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OU TRANSVAAL

I. HISTOIRE TRAGIQUE DU TRANSVAAL II II. LE PAYS; LES HABI- TANTS. II III. CULTURE DU SOL, PRODUITS, MINES d'OR, COMMERCE. Il IV. GOUVER- NEMENT, ADMINISTRATION, FINANCES. Il V. VILLES ET BOURGADES.

DE tous les Boers, aucuns n'ont autant souffert de l'animosité des Anglais que ceux du mal- HisToiRE heureux Transvaal.

TRAGIQUE Les premiers Boers qui apparurent dans le

DU pays devenu la célèbre république arrivèrent

TRANSVAAL sous Ics ordrcs de Rosenburg et de Louis Tri-

chart, Hollandais austral dont le nom trahit

l'origine française.

Mais en réalité, le Transvaal est issu du Grand Trek, ainsi que le Vrij Staat. Il date de 1837, année où des « Grands Trekkers » qui venaient d'errer sur le plateau d'Orange franchirent le Vaal dans leur route vers le Nord, et se heurtèrent, sur une haute plaine continuant celle qu'ils venaient de traverser, à des Bantou belliqueux, aux fameux Ma-Tabelé. Les premières rencontres ensanglantèrent les environs d'un lieu qui devint ensuite la première capitale du nouvel État, Potschefstroom, réellement Potscherfstroom, sur un affluent de droite et pas très loin du Vaal. Si la ville natalienne de Pietermaritzburg réunit deux noms de chefs de l'exode, Potscherfstroom en englobe trois, dont un seul, celui du milieu, est complet : Potgieter, Scherf et Stockenstroom.

Contre de pareils adversaires, si résolus et si nombreux

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(eux, les Boers, l'étant si peu), la lutte fut très dure, avec « des hauts et des bas »; mais les trekkers, mieux armés et disciplinés, et tenus en main par de vaillants capitaines, eurent le dessus dès les premiers temps, on peut dire dès la première année, puisque c'est en 1837 qu'ils vainquirent le terrible potentat calre INIousselekatzi, à la iDataille de Mosiga.

Puis, le temps et la patience aidant, constamment ravivés par des familles qui, comme les premiers d'entre eux, passaient d'un plateau à l'autre en traversant le Vaal, ils devinrent une petite république d'aventuriers errants, vivant dans leurs vagons, sous la tente, ou sous des huttes de branchages. Toujours le fusil à la main, à la suite de leurs troupeaux, ils étendaient dans tous les sens le domaine de leur nouvelle patrie, sauf du côté du sud, dont ils venaient, et où leurs frères du Vrij Staat faisaient aussi « la tache d'huile ». D'idfspavi en uitspan, c'est-à-dire d'arrêt en arrêt, d'étape en étape, littéralement d'un lieu où l'on détèle les vagons à un autre lieu de dételage, ces conquistadores rustiques allaient toujours de l'avant.

Ils étaient pour l'instant trop loin de l'Angleterre pour qu'elle leur cherchât noise, car avant de jeter le Transvaal « dans le sac », il convenait d'y mettre d'abord l'État d'Orange : ce qui se fit en 1848 après la bataille de Booniplaats, perdue par les burghers orangiens.

L'annexion de l'État libre par les Anglais détermina un nouvel exode : un grand nombre de familles orangiennes passèrent à leur tour le Vaal et renforcèrent d'autant le Transvaal qui avait alors pour « président » un Boer énergique, Pretorius, dont le gouvernement britannique avait mis la tête à prix pour la somme de cinquante mille francs. Quatre ans après, en 1852, le gouvernement britannique reconnaissait lui-même l'indépendance du Transvaal par la convention de Zand-rivier ou Sand-river.

Pour parler congrûment, il n'y avait pas alors qu'un président en Transvaal, et le pays comprit tout d'abord quatre républiques au lieu d'une : la république dite Hollandsche Afrikaansche Republik, qui devint en 1853 la Zuid Afrikaansche Republik. Au cas où il serait nécessaire de traduire en français ces deux noms transparents, le premier signifie République Africaine- Hollandaise; le second, République Sud-Africaine. Elle avait pour chef-lieu Potschefstroom. Les autres républiques, ou mieux : républiquettes avaient leurs capitales à Lijdenburg, Zoutpansberg, Ùtrecht.

C'est en 1856 qu'une Assemblée générale des Boers trans-

HUITIÈME République Sud-Africaine ou Transvaal.

vaaliens vota le Grondwet ou « loi fondamentale », pacte d'union auquel adhérèrent aussitôt les républiquettes d'Utrecht et de Zoutpansberg; celle de Lijdenburg n'adhéra qu'en d859.

Et la guerre continuait toujours entre les Boers et les indigènes, accompagnée parfois de massacres atroces, d'exterminations en masse : chaque progrès des Blancs dans la direction du nord devait s'acheter par le sang. La conciliation n'était pas facile : d'une part les Cafres étaient belliqueux; d'autre part, comme on sait, les Hollandais austraux n'ont jamais eu de condescendance pour leurs frères « inférieurs ». S'estimant un peuple élu de Dieu, ils se donnent à eux-mêmes, dans le langage courant, le nom de Menschen, «les Hommes », et ne daignent attribuer aux gens de couleur que celui de Schepsels, ou « Créatures ».

Les prétextes d'intervention pour arbitrage ne manquaient donc point aux voisins anglais du Transvaal, surtout après la découverte des mines d'or sur le territoire de la république; mais ils ne se contentèrent point d'offrir leurs bons offices, et soudain, en 1877, un commissaire britannique, sir Theophilus Shepstone, suivi d'une trentaine d'hommes armés, apparut à Pretoria, capitale de l'État, et de son autorité privée proclama l'annexion du Transvaal au territoire colonial de la Grande- Bretagne.

Les Boers acceptèrent passivement ce coup de force. Ils étaient alors harassés de leurs guerres avec les Zoulou, en pleine anarchie, en déroute financière, incapables de payer régulièrement les impôts courants et l'intérêt d'une dette contractée en Hollande pour aider à l'établissement du chemin de fer de Pretoria à Lourenço Marques : à tel point que de nombreuses familles de burghers, dégoûtées du Transvaal, s'étaient mises en route pour un nouveau trek au loin dans l'intérieur, vers « l'infini » du Nord-Ouest, et semaient de cadavres le désert du Kalahari. Ce trek aboutit après d'incroyables misères à « rUpingtonia », qui fait aujourd'hui partie du Deutsch Sûd- West Afrika; puis, encore au delà, à la province de Mossàmedes, dans la colonie portugaise de l'Angola.

Donc les Boers se tinrent d'abord cois; ils n'ignoraient pas que les gens des villes, les boutiquiers anglais et allemands avaient désiré l'annexion, et derrière les trente hommes de police de Theophilus Shepstone, ils voyaient clairement la puissance anglaise et ses inépuisables ressources. Pourtant ce n'est pas sans protester qu'ils acceptèrent la domination de l'étranger, et le mécontentement grandit quand ils constatèrent qu'on voulait leur défendre jusqu'à l'usage de leur langue

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devant les tribunaux et dans les écoles. A deux reprises, deux députations partirent pour Londres, avec mission de demander le maintien des usages locaux, l'autonomie administrative, le droit d'employer officiellement l'idiome hollandais. Ces députations furent mal reçues et tous les Boers se sentirent offensés avec elles : d'autant que le célèbre orateur et ministre Gladstone, duquel ils imploraient le retrait de l'annexion et qui refusait de l'accorder, l'avait blâmée comme souverainement injuste, quand il était chef de la « loyale opposition de Sa Majesté ». Ils se préparèrent au combat, mais sans grand espoir de vaincre, voulant au moins que la lutte leur assurât le respect du vainqueur. A la surprise de tous, à la leur propre, ils triomphèrent des troupes anglaises en cinq rencontres, à Bronkersspruit, à Zwartkopjes (près Pretoria), à Laing's Nek, à Schuinshoogte (près de la rivière Ingogo), enfin à la célèbre colline de Majuba (1880-1881).

