f2S-2S0 250-500 500-750 750-1000 pluS de
)Kil.
Ligne isobare.
Ligne de proportion des pluies constatée. — — — présumée.
huitième siècle une diminution d'humidité, ou si le régime des eaux est seulement devenu plus inégal, en sorte que des sécheresses prolongées succèdent à des périodes humides.
Cette dernière alternative est la plus probable : le déboise-
L'Afrique Australe. chapitre
ment dans tous les districts occupés par les colons, les incendies allumés par les pâtres ont dû, nécessairement, rendre les ruisseaux beaucoup plus inconstants, les transformer en spruits ou ouâdi : au lieu d'ondes tranquilles serpentant dans un lit bien creusé, des « eaux sauvages » se déversent soudain dans les plaines en grandes inondations, puis, quand elles ont passé, les lits des torrents sont à sec ; la terre dégazonnée, durcie par le soleil, n'absorbe plus l'eau de pluie, et celle-ci s'enfuit aussitôt sans aider à la germination des plantes. Mais depuis un demi-siècle que des observations régulières se poursuivent au Cap et sur quelques autres points de l'Afrique australe, rien n'est venu prouver qu'il y ait diminution de pluie, du moins dans la zone du littoral. Sur les plateaux mainte ferme mourait de soif, tandis que maintenant, grâce à un intelligent captage des sources, des villes entières trouvent, aux mêmes endroits, des quantités d'eau surabondantes.
Ci-dessous les quantités annuelles de pluie en divers lieux de l'Afrique australe, par ordre décroissant :
Mètres.
Sainl-Michaels 1,21
Durban 1,09
Wijnburg 1,09
Pietermaritzburg . . . 0,77
Graham's Town. . . . 0,72
Le Gap 0,6S
Simon's Town 0,68
Vrijburg 0,65
Mètres.
Port-Elisabeth .... 0,60
Pretoria 0,60
Bloemfontein 0,38
Du Toit's Pan .... 0,40
Graaf-Reinet 0,36
Upington 0,32
Oudtshoorn 0,2i
Au plus sec du Karroo. 0,10
Les colonies du Cap sont parmi les régions les plus salubres de la Terre, non seulement pour XI les indigènes, mais aussi pour les immigrants
SALUBRITÉ européens : l'acclimatement s'y fait sans peine et souvent avec avantage. Même dans les districts de l'intérieur, oîiles ardeurs de l'été sont parfois si fortes, les Européens peuvent travailler pendant le jour aussi bien que dans leur propre patrie. Rares sont les épidémies, et jamais aussi graves qu'en Europe ou aux États-Unis. Jusqu'à ce jour ni choléra ni fièvre jaune. Pas de maladies de poitrine, pour ainsi dire, et seulement des rhumatismes et des névralgies parce que, si l'air y est extraordinairement sec, et par cela même extraordinairement vital, l'altitude de la plupart des sites et la brusquerie des vents y amènent parfois, dans la même journée, des écarts de température de 20, 25, et jusqu'à 30 degrés en certains endroits du plateau.
Avant l'ouverture du canal de Suez, la plupart des fonc-
PREMIER Le Pays.
tionnaires et des officiers revenant de l'Inde séjournaient dans les environs du Cap pour rétablir leur santé; maintenant les facilités du voyage leur ont fait prendre le chemin de l'Angleterre. Les rares valétudinaires qui viennent demander au climat de l'Afrique australe la guérison ou l'allégement de leurs maux arrivent directement de la Grande-Bretagne; on les trouve au Cap, à Graham's Town, à Bloemfontein. Mais, si l'air pur de ces régions guérit quelques malades, sa vertu se fait sentir surtout chez les valides, en fortifiant et en embellissant la race.
Aussi bien dans les républiques hollandaises que dans les colonies anglaises les familles prospèrent tellement qu'il n'est pas rare de rencontrer des villages où la natalité triple la mortalité. N'y eût-il aucune immigration, les nations sud-africaines croîtraient rapidement par le surplus des naissances.
