RHO DE SI A MERIDIONALE
I. HISTOIRE DE LA RHODESIA. Il II. LE PAYS. Il III. LES PRODUITS, IV. LES HAHITANTS. Il V. ADMINISTRATION, FINANCES.
ES territoires de trois empires nègres confinaient à la gorge où le Zambeze s'abat par
HISTOIRE sa prodigieuse cascade de « Fumée Tonnante ». DE LA Au nord et au nord-ouest s'étendait le royaume RHODESIA des Ba-Rotsé; au sud les plaines qui s'en vont vers les étangs de Makari-Kari dépendaient des Ba-Mangouato ; au sud-est les bassins des rivières Guay, Shangani, Sangwe, Umay, Sanyali, Hanyani, Mazoe, qui naissent dans les montagnes cristallines de Matoppo pour descendre au Zambeze, ces montagnes elles-mêmes et tout le versant opposé jusqu'au Limpopo, constituaient le royaume des Ma-Tabelé. Les Anglais ont changé tout cela. Les Ba-Rotsé relèvent maintenant de la Rhodesia septentrionale; les Ba-Mangouato, du Protectorat du Be-Chuana-Land; les Ma-Tabelé, de la Rhodesia méridionale. — Et une quatrième domination arrive en pointe qui touche presque la « Fumée Tonnante », celle des Allemands de l'Afrique du Sud-Ouest.
Les Ma-Tabelé où Ama-Ndebeli s'appellent ainsi de leurs énormes rondaches; leur nom signifie exactement « les gens qui disparaissent », sous-entendu : derrière leurs boucliers.
Malgré leur nom collectif, les Ma-Tabelé n'étaient guère qu'une armée, qui avait modestement commencé par une bande de Zoulou partie de la Natalie vers 1820; puis, graduellement renforcés par des partisans, ils avaient en nomades traversé le plateau devenu peu après État libre et Transvaal; ils se reti-
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rèrent devant l'invasion des Boers, pour franchir le Limpopo et monter vers le nord.
Conduits par le redoutable Mousselekatsi et très solidement tenus, ils se recrutaient en route de jeunes gens de toutes les races asservies ou exterminées. En 1864, lorsque le missionnaire Mackenzie visita le roi des Ma-Tabelé, presque tous les hommes âgés qu'il vit dans l'armée étaient des Aba-Zanzi, c'est-à-dire des Cafres originaires de la Natalie et du pays des Zoulou; les guerriers dans la force de l'âge étaient des Be-Chuana des diverses tribus qu'avait subjuguées Mousselekatsi dans ses pèlerinages sur le plateau des futures républiques australes hollandaises; enfin, les plus jeunes soldats étaient des Ma- Kalaka et des Ma-Chona, originaires de la contrée faîtière d'entre Limpopo et Zambeze qui constitue maintenant la Rhodésie méridionale.
Tous ces hommes de guerre sans exception avaient commencé par être des captifs. D'abord ils n'avaient eu d'autres fonctions que de garder le bétail du roi, puis ils avaient suivi les soldats à la bataille, portant les armes et les vivres dans quelque expédition d'épreuve; une fois accoutumés à la vue du sang, ils étaient devenus combattants à leur tour, tuant les hommes et les femmes comme on avait tué leurs propres parents. Tant que leurs glaives n'avaient pas « bu », on les tenait pour des étrangers, des esclaves, et la viande qu'on leur donnait était d'abord frottée de sable; on ne les rangeait parmi les hommes qu'après leur premier meurtre. De même qu'aux Zoulou du féroce Tchaka, il leur était impossible de se marier; ils ne pouvaient élever d'enfants; la grande famille militaire ne se recrutait que parmi des captifs. Seule la mort violente passait pour honorable; les malades étaient comme cachés à l'écart, sous la surveillance d'un médecin qui les ramenait dans le camp après guérison ou jetait leur cadavre dans la brousse; les vieillards étaient lapidés. Dressés à la chasse du gibier humain, les Ma-Tabelé étaient devenus très habiles à leur métier de massacreurs. Suivant la « grande loi » du roi, ils ne devaient jamais reculer et l'on vit des régiments se laisser écraser par des ennemis supérieurs en nombre; par l'ordre du maître, des guerriers n'ayant que leurs sagaies se précipitaient sur un lion ou sur un buffle et le ramenaient vivant. Fiers de leurs blessures, fiers de leurs victoires, les Ma-Tabelé étaient abjects devant le souverain, qu'ils saluaient de leurs cris : « Grand roi ! Mangeur d'hommes! » Par un étrange contraste, ce chef, qui pour titre le plus glorieux avait celui de « Cannibale », était un personnage fort sensible : il lui déplaisait de voir souffrir. Devant lui : les bouviers avaient à s'abstenir du fouet; de grandes branches
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devaient leur suffire pour guider leurs bêles, en les caressant des feuilles, en les délivrant en même temps des mouches et autres insectes à piqûre cuisante.