La guerre allait peut-être changer l'Afrique australe en un champ de bataille d'Anglais contre Hollandais, quand Gladstone revint sur son refus. Soudain le gouverneur du Cap reçut de Londres une dépèche telle que l'histoire en enregistre bien peu : « Nous avons fait tort aux Boers. Faites la paix! » Malgré la supériorité de leurs forces, les Anglais furent contraints à se retirer sans avoir réparé leurs désastres. Le 3 août 1881 un traité de paix reconnut « l'autonomie complète du Transvaalsous la suzeraineté de Sa Majesté la Reine d'Angleterre »; suzeraineté qui conférait à la Reine, c'est-à-dire à la Grande- Bretagne, le droit d'installer en Transvaal un résident anglais; le droit d'y faire passer des troupes en cas de guerre ou de menace de guerre entre la puissance suzeraine et tout État étranger ci tribu indigène de l'Afrique australe; enfin (et surtout) la co.-duite des affaires extérieures de la république Sud- Africaine, « y compris la conclusion des traités, la conduite des relations diplomatiques avec les puissances étrangères, de telles relations devant se faire par l'entremise des agents diplomatiques ou consulaires de Sa Majesté au dehors ».

Cette suzeraineté gênait, bien mieux, elle blessait au vif les Transvaaliens qui, se sentant forts, souhaitaient ardemment l'indépendance entière, et négocièrent pour l'obtenir. Un nouveau traité fut signé à Londres, en 1884, entre le gouvernement anglais et le célèbre Krûger, président du Transvaal : traité, ou, si l'on veut, convention qui ne souffle pas un mot de la suzeraineté britannique, mais qui, par malheur, déclare que la république Sud-Africaine sera tenue de soumettre à l'appréciation et approbation de la Grande-Bretagne les traités passés avec des puissances étrangères, moins l'État d'Orange, avec

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lequel l'Angleterre reconnaît que le Transvaal peut délibérer et conclure en toute indépendance.

« Donner et retenir ne vaut n. Ce traité de 1884 qui supprimait la suzeraineté de la Reine, sans le déclarer expressément, et contenait d'ailleurs diverses clauses périlleuses pour le libre exercice de l'indépendance transvaalienne, était comme un nid à procès entre les deux nations; or l'Anglais, héritier des Normands, ne craint pas les procès, et, de par sa force, il est juge autant que partie.

De même que la république d'Orange dut la perte d'un coin de son territoire à la découverte des mines de diamants, le Transvaal fut la victime de ses « déplorables » mines, les plus riches de la Terre. Quand il fut bien démontré que les roches du Witwatersrand renfermaient milliards sur milliards de métal fauve; quand, du fait de ces roches, extérieurement arides et pauvres, Johannesburg, la voisine de Pretoria, devint dix fois plus peuplée et infiniment plus animée, plus vivante et plus opulente que la capitale de l'État néo-hollandais ; quand on put croire que la majorité « blanche » allait passer des Boers aux Anglais renforcés des cosmopolites, alors l'Angleterre invoqua les considérations électorales, parlementaires, constitutionnelles, qui sont l'essence même de son organisation et de sa compréhension philosophique des choses ; et elle les interpréta pharisaïquement. Elle exigea pour ces a Uitlanders », ces étrangers (le mot hollandais le dit expressément), l'octroi des droits politiques, de manière à remettre immédiatement ou dans un temps prochain le gouvernement de la république Sud-Africaine aux mains d'une majorité anglaise. Comme de juste, le Transvaal résista, au nom de ses droits « antérieurs », et pour le salut de sa nationalité.

Entre temps, une tentative à main armée avait tourné au dam et à la confusion de ses initiateurs, à la suite d'un complot où il semble bien qu'agirent de concert le gouvernement anglais, le gouverneur du Cap et le grand homme d'affaires, accapareur de finances et de territoires, qu'on a surnommé le Napoléon du Cap, le Napoléon de l'Afrique du Sud : Cecil Rhodes. Subitement, on apprit, à la fin de 1895, qu'un certain docteur Jameson, accompagné de 7U0 partisans, marchait sur Johannesburg pour y soulever les Uitlanders au nom de leurs droits méconnus. Les Boers, aussitôt debout pour la défense de leurs droits à eux, enveloppèrent la petite armée du flibustier, la battirent près de Krugersdorp, le l^"" janvier 1896, et l'écrasèrent peu après à Vlakfontein.

Cette équipée, ridicule en ses résultats immédiats, a été ter-

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rible en ses résultats lointains; encore ce mot de lointain est-il disproportionné puisqu'elle a conduit en quatre ans à la guerre < nationale » de 1899-1900. Les Boers du Transvaal, craignant tout des Anglais, s'allièrent à leurs frères de l'Orange par un traité signé à Bloemfontein, en 1896. Le président Kruger s'arma du mieux qu'il put. De son côté, l'Angleterre se précautionnait d'arguments juridiques pour obtenir l'adhésion de l'opinion universelle; elle discuta obstinément sur la suzeraineté britannique, sur les droits des Uitlanders, sur les convenances des compagnies aurifères, et d'un ton de plus en plus cassant, jusqu'au jour où, après avoir obtenu des Boers à peu près toutes les satisfactions qu'elle exigeait, elle se montra si raide, si démesurément arrogante que toute transaction devint impossible. A l'ultimatum britannique du 12 septembre 1898 succéda l'ultimatum transvaalien du 11 octobre et la guerre éclata entre les Boers des deux États confédérés d'une part, et toutes les forces de l'immense empire anglais, d'autre part.

Peut-être le président Kruger eût-il mieux fait de céder, en se fiant pour l'avenir à la rusticité, à la fécondité de sa nation, plus solidement enracinée que l'anglaise dans le solde l'Afrique australe; il aurait pu ou dû se dire que la ruée anglaise et cosmopolite en Transvaal ne durera que ce que dureront les mines et qu'on a pu justement la comparer à cette foire de Beaucaire qui submergeait brusquement les Beaucairois sous un flot d'étrangers, puis, le marché fini, il ne restait que des Français dans cette ville du Rhône inférieur; il eût pu même penser que le plus gros de l'invasion était arrivé, puisque les mines emploient surtout des bras indigènes et que les Blancs d'Europe, d'Australie, d'Amérique viennent en Transvaal moins en mineurs qu'en « prospecteurs », surveillants, contre-maîtres, mécaniciens, hommes d'affaires, boursiers, banquiers, spéculateurs, hôteliers, marchands, ouvriers, boutiquiers, sans compter les filous et les filles de joie.

Mais il espérait évidemment en sa grande amie, l'Allemagne du « Pangermanisme », ennemie naturelle du « Pansaxonisme », de l'impérialisme et de tout ce qu'on flétrit maintenant sous le nom de « jingoïsme »; il croyait à l'intervention de l'empereur germain qui lui avait envoyé, au lendemain de la déroute de Jameson, un télégramme de félicitations, exubérant d'amitié, de confiance en l'avenir; il pensait que l'Europe suivrait l'Allemagne. Mais l'empereur des Teutons n'a pas « bronché», l'Europe n'a pas saisi la meilleure, on peut dire la plus juste occasion de ramener l'Angleterre à un sentiment moins exagéré de ses droits, à une connaissance plus juste de ses devoirs. Le forfait

HUITIÈME République Sud-Africaine ou Tî'ansvaal.

s'est accompli, sans étonner aucunement ceux qui ont lu l'histoire de l'Angleterre en la dépouillant des fleurs de la rhétorique. Et une fois de plus la « féodalité financière » a prouvé que présentement elle gouverne le monde.

Quelle terrible histoire que celle du peuple des Trekkers! Pour qui comprend le hollandais elle est écrite sur la carte par des noms qui parlent de sang, de douleurs, et quelquefois, par contraste, de paix et de repos. C'est Bloed-rivier, la rivière du Sang; Brandfort, le fort de l'Incendie; Moorddrift, le ru du Meurtre; Moordspruit, la rivière du Meurtre; Strijdkraal, le kraal du Combat; Strijdpoort, le col de la Guerre; Lijdenburg, le bourg des Tourments; Slagternek, le col de la Boucherie; Weenen, les Pleurs.

Et ailleurs, en témoignage de joie, de reconnaissance, de béatitude, on peut lire : Reddersburg, la ville du Sauveur, du Salut; Vrijburg, la cité Libre; Vrijheid, la Liberté; Helpmaakar, le Secoureur; Volksrust, le repos du Peuple; Rustenberg, la ville du Repos ; Vrede, la Paix; Vredefort, le fort de la Paix.

Entièrement enclavée, avec la république // sœur, État libre d'Orange, entre des possessions

LE PAYS; anglaises, sauf d'un seul côté, à l'orient, où c'est LES une colonie portugaise qui la sépare de la mer,

HABITANTS la république Sud-Africaine a des frontières naturelles sur plus d'une moitié de son pourtour. Au sud, elle est divisée du Vrij Staat d'Orange par un des affluents du Vaal, puis par cette rivière elle-même; au nord-ouest et au nord, du côté des Ma-Tabelé, le cours du Limpopo borne son territoire ; enfin une partie de sa frontière orientale est indiquée par le faîte des monts porphyriques de Lebombo, moins montagnes que collines de 200 à 300 mètres d'élévation, dont le versant maritime appartient au Portugal; au sud-est, elle a le cours supérieur de la Buffalo-river (affluent de la Tugela), comme ligne séparative avec la colonie du Natal.