Sous cet heureux climat de l'Afrique australe, la flore est une des plus riches de la Terre : on XII dirait que toutes les formes végétales destinées
FLORE à s'étendre dans la zone tempérée sur toute la largeur d"un hémisphère se sont trouvées refoulées les unes sur les autres par le fait du rétrécissement de l'Afrique et que plusieurs aires de végétation se sont ainsi juxtaposées dans un étroit espace. D'après Armitage, la région du Cap comprendrait au moins 12 000 espèces dans l'ensemble de ses aires de végétation : de deux à trois fois plus que l'Europe. Sur une seule montagne, près de Paarl, au nord-est de Cape Town, Drège a compté, au printemps, 760 plantes vasculaires en fleurs, disposées de façon que pour chaque espace vertical d'environ 325 mètres les éléments de la flore offrent un changement complet. Les types de plantes ont une grande ressemblance générale avec ceux de l'Australie; mais, quoique ce dernier continent ait une superficie près de deux fois et demie plus grande, et que par ses côtes septentrionales il pénètre dans la zone torride, sa flore est à peine plus considérable que celle de l'Afrique australe. Dans l'immense variété des formes, les genres appartenant en propre au domaine floral du Cap sont au nombre de près de 450.
La région botanique qui commence sur la côte atlantique aux plaines de Clan William et de l'Olifant et qui embrasse les montagnes côtières du sud-ouest du continent jusqu'à la baie d'Algoa, constitue une aire bien limitée. Comme la région méditerranéenne, elle se distingue par ses maquis ou ses brousses; presque partout elle offre des plantes ligneuses d'un à deux mètres de hauteur et d'un vert sombre ou bleuâtre :
L'Afrique Australe. chapitre
c'est le boschjes ou boschjesveld des colons hollandais, le bush des Anglais, que parcourent les tribus sauvages, les Bushmen ou « gens de la Brousse ». Quoique dans les premiers temps de la colonisation ces fourrés contrariassent beaucoup les voyages, les immigrants pouvaient arriver cependant à y frayer un passage à leurs attelages de bœufs, tandis qu'ils n'eussent pu traverser les forêts autrement qu'à pied ou à cheval. La végétation forestière est rare dans la région du Cap, excepté sur le versant méridional des montagnes dominant la mer entre les baies de Mossel et de Saint-Francis. La plupart des arbres indigènes blottis dans les ravins ne dépassent pas 8 ou 10 mètres de hauteur. Les formes subtropicales y sont représentées, sur les bords de l'océan du Sud, par un dattier nain, des cycadées et des aloôs. Sur les Cedar-mountains, dans la région sud-occidentale de la contrée, croissaient jadis des espèces de «cèdres » ayant plus de 10 mètres de circonférence à la base. Une des essences les plus caractéristiques de la zone du Cap est l'arbre argenté ou siLver-tree {leucodendron argenteuv^), dont le tronc, les branches, les feuilles ont en effet un éclat métallique rappelant celui de l'argent. On dirait parfois que ces arbres aux rameaux finement découpés sont l'œuvre d'un orfèvre, comme ceux que les Grands Mongols dressaient dans leurs jardins.