Une pareille armée ne pouvait vivre que de campagnes constamment renouvelées : elle n'avait d'autre approvisionnement que le pillage, quoique le pays fût fertile; d'autre recrutement que la prise des captifs. La guerre étant la seule industrie des Ma-Tabelé, ils n'attendaient même pas que le roi leur donnât l'ordre d'entrer « en danse » : de leur initiative ils allaient ravager les terres des alentours, tuant les hommes, ravissant les femmes, les enfants et le bétail. Toutes les traditions ayant été brisées par l'expatriation et la vie des camps, les Ma-Tabelé ne connaissaient ni les chants, ni les proverbes, ni les croyances des diverses races dont ils étaient issus; suivant les pays qu'ils traversaient, ils laissaient les sorciers indigènes faire leurs sacrifices ou leurs conjurations, mais sans y prendre aucune part.
Cependant une certaine cohésion nationale avait fini par s'établir entre ces gens de toute origine, et en même temps l'état de guerre incessante avait dû faire place à un genre de vie analogue à celui des tribus environnantes. Déjà dans les dernières années du règne de Mousselekatsi, les lois défendant le mariage étaient tombées en désuétude; les familles s'étaient constituées et les guerriers s'étaient faits laboureurs, tout en gardant la chevelure gommée autour de la large tonsure, comme le symbole de leur virilité.
Peu à peu l'influence des missionnaires, celle des traitants, l'ouverture de routes de commerce, le voisinage des Boers du Transvaal, des Anglais du Be-Chuana-Land, le passage des aventuriers en quête de l'or firent craindre aux Ma-Tabelé pour leur cruelle omnipotence. Ils essayèrent de se garer. Un envoyé du Transvaal étant venu demander à Mousselekatsi l'autorisation pour les mineurs blancs de traverser le pays : « Prenez ces pierres, répondit le grand et terrible chef, et chargez-en vos vagons; mais que nul n'amène ici de femme hollandaise ou de vache, de brebis, de chèvre, ou ne se hasarde à bâtir sa maison chez moi » !
C'étaient des paroles bien fières, et certainement à défaut des Anglais, les Boers auraient brisé le [)Ouvoir des Ma-Tabelé, comme ils l'ont déjà fait delà puissance d'autres « empereurs » de la race des Cafres. Mais les Anglais, aussi avides des territoires bantou que le sont les Hollandais, et plus forts incomparablement, ont eu raison en quelques années de tout le vaste « empire du Zambeze ». Voici comment :
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Le 30 novembre 1888, après de longs pourparlers, trois Anglais obtinrent de Lobengula, fils et successeur de Mousselekatsi, le droit de rechercher, et en cas de découverte, le droit d'exploiter des mines (lisez : de l'or) dans le territoire des Ma-Chona dont il était le redouté suzerain; peu après d'autres Anglais acquirent du même potentat ce même droit de prospection, d'exploitation; puis tous ces lanceurs d'affaires s'unirent en une société qui prit le nom de Compagnie Anglaise de l'Afrique du Sud, « British South-Africa Company ».