Dans les intervalles du pourtour non marqués par des rivières ou des montagnes le territoire de la république s'est considérablement étendu aux dépens des contrées voisines : à l'ouest il a empiété sur le pays des Be-Chuana, dans le bassin de la Harts-rivier ou Kheng, affluent droit du Vaal. En 1870, un arbitre anglais avait tracé à l'ouest des montagnes de Makouasi, dans le district de Potchefstroom, une limite que les Boers ne devaient pas franchir; mais ils ne tinrent pas compte de cette défense, et quand les Anglais eux-mêmes eurent annexé pour un temps le territoire delà république, ils se gardèrent bien de rendre aux indigènes le district dont ils avaient interdit l'occu-

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pation aux Blancs hollandais. En 1884, une convention avec l'Angleterre, qui venait de ravir aux Boers les petites républiques de Stella-Land et de Goosen, fondées par eux dans le pays des Be-Chuana, leur valut un léger accroissement dans l'ouest, en dédommagement de ce qui leur était enlevé ; et, du côté opposé de leur territoire, sur le versant de la mer des Indes, non plus sur celui de l'Atlantique, ils s'incorporèrent en 1887 la Nieuwe Republik, qui forme aujourd'hui les districts de Vrijheid et d'Utrecht.

Tel que délimité avant la guerre de la fin du xix<= siècle, le Transvaal s'étend sur 308 560 kilomètres carrés, soit près des trois cinquièmes de la France; en lui ajoutant l'État libre, qui lui est confédéré et avec lequel il compose la « Nouvelle Hollande » jusqu'à ces derniers jours indépendante, on arrive à 440 000 kilomètres carrés, les quatre cinquièmes de la république française. La plus longue ligne qu'on puisse tirer sur son territoire, du nord-est au sud-ouest, de la commune frontière du Moçambique portugais, de la Rhodésie et du Transvaal lui-même à celle de ce même Transvaal, du Griqua-Land Ouest et de l'État libre d'Orange, approche de 900 kilomètres ; la plus grande longueur, du nord au sud, de la Rhodésie au Natal, est presque de 700 kilomètres ; d'est en ouest, la largeur varie entre 400 et 600; enfin le pourtour, mesuré à grandes lignes, sans la foule des sinuosités secondaires, est de 2 700 kilomètres. De la frontière orientale à la mer des Indes, but des ambitions constantes du Transvaal, il n'y a dans le sud, dans l'ancien pays des Souazi, que 80 kilomètres de distance, et seulement 50 le long du 26° degré de latitude, jusqu'à la ville de Lourenço Marques. C'était le supplice de Tantale.

Plateau fort élevé d'où divergent les bassins de l'Orange, du Limpopo et des fleuves côtiers, le Transvaal est beaucoup plus montagneux, bien plus raviné, bien plus divers à l'orient, là où se lève jusqu'à 2 660 mètres (au mont Mauch) la chaîne de prolongement des Draken-bergen, qu'il ne l'est à l'occident, au centre, au sud, où prévaut la forme de haute plaine.

Les Transvaaliens divisent leur pays en Hooge Veld, Bosch Veld et Banken Veld.

Le Hooge Veld, c'est-à-dire c le Haut Pays, la Haute Campagne ï, continue par delà le Vaal, en Transvaal, le monotone plateau de l'État d'Orange, à des altitudes généralement comprises entre 1 300 ou 1 400 et 2 300 ou 2 400 mètres, avec 1 500 pour hauteur la plus ordinaire; donc région véritablement élevée et par cela même sous un climat où l'altitude combat l'influence

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de la latitude. Sans sa grande élévation au-dessus des mers, la contrée serait franchement torride, tandis qu'elle ne l'est aucunement, sinon, et comme en toute région, au fort de la saison sèche et seulement dans la journée. Alors, en décembre, en janvier, en février (puisque notre hiver est l'été des Africains austraux), on subit des chaleurs qui tendent à l'intolérable, mais les nuits sont fraîches; et en juin, juillet, août (notre été, leur hiver), la fraîcheur est diurne et nocturne, avec de vrais froids, quelques neiges, un peu de glace.

Au nord du Witwatersrand, et de la ligne des hauteurs qui va de Johannesburg au prolongement septentrional des Drakenbergen, c'est le Bosch Veld ou « la Brousse », le pays de Pretoria et du haut Limpopo, le centre, le nord-ouest et le nord de la république; l'altitude y est moindre que dans le Hooge Veld, le ciel plus clément, la température moins | brusque et le climat se rapproche peu à peu du tropical à mesure qu'on descend la pente des tributaires de droite du Limpopo. La « Brousse » est le pâturage des troupeaux du Hooge Veld dès que l'herbe de cette « Haute Campagne » souffre de la sécheresse ou du froid; d'où le second nom, le nom < épisodique » du Bosch Veld : Winter Veld, « pays de l'Hiver », c'est-à-dire : pays oîi l'on i trekke » en hiver. Son nom général, que nous avons traduit par Brousse, ne lui vient ni de ses forêts (il n'en a guère, ou il n'en a pas), ni de ses maquis ou broussailles, mais plutôt de ses bois de hêtres, les boschjes des Hollandais d'Afrique; il a pour essences les plus communes des mimeuses, des euphorbes, des acacias- Plus doux que le Hooge Veld, il est aussi mieux arrosé par les pluies du ciel, le jet des fontaines, et presque partout les champs peuvent s'y passer de l'irrigation, ce qui n'est pas le cas dans la région comprise entre le Witwatersrand et la rive droite du Vaal. Jusqu'à ce jour, bien que plus doux de climat, il est moins peuplé de Blancs que le Hooge Veld et l'on y voit plus souvent poindre les huttes des kraal bantou qui contenaient autrefois toute la population du pays.

Le Banken Veld s'appelle aussi Gebroken Veld, autrement dit le « pays brisé, accidenté » ; c'est la région montagneuse, autour de Ljddenburg, la terre élevée d'où découlent l'Olifant, maître tributaire du Limpopo, et le N'Komati, c feudataire » de la baie Delagoa. Des trois divisions naturelles du Transvaal, le Banken Veld l'emporte par sa beauté, ses torrents, ses pluies, ses forêts.

Comme ensemble, et en dehors de ses monts et sylves, le Transvaal est un plateau assez monotone, d'une terre le plus souvent rouge, en tant que ferrugineuse, et d'où les arbres sont trop absents. Les Boers en ont certainement coupé, brûlé

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des milliers sans compter, et ils n'en ont guère planté, sinon de fruitiers dans leurs jardins; pasteurs itinérants et en cela pareils aux Arabes, grands destructeurs de forêts, ce n'est pas l'arbre qui leur importe, mais le pâturage.

Le peuple de ces trois « Veld », les Boers du Transvaal, se sont développés très rapidement, grâce à la salubrité générale du climat, à la fécondité de leurs familles, et les non-Hollandais y ont été appelés à nombreuses dizaines de milliers par la richesse prodigieuse des mines d"or : aussi la population blanche, jadis presque perdue au milieu des Noirs, y est-elle devenue une imposante minorité.

Mais, au fait, quelle est la population du Transvaal? Le Sla.at Almanach, de 1898, publication officielle, admet 4 094 156 habitants, dont 748 759 Noirs contre 300 000, d'autres disent 400 000, voire près de 500 000 en 1890, et 622 500 en 1896 : il va sans dire que ces nombres ne viennent pas d'un recensement, mais d'estimations peut-être un peu vagues. Ce qui est sûr, bien sûr, c'est l'accroissement constant, rapide de l'élément blanc comme de l'élément coloré. Restent donc 245 397 Transvaaliens blancs.

Qu'y a-t-il de Boers, d'Anglais et de « ni les uns ni les autres », sur les 245 397 personnes de souche européenne? Les appréciations varient fort.

Il est certain que les débuts des Hollandais austraux dans le Transvaal furent assez malheureux. Les trekkers allaient à l'aventure, évitant les Cafres, s'il se pouvait; ils ignoraient absolument le relief du pays; parcourant surtout l'occident du plateau, bien moins sain que son orient, comme plus bas, moins bocager, dénué de fontaines; ils souffrirent grandement des fièvres, beaucoup moururent, et dans certaines vallées infestées par la mouche tsétsé, leurs troupeaux furent, les uns décimés, d'autres presque détruits. Ce n'est que plus tard que les Boers connurent le vrai pays de culture et de santé, le Hooge Veld revigorant.

