LE PAYS
I. MONTS, PLATEAUX, FLEUVES DE LA CISZAMBEZIE. Il II. MONTAGNES DE L'OUEST ET DU SUD. Il III. LE KARROO. Il IV. MONTS DE LA CAFRERIE ET DU NATAL. Il V. NATURE DES MONTS DE l'aFRIQUE DU SUD. Il VI. l'orange. Il VU. LES FLEUVES COTIERS. Il VIII. LE LI.MPOPO. Il IX. CLIMAT. Il X. PLUIES. Il XI. SALUBRITÉ. Il XII. FLORE. Il XIII. FAUNE.
TROIS grands événements géographiques ont inauguré l'ère moderne : la découverte du MONTS, chemin de l'Orient par les mers australes, Tar- PLATEAux, rivée des caravelles de Colomb dans le Nouveau FLEUVES, Monde et la circumnavigation du globe par DE LA Magalhâes. De ces trois faits décisifs dans l'hisciszAMBÉziE toire de la Planète, le premier en date est celui qui s'accomplit lorsque Bartholomeu Diaz eut le bonheur, en 1486, de doubler ce cap des Tourmentes dont le nom fut si à propos changé en celui de cap de Bonne-Espérance. Quelques années après , le « bon espoir » était déjà réalisé : Vasco de Gama faisait voile pour les Indes, les deux mers de l'Occident et de l'Orient s'unissaient en un même bassin océanique, l'homme apprenait à mesurer la Terre, qui jadis lui paraissait sans bornes.
Mais les rivages qu'avaient longés les premiers navires portugais pour cingler d'une mer dans l'autre mer restèrent pendant longtemps négligés des explorateurs. Attirés par les richesses des Indes, orientales et occidentales, les navigateurs ne songeaient pas à s'arrêter sur une terre qui ne leur promettait pas de fortune rapide par le trafic ou le butin; plus d'un siècle et demi se passa sans que des Européens débarquassent
V Afrique Australe. chapitre
sur cette partie du continent africain avec l'intention d'y rester et d'en cultiver le sol.
Les Portugais peuvent regretter amèrement l'abandon de ces plages par leurs ancêtres du grand siècle, d'ailleurs trop peu nombreux pour embrasser le monde, pour s'occuper à la fois de la conquête des Eldorado de l'Inde, de la Sonde, de l'Amérique, et de la lente mise en culture de l'Afrique australe, depuis la pointe du continent jusqu'au Zambèze ou au Congo. Mais, création du Brésil à part, il aurait mieux valu pour la Lusitanie de l'avenir coloniser le triangle austral, Dekkan de l'Afrique, sec et presque sud-européen de climat, que de s'épuiser dans les terres tropicales du rebord de la mer des Indes, en Afrique, en Asie, dans les îles de la Sonde. Ses colons y auraient trouvé quelque jour, et pour mieux dire, dès la première heure, ce que ne pouvaient leur donner les mines de Golconde, les épices de l'Insulinde et les « bois d'ébène » de l'Afrique équatoriale ou tropicale. La contrée du Cap est une autre Europe, sous un ciel peu différent de celui de la mère-patrie, des mères-patries plutôt, sur un sol où l'on cultive les mêmes plantes et oîi paissent les mêmes animaux. Le milieu nouveau dans lequel pénètrent ici les Européens ressemble assez à celui du lieu natal pour qu'ils puissent en garder les habitudes et les mœurs, dans un autre hémisphère et à la distance de plusieurs milliers de lieues.
La population d'origine hollandaise, la première arrivée dans ce bout de continent, se développa lentement dans son nouveau séjour, mais son faible accroissement suffit pour qu'elle pût s'étendre peu à peu : dès qu'elle fut aidée par une immigration régulière, elle empiéta de tous côtés sur les terres des peuplades indigènes, et maintenant elle domine dans toute l'Afrique australe, de l'Orange au Limpopo.
Comme foyer de peuplement et de civilisation, la colonie européenne du Cap avec ses annexes, avec le Natal et avec les républiques hollandaises, exerce déjà une influence propre, indépendante des ressources que lui procurent ses relations avec la métropole. Le Cap est un centre de ravitaillement et de recherches pour l'exploration de l'Afrique méridionale : de cette ville, presque autant que de l'Europe, est partie l'initiative des travaux scientifiques et de l'exploitation industrielle des régions environnantes; avec le district qui l'entoure et toute la zone rapprochée du littoral, elle est comme un fragment de l'Europe s'agrandissant graduellement et se substituant au monde africain.
On a souvent comparé la colonie du Cap à l'Algérie-Tunisie, qui se trouve précisément à l'autre extrémité du continent et
PREMIER Le Pays.
qui est aussi devenue comme une partie de l'Europe pour l'industrie, la vie politique et sociale. A maints égards la supériorité appartient à l'Algérie. Sans doute, et même avec la future annexion possible ou probable du Maroc en tout ou en partie, l'Afrique française du Nord est beaucoup moins étendue que l'ensemble des États de l'Afrique du Sud; mais elle a presque autant d'habitants de race blanche, à ne considérer que ses Européens; or, ses Arabes et ses Berbères sont aussi des « blancs » ; et son commerce dépasse le commerce du Cap, si l'on veut bien abstraire de celui-ci l'or et les diamants, qui n'ont rien d'absolument utile. Cela s'explique par l'avantage capital de la situation géographique : l'Algérie est riveraine de la Méditerranée et fait face à la France, à l'Espagne, à l'Italie; quelques heures de trajet suffisent pour que de ses ports on débarque dans ceux de l'Europe méridionale.
Certes l'Algérie a le désavantage immense d'être isolée du continent d'Afrique par les larges espaces du Grand Désert : elle est coupée du Soudan par le Sahara. Il n'en est pas ainsi pour les colonies méridionales ; quoiqu'elles confinent aussi à un désert, celui-ci n'arrête pas toutes les communications, et de part et d'autre, par la voie du littoral, ses peuples sont en relations mutuelles. Mais aussi, par une cruelle infériorité, du côté du sud, le cap de Bonne-Espérance ne voit ni un continent de contre-côte, ni des péninsules comme Italie ou Espagne, ni des îles comme Sardaigne et Sicile ; il ne regarde que le vide, la mer inhospitalière qui va se perdre dans les glaces antarctiques. Pour se mettre en rapports fréquents avec le monde civilisé, les colons du Cap ont à franchir l'immensité de l'Océan : vers la Grande-Bretagne, vers l'Inde, vers l'Australie, partout des milliers de kilomètres à parcourir. La pointe continentale la plus rapprochée du bout du continent d'Afrique est celle qui termine l'Amérique du Sud, et c'est à la distance de o 400 kilomètres qu'elle s'avance en mer. La Tasmanie, le troisième musoir des terres continentales dans la direction du pôle austral, est à 10 000 kilomètres vers l'orient.
