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PREMIER Le Pays.
d'une grande sécheresse. La montagne de la Table présente fréquemment pendant l'été un curieux phénomène, qui témoigne de la siccité de la couche aérienne inférieure. Les vents du sud-est qui viennent heurter l'énorme bloc de grès en remontent les pentes sud-orientales, et leurs vapeurs, condensées dans l'air froid du sommet, s'étendent en une strate blanchâtre sur le plateau. Cette « nappe », ainsi que l'appellent les marins, ne finit pas brusquement au rebord du rocher ; en plongeant vers la ville, le vent entraîne avec lui, à deux ou trois cents mètres plus bas, de magnifiques cascades de brouillards, qui flottent comme une draperie, puis s'effrangent et se dissolvent dans l'air; l'humidité qu'apporte l'alizé est absorbée; sauf la montagne fumante, toute la contrée reste éclairée par le soleil, brillant dans un ciel pur. En hiver, quand dominent les vents du nord-ouest, c'est le phénomène inverse : alors c'est du côté de Simon's Town que se déploient du haut de la montagne les larges tentures de nuages.
Les pluies sont très inégalement réparties sur les côtes et dans l'intérieur de l'Afrique aus- X traie ; mais, dans l'ensemble, la proportion d'hu-
PLUiES midité tombée est relativement faible et très inférieure à celle de l'Europe occidentale ; les pluies ne sont abondantes qu'en un petit nombre d'endroits privilégiés — telles les pentes de la montagne de la Table — où le relief du sol force les nuages à se rompre en averses. L'année de ces régions de l'Afrique ne se divise pas comme celle de la zone équatoriale en saisons bien tranchées, l'une pluvieuse, l'autre complètement sèche; même sur les plateaux de l'intérieur il n'est pas de mois de l'année oîi il ne pleuve ou ne puisse pleuvoir; d'ordinaire les pluies se distribuent assez régulièrement tout au long de l'année. Sur les côtes de l'Atlantique les vents de retour apportent l'humidité : c'est donc pendant l'hiver austral, de mai en août, et surtout durant le mois de juillet, qu'il tombe le plus d'eau. Sur le reste du littoral, de False Bay aux côtes du pays des Zoulou, ce sont les alizés du sud-est qui mouillent le sol ; or, comme ils soufflent en été, c'est alors de décembre en février que la proportion d'humidité est la plus forte. Les apports d'humidité étant fournis surtout par l'océan Indien, c'est aussi en été, lors de la prédominance des alizés, que les plateaux de l'intérieur, le Karroo et les hautes terres des républiques hollandaises reçoivent leurs trop rares ondées. Sur les côtes du Natal le souffle violent des alizés est accompagné quelquefois par des « pluies de mer » qui ne s'abattent guère que dans le voisinage du httoral, tandis que
L'Afrique Australe. chapitre
les pluies ordinaires sont pour la plupart des averses fouettant vivement les pentes des monts.
(l'est surtout sur les versants de l'est, du sud-est, du sud que les pluies tombent dru et, dit Karl Dove, « la plus grande hauteur annuelle de précipitation mesurée jusqu'à présent dans l'Afrique du Sud se trouve être celle de Saint-Michaels (1211 mm. 5), à la pente méridionale de la fameuse montagne de la Table, à 900 mètres d'altitude environ. Les districts relativement bien arrosés de la colonie du Cap reçoivent en moyenne au-dessus de 600 millimètres d'humidité par année ».
On a remarqué que l'absence de pluie ne sévit pas en même temps sur tout le territoire de la colonie du Cap et que, à ce qu'il semble, une extrême sécheresse dans l'intérieur coïncide souvent avec une grande humidité sur la côte du sud-ouest. La précipitation varie beaucoup suivant les années; ainsi l'an 1888 a été extraordinairement pluvieux comparé à d'autres.
Les régions qui reçoivent la moindre quantité de précipitation sont la plaine du Grand Rarroo, le bassin du bas Orange et le désert du Kalahari ; les pluies ne sont pas régulières, mais quand elles tombent, c'est en déluges soudains. Dans ce Dorstveld, ou « Champ de la Soif », de vastes étendues de sables se redressent en dunes comparables aux vagues de la mer et souvent revêtues de végétation. Les sources sont rares et, en certaines contrées, à une centaine de kilomètres les unes des autres ; mais les Bushmen savent utiliser les fonds humides pour s'abreuver, eux et leurs bestiaux. Enfonçant dans le sable, après d'un mètre de profondeur, un roseau muni d'une éponge à son extrémité inférieure, ils aspirent l'eau qui s'y assemble et en remplissent leurs calebasses. Du reste, les animaux du Kalahari sont accoutumés à boire peu ; les Be-Chuana ne mènent leur bétail à l'abreuvoir que tous les deux ou trois jours ; les chèvres passent des mois entiers sans eau et l'on dit de certaines antilopes qu'elles ne vont jamais aux fontaines.
On a souvent répété que l'Afrique australe est en voie d'assèchement. La plupart des voyageurs s'accordent à dire que le pays des Be-Chuana et des tribus voisines, entre l'Orange et le lac Ngami, a perdu ses ruisseaux réguliers et que la culture a dû reculer en conséquence vers les montagnes. 11 n'est pas douteux que dans la période géologique actuelle la part d'humidité n'ait gi'andement diminué dans la zone australe de l'Afrique : les anciens lacs changés en salines, les lits fluviaux devenus ravins stériles en sont des témoignages certains : « Le pays est mort ! Celui d'en Haut a tué le pays ! » répètent les Be-Chuana. Mais les observations faites dans ces régions par les missionnaires résidents et les voyageurs de passage ne sont
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pas assez précises et n'embrassent pas une période assez longue, une étendue de territoire assez vaste pour qu'on puisse savoir si réellement ces régions ont subi pendant le dix-