Aussi, en 1875, après une quarantaine d'années de séjour, le dénombrement des burghers en état de porter les armes ne donna pas plus de 7 326 individus : soit, en multipliant par cinq, coefficient probable, chaque famille ayant en moyenne beaucoup d'enfants en bas âge, dont moitié de filles, 36 600 Transvaaliens. En 1895, on admettait, plus ou moins, 65000 à 70 000 Boers, contre 45 000 à 50 000 Anglais attirés déjà en grand nombre par les mines d'or. Depuis lors, la ruée des mineurs dans le Witwatersrand, autour de Johannesburg, a considérablement augmenté la force de l'élément anglais; mais l'élément hollandais

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s'est, lui aussi, plus ou moins renforcé grâce à une immigration attirée tout naturellement de l'État libre, et surtout des vieux districts purement néerlandais de la colonie du Cap de Bonne-Espérance, par l'éclatante prospérité du pays de l'or.

La preuve que les Hollandais ont maintenu bien plus qu'on ne le croit leurs positions dans le Transvaal nous est fournie par le nombre des burghers de 1899 en état de porter les armes : 29 279. En multipliant ce chiffre par cinq, comme ci-dessus, on arriverait à 150 000, mais il y a plus de vraisemblance à multiplier par quatre seulement, parce que les nouveaux arrivés sont en grand nombre des jeunes gens dont beaucoup n'ont que peu d'enfants ou n'en ont pas encore. En ce cas le Transvaal aurait ses 120 000 Boers, ce qui revient à peu près à la moitié de la population blanche.

Il ne faut donc pas prendre trop au sérieux les documents allemands, résolument pangermaniques, qui donnent au Transvaal 200 000 Boers (!) contre 53 000 Anglais et 35 000 « autres », sur 290 000 blancs; ou môme encore 200 000 Boers, renforcés de 15 000 Allemands, contre 40 000 Anglais seulement (!); mais il ne convient pas non plus d'accepter les documents anglais qui parlent bruyamment de la supériorité de nombre déjà acquise à l'élément « impérial », autrement dit à l'élément anglais.

Le recensement de Johannesburg en 1896 montre un développement extraordinaire des étrangers venus en Transvaal pour se juxtaposer, sinon se superposer aux Boers. C'est une vraie merveille qu'une cité installée dans un désert, en septembre 1886, ait eu 3 000 habitants au printemps de 1887; 26 300 au début de 1890 ; et 102 078 au dénombrement du 15 juillet 1896, la ville étant recensée avec sa banlieue, dans un rayon de 4800 mètres autour de la place du marché, soit sur une aire de 7 300 hectares, presque exactement égale à la surface occupée par Paris intra. muros.

Il y a là, sans contredit, un miracle de la finance, de l'activité, de l'initiative anglaise; mais au point de vue tout spécial de la numération, pour la comparaison des deux éléments de la population transvaalienne, Boers et Britishers, ces 102 078 habitants — sur lesquels il n'y avait d'ailleurs que 22 763 femmes, moins du quart — ne doivent pas être portés du premier au dernier au compte des « Saxons ». Il faut d'abord en extraire 42 533 Cafres, 4 807 Hindous et Chinois, 952 Malais, 2 879 Métis, etc. Bref, il reste 57 907 blancs, dont 34 000 « Anglais » : les « Bretons » formeraient donc le tiers seulement des Johannesbourgeois.

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Mais, si peu qu'on y regarde de plus près, on voit qu'ils n'en sont ni le tiers, ni le quart, peut-être moins encore. On a compris sous le titre d'Anglais non seulement les immigrants d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, mais aussi toute personne née dans les colonies anglaises, comme, par exemple, à Maurice ou île de France. Cette terre, spécialement française, envoie justement beaucoup de ses Mauriciens en Afrique australe, elle en envoyait en foule surtout avant que la conquête de Madagascar détournât leur activité vers la grande île malgache. Cette inscription des gens de l'Ile de France parmi les « Anglo- Saxons » rappelle de très près celle qui « ornait » autrefois nos recensements de l'Algérie, quand on y faisait entrer sous le nom d' « Anglais » les Maltais, qui sont des insulaires de sang mêlé, de patois arabe avec l'italien pour langue civilisée; plus tard on les a qualifiés Anglo-Maltais, et c'est tout récemment qu'on a préféré les traiter de Maltais, tout simplement.

Parmi les Anglais de Johannesburg, le dénombrement de 1896 compte les 15162 individus provenant de la colonie du Cap, lesquels, étant donné la proportion des deux éléments dans ce plus ancien établissement de l'Afrique australe, ont toute chance d'être surtout des Hollandais.

En réalité, sur les 102 000 résidents de Johannesburg et banlieue, il y a d'abord 13 162 originaires du Cap, 6 203 nés dans le Transvaal même, 1734 de l'État d'Orange, 819 des Pays- Bas, première métropole des Boers : soit près de 24 000 hommes qui sont en grande majorité de même sang et de même langue que les dits Boers; plus 2 262 Allemands qui ont plus d'affinités pour leurs cousins bas-allemands que pour les Anglais; en second lieu 16 265 natifs de la Grande-Bretagne et 2 593 venus des colonies anglaises. Anglais ou non; plus 3 333 Russes, probablement juifs pour la plus grande part; 616 Yankees, 402 Français, 331 Scandinaves, 200 Italiens, etc. Ainsi, et sans nier que Johannesburg est une grande création anglaise, les Britishers n'y font même pas la moitié des Blancs. Il y a donc erreur à coter comme « Saxons » tous les Blancs du Witwatersrand ou autres lieux de mines d'or, et le nombre des Anglais transvaaliens en est diminué d'autant.

Ceci dit, oîi donc trouver les cent mille Anglais et bien plus encore invoqués par les hommes d'État, publicistes, journalistes, négociateurs < impériaux » à propos des Uitlanders et de leurs droits méconnus? Car enfin, l'immense majorité des Britishers se concentre à Johannesburg et dans le Witwatersrand. Dès qu'on sort de ce qui a été le « nid de guêpes » pour le Transvaal, les Anglais sont fort clairsemés; on n'en trouve de

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çà, de là, que des centaines, ou moins encore, dans les divers placersou dans les régions supposées aurifères, et un peu partout comme prospecteurs; mais, bien qu'il y en ait beaucoup, ces prospecteurs ne sont pas légion.

Il semblait bien, quand la guerre advint, qu'à moins de nouvelles et extraordinaires découvertes de mines pareilles à celles du Witwatersrand, la « vague anglaise » avait atteint le plus haut de son flux. D'abord parce que les mines avaient attiré dans le pays à peu près tout le personnel que comportent la direction industrielle, commerciale, financière et la main d'oeuvre supérieure; le gros du travail et toute la basse besogne revenant aux naturels de l'Afrique du Sud ; ensuite, et les grandes compagnies ne s'en cachent pas, parce que les directeurs des mines ont l'intention bien arrêtée d'employer les gens de couleur jusqu'à l'extrême limite du possible, au détriment des Blancs, par la raison que des Européens se paient plus cher que des Nègres.

En réalité, nous ignorons le nombre réel des Boers, des Anglais, des Noirs, et il ne paraît pas probable qu'il y ait 250 000 Blancs au Transvaal : des milliers d'hommes ont passé et repassé sur la scène, comme les figurants.

Les Boers du Transvaal, plus éloignés des centres de civilisation que leurs frères du Vrij Staat d'Orange, sont aussi moins policés, et leurs visiteurs anglais, de même que les Hollandais du Cap, les qualifient de barbares. Il est certain que vers le milieu du siècle nombre d'entre eux en étaient encore, comme les Cafres, à se vêtir de peaux de bêtes; privés de tous les conforts de la vie des cités, ils n'en avaient pas non plus les besoins; ils campaient à la belle étoile pendant des semaines entières, n'avaient point de meubles dans leurs masures, se contentaient des aliments les plus simples, et pour toute littérature ils avaient la Bible de famille, que nombre d'entre eux ne savaient même pas lire.