L'orographie des territoires du sud rappelle ^^ par ses traits principaux celle de l'Afrique
MONTAGNES entière. Dans l'ensemble du continent, les chaînes ^^ de montagnes s'élèvent principalement sur le
L'OUEST pourtour et c'est dans le voisinage de la côte ^^ orientale que se dressent les plus hautes crêtes,
DU SUD les plus fiers sommets. De même, à la pointe de l'Afrique, les parties saillantes du relief se développent parallèlement au littoral en laissant à l'intérieur de
L^ Afrique Australe. cuapitre
vastes plaines, et ce sont les montagnes de l'est qui attei gnent la plus grande élévation sur le plus large socle de plateaux : de ce côté les hautes cimes approchent de 3 500 mètres.
Parmi les bassins de l'Afrique australe au sud du Zambèze, celui de l'Orange l'emporte de beaucoup sur tout autre par l'étendue de la conque, par la longueur du fleuve ; or c'est un tributaire de l'Atlantique né près de l'océan Indien : il coule donc de l'est à l'ouest. Il s'ensuit que c'est d'occident en orient que le pays s'élève, jusqu'à proximité de la mer des Indes.
A la fin de son cours, le fleuve Orange arrive péniblement à la mer par une longue série de gorges étroites et profondes ; à sa droite c'est le pays des Grands Nama-Koua, terre allemande ; à sa gauche, celui des Petits Nama-Koua, qui relève de la colonie du Cap. Chez ces Petits Nama-Koua le sol se redresse de terrasse en terrasse vers le faîte du plateau granitique, sur lequel sont épars des massifs montagneux, superbes du côté de l'occident, d'où on les contemple dans toute leur hauteur, et bien plus humbles en apparence du côté de l'est, où leur base se perd sur un uniforme plateau de gneiss, dit le Grand Bushmen-Land : l'altitude moyenne n'en est guère inférieure à 1 000 mètres. Au sud de la région des Nama-Koua, le faîte, raviné par les eaux, se décompose en chaînes divergentes, dont les unes vont rejoindre les monts orientaux, tandis que les autres se prolongent en crêtes parallèles dans la direction du sud : chaque rand ou crête forme comme un mur entre les campagnes du littoral et les hautes plaines de l'intérieur. Au sud du fleuve Olifant (Éléphant), ces remparts atteignent leur plus grande élévation ; les monts des Cèdres ont pour cime culminante le Sneeuw-kop ou « pic des Neiges », haut de 1 831 mètres, et la chaîne de l'Olifant a 2 078 mètres, au Winterhoek ou « Piton de l'Hiver ». Pendant quelques jours de l'année les habitants de la ville du Cap voient en effet des stries ou même une cape de neige blanchir cette montagne à l'horizon du nord-est.
La chaîne de l'Olifant et son prolongement méridional se terminent au sud par le promontoire de Hang-klip, qui fait face au cap de Bonne-Espérance. S'avançant plus à l'ouest en forme de faucille, le cap fameux appartient à une chaîne bordière dont il ne reste plus que des fragments et qui fait saillie en dehors de la côte continentale, entre la baie de Saint-Helena et la False Bay ou Simon's Bay. A son extrémité septentrionale cette chaîne n'est formée que de petites collines, tandis que vers le sud le sol se relève soudain pour entourer la baie du Cap d'un rempart semi-circulaire de sommets. La puissante
PREMIER Le Pays.
montagne de la « Table » dresse sa dalle énorme de grès, souvent ceinte de nuées, à 1082 mètres de hauteur, au-dessus de parois presque verticales et de pentes rapides, rayées de gorges où croissent les chênes et les pins; les racines granitiques du mont sont couvertes de verdure. Le cirque de la montagne se termine à l'est par une pointe aiguë appelée Devil's peak, à l'ouest par la longue croupe du Lion, qui tourne le dos à la ville et regarde la mer de sa tête superbe. Au delà du mont de la Table les collines s'abaissent par degrés vers le cap de Bonne-Espérance.
A l'est des barrières parallèles de montagnes qui s'alignent du nord au sud dans le voisinage du littoral atlantique, les rides du sol, disposées comme un froncis au bord d'une étoffe, se prolongent vers l'orient, presque parallèlement aux côtes de l'océan méridional; cependant on s'aperçoit au profil du littoral que ces chaînes bordières sont un peu obliques au rivage, puisqu'elles viennent toutes mourir aux promontoires aigus qui se succèdent à l'est du cap Agulhas ou « des Aiguilles », pointe terminale du continent. Ces arêtes de montagnes, jadis continues de l'ouest à l'est, sont maintenant découpées en fragments d'inégale grandeur par des torrents qui, nés dans l'intérieur des terres, se sont ouvert des cluses de sortie sur les points faibles des roches anciennes dont ils longent la base septentrionale. Ces défilés profonds, les gorges latérales que se sont creusées les affluents entre les chaînes parallèles de montagnes, donnent à cette région un aspect très varié, surtout dans le voisinage de la mer, où des forêts couvrent en grande partie les pentes. De ces chaînes, coupées de distance en distance, la plus haute est la plus éloignée de l'Océan. Un sommet des Groote Zwarte-bergen ou « Grandes Montagnes Noires » atteint 2 130 mètres, et vers l'extrémité orientale de l'arête, au nord-ouest de la baie d'Algoa, le Cockscomb, appelé aussi Groot Winter-hoek, monte à 1 759 mètres.
Au nord des monts qui se pressent dans le voisinage du littoral, une autre chaîne se profile à plus de 200 kilomètres de la mer en moyenne; elle se développe en une ligne sinueuse, connue sous divers noms dans son parcours de l'ouest à lest. A son extrémité occidentale, près des montagnes côtières de l'Atlantique, elle s'appelle Koms-berg; puis elle prend la désignation du Nieuwveld, ce mot de veld, champ, plaine, plateau, indiquant la forme adoucie de ses croupes, comparée aux escarpements des Bergen. Plus loin la chaîne semble s'affaisser presque complètement au milieu des plaines; mais elle se redresse aux Sneeuw-bergen, dont le sommet dominateur, le Compass (2 591 mètres), est le point
L'Afrique Australe. chapitre
culminant de la région du Cap proprement dite. Ce nom de Sneeuw-bergen, mot à mot « Montagnes Neigeuses», n'entraîne pas ici, sous ce climat, non loin du 30^ degré de latitude, la permanence des neiges. Il signifie seulement que la neige y couvre quelquefois les cimes : en Afrique australe il faut bien plus de 2 500-3 000 mètres d'altitude pour qu'un mont se couronne de frimas éternels.
