NATAL OU NATALIE
I. AIRE ET POPULATION. Il II. GOUVERNEMENT, ADMINISTRATION, FINANCES, INSTRUCTION PUBLIQUE. Il III. VILLES ET BOURGS. Il IV. ZULULAND OU PAYS DES ZOULOU.
LE « Cap » doit son nom à Bartholomeu Diaz; Natal a reçu le sien d'un navigateur plus AIRE illustre encore, Vasco de Gama, qui aperçut un ET promontoire verdoyant de cette contrée le jour
POPULATION de Noël 1497; or, le jour de la Nativité s'appelle Natal en portugais.
Plus de trois siècles se passèrent sans que ce lieu d'étape sur la route océanique de l'Europe aux Indes fût utilisé d'une manière permanente. Des marins portugais vinrent s'y approvisionner plusieurs fois; puis les Hollandais, devenus maîtres de la mer après les Portugais, essayèrent à plusieurs reprises de s'établir à Port-Natal; mais ces tentatives ne réussirent point, et c'est en 1824 seulement, 327 ans après la découverte, qu'une vingtaine d'Anglais du Cap fondèrent à Durban le premier centre européen.
En cette année-là, le pays, ravagé à fond par le terrible conquérant Tchaka, grand chef des Cafres zoulou, était presque entièrement désert. Les tribus des indigènes avaient été exterminées ou forcées d'émigrer vers le sud. De la mer aux montagnes la solitude était profonde, et c'est très lentement d'abord qu'elle s'est animée : dabord par l'arrivée des Hollandais de petits treks familiaux, puis par l'irruption de bandes du « grand trek », à partir de 1837. Mais, comme on l'a conté plus haut, dans l'histoire de ce mémorable exode, les Néerlandais semèrent
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ici pour ne pas récolter, et au bout de guerres, de massacres, de pitoyables avanies, quand ils avaient définitivement acquis le pays au prix de flots de sang répandu, le leur autant que celui des Cafres, les Anglais leur enlevèrent les belles vallées du Natal manu militari, comme eux, les Boers, venaient de les ravir aux tribus bronzées.
Ils avaient naïvement cru assurer leur indépendance vis-àvis de ces « Britishers » détestés en mettant leur conquête sous la protection du roi de Hollande : suzeraineté platonique dont les Anglais ne tinrent aucun compte, et qui ne les empêcha pas de confisquer la Batavisch Afrikaansche Maatschappy — la « Société », la République Batave-Africaine. — Ainsi les Boers avaient-ils nommé le pays soumis par eux de haute lutte.
Quand les Anglais furent devenus les maîtres, ce fut bien leur langue et leur civilisation qui s'empara du pays, mais leur race domina très peu, pas plus que celle des Hollandais restés dans la contrée. Le Natal devint une terre d'appel pour les Cafres, Zoulou et autres, bien plus que pour les hommes de race blanche.
Les indigènes n'ont cessé d'affluer dans le Natal qui leur offrait, après des guerres d'extermination, tant de terres vacantes pour leurs troupeaux. De trois mille qu'ils étaient en 182i, lors de la première arrivée des Anglais, leur nombre s'était élevé en 1848 à près de cent mille individus. Depuis il s'est octuplé, pas moins, par une immigration formidable, et par une grande supériorité des naissances.
100 000, pas môme, en 1848 ; 320 000 en 1879 ; 456 000 en 1891 ; 788 000 en 1898 : certes, c'est une fière croissance.
Et encore ces nombres sont-ils probablement inférieurs à la réalité : ce n'est pas par un recensement strict qu'on dénombre les Cafres de la Natalie, mais par des estimations sommaires. Les registres de l'état civil n'ont pas encore été introduits dans les tribus pour la statistique des naissances et des décès; les mariages seulement sont enregistrés; et l'on compte les cabanes pour la rentrée des impôts.