Les bruyères, dont on compte plus de 400 espèces dans les brousses du Cap, prédominent parmi les plantes ligneuses. Avec le rhinoster ou bois de rhinocéros (elytropappits rliinocerotis), plante d'un à deux pieds de haut, qui se rapproche aussi de la forme des bruyères, elles donnent ses traits principaux à la flore de la contrée ; il arrive souvent, pendant la saison des Heurs, que des montagnes revêtues de bruyères offrent de la base au sommet une teinte uniformément rose. Les iridées, les géraniums et les pélargoniums sont aussi très communs dans la région du Cap, tandis que les rubiacées, cet ordre représenté par un si grand nombre d'espèces dans les autres parties de la Terre, ne constituent même pas en Afrique australe un centième de la flore totale. Les lits des ruisseaux et des rivières sont emplis de joncs palmites {acorus palmita ou prionium), plantes à racines profondes et à tiges pressées, dont les feuilles terminales se déploient en ombelles si toufiues, que l'eau ne se montre nulle part au travers : protégée de la sorte contre le soleil, elle peut se maintenir jusqu'au cœur de l'été; en outre, le retard que les mille petits barrages formés par les fourrés de joncs apportent h l'écoulement de l'eau prolonge la durée du îlot de plusieurs semaines ou môme de mois entiers. Tandis que les pluies d'averses tombées dans un lit rocheux s'écoulent
PREMIER Le Pays,
aussitôt, laissant la roche à nu quelques heures après l'orage, celles que reçoit un ruisseau obstrué de palmites ne s'en échappent qu'avec lenteur. Dans ces vallées on n'a point à redouter, comme dans les coulées des torrents de l'Ethiopie, d'être surpris tout à coup par une avalanche liquide.
Quoique sous un climat tempéré, correspondant à celui de l'Europe méridionale, la flore du Cap présente un contraste remarquable avec les formes analogues de l'hémisphère opposé : sa période de repos tombe dans la saison des chaleurs et non dans celle des froids. C'est pendant les sécheresses, de mars en mai, que la végétation est dépourvue de feuilles; dès que la pluie tombe, même pendant les froidures, la température, devenue plus tiède, réveille la plante, qui pousse ses feuilles, ouvre ses Heurs. Les plantes empruntées aux autres pays ont pris les mêmes mœurs. D'après M. Bolus elles sont au nombre d'environ 160 espèces, pour la plupart d'origine européenne, mais il s'en trouve aussi quelques-unes apportées de l'Amérique et de l'Inde. Il est rare de rencontrer ces étrangères à une certaine distance des chemins ou des maisons. Dans l'intérieur on n'en voit presque point, et l'on peut dire que, dans l'ensemble, elles n'ont exercé qu'une très faible influence sur la physionomie de la flore : les espèces indigènes ont résisté avec succès aux immigrantes et, laissées à elles seules, il est probable qu'elles finiraient par reconquérir tout le territoire. Deux végétaux de l'hémisphère boréal, deux seulement, ont trouvé dans l'Afrique du Sud un climat et un sol qui leur conviennent parfaitement : le figuier de Berbérie, qui se répand dans les espaces infertiles, et le pinus pinea, qui s'empare graduellement de mainte pente pierreuse. Quant aux espèces importées du Cap en Europe, ce sont presque toutes des plantes d'ornement; on les compte par centaines; elles font la gloire des serres où l'on cultive les formes des climats tempérés. A la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, les espèces du Cap étaient les plus appréciées, la mode en avait fait les reines des jardins. Dès le milieu du dix-septième siècle, avant que le pays fût colonisé, des marins de passage au Cap de Bonne-Espérance en avaient rapporté des plantes aux amateurs hollandais.
Vers la baie d'Algoa la végétation du versant maritime change de caractère par degrés; les espèces du Cap disparaissent et sont remplacées par des plantes appartenant aux côtes orientales de l'Afrique : à peine voit-on quelques fougères; les géraniums ne sont plus guère représentés. On entre dans la zonecôtière de l'océan Indien, dont le climat est plus chaud et plus humide que celui des rivages atlantiques. Quelques espèces
L'Afrique Australe. chapitre
tropicales, telles que les cypéracées, se montrent jusque sur les pentes des montagnes dans les bassins du Great Fish-river et du Great Kei.