Au delà de ce massif la chaîne se bifurque : le rameau du sud-est, interrompu par un affluent de la Great Fish-river, se relève au Groot Winter-berg ou « Grand Mont d'hiver » (2 377 mètres) et va finir à l'embouchure du fleuve Kei, récemment encore limite occidentale de la Cafrerie dite indépendante; l'autre arête de montagnes, formant faîte de partage entre le bassin de l'Orange et celui de la Great Fish-river, se reploie vers le nord, puis vers l'est, et va rejoindre la haute chaîne qui sépare l'ancienne Cafrerie et le Natal du pays des Ba-Souto. Son extrémité orientale, connue sous le nom de Storm-bergen ou « Monts des Tempêtes », se recommande par sa richesse en combustible, par sa houille maigre et schisteuse, qui se rencontre principalement sur les pentes septentrionales de la chaîne et s'étend au loin dans la direction du nord, mais qu'on n'utilise guère que dans les villages voisins des puits de mine, à cause du coût de l'extraction et de la difficulté des transports. D'anciens volcans, qui paraissent avoir perdu leur activité depuis l'époque triasique, se voient encore dans les Storm-bergen, avec des cratères parfaitement reconnaissables.
La plaine ondulée, parsemée de buissons,
qui se prolonge de l'est à l'ouest entre les chaînes
/// bordières et les montagnes du faîte de partage,
LE est connue sous le nom de Grand « Karroo »
KARROO ou Karrou, mot hottentot qui a le sens de sol
aride. Nous disons Karou, mais les Hollandais
écrivent Karroo et prononcent Karrô, les Anglais Karroo.
Le Grand Karroo, triste et monotone plateau, se compose de plaines toujours semblables à elles-mêmes, et sillonnées, à très peu de profondeur, par de larges lits de torrents sablonneux où il n'y a presque jamais d'eau courante; mais, ce qu'il peut y avoir d'eau cachée sous le sable et sous les galets entretient une végétation quelque peu mesquine, surtout des arbres, ou plus exactement, des arbustes du genre acacia. Çàet là des puits; quelques sources; des huttes en terre jaunâtre qui forment des hameaux de Hottentots ; très peu de maisons, des fermes hollandaises et do solitaires stations de chemin de fer. Pays triste, silencieux comme la mort, « avec quelques troupeaux de
PREMIER Le Pays.
brebis qui tondent la brousse courte et dure »; mais ciel limpide, air très sec, et si salubre qu'on prédit au Karroo l'avenir d'un immense sanitarium.
Au nord, dans la direction de l'Orange, d'autres plaines élevées sont interrompues çà et là par de petits massifs qui pour la plupart se composent de roches éruptives, trapps et dolérites, formant des colonnades naturelles d'un aspect monumental. Ces hautes plaines sont aussi des karroo et présentent dans toute leur étendue la même constitution géologique. Elles étaient autrefois recouvertes par de vastes étendues d'eaux marécageuses où vivaient des myriades de reptiles vertébrés, dicynodontes et autres, qui n'ont plus leurs pareils sur la Planète, s'étant probablement éteints avant la fin des temps triasiques. D'après Richard Owen, ces grands sauriens étaient herbivores et paraissent avoir eu des moeurs amphibies. Dans le karroo principal et les karroo secondaires qui s'étendent au nord jusqu'au fleuve Orange, sont éparses de nombreuses dépressions où séjournent des eaux de pluie, laissant, après évaporation, des résidus salins. On évalue la surface totale des Karroo à 435 000 kilomètres carrés.
Au delà des Storm-bergen, la flexion de la IV chaîne maîtresse dans la direction du nord-est
MONTS correspond à une flexion parallèle de la côte DE océanique. La rangée des Draken-bergen ou
LA CAFRERiE « Moutague dcs Dragons », appelée aussi Kouat- ET laraba, se développe à une distance moyenne
DU NATAL d'environ 200 kilomètres de la mer; elle dresse plusieurs de ses croupes et de ses pointes à plus de 3000 mètres d'altitude. Continuant le faîte de partage entre l'Atlantique et la mer des Indes, cette haute saillie n'a l'aspect d'une arête montagneuse que du côté de l'orient, où elle descend en degrés rapides vers la mer; de l'autre côté la chaîne n'est que le rebord d'un plateau où s'élèvent d'autres saillies parallèles. L'espace médian entre les Draken-bergen et l'océan Indien est occupé par trois terrasses ou degrés, qui d'ailleurs présentent de grandes inégalités dans leur relief et sont en maints endroits masquées par des chaînons transversaux se dressant entre les rivières. La plus haute terrasse, qui longe la base des Draken-bergen, est à l'altitude moyenne de 1 000 mètres; le degré qui constitue la zone médiane de la Cafrerie et de la Natalie varie de 600 à 700 mètres; la plateforme cotière, découpée par les lits des torrents en une multitude de fragments, domine de 300 mètres les sinuosités du rivage.
L'Afrique Australe. chapitre
Au nord d'un sommet couronné d'assises verticales de grès ayant l'aspect d'une forteresse en ruines — d'où son nom de Giant's Castle (3 353 mètres) —, le rameau qui se maintient dans Taxe des Draken-bergen s'abaisse peu à peu; la prééminence appartient à une rangée parallèle de hauteurs qui traverse le territoire des Ba-Souto sous les noms de Blauw-bergen (Montagnes Bleues) ou de Maluti, c'est-à-dire « Pics > dans la langue des indigènes. — C'est le pluriel de Leloti, Leluti, la montagne. — Ces monts, quoique composés de grès comme les « tables » de la plupart des autres chaînes de l'Afrique australe, se terminent par des pointes déchiquetées. Un chaînon latéral, dont le sommet principal, le Champagne-Castle ou Cathkin, atteint 3 658 mètres (ou 3 460?), unit les Draken-bergen aux Maluti. Le massif de jonction porte une vaste montagne en forme de plateau, couverte de pâturages, que les Ba-Souto appellent Bouta-Bouta ou Potong, c'est-à-dire « Mont aux Antilopes » ; mais on la connaît d'ordinaire sous le nom de « Mont aux Sources », que lui ont donné les missionnaires protestants Arbousset et Daumas, parce que des branches maîtresses de rOrange, ainsi que plusieurs autres cours d'eau, en descendent vers la mer des Indes. Elle domine d'environ 400 mètres le socle des hautes terres environnantes et sa hauteur est de 3 405 mètres ; mais elle est dépassée en altitude par les grands sommets de la chaîne latérale des Maluti, sur lesquels la neige séjourne pendant quatre mois, de mai en août; ce sont les Alpes de l'Afrique australe. Une des cimes de cette chaîne, à laquelle le missionnaire Jacottet a donné le nom de Mount Hamilton, dresse sa pointe suprême à 3 480 mètres, et l'échancrure où passent les Ba-Souto pour se rendre de la haute vallée de l'Orange à celle de son affluent le Senkunyané, est seulement à 60 mètres plus bas.