II convient d'ailleurs de remarquer que le Natal de 1898 n'est pas le même que celui de 1848. Sans avoir atteint des dimensions « impériales » (il s'en faut, c'est un petit pays) il a grandi dans l'intervalle par des annexions sur la Cafrerie dite auparavant « indépendante », et, de 48 560 kilomètres carrés, soit l'étendue de huit départements français moyens, il a passé à 70 890, soit l'étendue de onze à douze.
Ces 800 000 Cafres, ou soi disant tels, relèvent d'un très grand nombre de tribus, mais le mouvement d'immigration a suivi
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celui de la conquête, dans le sens du nord au sud, et ce sont pour la plupart des noirs de type et de langue zoulou qui sont devenus les sujets du gouvernement britannique. Ils se groupent encore en clans, mais sans aucun lien politique, et l'administration a pris bien soin de les fragmenter en une foule de peuplades distinctes : en 1886, on ne comptait pas moins de 173 chefs dans le Natal, et sur ce nombre près de la moitié avaient été nommés directement par le gouvernement, sans aucun titre héréditaire. Ces chefs eux-mêmes sont sous la dépendance immédiate d'administrateurs anglais, qui tolèrent l'observation des coutumes indigènes, « pourvu qu'elles ne soient pas de nature à causer quelque injustice manifeste et qu'elles ne répugnent pas aux principes établis et à l'équité naturelle ».
Les Blancs, comme nombre, n'arrivent même pas au second rang; les Hindous sont plus nombreux qu'eux : au delà de 61 000 en 1898, contre moins de 54 000 Européens.
Vers le milieu du siècle, il n'y avait guère dans le Natal que le peu de Hollandais restés dans la région haute du pays, autour de Pietermaritzburg, et surtout de Newcastle, et un fort petit nombre d'Anglais, pour la plupart venus de la colonie du Cap. Après 1850, l'immigration européenne prit quelque importance, mais les colons n'arrivèrent jamais à grands flots. Ce fut d'abord un groupe de fermiers anglais, principalement du comté d'York; puis des paysans allemands qui s'installèrent sur des terres concédées au voisinage de Durban; des Norvégiens ont également accru la population blanche, ainsi que des créoles de Maurice et de la Réunion. Mais, en dépit des avantages de climat que présente la contrée, si ce n'est aux gens nerveux et d'un tempérament apoplectique, l'immigration annuelle spontanée n'a jamais dépassé le chiffre de quelques centaines d'individus, et même un mouvement contraire a porté des Nataliens en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Cet abandon relatif d'une aussi belle contrée a pour principale cause le régime de la grande propriété. Toute exception faite des Boers de la montagne, les soi-disant colons blancs ne travaillent pas eux-mêmes leurs terres, ils les surveillent seulement et en « palpent » les revenus; s'ils cultivaient de leurs bras ou se livraient au labeur manuel, ils se feraient mépriser des autres Blancs et des Cafres; en outre, les Européens ne se sentent pas à l'aise au milieu de tant d'indigènes.
Mais, par contre-coup, cet écart même entre les races ayant effrayé les propriétaires anglais, des compagnies se fondèrent pour introduire dans la colonie des artisans, des ouvriers et
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des domestiques d'Europe, auxquels on accorda le passage gratuit moyennant des engagements de plus ou moins longue durée. Dans la période septennale de 1878 à 1884-, les navires amenèrent 4 526 de ces immigrants invités, soit une moyenne annuelle de 646 individus, qui aidèrent à la création graduelle d'une classe médiane entre les grands propriétaires blancs et les indigènes; et ce mouvement, d'ailleurs peu violent, ne s'est pas arrêté depuis.
Les hommes étant plus nombreux que les femmes, celles-ci trouvent rapidement à se marier; il n'y a point de vieilles filles au Natal comme en Angleterre, et la population blanche s'accroît régulièrement par l'excédent des naissances, qui est considérable, les « nouveaux venus » doublant souvent, et parfois triplant presque le nombre des « en allés ».