La contrée devient de plus en plus verdoyante à mesure qu'on suit la côte dans la direction du nord-est, vers la Cafrerie et la Natalie. Les arbres gagnent en dimension, en puissance de branchage, et la plupart se distinguent par l'éclat des feuilles, la richesse de la floraison. Aucune saison ne manque de fleurs en Natalie. Deux palmiers, le phœnix reclinata et une espèce d'hyphœné dont la racine est travaillée comme ivoire végétal, se mêlent çà et là aux massifs d'arbres touffus; la splendide zamia cycadifoha dresse ses frondes recourbées, qui ressemblent aux plumes d'autruche. Quoique bien au sud de la ligne tropicale, la flore n'est déjà plus celle de la zone tempérée.
Au delà des montagnes côtières, là où commencent les plateaux arides, rarement arrosés par les pluies, l'aspect de la végétation change soudain : on entre dans la région botanique des Karroo. Bien limitée du côté du sud et du sud-est, elle l'est moins à l'ouest et au nord-ouest vers le plateau des Nama- Koua et au nord vers les déserts que traverse l'Orange. Riche en herbes sèches dont il semble qu'on pourra faire du papier, comme avec l'alfa, la zone des Karroo n'a point d'arbres ni d'arbustes, si ce n'est une espèce d'acacia, le dornboom ou « arbre à épines » des colons hollandais {acacia horrida), qui croît en rideau sur les berges des ouàdi. Ni les bruyères, ni beaucoup des familles caractéristiques de la flore du Cap n'ont pénétré dans le Karroo; les légumineuses y sont très rares; mais le figuier de Berbérie, après avoir envahi les campagnes du Cap, conquiert aussi les hautes terres du nord, et c'est en vaia qu'on cherche à l'exterminer autour des rares fermes. La région est très riche en espèces épineuses, qu'on pourrait appeler toutes comme l'une d'elles, Mait-a-bit, « attends un peu » (acacia detinens), parce que le voyageur s'y accroche souvent par ses vêtements. Les plantes du Cap qui ont réussi à s'accommoder dans le Karroo à la sécheresse du climat par la succulence de leurs racines, de leurs tiges ou de leurs feuilles, représentent environ le tiers de la flore. D'ordinaire l'aspect des plaines et des buttes qui les dominent est uniformément gris, mais, après les pluies, la nature s'embellit soudain : les fleurs s'épanouissent de toutes parts; la terre devient jaune, pourpre, bleue, et se bariole à l'infini ; toutefois le charmant décor ne dure pas longtemps, et bientôt la végétation reprend ses teintes cendrées. Nombreuses sont les monocotylédonées qui passent des années sans fleurir : il leur faut des conditions
PREMIER Le Pays.
tout à fait favorables d'humidité, de chaleur et de lumière pour qu'elles se décident à l'épanouissement.
Au nord des montagnes qui limitent le Karroo et dont la flore est d'une remarquable richesse en composées — ces plantes constituant le quart des espèces du pays — s'étend la zone des savanes et des déserts, généralement appelée zone du Kalahari, quoiqu'elle commence en deçà des solitudes de ce nom, au sud du fleuve Orange.
Longtemps on s'est fait de ce Kalahari quelque chose comme un Sahara austral. Mais le désert de l'Afrique du Sud, puisque désert il y a, est presque une terre de promission quand on le compare à celui de l'Afrique du Nord. Tout d'abord il est dix fois moindre, car il ne s'étend guère que sur 700 000 kilomètres carrés; ensuite on ne peut pas le traiter équitablement de désert : demi-désert s'applique mieux à ses sols sablonneux sans eaux courantes, mais arrosés de quelques pluies, dont la quantité diminue de l'est à l'ouest, et pourvus d'un certain nombre de mares, étangs, lagunes où viennent boire des troupeaux nourris d'herbes qui croissent tant bien que mal sur ces sables. Là où coule une faible source, là où Ton dispose d'une mare, là où l'on a creusé quelque puits, le maïs, le « blé cafre » viennent à merveille sur le sable qui est rougeàtre, parce que plus ou moins ferrugineux. Grâce aux ressources qu'elles ont en réalité, ces vastes plaines prendront plus tard quelque importance et, pastorales plutôt qu'agricoles, elles ne manqueront pas toujours de villes et bourgades. Même, des enthousiastes leur prédisent le « vaste » avenir.