Au delà, vers le nord-est, la chaîne, dite Bandberg ou « Mont du Rebord », mais désignée également sous le nom de Draken-bergen comme les montagnes du sud, prend le caractère d'une énorme falaise : d'un côté la haute plaine onduleuse, de l'autre les escarpements soudains et les basses campagnes dont les terres ont été déblayées par les courants fluviaux et emportées vers la mer. Quoique sa direction générale soit parallèle à l'Océan, cette Montagne du Rebord a été découpée par les eaux en un mur très irrégulier; érodée en cirque dans une partie de son parcours, elle s'avance ailleurs en promontoires, dont l'un est le Kaap (Cap), devenu fameux par ses mines d'or. Le travail séculaire des sources et des ruisseaux fait graduellement reculer vers l'ouest cette muraille, percée de distance en distance par des affluents de l'océan Indien.
PKEMiER Le Pays.
Vers le nord, la pente du plateau s'abaisse peu à peu vers le Limpopo; la dernière croupe qui dépasse 2 500 mètres sur le bord des hautes terres est la « cime de Mauch » (2659 mètres), ainsi nommée de l'explorateur qui découvrit les gisements aurifères de cette région; mais le massif terminal, dit Zoutpans-bergen ou « Monts des Salines », offre encore un aspect imposant, à cause de la chute soudaine de ses escarpements sur la vallée du Limpopo : le Mangweleberg y atteint 1 363 mètres. Au sud-ouest, quelques chaînes de collines et des buttes parsèment les hautes terres qui descendent en pente douce vers la dépression du désert de Kalahari ; mais ces saillies font peu d'effet, à cause de la grande hauteur relative de leur socle. Les plus élevées sont les Magalies-bergen, près de Pretoria, la capitale de la République Sud-Africaine.
Dans toute l'Afrique australe les roches V granitiques constituent la base générale sur
NATURE laquelle reposent toutes les autres formations
DES MONTS de la contrée ; partout les torrents, en érodant
DE leurs rives, ont mis à nu les masses inférieures
L'AFRIQUE du granit et les assises sédimentaires déposées
DU SUD sur la l'oche primitive. Ainsi que le disait Livingstone, l'ossature de granit est cachée, mais elle perce çà et là sous la peau. Des veines d'un quartz pur très blanc traversent ce granit dans toutes les directions et sont presque partout associées à des gangues aurifères, d'ailleurs trop peu riches pour qu'il vaille la peine de les exploiter, si ce n'est en de rares districts. Des bancs de calcaire cristallin recouvrent le granit dans toute la zone côtière, puis dans l'intérieur s'étendent les étages carbonifères, les formations dévoniennes avec leurs couronnements de grès, et, sur un moindre espace, les formations siluriennes. Quelques géologues montrent des amas de pierres déplacées et rayées comme les témoignages d'une ancienne période glaciaire sur le versant oriental des Draken-bergen. La plupart des observateurs s'accordent aussi à dire que les côtes sont maintenant en voie d'émergence graduelle : du cap de Bonne-Espérance jusqu'aux plages du Natal on remarque d'anciennes lignes de rives soulevées, couvertes de bancs d'huîtres et de polypiers; près de la frontière méridionale de ce dernier pays, ces bancs exhaussés se voient à près de 4 mètres au-dessus du niveau des hautes marées.
Un problème fort intéressant, qui ne semble pas près d'être résolu, c'est celui de la nature réelle du terrain appelé le plus communément « conglomérat de Dwyka », d'après une rivière
L'Afrique Australe. chapitre
dont il occupe presque tout le bassin. Le conglomérat de Dwyka recouvre grès et quartzite sur un très grand, on peut dire un immense espace d'Afrique australe, dans la colonie du Cap, l'ancienne Cafrerie, le Natal, l'État libre d'Orange, le Transvaal, le pays des Be-Chuana. Certains géologues le rapportent à l'action volcanique, d'autres à l'action glaciaire : les premiers, tel A. -G. Bain, en font un « porphyre argileux » ou, tel Wyley, un conglomérat de trapp; les seconds, tels Sutherland et Dunn, le regardent comme « une argile glaciaire à bocaux, reste d'anciennes moraines ». Pour nous en tenir à un résumé succinct, « la couche de conglomérat de Dwyka, très compliquée, se compose de fragments de toutes les roches de l'Afrique australe : granit, gneiss, quartz, jaspe, porphyre, trapp, calcaire, schiste, grès. Ces fragments, de la grandeur la plus variable, tantôt gros comme une tète d'épingle et tantôt atteignant un volume considérable, sont incrustés dans une sorte de boue durcie et souvent métamorphique. Cette roche garde toujours et partout son caractère distinct; elle est la même en divers endroits séparés les uns des autres par des centaines de kilomètres. Sous l'inlluence météorique, sa structure schisteuse produit des piliers et des aiguilles — on dirait des monuments funéraires penchés de divers côtés — ; les anciens colons appelaient ces rochers « pierres des Bosjesmans », car ces sauvages se cachaient souvent entre leurs blocs ».
Le Gariep des Hottentots, en réalité Garib
ou Grande Eau, est le maître fleuve de l'Afrique
VI australe au sud du Zambèze, et l'un des plus con-
L'ORAiXGE sidérables du continent, sinon par sa masse
liquide, du moins par la longueur du cours et
les dimensions du bassin. Cette Groote-rivier ou
« Grande Rivière » des Boers reçut en 1770, de Gordon, officier
du gouvernement néerlandais, le nom d' « Orange », plus en
l'honneur de la maison royale que pour la couleur de son eau
plus ou moins jaunâtre.
