis longtemps connus des négriers et par eux des géographes, il en est autrement de Tarrière-pays, resté mystérieux jusqu'à ces dernières années, tout récemment relié par des itinéraires au Fouta-Djalon et au Soudan. Les factoreries côtières achètent aux habitants le caoutchouc, la kola et, depuis la latitude de Libéria, l'huile de palme ; les fonds débroussaillés sont plantés en rizières, une haute brousse, épaissie en forêts sur les bords des rivières, couvre tout le pays. La température est plus uniformément chaude que dans le Fouta-Djalon ; les indigènes construisent leurs cases plus légèrement que les Peuls, qui ont à se garer contre le froid des nuits. L'islam n'a pas beaucoup pénétré ces populations, refoulées vers la mer par les envahisseurs du Fouta-Djalon et peu à peu adaptées à un milieu très différent. Les Européens du littoral y recruteraient assez aisément des auxiliaires pour les cultures tropicales, mais les administrateurs doivent montrer une grande prudence, car ces tribus, plus travailleuses, sont moins dociles que les nègres des pays équatoriaux : à Sierra-Leohe, en 1898, sur l'établissement d'une taxe de huttes maladroitement perçue, les indigènes se soulevèrent et la répression coûta cher aux Anglais.
Les estuaires de la Gasamance, du Rio Grande, des deux Scarçies et d'autres rivières analogues n'ofiFrent à la pénétration que des impasses, bloquées à 100 kilomètres en amont par des rapides infranchissables ; au sud de Tîle de Sherbro, les indentations du rivage cessent, et l'accès est plus difficile encore ; la mer littorale est moins profonde, la barre qui assiège toute la côte de Guinée commence devant Libéria. Le territoire de cette république nègre n'est prolongé dans l'intérieur que par une fiction diplomatique ; l'administration libérienne ne régit en fait que les tribus les plus voisines de la mer. Tout l'arrière-pays est inconnu, surtout des Libériens ; la mission Hostains-d'Ollone a démontré que le Gavally, assigné comme frontière franco-libérienne, s'enfonçait à l'ouest beaucoup plus qu'on ne le croyait autrefois. Commercialement, Libéria est presque une colonie allemande, les Allemands ayant obtenu le monopole de l'exploitation du caoutchouc et du recrutement des bateliers Krous.
Si l'on excepte la colonie portugaise de la Guinée, dont le commerce est fait surtout par des maisons de Bordeaux, la France et l'Angleterre restent les seules puissances coloniales en présence sur la côte qui correspond au Fouta-Djalon. Les traités ayant garanti à la France tout le domaine du Sénégal et du Niger, Sierra- Leone n'a plus les mômes perspectives d'avenir que la Guinée française; elle possède, cependant, par la vallée de la petite Scarcie et le seuil de Falaba la route la plus courte de la mer au Niger supérieur. Mais là n'est
plus pour rAngleterre la grande utilité de cette colonie : Sîerra-Leone devient Técole où se forment les auxiliaires noirs du commerce anglais pour toute la côte d'Afrique ; jadis envoyés au Fouta-Djalon, ces collaborateurs s'en retirent aujourd'hui que la France paraît en position de leur disputer cette carrière avec avantage ; ils vont s'engager à la Gôte-d'Or, dans la Nigérie anglaise, et jusqu'au Congo.
Bien que réduite à une enclave côtière, Sierra-Leone a commencé (fin de 1895) à construire un chemin de fer de pénétration ; les travaux ont été entravés par la qualité du terrain très dur, par la multiplicité des brèches fluviales, qu'on doit franchir au moyen de viaducs, par la cherté de la main-d'œuvre. Pour les 35 premiers kilomètres, le prix de revient kilométrique s'est élevé à 130.000 francs, la voie étant cependant de 0™80 seulement ; il s'est abaissé ensuite à 120.000 francs. La ligne est ouverte aujourd'hui, au départ de Freetovirn, sur près de 90 kilomètres. La décision prise par notre colonie de Guinée de construire la voie ferrée Konakry- Timbo-Kouroussa, qui sera toute en territoire français, détournera probablement le gouvernement anglais de pousser beaucoup plus loin la ligne de Sierra-Leone.