En ses espaces fertiles, le Kalahari est une savane de hautes herbes poussant par touffes isolées, et parsemées de quelques arbustes. Dans la région septentrionale on rencontre des forêts clairsemées dont les arbres sont presque tous des acacias armés de formidables épines. Au milieu des sables croissent quelques plantes comestibles qui permettent aux voyageurs de s'aventurer dans le désert : telle la « pomme de terre du Bushman », tubercule d'un goût un peu amer, mais d'un arrière-goût agréable, dont les larges feuilles vertes, tachetées de brun, sont toutes gonflées deau. Une espèce d'oignon, à fleur blanche, qui fournit aux singes du Kalahari leur principale nourriture, est aussi fort appréciée des indigènes ; mais la grande ressource pour l'homme et la bète est le nara ou sama {acanthosicyos horrida), dit aussi « melon sauvage », cucurbitacée qui ressemble en effet au melon des jardins et qui renferme à la fois une chair savoureuse et une boisson rafraîchissante : on peut
V Afrique Australe. chapitre
conserver ce fruit dans le sable pendant des mois entiers. Le melon sauvage croît aussi dans le pays des Nama-Koua et sur les plateaux des Herero.
Des transitions insensibles rattachent la flore du Kalahari à celles de l'Angola au nord-ouest, des plaines du haut Zambèze au nord, du haut bassin du Limpopo à lest. Les montagnes de Magalies, au-dessus de Pretoria, peuvent être considérées comme la borne de partage entre l'aire de végétation du Kalahari et celle du versant de la mer des Indes.
Par un étonnant contraste, la région du Cap, si riche en formes végétales qui lui apparxiii tiennent en propre, n'a guère d'animaux abori- FAUNE gènes : elle n'est par sa faune qu'un simple prolongement de l'Afrique tropicale. On ne retrouve une opposition aussi tranchée que dans le Tibet, oi!i il n'y a presque pas de flore endémique, mais d'où sont descendues tant d'espèces animales. Toutefois, si la faune de l'Afrique du Sud est fort pauvre en types qui lui soient particuliers, elle était naguère et elle est encore, au nord de l'Orange, d'une richesse étonnante en individus des espèces venues du nord. Encore au commencement de ce siècle les régions septentrionales de la colonie méritaient le nom de « parc de chasse de la Terre » : nulle part on ne trouvait de grands mammifères en si prodigieuses multitudes; les troupeaux d'antilopes pouvaient se comparer « à des nuées de sauterelles ». Une forte part de la littérature relative au Cap se compose d'ouvrages purement cynégétiques.
Mais chaque progrès de la colonisation a refoulé ces bêtes vers le nord; déjà depuis une époque immémoriale l'hippopotame, dont on a retrouvé les restes dans les terres alluviales du Caledon, a cessé de vivre dans le bassin du haut Orange. En même temps que le Bushman, éléphants, rhinocéros, bisons, antilopes, singes et autruches se sont éloignés du littoral. Depuis bientôt deux siècles, on ne voit plus ces animaux dans la banlieue du Cap; maintenant la faune sauvage s'est retirée au delà des montagnes, ou même de l'Orange, à l'exception de quelques traînards, le babouin et l'hyène, le chacal, le chien sauvage, devenus des commensaux de l'homme en rôdant autour des fermes et des parcs à brebis. Les campagnards désignent tous ces pillards sous la dénomination générale de « loups ». On dit que les chiens de garde reconnaissent parfaitement leur parenté de race avec les chiens sauvages : même lancés contre eux, ils les évitent ou craignent de les attaquer. Quelques léopards, bien que traqués par les chasseurs, se cachent çà et là
PREMIER Le Pays.
dans les épais fourrés des ravins, même à proximité du Cap : ce sont les fauves les plus dangereux de l'Afrique australe; on les redoute même plus que les lions.