Une des causes qui maintenaient les Boers dans leur isolement farouche est l'énorme superficie des domaines qu'ils s'étaient octroyés dans les premiers temps de l'occupation. Le plaats, c'est-à-dire l'étendue de terrain que s'attribuait chaque famille de colons était de 3 000 morgen, soit environ 2 400 hectares, et, nulle délimitation rigoureuse n'étant tracée entre les propriétés, plusieurs d'entre elles se trouvaient occuper une aire beaucoup plus vaste que la superficie réglementaire. Le Boer qui ne disposait pas d'un de ces grands domaines se croyait lésé par le sort et s'expatriait, comme l'avait fait son père, pour aller fonder plus loin un petit royaume à sa conve-

L'Afrique AusU'ale. chapitre

nance : d'étape en étape se continuait ainsi vers le Zambeze le grand mouvement de migration commencé à la baie de la Table.

C'est du Transvaal que sont partis les trekkers qui, du Limpopo au Ngami, et du Ngami au Cunene, décimés en route par la soif et la faim, finirent, après un voyage de cinq années, par atteindre le district de Huilla, dans l'Angola portugais. La plupart de ces émigrants appartenaient à la secte des doppers, calvinistes zélés qui gardent les mœurs, même le costume des aïeux, et pour qui sont une abomination les idées modernes introduites dans leur pays par les journaux et les livres. Gens « pratiques », les Boers dédaignent tout ce qui ne contribue pas à la prospérité matérielle de leur famille, ils ignorent la musique, l'art, la littérature. Malgré leurs nombreux voyages, leur part dans l'exploration scientifique de la contrée a été presque nulle. L'éducation des enfants et le journalisme étaient presque entièrement dans les mains des Anglais avant le réveil du sentiment national provoqué par les petites victoires de 1880 et 1881.

La vie solitaire avec la famille et les esclaves ou serviteurs, dans un domaine dépassant l'horizon des coteaux environnants, telle était donc l'existence normale du patriarche hollandais, avant la prodigieuse invasion des affamés de l'or qui a si brusquement et si durement bouleversé l'idéal de ce peuple de pasteurs. 11 n'y a pas quinze ans, quelques passants par hasard, des rôdeurs cafres, et parfois le propriétaire voisin sur les confins de son plaats, c'étaient les seules figures humaines qu'il aperçût pendant plusieurs mois. Mais quatre fois par an il lui fallait le spectacle de la foule. Les Boers harnachaient leurs chevaux, attelaient leurs vagons et, de toutes parts, hommes, femmes, enfants, ils se rendaient vers la chapelle qui servait de centre à leur immense paroisse de vingt ou cinquante lieues en diamètre.

C'est encore le plus beau jour pour ces bons et sincères dévots, cette journée de la « nachtmaal » ou de la communion. Le voyage fini, quelquefois si dur, et les vagons dételés, les campagnards se pressent autour de l'église, sur le champ de foire; les services religieux se succèdent dans l'étroit édifice, les époux communient, les fiancés font bénir leur mariage, les jeunes gens sont reçus membres de l'Église, on baptise les enfants. Dans les boutiques environnantes se font les emplettes ; les comptes se règlent entre créanciers et débiteurs; maquignons et propriétaires se disputent; puis la place se vide peu à peu, le tumulte s'apaise, et ctiaque groupe familial s'éloigne, pour aller retrouver la solitude et le silence dans les grandes plaines.

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Mais, quand bien même cinquante à cent mille prospecteurs, mineurs, aventuriers n'auraient pas brutalement troublé la paix de leurs fermes, de leurs bourgades, la force des choses les transforme d'année en année en un peuple qui n'est déjà plus tout à fait ce qu'il fut. Les terres finissent par se diviser, les Boers, devenus plus nombreux, se rapprochent les uns des autres. Tous les jeunes gens se marient, toutes les femmes ont plusieurs enfants, et les domaines se partagent : maint paysan se plaint de n'avoir plus qu'une moitié ou un quart de plaats, quoiqu'un centième de cet espace soit plus que suffisant pour nourrir largement une famille, si la cultui^e est faite avec soin. D'autre part, viennent des immigrants étrangers, et, s'ils ne trouvent pas immédiatement de terres à acheter pour s'y établir comme colons, il arrive cependant qu'à la longue un certain nombre de propriétés, entières ou dépecées en parcelles, changent de mains, et très fréquemment les acheteurs sont des Européens ou des Afrikanders d'origine non hollandaise. Il est presque sans exemple que des Boers s'établissent dans les villes ou les villages comme artisans ou boutiquiers; ce sont des Anglais et des Allemands qui s'occupent ainsi de gagner leur vie, et nombre d'entre eux, devenus plus riches que les propriétaires hollandais des alentours, achètent une partie de leur domaine. C'est ainsi que l'aristocratie terrienne se recrute peu à peu d'éléments étrangers à la classe primitive des Boers.

Parmi tous les autres Blancs, ceux que les Hollandais de l'Afrique australe voient d'ordinaire avec le plus de déplaisir sont précisément leurs frères de race et de langue, les Néerlandais de la mère patrie. Une sympathie lointaine unit les deux peuples, ainsi que la littérature contemporaine en témoigne ; mais de près le souvenir des origines communes fait place à une certaine aversion. Le Boer est fort susceptible; il n'aime pas que le Hollandais civilisé sourie des mœurs africaines et réponde avec affectation dans la langue d'Amsterdam et de la Haye à l'idiome plus rustique des campagnards du Vaal et du Limpopo.

On a fort souvent parlé d'une immigration de la Hollande et des Flandres vers la « Nouvelle Hollande » d'Afrique. Cette infusion du sang, des idées et pratiques de la métropole, très désirable pour l'avancement des Boers en nombre et en « civilisation », devrait d'abord se composer surtout de gens de métier, maçons, charpentiers, forgerons, tailleurs, plutôt que de vrais colons. Les Européens des Pays-Bas seraient tout à fait déroutés devant le climat différent, les plantes nouvelles, les méthodes imprévues, d'ailleurs rationnelles, adaptées au

L'Afrique Australe. chapitre

climat; et s'il arrive des paysans de la Meuse et du Rhin, il faudra les installer dans les régions vraiment agricoles ayant abondance d'eau, et non sur le plateau fait pour les pasteurs et les trekkers conducteurs de vagons. Puis il y a la difficulté religieuse : les Boers sont des protestants bigots, une part des Hollandais et tous les Flamands sont catholiques.

Tandis que dans les districts méridionaux les indigènes ne se groupent plus en tribus et que, comme dans le Vrij Staat, on les tolère seulement en qualité de serviteurs et de manœuvres, ils sont encore constitués en peuplades distinctes dans les provinces de l'ouest, du nord et du nord-est. Ba- Rolong, Ba-Tlapi, Ba-Katla, Ba-Mapela, Ba-Hlokoa, Ba-Venda, Ba-Soetla, appartiennent à la grande famille des Ba-Souto, et sont désignés parfois sous le nom méprisant de Vaalpens. L'arête bordière des Draken-bergen sépare ces indigènes des Ba-Roka, gens des avant-monts et des plaines, qui paraissent être de même provenance que les Zoulou et les Ma-Tabelé. En général les tribus du Transvaal ne se composent pas de clans apparentés par l'origine; ce sont des agrégations d'individus de provenances diverses, placées sous un même joug par un chef conquérant. Suivant les hasards de la guerre, elles s'accroissent ou diminuent, se dispersent ou se groupent à nouveau, modifiant à l'infini leurs éléments ethniques. D'ailleurs aucune de ces tribus n'a eu le loisir de s'asseoir à demeure dans un territoire quelconque pour une longue période d'années. Aux mouvements de migration des Boers ont correspondu chez les indigènes des mouvements en sens inverse, suivis parfois de retours offensifs; leurs populations se déplacent incessamment, comme les eaux entraînées dans un remous, et de plus en plus elles se disloquent.

Parmi les Noirs des vallées tributaires du Limpopo, tous soumis et dont quelques-uns font même payer le tribut aux Boers du voisinage, ceux qui paraissent être depuis le plus longtemps établis dans le pays sont les Ma-Gouamba ou « Gens du Diable », ainsi nommés par leurs voisins parce que les imprécations, très fréquentes dans leur bouche, contiennent toutes un appel au démon. D'après leur langue, ils se rapprochent plus des Zoulou que des Be-Chuana. Les premiers colons hollandais désignaient ces indigènes par l'appellation de Knob-nuizen ou Knob-noses, « Nez boutonnés », de ce que, par des entailles, ils se faisaient pousser une rangée de pois charnus du haut du front au bout du nez ; mais cette mode a presque entièrement disparu, et l'on ne rencontre plus guère que des vieillards méritant ce nom de Knob-nuizen. Les

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Ma-Gouamba ressemblent aux autres Cafres par leur force corporelle, leur beauté de proportions; on les tient pour de braves gens aimant l'agriculture, ayant le génie du commerce et la passion du voyage. Au nord du Limpopo, la race gouamba se désigne par le nom de Ba-Hlengoué ou Ba-Hloekoua, et jusque sur les bords du Nyassa on rencontre des gens parlant le même langage qu'elle.