La Guinée française compte parmi nos plus jeunes colonies, comme parmi les plus prospères ; il n'est que juste de citer le nom de M. le gouverneur Ballay, qui a été l'infatigable directeur de cette fortune. La capitale, Konakry, n'existait pas avant 1889 ; on chassait la panthère dans les fourrés de l'île où elle s'élève maintenant ; elle a 10.000 habitants aujourd'hui, dont quel-i
c|ues centaines d'Européens ; son commerce a doublé, de 1895 à 1898, aux dépens de Freetown ; tous les grands paquebots de la côte touchent à Konakry, que des travaux plus considérables achèvent d'outiller. Non seulement la colonie couvre ses dépenses, mais elle est assez riche pour consacrer sur ses excédents une grosse annuité (400.000 francs) aux travaux du chemin de fer du Fouta-Djalon. Elle ne néglige cependant pas les améliorations agricoles : son sol convient au café, au bananier, au cacao ; un jardin d'essais a été créé à Konakry ; plusieurs particuliers ou sociétés commerciales ont donné l'exemple de planter de vastes domaines. Déjà l'on obtient un concours utile de la main-d'œuvre locale, une capitation sur les indigènes, établie en 1897, a toujours été levée depuis sans protestations.
Mais la Guinée française veut devenir le débouché du Fouta-Djalon et des pays du haut Niger ; elle s'occupe donc avec une activité toute spéciale de ses voies de pénétration : M. Olivier de Sanderval, l'un des premiers explorateurs du Fouta-Djalon (1879-1881), avait proposé un chemin de fer qui partirait de Boké, au fond de l'estuaire du Rio-Nunez, à 60 kilomètres de la mer. Le projet du capitaine Salesses a été préféré ; le chemin de fer suivra- d'abord, mais sans se confondre avec elle, une route préalablement établie de Konakry vers Timbo, large de 5 mètres, et dont plus de lOOkil. étaient ouverts lorsqu'est intervenu le décret réglant la construction de la voie ferrée (août 1899). Le tracé, levé par le capitaine Salesses, puis, pour des variantes
de détail, par l'adjoint du g'énieNaudé, est aujourd'hui complètement fixé : la voie sera longue d'environ 600 kilomètres, de la côte au Nig-er ; elle atteindra par un embranchement Timbo, capitale du Fouta-Djalon. Les travaux, commencés au printemps de 1900, sous la direction de M. Salesses, seront vivement poussés et dans trois ans, selon toutes vraisemblances, le premier tronçon atteindra le Fouta-Djalon. Le prix de revient est estimé par le directeur à un maximum de 80.000 francs par kilomètre, avec la voie étroite qui a été adoptée. Ce chiflFre est très inférieur à celui de Sierra - Leone, mais les travaux d'art sont peu nombreux sur la ligne française, et les indigènes, mieux disposés, viendront plus volontiers sur les chantiers.
Le chemin de fer du Fouta-Djalon paraît appelé à drainer un trafic considérable ; le commerce existant représenterait un mouvement de 5 millions de francs dans l'intérieur de la colonie ; plusieurs maisons françaises, s'enfonçant loin delà côte, fondent des comptoirs sur le tracé d'amont, pour recevoir à meilleur compte les produits des indigènes. Il faudra prendre garde de ne pas solliciter ceux-ci à ne récolter que le caoutchouc ; une concurrence déréglée entre traitants français en a fait monter le prix tandis que la qualité déclinait ; les cultures inaugurées depuis quelques mois seront le correctif nécessaire de ces pratiques trop exclusives. Déjà les Peuls du Fouta-Djalon sont en relations suivies avec Konakry : notre résident, M. Noirot, put arriver jusqu'à Timbo, en 1898, avec deux charrettes à bœufs chargées de ses bagages et s'avançant sur .
les pistes îndig'ènes d*une vingtaine de kilomètres par jour; il apprend depuis à ses administrés le labourage avec des bœufs. Après les belles explorations du Dr Maclaud (1897-1899), il est établi par de nombreuses observations que le Fouta doit devenir le plus riche pays delà côte occidentale d'Afrique; le chemin de fer qui le reliera, d'un côté à Konakry, de l'autre au Niger, est donc assuré d'un brillant avenir, et la Guinée française, qui le construit, aura un titre de plus à être citée comme un exemple parmi les colonies modernes. Mais ce chemin de fer est nécessaire pour lui rései*ver le commerce de tout son arrière pays, car jusqu'ici les tentatives de ravitailler par Konakry les postes du Soudan méridional ont toujours échoué.
