PREFACE VII
d'une vieille, pacifique et molle province, le Poitou, presque au bord des plaines noyées de TAunis, à Mauzé s'élève une simple statue qui porte deux dates : 1799-1838. Ce double millésime enferme toute la vie de René Gaillié, du premier Européen qui ait parcouru la Guinée et le Fouta-Djalon, exploré le haut Niger, visité Tombouctou, traversé de part en part le Sahara et rejoint ainsi le Maroc. Ce n'était pourtant qu'un pauvre hère et qu'un ignorant que ce René Gaillié. Mais son entreprise révèle ce que nous appelons aujourd'hui un état d'âme. Elle marque le mouvement traditionnel et profond qui entraîne la France vers l'Afrique.
J'ai commencé d'enseigner la géographie à des écoliers lorsque la carte de l'Afrique intérieure n'était encore qu'une tache de blanc, et que déjà cette tache était entamée au sud et à l'est par des explorateurs étrangers. Je n'étais guère plus âgé alors que mes grands élèves, candidats à Saint-Gyr; nous allions en été, de bon matin, avant la classe, apprendre l'équitation avec les militaires au champ de manœuvre et l'on nous permettait de temps à autre de grandes chevauchées sur les routes poudreuses. Ge qui nous passionnait par dessus tout c'était le cheval, l'enivrement de l'espace et du mouvement; ensuite, c'étaient les nouvelles qui arrivaient d'Afrique. Nous professions pour Livingstone en particulier une religieuse admiration. Mais nous