Le Transvaal, qui fut le paradis des Chas- /// seurs, qui est aujourd'hui celui des chercheurs

CULTURE d'or, pourra devenir celui des agriculteurs, vu

DU SOL, l'excellence du sol, du climat dans une grande PRODUITS, partie de son territoire.

MINES D'OR, Comme parc de plaisance à des chasseurs

COMMERCE tuant pour le plaisir de tuer ou pour le profit de la vente des peaux et de l'ivoire, la décadence du Transvaal est grande; on y a beaucoup trop massacré, à l'époque, encore bien récente, où la poussière, l'ondulation des herbes et un bruit de tonnerre signalaient le passage ou la fuite soudaine de milliers de zèbres ou de 50 000 antilopes à la fois! Les meurtres, bien moins nombreux, bien moins faciles par suite de la diminution du gibier, qu'on a tué ou qui s'est éloigné, sont maintenant une œuvre systématique; on poursuit ces animaux pour leur peau, qui se vend très bien. Parmi les bètes soit énormes, soit redoutables, le lion, la panthère, le léopard ont fui vers les lieux inhabités et l'on ne les rencontre plus guère aux environs des villes, des fermes, même en pays reculé, non plus que la hyène et le chien sauvage; il y a aussi moins d'éléphants, de rhinocéros qu'autrefois, mais dans les rivières de la région demi-tropicale du Limpopo inférieur, de ses affluents et sous-affluents folâtrent encore des hippopotames et flottent toujours de vastes crocodiles.

Un jour viendra oîi l'on tirera parti (trop peut-être) des forêts des Draken-bergen, et plus encore des sylves magnifiques du versant oriental, notamment au nord de la rivière Olifant, qui se verse dans le Limpopo. Là se lèvent « le bois jaune (Podocarpus Thunbergii) dont le tronc, atteignant jusqu'à 30 mètres de hauteur, est enlacé d'un inextricable réseau de lianes, et le bois de fer [Olea Capensis et autres Olese), et les bois puant (Anagara fœtida) •». Pour l'instant les forêts ne servent guère qu'à l'installation des colons, aux poteaux de mines et à de toutes petites industries.

Le sol du Transvaal est beaucoup plus utilisé pour l'élevage que pour la culture proprement dite. Cependant il n'offre pas autant d'avantages au bétail que l'État libre d'Orange,

L'Afrique Australe. chapitre

justement parce qu'il réserve plus de profits à l'agriculture. Malheureusement les animaux domestiques y souffrent de deux fléaux terribles.

La peste bovine, qui a fait des ravages extraordinaires en Afrique australe dans ces dernières années, a sévi tout autant, ou presque autant qu'ailleurs en Transvaal; elle y a dépeuplé les étables, et c'est trop souvent qu'elle y fait le vide.

Puis dans beaucoup de districts l'homme ne peut s'aventurer avec bœufs, chevaux ou moutons : car la mouche tsétsé (Glossina morsitans) règne dans ces contrées, qui défend le passage à ces animaux domestiques, et aussi à notre fidèle ami le chien, tandis qu'elle ne fait aucun dommage aux cousins du cheval, aux ânes, aux mulets, aux zèbres, non plus qu'aux buffles, parents des bœufs, aux antilopes, aux chèvres, et aux grosses bêtes telles que l'éléphant. Ceux qu'elle pique en meurent parfois dans les vingt-quatre heures, mais en général ce n'est qu'au bout de plus ou moins de jours ou semaines de dépérissement et de maladie qu'ils expirent. La tsétsé n'est point d'aspect redoutable; on dirait de notre mouche commune, à nous Européens; elle est de couleur grise, gris foncé plutôt, tirant sur le noirâtre, avec ventre à rayures brunes et noires transversales.

Elle ne sévit pas uniquement dans certains districts du Transvaal ; c'est bien plus loin qu'elle exerce aussi son funeste empire, et l'on note comme de son domaine : les pays du Zambeze et de son grand affluent de gauche leChiré; la région basnigérienne de Lokodja; la contrée qui s'étend dans l'Afrique Orientale anglaise au pied du plateau de l'Ouganda, à quarante lieues environ du rivage de la mer des Indes, sur une profondeur de quarante lieues également, etc. Elle ne bourdonne, en présage de mort, que dans les pays couverts, surtout là où croît le monstrueux baobab; et dès qu'on arrive sur les plateaux herbeux, en longue et large clairière, principalement si le sol est de roche, on en est enfin débarrassé.

Pour en revenir au Transvaal, la vallée du Limpopo, sur les deux rives du fleuve, jusqu'à une certaine hauteur en remontant l'un et l'autre versant, et cela jusqu'au nord-est de Pretoria, est en proie aux piqûres de la « Glossina morsitans » : c'est à la distance variable de 10 à 130 kilomètres de la rive droite (la rive gauche étant soit Rhodésie méridionale, soit Be-Chuana-Land) qu'on entre dans la région funeste aux troupeaux. Arrivés à l'endroit précis où va commencer la zone de la tsétsé, les voyageurs détèlent leurs bœufs, descendent de leurs chevaux et renvoient le tout sur les plateaux du sud. Dans les régions situées près de la limite, les éléphants savent par-

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faitement que pour fuir la poursuite des cavaliers ils doivent se mettre sous la protection de la mouche tsétsé et ils se réfugient dans les campagnes riveraines du Limpopo, où l'homme n'ose les suivre qu'à pied ou bien sur un cheval habillé d'une toile épaisse que ne peut traverser le dard de l'insecte. On croit que la mouche disparaîtra du pays avec le gros gibier, surtout avec le buffle et certaines espèces d'antilopes qu'elle accompagne toujours. Les voyageurs citent des exemples de districts d'où l'insecte redoutable a été ainsi chassé. 11 est donc probable que les progrès du peuplement et de la culture dans le bassin inférieur du Limpopo permettront un jour à l'homme d'y mener aussi ses animaux domestiques. Mais sur ce versant oriental la différence de climat entre les vallées tournées vers rOcéan et le haut plateau du Transvaal suffit pour que l'on ne puisse mener sans danger le gros bétail, bœufs et chevaux, de l'un à l'autre pays : de là le prix considérable que payent les convoyeurs pour les animaux « salés », c'est-à-dire habitués aux deux climats. La pleuro-pneumonie, très commune sur les plateaux, se traite par l'inoculation et l'amputation de la queue.

Le Transvaal s'élevant dans la direction de l'ouest à l'est, on trouve naturellement les régions agricoles à l'orient, en même temps que les montagnes, l'air plus frais, le ruissellement des sources. Les régions pastorales s'étendent à l'occident et au sud : à l'occident elles s'en vont, plus ou moins arides, et jamais assez mouillées, jusqu'aux lieux où le pays confronte au Protectorat des Be-Chuana; au sud, en tirant sur l'État libre, elles ondulent dans le Hooge Veld dont l'altitude comporte des herbages moins secs que ceux de l'ouest. Au printemps, les pâturages « ressemblent à un champ de blé couleur vert émeraude; en hiver à un champ de grains mûrs ondoyant, jusqu'à ce qu'enfin le feu commence son œuvre de destruction et recouvre toute la contrée d'un tapis noir : car, pendant que l'herbe dépérit, les Boers y mettent souvent le feu, pour qu'elle repousse durant la saison des pluies avec une nouvelle vigueur ». Comme partout ailleurs en Afrique australe, les troupeaux sont de bœufs, de moutons, de chèvres, de chevaux. On a essayé, non sans quelque succès, de domestiquer les charmants zèlDres et de les croiser avec la race chevaline; même une diligence traînée par quatre zèbres a fait, à la satisfaction générale, le service entre Pretoria et le fort Tuli dans la Rhodésie méridionale.