Le Sénégal, qui est encore la seule porte pratiquement ouverte du Soudan occidental sur la mer, se compose de steppes subdésertiques, traversés par la vallée d'un fleuve à inondations et bordés sur la mer d'une lisière transformée par l'agriculture, le Cayor. Dakar, ou plutôt l'île de Gorée, prison naturelle gardée par des requins, ne fut longtemps qu'un entrepôt pour les négriers. Après l'abolition de la traite, les négociants se mirent à exporter de la gomme, mais c'est seulement par l'introduction de l'agriculture que la France a fixé les indigènes et fondé sa souveraineté durable sur ce pays. Le mérite en revient à quelques Bordelais, et notamment à M. Hilairc Maurel, dont le prénom désigne encore, dans toute l'Afrique occidentale, la houe qui. est l'instrument
de travail ordinaire du paysan noir. Aujourd'hui, la charrue se substitue à Thilaire pour la culture des arachides; le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis* traverse paisiblement, près de Thiès, l'ancien « ravin des voleurs ».
La côte sénég'alaise, jusqu'au Cap- Vert, est toute saharienne, mais les indigènes, Ouolofs et Sérères, en ont fait un i^^'renier d'abondance, où ils récoltent des plantes vivrières, du coton, des arachides, où ils élèvent des bœufs, des moutons et tous les animaux de bassecoUr. Nous avons d'abord, au temps de Faidherbe, protégé ces nègres, vrais colosses noirs, contre les Maures du nord, plus petits, mais guerriers pillards, effrayants à voir aveclabroussaille de cheveux flottants qui auréole leur tête. Cette protection a été féconde ; aujourd'hui Ouolofs et Sérères sont de bons paysans, dont les enfants commencent à fréquenter nos écoles, et les Maures, assagis par la présence de quelques garnisons sur la côte et sur le bas fleuve, sont devenus d'actifs correspondants pour les négociants français.
Au sud du Sénégal, avec la Gambie, enclave anglaise exploitée par des Français, et la Casamance, la nature change ; le pays, plus ondulé, plus boisé que le Sénégal, reçoit en été des pluies abondantes; les rizières de Sedhiou, sur la Casamance, sont sous l'eau de juin à novembre ; les villages indigènes sont posés sur des buttes émergées ; les factoreries européennes sont entourées de bananiers, d'orangers, de plantations de cacao, de café, de kola; les vallées fluviales sont couvertes d'une végétation dense, avec des palmiers, des
arbres et des lianes à caoutchouc ; dans Tintérieur le sol se relève sensiblement vers le Bondou ; les éléphants et les lions sont les maîtres de la brousse marécageuse et peu habitée. C'est là qu'en 1888, après deux campagnes dirigées par le lieutenant-colonel Galliéni, le Mahmadou Lamine, prophète fanatique, fut atteint et tué par des indigènes alliés. On a quelquefois parlé d'un échange avec r Angleterre, qui nous céderait la Gambie pour d'autres possessions à déterminer ; ce fleuve présente en eflFet un long estuaire navigable, dont les ramifications d'amont se tendent vers le moyen Sénégal ; par Kayes et la Gambie, le Soudan français aurait sur la mer une voie d'accès toute soudanienne, bien différente de la voie intermittente du Sénégal.
Le fleuve Sénégal finit par un delta que la flèche de sable appelée « langue de Barbarie » sépare de la mer. Saint-Louis, capitale administrative de nos établissements, commande le grau de communication avec l'Océan ; c'est une ville de 20,000 habitants (1 500 Européens) , dont le quartier principal est dans une île du fleuve ; la barre, en déplacement incessant, d'une hauteur d'eau variable, interdit parfois aux bâtiments de mer l'entrée du Sénégal ; cependant, sous la réserve qu'il faut souvent attendre une marée favorable pour la franchir, on peut dire que le Sénégal est navigable sur 350 kilomètres jusqu'à Podor, pour des navires calant 3 mètres et ceci toute l'année, même aux plus basses eaux.