L'Orange commence sous le nom de Senku,dansleLé-Souto ou pays des Ba-Souto, à 170 kilomètres seulement à vol d'oiseau de l'océan Indien, et à 1 200 de l'Atlantique, où il a sa fin. Né des Draken-bergen, et non dans les neiges éternelles, quoique ces monts dépassent 3 000 mètres par nombre de leurs cimes, il s'appelle d'abord Scnku, c'est-à-dire « Rivière Noire », et en effet le ï jeune » Orange roule un flot sombre. — Dans ce nom de Senku. le k représente un des claquements caractéristiques de la langue des Bushmen et de celle des Hottentots. — Uni au
PREMIER Le Pays,
Ketam que rompt une chute de 122 mètres, à la Seména, puis au Senkunyané ou Petit Senku, au Malitsunyané qui s'abat dans les Maluti par les cascades de Le Bihan, hautes de 192 mètres, enfin au Kornet Spruit ou Makhaleng, il sort de la montagne, sépare la colonie du Cap, à gauche, de l'État libre d'Orange, à droite, et se mêle au Caledon, fils du Mont aux Sources. Cet affluent de droite, dit aussi le Mogokare, coule en un large lit au sable de mica reluisant : c'est comme une seconde branche mère du fleuve. Puis l'Orange, qui a quitté sa première direction, le sud-ouest, pour l'est, ensuite le nord-est, reçoit nombre de rivières; mais le climat est sec, ces rivières sont sèches aussi : tel le Zekoe (ou Seacow), descendu des Sneeuw-bergen et long de 200 kilomètres.
Le maître tributaire, c'est, à droite, la rivière dont le nom est entré dans la composition de Transvaal : et, de fait, le Vaal sépare pendant plus de 700 kilomètres l'État du Transvaal, à droite, de l'État libre d'Orange, à gauche. Ce Haï ou Kaï Garib, par opposition à l'Orange, qui est le Nu Garib, sort aussi du Mont des Sources, par une de ses rivières originaii*es les plus abondantes, tandis que la fontaine la plus éloignée jaillit sur les plateaux qui dominent le littoral de l'océan Indien, au sudouest de Lourenço Marques. Par la longueur de sa vallée, le "Vaal est le véritable fleuve; mais, coulant dans une grande partie de son parcours à travers des plaines arides, lacs desséchés d'une période géologique antérieure, il arrive d'ordinaire presque épuisé au confluent. Comme les autres rivières du bassin, il a des crues soudaines, qui se renouvellent plusieurs fois entre la fin de novembre et le milieu d'avril et le transforment en un fleuve redoutable. Presque toujours on peut franchir à gué l'Orange, le Caledon ou le Vaal, mais pendant les crues les riverains ne les traversaient que sur des radeaux avant l'ère des ponts et des viaducs.
Restant toujours à la colonie du Cap par sa rive gauche, la rive droite relevant du Be-Chuana-Land britannique, puis de l'Afrique allemande du Sud-Ouest, l'Orange erre, au delà de Prieska, dans des régions arides, qu'on peut traiter de demidéserts sans les calomnier. Nil de cette pauvre Egypte, il a déjà fourni les trois quarts de sa course qu'il serpente encore sur le plateau granitique, à 800 mètres d'altitude. Mais une série de chutes, de rapides et de cascades, dite cataracte des Anghrabies ou des « Cent Chutes », abaisse soudain ses eaux de plus de 120 mètres. Sur un espace d'environ 26 kilomètres, le fleuve est parsemé d'innombrables écueils, d'îlots, d'îles même, les unes basses et polies, les autres hérissées de rochers en forme de tours. Pendant la saison des eaux basses, le courant
hWfrique Australe. chapitre
se divise en un labyrinthe de torrents, de lacs, de bassins, de filets, qui, de circuit en circuit, vont tous rejoindre l'étroite et profonde gorge de l'aval, soit en s'unissant à la grande cascade, soit en plongeant du haut de parois latérales. A l'époque des crues, les nombreuses casca telles qui se reploient en gerbes du sommet des falaises et se brisent en poussière avant d'atteindre le fond du gouffre, se rejoignent en une seule et puissante nappe, Niagara qui s'arrondit en un vaste demi-cercle, comme la chute du fleuve américain, et s'abîme dans une gorge deux fois plus profonde. Parmi les cascades secondaires, il en est qui semblent s'échapper de la pierre vive, au dessous d'un chaos de roches éboulées ; une autre s'élance d'une fissure en puissante gerbe; une autre encore, la dernière, a été nommée par Farini : Diamond's Fall ou « Chute du Diamant », à cause de quelques pierres précieuses qu'il trouva dans le sable au pied de la cascade.
En amont des Cent Chutes, l'Orange accueille à gauche une rivière de 500 à 600 kilomètres de longueur, la Hartebeest, plus souvent vide que pleine, en raison de la sécheresse des Karroo qu'elle traverse et du ciel d'airain du Grand Bushmen-Land où elle achève son voyage. En aval de ces mêmes Anghrabies lui arrive à droite, du pays des Be-Chuana, un vaste fleuve supérieur en aire drainée au Vaal lui-même, et long d'un millier de kilomètres : il s'appelle Hygap, plus exactement Haïgab, et réunit le Molopo, venu du Transvaal, l'Oub et le Nosob, partis de l'Afrique allemande du Sud-Ouest. Mais c'est en vain que ses trois branches mères et ses affluents drainent un espace égal peut-être à une moitié de la France, il n'amène que rarement des eaux, et encore fort peu, à l'Orange, parce que les cieux du Kalahari, l'espèce de Sahara où il a son cours, ne sont pas moins implacables que ceux des Karroo : alors qu'un de ses affluents s'emplit, un autre se vide; d'ordinaire on n'y rencontre que des mares, ou même simplement des endroits humides, et les voyageurs sont obligés d'en creuser les dépressions pour voir suinter un peu d'eau dans les sables. D'ailleurs la faiblesse de pente du Kalahari n'a pas permis à son bassin fluvial de s'achever en entier; après les orages, une grande quantité des pluies tombées séjourne dans les cuvettes sans écoulement, petits bassins fermés dont l'humidité s'évapore peu à peu. Suivant la saison, ces dépressions sont des lagunes dans lesquelles le chasseur n'ose s'aventurer, ou des fondrières de boue, ou bien encore des plaines nues. Les unes, dont le fond est poreux, se recouvrent de végétation quand l'eau douce s'est évaporée : ce sont les vleyen des voyageurs hollandais (au singulier : vlei). Les autres, à fond d'argile imperméable, sont plus arides en été que les terres
PREMIER Le Pays.
relativement élevées du pourtour : toutes blanches d'efïlorescences salines quand l'eau a disparu, elles ont reçu le nom de sait-pans ou cuvettes salines.
