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150 Kil.
ne consiste pas uniquement à remplacer les kaross de peau par des vêtements de laine et de coton importés d'Angleterre et à bâtir des maisonnettes de brique ou de pierre au lieu de huttes en branchage. Grâce aux écoles, dont l'entretien est la principale dépense de la nation, ils jouissent déjà d'une instruction
V Afrique Australe. chapitre
moyenne supérieure à celle de mainte population européenne, et, lors des examens, nombre de Ba-Souto réussissent beaucoup mieux que les élèves de race blanche. Des milliers d'entre eux parlent le hollandais et l'anglais; ils lisent des livres et des journaux se-chuana, et quoique presque tous les chrétiens — environ le sixième de la nation — soient les élèves des missionnaires, ils ne se bornent pas à répéter servilement ce qu'ils ont entendu; il est des Ba-Souto qui réfléchissent, discutent les idées et suivent leur voie personnelle. Enfin leurs diverses tribus ont cessé de s'entrebatailler; plus de guerre toujours recommençante. Les pâtres, privés de leurs bestiaux, n'en sont plus réduits au cannibalisme, qui jadis « était partout », et ces noirs regardent avec la même horreur que les blancs les « cavernes des mangeurs d'hommes », désormais abandonnées. Un sentiment de cohésion nationale a remplacé les rancunes de village à village, et c'est grâce à cet esprit de solidarité, soutenu par la vaillance dans les combats, que les Ba-Souto ont pu conserver en grande partie, mais rien que momentanément sans doute, quelque autonomie politique en face de leurs suzerains anglais.
Jadis les Ba-Souto se mariaient entre parents, ce qui paraissait une abomination aux Cafres de la côte, tous exogames et refusant même de prendre femme dans une famille étrangère portant le même nom que le leur. Bien plus riches en bétail qu'il y a un demi-siècle, quand les fauves guettaient leurs troupeaux, ils considèrent toujours le soin des bêtes à cornes, et celui de leur nouvelle conquête, le cheval, comme la plus digne occupation d'un homme. Pendant une partie de leur jeunesse les fils des chefs mènent la vie de simples bergers, et les rois eux-mêmes quittent leur cour pour aller surveiller les troupeaux et les guider vers de nouveaux pâturages; dans les villages, à côté de la khotla ou « résidence » du roi, l'espace central est toujours réservé au bétail. Mais à cette industrie nationale, source première de la prospérité des Ba-Souto, ceux-ci joignent une culture bien entendue de leurs champs; déjà plusieurs milliers de charrues ont été introduites dans les vallées du Le-Souto. Tel est le nom du pays des Souto, tout comme se-souto, c'est la langue des Souto.
Comme ils le disent eux-mêmes, il n'y a plus guère dans la contrée de terrains qui « s'ennuient », qui restent en friche autour des villages, des nombreux hameaux dont chacun a son ba motsé, son père de la bourgade, son chef. On ne se borne plus chez eux. ainsi qu'autrefois, à semer le sorgho, céréale préférée; on cultive ici maintenant tous les grains, tous les
CINQUIÈME Pays des Ba-Souto.
fruits de provenance européenne dont l'exportation contribue chaque année aux besoins de la colonie du Cap. Des vergers entourent aujourd'hui tous les villages : grand régal pour les «amants delà verdure », car le pays manque presque absolument d'arbres, tellement que, faute de bois, on s'y chauffe avec du dison, c'est-à-dire avec de la bouse de vache. La fertilité du pays, toujours bien arrosé, en fait l'un des greniers de l'Afrique australe, et l'accaparement de la terre, qui diviserait la nation en riches et en misérables, n'a pas encore eu lieu : le sol nourricier appartient à la communauté tout entière. Le travailleur seul a droit aux produits du champ; en cessant de le cultiver pour aller s'établir ailleurs, il doit le remettre au chef, qui le prêtera au nom de la commune à un autre cultivateur. Dans les bonnes années, la valeur des denrées vendues par les Ba- Souto dans la colonie du Cap et dans la région diamantifère s'est élevée à plus de 5 millions de francs.
De même que Savoyards, Auvergnats, Kabyles, ils envoient dans les régions environnantes de jeunes émigrants, qui tôt ou tard reviennent dans la patrie avec un petit pécule; il leur est en général facile de trouver de l'ouvrage, car ils sont persévérants au labeur, avec une réputation de probité depuis longtemps établie. Mais, quand on ne leur donne pas le salaire convenu, ils emmènent le bétail de leurs débiteurs : de là de fréquentes difficultés avec la république d'Orange, oîi travaillaient la plupart des émigrants souto avant qu'un fort grand nombre d'entre eux ne se dirigeât vers les mines d'or du Transvaal, les cratères à diamants du West Griqualand, les divers chemins de fer en construction ça et là dans l'Afrique Australe, etc., etc. En 1899, pas moins de 37 371 ont ainsi quitté le pays, la plupart pour y revenir avec de notables économies : là -dessus, 24 175 sont partis comme domestiques ou comme valets de ferme pour divers pays de leur voisinage, 5 771 pour les mines d'or de Johannesburg, 4 494 pour les champs de diamants de Jagersfontein, 1 096 pour ceux de Kimberley, 1 63o pour les houillères de la colonie du Cap.