Le 29 octobre 1889, cette société reçut sa charte du gouvernement de la Grande-Bretagne; elle devint la « Chartered », la Compagnie qui a une «charte», c'est-à-dire qui a reçu de la haute autorité métropolitaine un ensemble de droits régaliens.
Constituée au capital de 25 millions, elle eut à sa tête un conseil de huit directeurs, dont cinq nommés par les actionnaires et trois par le gouvernement. Le « directeur des directeurs », lïnitiateur et Thomme d'action de toute cette entreprise, fut le financier politicien de peu de scrupules devenu si démesurément célèbre, Cecil Rhodes. C'est, à vrai dire, un intelligent, un vaillant, un audacieux et, à sa manière, un grand patriote; et en même temps, ce qui est une gloire immense en cette fin de siècle, le signataire du plus gros des chèques émis jusqu'à ce jour : 133 millions de francs, pour l'achat des mines de diamants de « Kimberley Centre » au profit de la compagnie de Beers, dont il est directeur à vie.
La Chartered, donc, puisque c'est son nom populaire, envoya tout aussitôt un corps de troupes dans le territoire de Lobengula, sous le commandement du docteur Leander Starr Jameson, lui aussi devenu fameux plus tard par sa prise d'armes contre la république Sud-Africaine. Lobengula laimait: il avait été secouru par lui deux ans auparavant dans un accès de goutte; il lui donna l'autorisation d'entrer avec sa petite armée dans le pays des Ma-Chona. Ce devait être et ce fut tout le malheur. Partis du Cap, en mars 1890, les hommes de Jameson arrivèrent en septembre à l'endroit qui est maintenant la jeune ville de Salisbury. Quatre forts s'élevèrent, suffisants contre des sauvages qui n'alignent pas de canons en batterie : les forts Tuli, Victoria, Charter, Salisbury; le premier dans le pays de la rive gauche du Limpopo, le second sur un tributaire du fleuve Sabi, le troisième dans la région des sources de ce même Sabi, le quatrième dans le bassin du Zambeze, et tous les quatre le long d'une ligne S.-S.-O.-N.-N.-E. Ainsi se créa la « route militaire » d'où devait sortir l'asservissement des Ma-Tabelé, du fait de 192 jeunes gens, car l'armée de Jameson ne comptait que ce nombre de conquis-
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tadores ; mais ces Blancs se renforcèrent rapidement par l'arrivée de chercheurs d'or et d'aventuriers du Cap et des deux républiques hollandaises.
La suite se devine aisément : concession à un Anglais par Lobengula, et pour une durée de cent ans, du droit de disposer des pâturages, d'établir des fermes; droit acheté sans tarder par la Chartered, qui doubla son capital, et se regarda dès lors comme la souveraine du Ma-Chona-Land ; croît continuel de la population blanche; pose de lignes télégraphiques; essais de culture; prospection « enragée », trouvailles d'or; création de bourgades, telles qu'Umtali, Victoria; arrivée de familles de Boers, commencement d'un trek que la Compagnie à charte arrêta ma nit militari; commencement aussi, en 1893, des « difficultés indigènes », à la suite de la rupture de fils télégraphiques par des Ma-Chona, près de Victoria. Ces « difficultés » avec les Ma-Chona en amenèrent d'autres avec leur suzerain Lobengula, qui renonça loyalement aux 2 300 francs par mois que lui allouait la Compagnie. Comme de juste, on en vint aux coups entre Blancs et Noirs dès que le roi des Ma-Tabelé se fut préparé à la guerre; et aussi la « Chartered », qui recruta tout ce qu'elle put de jeunes Anglais et de jeunes Boers sous la triple promesse de leur octroyer, dès la paix conclue à l'avantage des Britishers, une ferme de 3 000 arpents, vingt lots aurifères et une part proportionnelle des troupeaux enlevés aux Bantou, la Compagnie s'en réservant la moitié, l'autre moitié allant aux condottières.