Ceux-ci étaient jadis si nombreux dans le voisinage du Cap, que les premiers colons hollandais craignaient, disent les anciennes chroniques, de les voir monter quelque nuit * à l'assaut du fort ». 11 n'y en a plus un seul dans la région colonisée; mais les voyageurs en rencontrent encore au sud de l'Orange, dans les hautes plaines du pays des Bushmen. Toutefois ce n'est plus un « roi » de la solitude, consternant l'homme et les animaux par son rugissement formidable. Devenu plus timide et plus rusé, il ne cherche plus à effrayer par sa terrible voix, il tâche de surprendre ses victimes en silence; les chasseurs disent unanimement que dans le voisinage des routes et des habitations le lion est désormais un animal taciturne.
Tandis que le grand fauve s'est réfugié vers les confins du désert, l'éléphant et le buffle, qui ont laissé dans les noms géographiques de la colonie tant de témoignages de leur ancien parcours, ont pour dernier refuge les épaisses forêts de Knysna, qui bordent la baie de Plettenberg, et quelques fourrés voisins des Sneeuw-bergen, enclaves où il est défendu de les chasser. Dans l'île de Ceylan, où les éléphants ont abondance d'eau et de nourriture, un petit nombre seulement sont armés de défenses, tandis que dans l'Afrique australe ils en possèdent tous; ils s'en servent pour creuser le sable aride des lits de ruisseaux jusqu'à la nappe souterraine, et pour découper sur les tiges des acacias et autres arbres les lambeaux d'écorce qu'ils mâchent avec lenteur.
Quant aux rhinocéros dont il existait, dont il existe peutêtre encore quatre espèces distinctes dans l'Afrique australe, on n'en voit plus un seul au sud du fleuve Orange. On redoutait surtout le « rhinocéros noir », créature très nerveuse et d'attaque imprévue que les indigènes nommaient pedja?ni. Les hippopotames ont mieux échappé à la poursuite de l'homme; on en trouve encore dans les eaux du bas Gariep et, à côté des crocodiles, en des rivières de la Cafrerie et du pays des Zoulou. Au milieu du xix'= siècle, quelques représentants de cette ancienne faune s'ébattaient dans le flot du Great Fish-river. La girafe, le zèbre, le couagga, le buffle, le gnou et la plupart des vingt-sept espèces d'antilopes qui vivaient autrefois dans la partie maintenant colonisée de l'Afrique australe se sont retirés dans les régions du nord, dans le Kalahari, le pays des Nama- Koua, le Transvaal. Le gracieux kama {dorcas), la plus belle des antilopes, dite « élan » par les Boers, le koudou {strepsiceros), l'antilope noire et la plupart de leurs congénères, ne se
U Afrique Australe. chapitre premier
voient plus au sud de TOrange. L'autruche s'est maintenue à l'état sauvage en quelques districts écartés, notamment dans le Kalahari ; d'après Andersson , il en existe deux espèces distinctes, différentes l'une et l'autre de l'autruche maurétanienne. Parmi les autres oiseaux du Cap, les naturalistes ont surtout décrit le philhetserus ou « républicain », dont les colonies habitent des nids énormes protégés par une sorte de toit, et le secrétaire {serpentarius reptilivorus), qui saisit les serpents et les tue à coups d'aile ou les enlève dans l'air pour leur briser les vertèbres en les laissant retomber sur le sol : il est défendu de chasser cet oiseau. Le monde des reptiles est représenté par de nombreuses espèces, parmi lesquelles plusieurs serpents venimeux, le cobra, le serpent jarretière, le serpent cravate et la redoutable vipère enflée {puff-adder), qui, heureusement pour les passants, se meut avec lenteur. Les baies du littoral sont peuplées de plusieurs espèces de raies électriques, de poissons dangereux par leurs dards empoisonnés ou par leur chair vénéneuse.