Si favorable que soit à la culture une vaste étendue des terres transvaaliennes, on estime que 20 000 hectares seulement sont voués aux céréales, aux plantes industrielles, aux arbres

V Afrique Australe. chapitre

fruitiers, au jardinage. En général, tout ce qu'on cultive en Europe réussit admirablement au Transvaal, depuis les citrons et les oranges jusqu'à nos fruits du nord pommes et poires. Suffisante autrefois pour la consommation locale, la récolte des grains ne l'est plus depuis lafflux des mineurs. Ce déficit pourrait ou devrait exciter le zèle des fermiers des douze ou treize mille fermes constituées en Transvaal, desquelles le gouvernement détient encore près de quatre mille. — Mais, on vient de le dire, la plupart de ces fermiers ne sont que des propriétaires de bétail, surtout dans les districts méridionaux du Vaal et de la Tugela : Bloemhof, Potchefstroom, Pretoria, Heidelberg, Wakkerstroom, Utrecht, Vrijheid, et dans celui de Middelburg, sur le haut de TOlifant. D'après un rapport circonstancié de M. Hubert, consul général de France en Transvaal, voici quelles sont les capacités agricoles des diverses parties du pays. Dans le district de Potschefstroom, le sol est spécialement propre à la culture des céréales, du tabac, de la vigne et des arbres fruitiers. Le sol du district de Pretoria se prête surtout à la culture des céréales, il peut produire légumes, tabac, fruits et beaucoup de fourrages. Le district de Rustenburg, au climat semi-tropical, fournit les céréales, les arachides, le tabac, le café, la canne à sucre, les bananes, les oranges et les mandarines. Celui de Lijdenburg produit des céréales et des tabacs renommés ; les terres y peuvent être aussi utilisées, dans la partie orientale, à la culture de la canne à sucre et du café. Dans la vallée du Kaap prospère la culture des céréales, du tabac, du café, de l'ananas, des orangers. Le district de Marico, comme celui de Rustenburg, se prête à la culture du tabac, du café, des arachides; celui de Middelburg à la culture des céréales et autres produits agricoles; celui de Waterberg à la culture des céréales, du tabac, du café, de la canne à sucre, des arachides. On voit à quel degré éminent le Transvaal est un pays de ressources agricoles, mais tout s'efîace présentement devant sa gloire « minérale ».

L'or, qui a fait la richesse soudaine du Transvaal et la ruine politique des Boers, se trouve en quantité dans les veines du quartz blanc. C'est en 1867 que le célèbre explorateur et géologue Mauch découvrit le précieux métal sur les bords du Tati, rivière qui coule dans le pays des Ma-Kalaka, en dehors du Transvaal, en Rhodésie, et va rejoindre, par le Chacha, le fleuve Limpopo en amont de sa grande courbe vers le sud-est. Quatre années plus tard, Button reconnut l'existence d'autres mines d"or, sur le territoire même de la république, près d'Eersteling, dans les collines dévoniennes de Makapana, situées

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à 200 kilomètres environ au nord-est de Pretoria. En 1873, nouvelles découvertes d'or, dans les montagnes de Lijdenburg, qui terminent au nord la chaîne bordière des Draken-bergen. En 1881, commencements, assez modestes, de l'exploitation; puis, à partir de 1882, les efforts des prospecteurs, couronnés de succès, attirent les aventuriers vers les collines et plateaux du Kaap, région coupée de torrents du bassin du N'Komati, tributaire de la baie de Delagoa; et alors on se rue de partout vers l'or de Pioneer's Hill et de Sheba, qui à pied, qui sur sa monture, qui en vagon attelé à la boer, du Cap comme du Natal et de Kimberley. Barberton et Eurêka deviennent subitement des villes animées, des Johannesburg d'avant le Witwatersrand; elles se sont grandement dépeuplées dès que la richesse bien plus grande des placers de ce Witwatersrand fut connue des mineurs, peuple essentiellement errant, fasciné par les pépites, quel que soit le pays où on les trouve, serait-ce un enfer de chaleur, ou comme au Klondyke, une sorte de lieu polaire. Comme le district aurifère du Kaap est longé au nord par le chemin de fer de Pretoria à Lourenço Marques, et que d'ailleurs ses quartz sont très riches, il se repeuple maintenant, et Barberton, Eurêka, ne sont plus tout à fait des campements déserts.

Dans les placers du Kaap, la formation rocheuse consiste surtout en schistes ardoisés, en grès et conglomérats, percés çà et là de granits, de quartz et de roches ignées. Les mines du Witwatersrand sont ouvertes dans une sorte de conglomérat auquel on donne le nom local de « nougat >, et partout les reefs ou « bancs aurifères » se dirigent dans le sens de l'est à l'ouest. Les sables à pépites sont rares et c'est par de puissantes machines qu'il faut briser la pierre pour en retirer le métal : aussi n'y a-t-il guère de mineurs isolés dans le Transvaal; l'exploitation se fait au profit de riches compagnies ayant leur siège à Londres, à Kimberley, à Durban, etc. Grandes ou petites, les sociétés sont près de 300, avec tendance à diminuer par concentration dans les mains puissantes des hauts barons de la finance.

Ce Witwatersrand, qui est au moment présent le plus grand producteur d'or du monde entier, n'occupe pas une grande surface. Sur une aire concédée de quelque 600 kilomètres carrés, il n'y en a pas 1 000 d'exploités, d'ailleurs sans trop de peine (car le conglomérat s'y travaille aisémenti, suivant une ligne à peu près continue d'un peu plus de oO kilomètres où le filon aurifère compte quatre à cinq veines parallèles, peu « distantes les unes des autres ». En réalité l'extraction est peu de chose, et ce sont exclusivement des indigènes qui s'y emploient, les-

L'Afrique Austj'ale. cHAriTRE

quels proviennent d'un peu partout en Afrique australe, mais surtout des colonies portugaises; ce qui importe, ce qui coûte, ce qui demande des Européens, des Blancs, c'est le concassage et broyage, la machinerie, les réactions chimiques. Les mines d'or du Witwatersrand sont moins une affaire de mineurs que de spéculateurs, d'industriels, de surveillants et comptables; elles n'attireront pas en Transvaal autant de « Saxons » qu'on se l'imagine : point de millions, certes, et pas beaucoup de centaines de mille.

A quel degré le Witwatersrand l'emporte « aurifèrement » sur les autres gisements d'or du Transvaal, cela ressort, par exemple, de la valeur extraite en 1898 dans les divers districts oïl l'on broie le quartz < opime ». En cette année-là, le Witwatersrand a produit pour environ 378 300 000 francs; les placers du Kaap, 9 800 000; ceux de Lijdenburg près de 7 900 000; viennent ensuite, pour des sommes relativement très faibles, ceux de Klerksdorp, qui sont près de la rive droite du Vaal, à l'ouest de Potschefstroom, autour du lieu dit Schoonspruit; et le reste « ne vaut pas l'honneur d'être nommé ». Disons seulement que les champs d'or des monts Murchison ou placers de la Letaba, les premiers découverts en Transvaal (ceux que révéla Mauch), sur la Letaba, tributaire gauche de l'Olifant, ont toute apparence de s'étendre sur de vastes espaces; ajoutons qu'on prospecte ou qu'on exploite plus ou moins en plusieurs autres districts.

Le total des sommes extraites de ces fameux champs d'or du Transvaal, de 1884 à 1898, ces deux années incluses, a été de 1750 000 000 environ, dont plus de 400 pour l'année 1898; sans préjudice des fraudes, dissimulations, vols et diverses manières de s'enrichir « subrepticement ». Des déclarations faites par 86 compagnies (sans compter les autres, mais cellesci bien moins importantes), il résulte que ces diverses sociétés employaient 88 627 ouvriers noirs au 31 décembre 1898, et une dizaine de milliers de blancs.

On estime que l'année 1899 aurait dû donner, sans l'éclosion de la malheureuse guerre des Uitlanders, quelque 500 millions de francs, et 1900, quelque 000 millions. C'est une fantasmagorie, et le Transvaal a dépassé comme pays d'or les États- Unis, l'Australie et toute autre terre aurifère. A noter que les Blancs seuls ont le droit d'acquérir des placers, car le travail des mines est interdit aux Noirs, si ce n'est en qualité de manœuvres, et, sous peine de la prison et du fouet, ils ne peuvent recevoir d'or en payement; quant aux Hindous et aux Chinois, ils ne sont admis qu'après avoir payé un permis de séjour de 625 francs.

HUITIÈME République Sud-Africaine ou Transvaal.

Terrible vie que celle des Cafres et autres cuivrés ou noirs qui fouillent et piochent le conglomérat du Witwatersrand,

CARTE GÉOLOGIQUE DE JOHANNESBURG Et DE SES ENVIRONS.

Est de Greenwjch

D'après W.JJ.Peruiing et BartholomjerD.