L'Orange ne reçoit pas de tributaires permanents dans la partie inférieure de son cours. Les gorges qui s'ouvrent à droite et à gauche de son lit dans des falaises de quartz ne sont que de sinueux chemins de sable. En se rapprochant de la mer le fleuve diminue de volume; quoiqu'il ait 13 mètres de profondeur lors des grandes crues, on peut le passer à gué presque toute l'année là où des ravins, se correspondant de rive à rive, offrent un chemin transversal. Mais dans la cluse profonde où l'Orange traverse la chaîne côtière, ses bords sont presque inaccessibles : en maints endroits les corniches du plateau riverain le dominent de centaines de mètres et les voyageurs pourraient mourir de soif sans trouver une fissure, un escalier de roches qui leur permît d'aller boire au courant d'eau qu'ils voient luire à leurs pieds dans la profondeur.
Le fleuve, rejeté de rocher en rocher, fait de brusques détours entre les escarpements granitiques et se plie même dans la direction du sud, parallèlement à un dernier rempart, avant de s'échapper enfin vers la mer. En amont de la barre ses eaux s'amassent en un grand lac au-dessus duquel les oiseaux tourbillonnent par myriades. Il arrive souvent que ce lac est complètement séparé de la mer par une flèche de sable; lors des crues, le fleuve s'ouvre une large issue, mais des bancs sous-marins, portés par des plateaux de roches où la mer déferle constamment, empêchent les navires d'y pénétrer et, quand les marins veulent prendre terre, il leur faut débarquer au sud de l'embouchure dans la petite baie du cap Voltas. Ainsi finit ce grand fleuve, dont le cours développé dépasse largement 2 000 kilomètres, tandis que, pris à la source de la plus longue branche du Vaal, il atteint presque 2 500. Son bassin, presque égal à deux fois la France, s'étend sur 960 000 kilomètres carrés; mais si l'on en soustrait les régions privées d'eau, les saharas dont il ne reçoit d'eau que très rarement ou jamais, il n'écoule que 47 millions d'hectares, pas même la moitié de la conque totale.
Au sud de l'Orange, sur le versant atlantique, vu et de l'autre côté du cap de Bonne-Espérance,
LES FLEUVES les rivièrcs descendent de montagnes situées à COTIERS une faible distance dans l'intérieur; elles ne peuvent voyager bien loin, et, malgré l'abondance relative des pluies, elles ne roulent qu'un faible courant. Sur la côte occidentale, le principal « fleuve » s'appelle
L'Afrique Australe. chapitre
Olifant-river ou « Rivière de l'Eléphant » ; bien que parcourant 360 kilomètres jusqu'à l'origine de sa plus longue branche, il verse peu d'eau dans l'Atlantique à l'issue de ses 3 500 000 hectares.
Sur le versant du sud, la Breede-river ou « Rivière Large », emportant les eaux tombées sur les montagnes qui avoisinentle Cap, s'unit à la mer par une embouchure où pénètrent les navires de 150 tonneaux : quoique l'un des faibles cours d'eau de la colonie, c'est le seul qui ait sur son rivage un port maritime. On lui attribue 300 kilomètres, menus détours compris.
Le Gauritz, fleuve de cluses parti du Karroo, fait un pèlerinage d'au delà de 300 kilomètres et sa ramure est celle d'un chêne aux branches étendues.
Autre fleuve de cluses dépêché par le Karroo vers la mer du sud, le Gamtoos ou Gamtoa ou Groote-river, franchit les chaînes parallèles des monts par de formidables percées; malgré ses 300 kilomètres, il peut ne pas apporter une seule goutte d'eau à l'Océan dans la baie de Saint-Francis.
La Sunday-river, la Zondag-rivier des Hollandais, se perd dans la baie d'Algoa après 270 kilomètres de tours et détours; et la Great Fish-river après 400 ou plus ; elles se déversent dans l'océan des Indes près de l'endroit où commence la côte orientale du continent africain : là déjà se font sentir les effets d'un autre climat, et, quoique moins longues que les torrents de la rive méridionale, les rivières roulent un plus grand volume.
Le Kei, c'est-à-dire le « Grand », qui descend des Stormbergen et des monts Kouatlamba, avait une importance politique considérable comme ancienne limite des tribus hottentotes, puis des possessions anglaises : au delà commençaient les territoires cafres indépendants du « Transkei ». Ce fleuve rapide a de superbes cascades et serpente en de grandioses défilés. Mais de toutes les rivières du littoral de la Cafrerie la plus belle est rUm-Zimvubu,la Saint-John's-river des Anglais. A l'entrée c'est un fleuve de 600 mètres entre rives, mais il se rétrécit peu à peu dans un haut portail de rochers : de part et d'autre s'élèvent des escarpements boisés, dominés par les falaises verticales d'une terrasse que surmontent d'autres parois à la surface tabulaire; de chaque côté de la vallée les deux monts se regardent, égaux en dimensions et en majesté : c'est la Gaie ou « Porte » du Saint-John. Une barre ferme l'entrée du fleuve à la grande navigation, mais les petits bâtiments de mer, soutenus par le flot, remontent le cours à une vingtaine de kilomètres, jusqu'aux premiers rapides.
Le versant de la colonie du Natal est coupé de ravins
PREMIER Le Pays.
parallèles ayant chacun sa rivière abondante brisée de cascades : Um-Zimkulu, c'est-à-dire la « Grande Rivière », qui débouche dans le port Shepstone; Um-Komanzi ou Um-Komaas, « Rivière Lente » ; Um-Lazi ou « Rivière du Lait » ; Um-Geni ou « Rivière de l'Entrée ». D'autres Um ou cours d'eau se succèdent jusqu'à la Tugela.
La Tugela au cours relativement puissant vient de conquérir une célébrité funeste, par les sièges, les combats et batailles de la guerre de 1899-1900 entre les Boers et les Anglais. Partie, comme Vaal et Caledon, des hauts ravins du Mont aux Sources, elle se recroqueville tellement qu'elle parcourt oOO bons kilomètres, pour les 250 ou 260 qu'il y a de l'ouest à l'est, en ligne droite, de sa naissance à sa mort. Du pays de Ladysmith et de Colenso, dont les noms ont si souvent résonné dans les deux dernières années du xix'= siècle, elle n'arrive à la mer des Indes que par un terrible effort, dans des gorges si creuses que tel escarpement de grès, de trapp, dont la cime domine le fleuve de 750 mètres n'est qu'à 800 mètres en avant de la rive. Le nom de Tugela ou « Rivière qui fait peur », vient peut-être de l'effrayante profondeur de ces gouffres où le fleuve est cassé de rapides et de cascades.