Gomme celles du moyen Niger et du Nil, la vallée du bas Sénégal est une longue oasis, à pente très peu inclinée, 67 mètres sur 1000 kilomètres, du pied des ca-
taractes de Médine au niveau de TAtlantique ; c'est le couloir de refuge des cultures et des populations fixes, tandis que sur les deux rives, les Maures nomades parcourent les steppes. Les postes occupés sur le fleuve sont les escales où, pendant la saison sèche, les Maures apportent la gomme ; lorsque viennent les pluies et la crue, de grands steamers, calant jusqu'à 6 mètres, viennent enlever ces approvisionnements ; en échange, ils apportent des cotonnades, du sucre, de la poudre, des denrées agricoles, des gourdes (pièces de 5 francs).
La vallée du fleuve, d'abord oasis, se distingue de moins en moins desrives, à mesure qu'on s'enfonce dans l'intérieur ; du littoral, qui ressemble au Sahara, Ton passe par une gradation insensible, à la nature tropicale; mais même dans le bas pajs, la plaine ou coule le fleuve, noyée par des inondations annuelles, est très fertile ; les indigènes cultivent le mil et les légumes, élèvent des moutons ; d'innombrables oiseaux au plumage éclatant volètent dans les arbrisseaux des rives, des crocodiles se chauffent au soleil sur les bancs de sable ; pourtrouver des hippopotames, il faut remonter au delà de Kayes.
Le régime du Sénégal est réglé par la précipitation des pluies d'été du Soudan ; tandis que Saint-Louis n'a que 0™40 de pluie annuelle, on a relevé 0,55 à Bakel et ln™27 à Kita. La crue culmine à Bakel au mois de septembre, par 44 ou 15 mètres ; elle s'étale en aval sur une surface élargie, monte de 9 mètres à Matam et de 6 à Podor ; à Saint-Louis, elle est insensible ; le pays prend alors un aspect nouveau, les étangs et les marigots des
rîves sont confondus avec le fleuve qui s'étend parfois sur 30 kilomètres ; un courant jaunâtre, charg-é d'alluvions, Toule vers la mer ; le cours inférieur, quela marée domine aux basses eaux, perd toute salure; des vapeurs charg-és de 1800 tonnes montent sans obstacles jusqu'à Kayes. Quand les eaux baissent, les noirs reviennent en hâte semer sur les terres eng-raissées ou récolter le riz sur celles qu'ils ont disposées pour recueillir l'inondation. Mais alors la grande navigation s'arrête ; en mai et juin, les chalands calant 0™, 60 atteignent très péniblement Matam ; sans une crue exceptionnellement précoce, Faidherbe, en juillet 1857, n'aurait pu secourir Médine, assiégée par El Hadj Omar.
Kayes est au point terminus de la navigation d'été ; ville de casernes et de bâtiments administratifs où s'installent depuis quelques années des commerçants, parmi des noirs mandingues, paysans et môme ouvriers habiles pour le travail du bois d'ébène, des cuirs, de l'or et de l'argent ; Médine, en amont de rapides assez dangereux, est restée un grand marché indigène, mais c'est à Kayes que le chemin de fer du Soudan prend contact avec le Sénégal. A défaut d'une belle voie navigable, la vallée de ce fleuve peut devenir un riche pays agricole ; elle doit non seulement fournir les vivres frais, grains et viande, nécessaires aux résidents européens, mais encore nourrir les nomades des steppes ambiantes qui, par des relations plus fréquentes avec les sédentaires enrichis, se formeront à leur tour au goût des produits européens. Ce pays atteindrait même un notable développement industriel (minoterie, briqueterie, etc.), le
312 L^FRIQUE A l'entrée DU VINGTIÈME SIÈCLE
jour OÙ Tusag'e des machines à lalcool serait assez pratique pour encourager la diffusion de certaines cultures.