Granité [^l'ililillll Terrain carbonifère ^r-^-H Roches feldspathtques. trappéennes

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100 Kil.

et bien digne, en son ignominie, de la fin de ce siècle d'or, qui est un siècle de fer! Ils sont parqués dans des compounds ou « enclos » dont ils ne peuvent sortir que rarement, par permission expresse, et fouillés, voire, dit-on, parfois purgés, pour

L'Afrique Australe. chapitke

libération des pépites qu'ils pourraient avoir subtilisées intus et extra. La discipline est d'airain, et l'homme du compound est moins prisé qu'une machine, qu'une chaudière, qu'un boulon, qu'un écrou, puisqu'il coûte moins cher. Les compagnies d'actionnaires n'ont pas d'entrailles, leurs sociétaires ne pensent qu'aux dividendes, leurs directeurs qu'à la gestion la plus strictement économique quant aux ouvriers, donc la plus lucrative quant aux administrateurs, régents, sous-régents, chefs et bureaucrates. Mais les Noirs supportent gaîment leur esclavage; bien payés (à leur idée), bien entretenus, sûrs de sortir un jour de l'enclos avec assez d'argent pour acheter un fusil et une ou deux femmes dont le travail fera leur indolence, ils chantent parce qu'on les paie.

Le sous-sol du pays ne fournit pas seulement le métal fauve, mais aussi les diamants, la houille, et il pourra donner l'argent, le plomb, le cuivre, le cobalt, l'étain, etc. La valeur des diamants recueillis en 1898 à Rietfontein, près Bloemhof, et à Christiana, dans ce même pays, à la rive droite du Vaal, a été de près de 1 100 000 francs. La houille, dont les gîtes continuent ceux de la Natalie septentrionale, est de bonne qualité, brûle d'une flamme claire et ne laisse pas de cendres. Il y en a plusieurs exploitations, notamment près duWitwatersrand et autres cantons miniers; on en a extrait 1437 297 tonnes en 1896; 16 000 212 en 1897, d'une valeur d'environ 13 300 000 francs; en 1898, 1 907 880 tonnes valant 16 700 000 francs.

Plus tard, l'abondance de combustible facilitera les efforts de l'industrie, mais présentement, et en dehors de tout ce qui se rattache à l'exploitation de l'or (ainsi la grande usine de dynamite de Zuurfontein), le Transvaal n'est point industriel. Ce qu'il produit principalement c'est l'eau-de-vie; à part quoi, des moulins y tournent, des scieries y coupent le bois, et il y a des ateliers de construction, des fabriques de tuiles, des fours à chaux, des brasseries, etc. ; ce qui n'est pas de l'industrie à proprement parler, mais la modeste activité des métiers usuels qui font vivre petitement leur homme avec sa famille.

Les mines d'or ont commercialement, financièrement, relevé le Transvaal, qui était bien bas avant l'afflux des aventuriers, des hommes d'affaires, et avant l'établissement des chemins de fer qui a été la conséquence delà « ruée ». En 1886 il n'importa que pour une valeur de 12 à 13 millions de francs, mais en 1890 l'importation dépassait déjà 90 millions, 1893 atteignit presque 250 millions; 1896 se clôtura par 352 millions; 1897 par 339 raillions ; 1898, par 266 millions à peine ; que dire de 1899 et de 1900 quand nous en connaîtrons les résultats"?

Quelles sont les causes de cette subite décroissance des

HUITIÈME République Sud- Africaine ou Trajisvaal.

échanges du Transvaal avec le reste de l'Afrique australe, la Grande-Bretagne, le monde? Visibles comme la lumière du soleil : avant la guerre, c'est la flibusterie de Jameson, puis l'appréhension du conflit qui a paralysé le commerce; ensuite la guerre elle-même a eu ses conséquences naturelles.

Le revenu des douanes, comme de juste, a suivi très fidèlement ces fluctuations : de moins de 8 millions de francs en 1891, il a monté jusqu'à bien près de 34 en 1896, et descendu à moins de 22 millions et demi en 1898. En s'en tenant à cette dernière année, le Transvaal a surtout reçu de l'étranger : des machines (à cause des mines du Witwatersrand), pour plus de 36 millions; du bétail et des volailles pour plus de 27; des vêtements pour 24; des grains et farines pour près de 16; des comestibles, légumes et conserves pour près de 15; de la quincaillerie et des objets en fer pour plus de 14; des produits chimiques et pharmaceutiques pour plus de 13; des étoffes et tissus pour près de 12, etc., tous les autres objets d'importation restant au-dessous d'une valeur de 10 millions. Sur les 266 millions de l'importation, l'Europe en avait fourni 158 les autres pays d'outre-mer, 12; la Natalie, 30; la colonie du Cap, 29; l'État libre d'Orange, 23; l'Afrique portugaise, 13 1/2. 109 millions étaient arrivés par la voie du Cap, 76 par Durban, 58 par la baie Delagoa, le reste par la république d'Orange.

Comme les bureaux des douanes des ports s'abstiennent de mentionner les exportations, on ne connaît leur importance, et seulement en poids, non pas en valeur, que par la statistique des chemins de fer : 51 378 tonnes en 1898; et là-dessus 38 775 rien que pour la houille, 2 537 pour les laines, 2101 pour les peaux et cuirs, 1920 pour les minerais. Près de 28 000 tonnes ont pris la voie du Cap, près de 19 000 celle de Lourenço Marques, près de 5 000 celle de Durban; c'est surtout la houille qui prend la direction de la baie Delagoa, où elle s'entrepose pour la consommation des navires des compagnies de navigation régulière.

Les Transvaaliens hollandais ont longtemps manifesté une vive répugnance à s'unir au réseau du Cap et du Natal, tandis qu'ils désiraient passionnément se relier par voie ferrée à Lourenço Marques. On les en a vivement blâmés, traités de Béotiens, de lourdauds, de sauvages, d'improgressifs . En somme, ils avaient tort commercialement, industriellement, socialement; mais ils avaient raison au point de vue de ce qu'ils avaient de plus cher au monde, leur indépendance. Aujourd'hui, les voici définitivement « agglutinés » avec leurs voisins du Sud et de l'Est, en relations rapides avec le Cap et Port-Elisabeth, avec Durban, avec la baie Delagoa; et, comme ils le craignaient,

V Afrique Australe. chapitre huitième

asservis à plus puissants qu'eux, surtout grâce à ces voies ferrées qui ont rendu possible, mieux encore facile (à force d'or), l'investissement et l'envahissement des deux républiques du plateau.

En prenant Johannesburg comme centre vivant de la république, il part de cette ville une ligne qui ne tarde pas à pénétrer dans l'État libre où elle passe à Bloemfontein et se ramifie par des voies qui aboutissent au Cap, à Port-Elisabeth, à Port-Alfred, à East-London; une autre ligne, prolongement septentrional de la précédente, se dirige vers Pretoria, puis versNylstroom,Pietersburg et doit atteindre plus tard le Limpopo, frontière du pays; une troisième ligne tire au S.-O. vers Potschefstroom et les champs d'or de Klerksdorp; enfin une ligne, vers le S.-E., dessert lleidelberg, Standerton et, arrivée au col de Laing's Neck, descend dans la Natalie et s'achève à Durban. De Pretoria part le chemin de fer de l'Est, qui passe à Middelburg et a son terme à Lourenço Marques; c'est par 1 950 mètres au-dessus des mers qu'il franchit le faîte, à partir duquel il dévale dans le bassin du N'Komati, ce grand tributaire de la baie Delagoa.

Ces lignes et quelques embranchements, généralement construits pour le service des placers, faisaient, à la fin de 1898 un réseau de 1245 kilomètres; plus 435 kilomètres en construction et 405 en études ou en projet.

C'est au passé, sans doute, qu'il faudrait

IV parler de l'organisation politique du Transvaal,

GOUVERNE- puisque la guerre des deux dernières années du

MENT, ADMLXis- xix« sièclc la boulcverscra vraisemblablement du

TRATioN, tout au tout. Parlant tout de même au présent, la

FINANCES, république Sud-Africaine — c'est son nom officiel

— est comme son voisin et confédéré le Vrij-Staat,

un État dans lequel les Blancs se sont réservé tous les droits

politiques; les anciens propriétaires de la contrée ne peuvent

avoir de la part de leurs maîtres que des libertés de faveur ou

de tolérance.

La constitution a été plusieurs fois amendée, la dernière modification datant de janvier 1897. Elle se base sur deux Chambres de 27 membres chacune, élus par les districts, et qui doivent être âgés de trente ans au moins, être nés en Transvaal, professer le protestantisme, posséder une propriété et n'avoir jamais été condamnés pour crime ou délit. La première Chambre est élue par les burghers de la première « catégorie », c'est-à-dire par tous les Blancs résidant dans le pays à la date du 29 mai 1876, ou ayant pris une part active à la guerre de

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