En remontant plus loin vers le nord-est, puis le nord-nordest, le relief du littoral se modifie et, en conséquence, les allures des rivières : la berge n'est plus rocheuse, les montagnes laissent entre elles et les flots une large zone plate et les cours d'eau serpentent dans la plaine en se repliant vers le nord.
Sur un espace presque rectiligne d'environ 300 kilomètres, la rive n'est qu'une plage sablonneuse, couverte de dunes et séparant de l'Océan de grandes lagunes et des marigots. La plus vaste de ces nappes d'eau qui jadis firent partie de la mer et qui en sont maintenant isolées, c'est la baie de Santa- Lucia, longue de 90 kilomètres, avec largeurs de 16 à 20 ; elle est obstruée à son issue par une barre où rôdent des requins voraces qui se précipitent souvent sur les avirons et les plombs de sonde des marins. En 1875, lorsque le Nassau explorait ces parages, le grau était complètement fermé par une flèche de sable. Même pendant les crues l'entrée périlleuse n'offre qu'un refuge précaire aux embarcations. Cependant, si mauvais qu'il soit, ce havre eût été une précieuse conquête pour les républiques hollandaises, privées de tout port de mer, et l'on comprend le zèle infructueux que mirent les Boers à revendiquer contre l'Angleterre cette région du littoral à laquelle prétendirent aussi les Allemands, en 1884, en vertu d'un traité consenti par un chef zoulou; mais les Anglais tinrent bon, et ils étaient les plus forts.
V Afrique Australe. chapitre
La baie de Santa-Lucia occupe la partie méridionale de la zone des terres basses, tandis que l'extrémité septentrionale de cette région se termine par des coulées et lagunes qui vont rejoindre la grande baie Delagoa ou Lourenço Marques : le cordon littoral est nettement délimité, au sud par le grau qui donne entrée dans la baie de Santa-Lucia, au nord par le bras de mer qui pénètre dans le golfe Delagoa.
La baie Delagoa est d'extraordinaire importance. Largement ouverte au nord, elle a des fonds d'une vingtaine de mètres et les plus grands navires y pénètrent fort avant par un chenal bien abrité. Aussi le gouvernement anglais a-t-il âprement disputé la possession de ce précieux mouillage aux Portugais, forts de leurs titres séculaires. Il prétendait surtout au droit d'occuper l'île Inyak, à l'entrée de la baie, au prolongement de la presqu'île des Ama-Tonga; mais la décision d'arbitrage prononcée en 1875 par le président de la République Française, le Maréchal de Mac-Mahon, laissa au Portugal la libre disposition de toutes les terres riveraines de la baie. Cependant l'Angleterre convoite plus obstinément que jamais cette issue prédestinée du commerce des États du plateau.
Entre les deux baies de Santa-Lucia et de Lourenço Marques, la forme du littoral bordé de dunes, celle des étangs allongés dans la même direction, la marche de toutes les rivières qui se rejettent vers le nord, semblent indiquer l'action d'un contre-courant côtier se propageant du sud au nord en sens inverse du grand courant de Moçambique et secondé par la houle que les vents alizés du sud-est poussent contre la rive. Ainsi se sera formé le littoral extérieur, longue série de flèches sablonneuses alignées au-devant des eaux basses de la côte et du véritable rivage continental. Au nord de la baie de Lourenço Marques, c'est le phénomène opposé qui se manifeste : un remous ramène le courant dans la direction du sud, et le fleuve N'Komati, au lieu de descendre droit vers la mer, replie son cours inférieur parallèlement à la plage et coule longtemps vers le sud avant de mêler ses eaux à celles de la baie. Ce N'komati, Inkomati, Um-Komati des Cafres, dit aussi la Manissa, est un courant de 400 kilomètres venu des monts du Transvaal à travers une région bosselée, pittoresque ; le missionnaire H. Berthoud, qui a étudié ces pays, la considère comme une voie de pénétration vers l'intérieur plus commode, en tout cas plus courte, que celle du Limpopo.
D'autres rivières convergent vers la baie Delagoa : du côté du midi, c'est la Maputa, également arrivée du Transvaal par les terres des Cafres Souazi, au prix de 330 kilomètres
PREMIER Le Pays.
de tours et retours; du côté de l'ouest, le Tembi et l'Um-Belozi se rencontrent dans l'estuaire même de Lourenço Marques : tous ces courants, Tembi, Um-Belozi, Maputa, N'Komati percent les monts Lebombo dans leur route tortueuse entre le haut socle de l'intérieur et les campagnes basses du littoral; dans tous, les bâtiments peuvent remonter très avant, grâce à la marée et à la profondeur naturelle du lit fluvial. Ainsi, dans le N'Komati, la King George-river des Anglais, qu'on a cru d'abord être le cours inférieur du Limpopo, le marin Milliard a navigué jusqu'à plus de 220 kilomètres de l'embouchure et nulle part il n'a trouvé moins de 1 m. 08 ; malheureusement les marécages riverains empestent l'atmosphère.
Le Limpopo, riche en noms, s'appelle aussi Rivière des Crocodiles, Méti, Ouri, Bembe, Lenape, VIII Lebembe, et, à l'embouchure, Inhampura; les
LE LIMPOPO anciennes cartes portugaises le nomment Oira. C'est un des grands fleuves de l'Afrique méridionale, sinon par la masse des eaux, du moins par la longueur du cours. Ses premières sources naissent sur le plateau oîi les Boers ont bâti Pretoria, capitale de la république Sud-Africaine, à 520 kilomètres de l'océan des Indes; mais, coulant successivement vers le nord-nord-ouest, le nordest, l'est, le sud-sud-est, en un demi-cercle bossu, il triple presque cette distance à grandes lignes, et il la quadruple certainement toutes sinuosités comprises. Sa première direction l'amènerait dans la dépression dont le lac Ngami et autres mares salines occupent le plus bas, mais il se courbe brusquement au nord, puis au nord-est à partir du confluent du Marico, notable affluent de gauche parti du plus que fameux Witwatersrand. De cluse à cluse il se glisse; il descend en rapides, en cascades, le plan incliné de la haute terrasse sud-africaine et sépare la République transvaalienne (à droite) du Be-Chuana- Land et de la Rhodesia méridionale (à gauche). A la superbe cascade de Tolo Azime il force la dernière carrière de granit que lui opposent les Zoutpans-bergen, et longtemps encore assombri par de hautes roches en gorges creuses, il ne se dégage entièrement de l'étreinte que peu après son entrée dans le pays portugais de Gaza ; il s'y unit à son principal tributaire, la rivière des Éléphants ou Olifants-river, dont on estime le cours à 700 kilomètres; plus bas il est encore rejoint par un long ouâdi, presque toujours sans eau, qui se ramifie au nord dans le territoire de Gaza.