Ainsi donc, travailleurs chez eux et travailleurs au dehors : qualité moins innée qu'acquise, car, disait le missionnaire Frédéric Christel [Au sud de l'Afrique), « ce ne sont pas des travailleurs acharnés et l'on peut dire sans leur faire tort que les mots « travailler comme un Nègre » n'ont pas été faits spécialement pour eux ».
Si les Ba-Souto cultivent avec zèle le blé, les autres céréales, le maïs, le sorgho, s'ils avaient en 1891 plus de 80 000 chevaux et de 320 000 bœufs (diminués de plus des trois quarts par la peste bovine de 1897), ils n'ont encore d'autre industrie que les
L^ Afrique Australe. chapitre
petits métiers domestiques, et ils n'exploitent guère leurs mines, qui sont nombreuses, platine, cuivre, fer, houille. Quelques bonnes routes pénètrent dans l'intérieur des vallées, la culture gagne d'année en année sur les pentes des montagnes, et peu à peu se constitue un budget provincial pour l'entretien de la viabilité et la fondation des écoles.
Les chefs ba-souto ne sont plus que les subordonnés des magistrats européens : leurs jugements peuvent être frappés d'appel et portés devant le tribunal anglais, qui juge définitivement, et tous les ans s'assemble un -plUo général des tribus, un palabre, un kabary, qui discute les affaires d'intérêt commun. Les lois du mariage ont changé et les polygames ne peuvent faire enregistrer le payement du bétail que pour leur premier achat de femme ; les mariages subséquents ne sont pas reconnus par la loi. L'impôt, comme chez les Cafres du versant oriental des monts, a été fixé à 10 shillings par cabane. L'usage des spiritueux est officiellement interdit. — Comme le disait un chef bantou au sud du Zambeze : « Je redoute la boisson des blancs plus que toutes les lances des Ma-Tabele ». — Mais la contrebande est active entre le pays des Ba-Souto et la république d'Orange. Même avant le régime actuel, l'usage de la bière était défendu aux grands chefs : en leur qualité de juges, ils devaient toujours garder la lucidité parfaite de leur esprit.
La force de police qui maintient la tranquillité dans la contrée consiste en 253 hommes, dont 28 Européens.
Le budget de l'État s'est résumé, en l'année fiscale 1898-1899, par un revenu de 1171200 francs, une dépense de 1160 625, dont 591 950 pour la taxe d'habitation, « qui est la clé de voûte des impositions coloniales britanniques ».
Le commerce varie considérablement, suivant les récoltes de l'année; importations, exportations fléchissent grandement quand l'année est sèche, car les Ba-Souto n'ont pas encore su profiter suffisamment de leurs cours d'eau intarissables pour l'arrosage de leurs champs, ni retenir par des barrages-réservoirs l'eau passagère des orages. En 1899, l'importation a été de 2 342 075 francs répondant à des achats de vêtements, couvertures, harnachements, charrues et machines, ferronnerie, ferblanterie, épicerie; l'exportation, de 2 065 375 francs, surtout en grains, bétail, laine, etc. Or, en 1898, l'importation avait atteint 2 507 000 francs, l'exportation 3 462 475 francs. « Pas un sou » de dette publique. La colonie du Cap subventionne de 450 000 francs le Ba-Souto-Land ; mais elle s'est attribué les recettes douanières du pays qui ont été de 286175 francs en 1899, d'oili, pour le
CIN0U1È5IE Baie de Walfish.
pays des Ba-Souto, 163 225 francs seulement payés à titre de subside par la colonie mère.
La capitale du pays des Ba-Souto (puisque c'est la résidence du commissaire anglais), Maseru, se trouve tout à l'occident du « protectorat k, vis-à-vis de l'État d'Orange, non loin de la rive gauche du Caledon, dans le district de Thaba-Bossigo, c'est-à-dire du « Mont de la Nuit ». Thaba-Bossigo a son site à plus de 1 oOO mètres d'altitude, au pied d'une roche tabulaire dominant à l'est la vallée d'un affluent du Caledon. Du haut de ce rocher le fameux roi Mochech ou le « Raseur », ainsi nommé parce qu'il avait fini par « raser » tous ses rivaux, brava les attaques des Zoulou, en faisant rouler sur eux des blocs de pierre; ensuite il sut se concilier les fuyards en leur envoyant des bestiaux et en leur offrant son amitié. Thabo-Bossigo, autrement Thaba-Bossiou, possède, en tant que « ville historique », des tombes d'anciens chefs ba-souto, et en tant que « ville intellectuelle », une école supérieure, une sorte de faculté pour jeunes gens et jeunes filles fondée par les missionnaires protestants français, dont Thaba-Bossigo est la station principale.