Le chemin de fer en construction de Kajes à Bammakou, commencé en 1880, fut d'abord célèbre par les mécomptes du début de la construction ; après une longue période d'inactivité, les travaux ont été repris ; la voie étroite, établie par les soins du génie militaire, atteint aujourd'hui le viaduc deToukouto, à 237 kilomètres de Kayes où elle franchit le Bakhoj, large de 350 mètres ; la voie sera l'an prochain à Kita ; l'arrivée au Niger est prévue pour 1904 ; la longueur totale dépassera 530 kilomètres. En attendant, une route praticable aux voitures Lefèvre précède le chemin de fer, et, au début de l'année 1900, M. Chaudié, gouverneur général de l'Afrique Occidentale, y a circulé sur les automobiles d'un service récemment inauguré. Tout le pays intermédiaire est très tranquille, et dès maintenant on peut dire que la pénétration européenne atteint effectivement le Niger par le Sénégal.
Il serait utile, pour l'assurer dans des conditions de stabilité meilleures, de doubler par une voie artificielle la route temporaire du Sénégal. La meilleure, comme nous le disons plus haut, serait celle deBakel ou plutôt encore de Kayes à la Gambie navigable, mais ce tracé doit être écarté, puisque la Gambie est colonie anglaise. Une autre traverserait directement le Ferlo, pour se souder à la ligne ferrée du Gayor ; le Ferlo est un pays très peu arrosé, mais où l'on trouverait de l'eau en creusant des puits ; une mission du génie, détachée de
LE SODDÀN ËT LË âAHAtlA 3i!)
celle delaGuinée française, doit, en 1901,étudierdetrès près ce projet ; il n'est pas douteux que rétablissement d'un chemin de fer ne serait pas plus difficile dans le Ferlo que dans le sud algérien ou dans la Nubie égyptienne. Dès maintenant, Tamorce occidentale s'avance vers le Baol, district riche en arachides.
Dakar, où la nature a dessiné l'emplacement du vrai port du Sénégal, serait alors le débouché immédiat de tout le haut pays et non plus seulement du Gayor ; il est indispensable (et ces travaux sont en cours d'exécution) d'en améliorer l'outillage commercial ; Dakar, on ne doit pas l'oublier, est une étape nécessaire sur la route maritime de l'Europe à l'Amérique du Sud ; nous devons donc y organiser, non seulement un point d'appui pour notre flotte de guerre, mais encore un port de ravitaillement et de radoub pour la marine marchande. On a compris d'ailleurs, en France comme au Sénégal, que cette colonie peut attendre beaucoup encore des progrès de son agriculture : des embranchements lancés à l'est du chemin de fer du Cayor étendront la surface conquise pour la culture des arachides ; le Fcrlo, pauvre en eaux courantes, possède par contre des forêts de gommiers encore inexploitées ; des chefs indigènes, adroitement intéressés au progrès de leurs administrés, répandent parmi eux l'usage de la charrue française ; le Conseil général de la colonie encourage par des primes les plantations d'arbres ou de lianes à caoutchouc; des fermes modèles, dont une complétée par un haras, une station d'essais agricoles ont été récemrfient créées; la mission catholique deThiès possède L'Afrique. 18
344 L*AFRIQUE A l'eNTREE DÛ VlNGtlEME SIÈCLE
des champs d'expériences où Ton a réussi, depuis 1894, des cultures de caoutchouc.
Quels que soient les récents progrès du Sénégal, il reste beaucoup à faire : une exploration méthodique des régions à gommiers, dans le nord-est en particulier, serait très désirable et certainement accroîtrait le commerce de produits très demandés en Europe ; il ne faudrait pas non plus négliger la côte de la baie d'Arguin (1), où, sur des bancs peu immergés» les poissons comestibles se pressent plus nombreux qu'à Terre-Neuve. Ainsi, sans môme parler du transit du Soudan, dont il commandera longtemps la plus grande partie, le Sénégal s'enrichirait par lui même. Quarante années d'occupation française en ont déjà modifié et, au sens plein du mot, civilisé les indigènes. Il y a donc là mieux que des espérances, et la France, considérant l'œuvre accomplie, peut la continuer avec confiance, ayant montré, dans cette Afrique Occidentale, qu'elle soutient la comparaison avec les meilleurs peuples colonisateurs.
(1) L'échec réccDt de la mission Blanchet dans TAdrar (printemps de 1900) indique qu'il serait encore nécessaire de mieux asseoir notre autorité sur les indigènes du nord du Sénégal.