Malgré 2 000 kilomètres de développement, malgré le nombre et la longueur des affluents, le Limpopo n'est pas un grand fleuve ;
U Afrique Australe. crapitre
il perd une partie de ses eaux dans les marécages bordant à droite et à gauche son cours inférieur et se verse dans la mer par une bouche de 300 mètres de largeur seulement, que des bancs de sable obstruent au loin. Chaddock l'a remonté en bateau à vapeur jusqu'à 130 kilomètres de l'embouchure.
Situés presque en entier dans la zone tempérée du sud, les bassins de l'Orange et des IX autres rivières du Cap, du Natal et des républi-
CLiMAT ques hollandaises ont un climat qui présente les mêmes contrastes de saisons que celui de l'Europe occidentale, si ce n'est que l'ordre en est renversé, l'hiver du Cap coïncidant avec l'été de l'hémisphère septentrional. Quoique par sa latitude la côte de l'Afrique australe corresponde presque exactement à celle de la Maurétanie, de Cypre, de la Syrie, cependant la température moyenne y est beaucoup moins élevée; elle est identique à celle de villes du monde boréal situées à plusieurs centaines de kilomètres plus loin de l'équateur.
Comparons, par exemple, le Cap à Beïrout, en Syrie : la latitude de ces deux cités est presque exactement la même, 33oo6' pour le Cap, 33°33' pour Beïrout; or, la moyenne de la ville africaine n'est que de 16°, G contre les 20o,6 de la ville syrienne. Autre comparaison : Durban et le Caire, celui-ci sous 30°, celui-là sous 29'^o8'; la métropole commerciale du Natal a pour moyenne 19°, 8, et la capitale de l'Egypte 21°, 9. Tunis, à 7 degrés environ plus au nord que Durban, résume la température de l'année à peu près par le même chiffre que le grand port natalien, et Constantinople, à plus de 7 degrés au septentrion du Cap, est presque aussi chaude en moyenne que Cape Town.
Dans l'équilibre général des climats, l'hémisphère septentrional est privilégié : c'est lui qui reçoit la plus grande somme de chaleur puisque, grâce à la répartition inégale des terres et des eaux, les courants aériens et maritimes dont la température est le plus élevée viennent se rencontrer dans la zone tropicale du Nord. Une autre cause contribue à refroidir l'extrémité de l'Afrique australe en comparaison des régions méditerranéennes de latitude correspondante : c'est que la pointe de l'Afrique australe regarde les glaces antarctiques, devant un Océan qui porte souvent des convois de glaçons, de banquises, jusque dans le voisinage de la côte.
Les courants maritimes qui longent le rivage sont très différents dans leur marche et, des deux côtés du cap de Bonne- Espérance, présentent un contraste des plus curieux par l'écart de leurs températures respectives. Le courant polaire antarc-
PREMIER Le Pays.
tique, venu du sud, passe à l'ouest du promontoire pour suivre la côte occidentale jusqu'au delà de l'estuaire du Congo et de la Gabonie. D'autre part, le courant de Moçambique, issu de l'océan des Indes, lon^e le littoral du Natal et de la Cafrerie,
LIGNES ISOTHER.MIQUES
après
500 1000 1500 Kll.
Lignes isothermi(|ues constatées.
— — présumées.
pénètre dans les baies méridionales du Cap et contourne la pointe du continent : d'où son nom local de courant d'Agulhas ou « des Aiguilles ». En été, quand le courant froid antarctique, poussé par les vents réguliers du sud, se porte le plus rapidement vers le nord, on a constaté que sa température est de 10 à M degrés seulement, tandis qu'immédiatement à l'est du Cap, dans la False Bay, l'eau apportée par le courant oriental est de 9 degrés plus chaude, et qu'elle atteint Sô'.ô dans les parages
V Afrique Austj-ale. chapitre
du cap des Aiguilles. Par l'effet de ce contraste du flot qui les baigne, Cape Town et Simon's Town, séparées seulement par le pédoncule de l'isthme, ont un climat différent.
Les vents réguliers qui soufflent sur les côtes de l'Afrique australe se succèdent de manière à diminuer les contrastes des saisons : les variations annuelles sont beaucoup moins fortes en moyenne dans la colonie du Cap que dans les régions à climat correspondant de l'hémisphère boréal. Les alizés du sud-est, qui sont les vents froids, soufflent principalement pendant l'été, dont ils diminuent les chaleurs; les vents de retour, c'est-à-dire les courants aériens du nord-ouest, refluent au contraire sur la contrée pendant la saison d'hiver, alors que tout le système des alizés a été entraîné vers le nord, à la suite du soleil. D'ailleurs ces vents normaux sont fréquemment infléchis vers les plateaux par les foyers de chaleur. C'est ainsi que sur les côtes orientales le vent alizé se dirige parfois franchement à l'ouest, tandis qu'il souffle au nord sur le littoral du sud et du côté de l'Atlantique se porte à l'est. Quand, pendant la saison chaude, les vents soufflent du nord après avoir parcouru les plateaux déserts, on dirait que l'air est embrasé; c'est alors qu'on souffre le plus de la chaleur, surtout dans la région des hautes terres, loin de l'influence de l'Océan.
Voici le tableau des températures de diverses villes de l'Afrique australe, telles que déduites d'observations pour la plupart incomplètes et de trop brève durée.
Anndcs
Température dobser-
Licux. Lalit. mérid. Altitude, moyenne. Extrêmes moyens. Écarts, vation.
Simon's Town.
Le Cap ....
Port-Elisabeth.
Graham's Town Graaf-Reinet. .
Rloemfontein .
Pretoria . . .
Du Toit's Pan.
Durban ....
Pietermaritzbur
34'>12' 33°56' 33»oT 33''20' 32»16' 28°56' 2o''4o' 28''45' 29''50' 29°30'
(Hann,
le^s' n»,6
33'',8et-|-6°,6 27°,2
32°,9et-(-4%3 28°,6
3o°,let-i-5",9 29%2
39",2et-i-l",2 38°
39°,5et — 0°,9 40°,4
34°,oet— o°,2 39°,7
33°,5et— 0°,5 38°,5
40°,2et— 4°,7 44°,9
3D°,2et— 0°,4 34°,8 10
Handbuch der Météorologie.)
Si ce n'est en quelques endroits de la côte, comme à Simon's Town et à Pietermaritzburg, l'air est moins humide que dans l'Europe occidentale ; sur les plateaux surtout il est