Les Européens ne daignant pas toucher à la charrue, à la pioche, à la bêche, ont donc eu principalement recours au travail d'engagés hindous, coulis des provinces de Calcutta et de Madras. D'abord ils essayèrent d'employer les Cafres, et en maints endroits ils sont bien obligés de recruter leurs travailleurs parmi ces indigènes. Mais en général on se hait de part et d'autre, et dès que leur engagement, d'une ou deux années, est terminé, les Cafres se hâtent de retourner dans leur tribu; parfois même ils se font rappeler par leurs chefs avant que le temps de service soit expiré. C'est avec mauvaise grâce qu'ils travaillent pour un maître ; la plupart ont leur hutte, leur champ de maïs, un peu de bétail, et quand l'Européen leur propose de peiner pour un salaire, ils répondent fièrement en offrant aussi des gages au blanc pour entrer à leur service à eux, les noirs.
Voilà pourquoi la caste des planteurs européens s'est décidée à recruter des travailleurs d'un esprit moins indépendant : elle a introduit des Hottentots et des gens des tribus septentrionales; mais les ouvriers qui leur conviennent le mieux sont les dociles Hindous. Le gouvernement colonial avance les fonds nécessaires pour le recrutement de ces Asiatiques, et ceuxci, répartis dans les plantations suivant l'ordre des demandes, sont tenus de travailler pendant dix années chez le maître qui leur est assigné; un humble trousseau, les vivres strictement nécessaires et des gages de 15 francs par mois, tel est le salaire que reçoit le couli pour son travail journalier de huit à dix heures. Ceux d'entre eux qui arrivent à la fin de leur engagement sont libres de se faire rapatrier ou de vendre leurs bras suivant les conditions ordinaires du marché; la plupart restent dans le pays et se marient avec une de leurs compatriotes, car les importateurs de coulis sont tenus d'amener aussi des femmes,
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dans la proportion de quarante pour cent hommes. Quelquesuns deviennent jardiniers ou petits propriétaires dans le voisinage des villes ; d'autres ont des boutiques de mercerie ou de denrées comestibles, et, grâce à leur extrême sobriété, ils font une heureuse concurrence aux marchands européens, qui se plaignent fort de l'importation de ces dangereux rivaux. En 1879, le nombre des Hindous résidant à Natal était de 16 999; de 27 276 en 1884; de 41 141 en 1891 ; de 61 103 en 1898.
Dans le kaléidoscope d'hétérogènes, les Cafres, qui ont donc, et de beaucoup, la royauté du nombre, s'occupent de l'entretien des troupeaux, du soin des bœufs, de la petite culture, de la chasse et delà pèche; les Hindous cultivent à gages pour les gros propriétaires et, de plus en plus, tiennent boutique en ville; les blancs détiennent ou surveillent la grande propriété, ils ont en mains l'industrie, le grand commerce, la banque et les finances, ils exercent les professions libérales et certains métiers. Spécialement, les Hollandais sont pasteurs de bétail; les Allemands, commis — mais beaucoup d'entre eux sont aussi des colons réels, travaillant de leurs mains à la terre — ; les Norvégiens pèchent en mer; les insulaires venus de Sainte-Hélène sont cochers. Puis il y a des Malais issus du Cap, des Chinois, les créoles français de Maurice, de Bourbon, négociants en ville, propriétaires à la campagne, etc. Sur tout ce monde règne la langue anglaise, l'idiome commun, qu'on parle aux indigènes et dans lequel ils répondent, la langue des écoles, des tribunaux, de la vie politique et sociale. Cependant les Boers, appuyés sur leurs voisins de même langue des républiques du plateau, tiennent fermement à leur hollandais.
En somme, la population de la Natalie se composait comme suit, aux trois dates de 1879, 1891, 1898 :
Blancs . .
Hindous. .
Cafres. . .
Total. .
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