La plupart des autres bourgs de la contrée ont été des résidences de chefs et furent ou sont des stations de missionnaires français : Morija, la première qu'aient établi les missionnaires chez leurs « frères » ba-souto, en 1833; Léribé, Cana, Bérée, la charmante petite Bethesda, Hermon, Siloë, Thaba-Morena, etc. A 7 ou 8 kilomètres de Morija, Matsieng est un des plus grands villages ba-souto et la résidence du grand chef. A Kebaleng, école industrielle instituée par les missionnaires.
On le voit, les baroutis français ont beaucoup fait pour ce peuple africain; mais en vain a-t-on prétendu en France qu'ils ont heureusement travaillé à propager l'influence française dans ce coin de l'Afrique australe. Le nom de Mont aux Sources, deux ou trois autres noms et « bonchour mocheux », c'est-à-dire : bonjour, monsieur! salutation qui tombe parfois des lèvres de quelques chefs, c'est à quoi se borne notre « influence » chez les Ventrus ou Gens à Ceinture.
Cette intéressante nation, pressée de tous côtés par les Européens, pourra-t-elle garder longtemps son originalité « bantou »? On en peut douter : ce serait une merveille qu'elle résistât longtemps à l'invasion du plateau de l'Orange et de la Natalie par les idées, les industries, les avidités des blancs. Déjà sa langue a vieilli, des termes y ont changé de signification, des locutions sont surannées, et de plus en plus elle se « zèbre » de mots empruntés à l'anglais, plus encore au hollandais.
VApnque Australe. chapitre cinquième
Dans le territoire de plus de 80 millions
IV d'hectares que l'Allemagne a ravi si soudaine-
BAiE ment à la colonie du Cap et à l'Angleterre qui
DE s'en croyaient à tout jamais propriétaires, les
WALFisH Anglais ont conservé les 1 114 kilomètres carres de la baie de Walfish, un peu au nord du tropique du Capricorne.
Cette belle et large baie est la meilleure porte d'enti'ée de l'Afrique allemande du Sud-Ouest, et à peu près au milieu de sa ligne de rivages sur l'Atlantique entre le fleuve Cunene au nord et le fleuve Orange au sud.
Un fleuve y meurt, pourrait-on dire, si ce fleuve n'était déjà mort. C'est le Khuiseb ou Guiseb, qui descend des montagnes « allemandes » des Dama-Ra et traverse, avant d'arriver au littoral, le désert éternellement altéré du Namib. Si peu « fleuve » est-il qu'il peut se passer dix, douze années sans qu'il y ait une goutte d'eau, une seule, dans son lit de pierre et de sable. C'est que le Namib est un des pays les moins pluvieux de l'Afrique australe, voire du monde entier.
Les grands navires entrent sans peine dans cette « baie de la Baleine » — c'est ce que veut dire son nom anglais — protégée du sud, de l'est par le continent, et de l'ouest par une levée sablonneuse. Ils y pénètrent par un chenal de 7 mètres de profondeur et mouillent par 7 à 8 mètres à quelques encablures de la côte : là ils sont parfaitement abrités, si ce n'est à des époques très rares, quand soufflent les vents du nord ou du nord-ouest.
La baie ainsi donc appelée des cétacés, jadis fort nombreux dans ces parages, est encore visitée par des souffleurs, et n'a pas perdu de sa richesse en poissons; le flux en amène des bancs qui s'avancent au loin dans les terres et restent parfois emprisonnés dans les flaques à marée basse. Autrefois, un grand commerce d'ivoire et de plumes d'autruche se faisait par l'intermédiaire de ce port et depuis longtemps les marchands du Cap y viennent chercher du bétail pour l'alimentation de leur ville.
Aussi le gouvernement colonial s'était-il assuré la possession de ce point vital sur la côte des Dama-Ra et des Nama- Koua, et en s'emparant du territoire, l'Allemagne a dû, bon gré malgré, respecter cette enclave.
L'Angleterre, craignant que le trafic des nouveaux venus ne contournât la baie pour se porter sur quelque autre point du littoral, a proclamé la franchise de la baie de Walfish; toutes les denrées en sont expédiées librement; et librement aussi les marchandises de l'Europe et du Cap se dirigent de là vers les postes de l'intérieur.
WALFISH BAY.
Est de Greenwich U^SO'
D'après Langhans.
Profondeurs en mètres
I / ■ I de 0 3 5. l'-"-^' I de lo à 20. ^^^ Région inondée,
v- - \ de 5 à 10. r ' " ' 20 et plus. $^>^ Sable mouvant^ 1:200000
loKil.
V Afrique Australe. chapitre cinquième
Le recensement de 1891 y a reconnu 768 habitants dont 660 Hottentots, 77 Cafres, 31 Blancs. La ville s'est peu développée depuis lors : elle manque d'eau douce; il n'y pleut en moyenne que cinq à six fois par année, souvent ces pluies sont de vagues ondées que les instruments ont peine à enregistrer; et le territoire, presque dénué de tout, n'est guère qu'une haute dune écrêtée, bouleversée par les vents du sud-ouest.
Les Allemands ayant créé tout près de là leur port de Swakopmund, qu'ils ont relié par un chemin de fer à Windhoek, la capitale de leur colonie, il y a lieu de croire que l'avenir de Walfîsh Bay ne sera pas plus brillant que son présent, que son passé.