Rien d'intéressant dans cette lutte du riche contre le pauvre, de l'armé contre le désarmé, des capitaines blancs contre les indunas ou « chefs cuivrés », sinon le courage des combattants des deux races. La guerre finit en 1894, à la mort de Lobengula, qu'enlevèrent la fièvre et cette goutte dont Jameson l'avait soulagé sans l'en guérir : ce qui est assez l'habitude. La « Noble Compagnie » fait 25 francs de rente par mois à chacune des survivantes de ses trente veuves. La conquête de ce grand pays n'avait coûté aux Blancs cjue 124 hommes. On donna à la contrée, le 3 mars 1895, le nom officiel de Rhodesia, en l'honneur du grand « spéculateur ».
Cependant quelques vies européennes durent être encore sacrifiées à la main-mise européenne sur la Rhodesia. A la nouvelle de l'échec de leur conquérant Jameson et de sa capture par les Transvaaliens, la majeure partie des Ma-Tabelé prit les armes au commencement de 1896, et beaucoup de Ma-Chona également; en décembre tout était consommé, et la force, le prestige des Blancs plus grands que jamais.
Pendant ces luttes, le chemin de fer qui devait relier la
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Rhodesia méridionale au réseau général de l'Afrique du Sud avançait très rapidement, à raison d'environ un mille par jour, soit 1 609 mètres, sous la direction de 30 ingénieurs, de 220 entrepreneurs et contremaîtres blancs ayant sous leurs ordres 2 200 terrassiers cafres. Le 19 octobre 1897, la ligne du Cap à Mafeking, prolongée de 880 kilomètres, atteignit enfin la naissante ville rhodésienne de Buluwayo; or, il ne s'était encore écoulé que quatre ans depuis que Lobengula vaincu s'était enfui de son kraal impérial.
Quel prodigieux changement en moins d'une génération d'hommes et quel plus grand exemple de la grandeur et de la décadence des empires militaires cuivrés ou noirs! 11 n'y a que peu d'années encore, les Ma-Chona, terriblement houspillés par les Ma-Tabelé, et plus que houspillés, massacrés joyeusement, « parmi le tas », dansaient dans leurs fêtes, une ronde, hommes et femmes, à la mesure des mains tapant en cadence, et l'on chantait en chœur :
Chantons aujourd'hui, dansons! Tout à la joie! Demain les Ma-Tabelé viendront :
Alors nous courrons à nos trous, Mais avant d'y pouvoir entrer, Nous aurons été tués par les Ma-Tabelé. Chantons! Dansons!
Ce n'est pas le Ma-Tabelé qui les a € mangés ». C'est l'Anglais, qui dévore aussi les Ma-Tabelé jadis dévorants.
La Rhodesia au sud du Zambeze n'est pas toute la Rhodesia; il s'en faut; elle n'en fait pas la // moitié : la Rhodesia tout entière étant estimée à
LE PAYS i 100 000 kilomètres carrés environ, soit deux fois la France, il y en a 650 000 pour la Rhodesia du Trans-Zambeze ou Rhodesia septentrionale, et 450 000 pour la Rhodesia du Cis-Zambeze ou Rhodesia méridionale.
Territoire que se partagent les bassins du Zambeze, du Limpopo, du Sabi, du Pungwe et autres fleuves côtiers moindres, la Rhodesia méridionale est, dans son ensemble, un plateau de 1 000 et 1 200 à 1 500 ou i 600 mètres au-dessus des mers, avec trois pentes : au sud, du côté civilisé, vers le Limpopo; au nord, vers le Zambeze; à l'est, vers de moindres tributaires de l'océan des Indes. Si la forme de plateau y prédomine de beaucoup, les montagnes n'y manquent pas, desquelles les plus connues jusqu'à ce jour sont les Matoppo, sur le faîte
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entre Zambeze et Limpopo, dans la région où s'est fondée Buluwayo, la capitale du Ma-Tabelé-Land.
Quand, parti du Transvaal, on a franchi les bas-fonds du Limpopo, que la tsétsé fait inhabitables pour l'instant, et qu'on entre dans la Rhodesia, le talus qu'on gravit aussitôt est celui des monts Lingouapa, qui ne sont autre chose que la chute méridionale du plateau des Ma-Tabelé et des Ma-Chona.
Ce plateau se compose « de gneiss, de granits surmontés de grès et quartzites, et d'alignements de roches schisteuses et dioritiques », constitution intime qui le range à priori parmi les régions aurifères, et c'est ce qu'il est en effet. En même temps que très osseux, le pays est, en de longues lignes, mobile et « coulant », sur le trajet de dunes de sable tantôt minces, tantôt fort larges, qui vont d'ouest en est, en prolongement de celles du Be-Chuana-Land. Cette nature de roches, les longues ondulations, les lignes fuyantes en feraient une contrée des plus monotones, si le pays « ne témoignait de phénomènes de désintégration et d'érosion très intenses ayant produit des éboulements granitiques ».
Les Matoppo n'élèvent qu'à 1700 mètres leurs coupoles de granit; quelques-unes de leurs crêtes sont déchiquetées en pyramides et en obélisques de l'aspect le plus bizarre; ils font partie du faîte entre Zambeze et Limpopo, « aigueverse » qui se continue, après virement au nord-nord-ouest, par les monts des Ma-Chona, tranche des eaux entre ce même Zambeze et le Sabi; puis, dans le pays de Salisbury, qui est la capitale de la Rhodesia, en môme temps que du Ma-Chona-Land, le toit des eaux se poursuit presque droit vers le nord, entre les affluents de droite du Zambeze, sous le nom de monts Umvukwe. Près des sources du Sabi, le Wedza s'élève à 1 646 mètres; le Hampden, à côté de Salisbury, monte à i 524.
Entre le cours supérieur du fleuve Sabi, franchement dirigé vers le sud, et la frontière du pays portugais de Gaza, les monts Outobi dressent, en cimes principales, l'Oubiri, le Sipoumgambili, le Silindi, rochers de porphyre, de trapp, de basalte, dont l'altitude est évaluée à i 200 mètres. Des eaux courantes, ayant taillé leur lit dans la roche vive, découpent le massif en plusieurs fragments, qui sont en maints endroits d'accès difficile, à cause de la raideur des parois et des hautes herbes pressées à travers lesquelles on a grand'peine à se frayer un passage. Cependant les trois pics suprêmes sont revêtus de forêts où l'on peut cheminer facilement sur le gazon entre les fûts des arbres. D'après Erskine, les vallées supérieures du fleuve Busi, qui prend son origine dans ces montagnes, sont destinées à devenir un jour un centre de colonisa-
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tion européenne et de culture ; la salubrité de l'air y est parfaite, et la canne à sucre, le cafier y trouvent le sol qui leur convient. Cette chaîne se lève au-dessus de terres assez basses qui vont se prolongeant jusqu'à l'océan des Indes; elle a donc grand air, vue de l'orient, et assez petit air, vue de l'occident, car à l'ouest du Sabi, le plateau n'a pas moins de 1 200 mètres d'altitude; de ce côté les montagnes rejoignent les Matoppo Hills par de simples renflements séparant les unes des autres de larges dépressions où les eaux s'amassent en lacs ou en marais.
Au nord, ces monts Outobi s'appuient sur un plateau de grès rouges ou blancs d'environ 1 000 mètres en altitude et se rattachent par quelques hauteurs à la chaîne du Sita Tonga, dont les sommets atteignent 1400 mètres; l'un d'eux, à la pointe aiguë, a reçu des indigènes le nom de Goundi-Inyanga, c'est-à-dire « Rase-la-Lune ». En continuant à cheminer vers le nord, le mont Doe atteint, d'après M. Kuss, une élévation de 2 400 mètres, au-dessus du plateau de Manica, fameux par ses mines d'or : la masse granitique dudit Manica n'étant pas inférieure à 2 000 mètres (?), les cimes qui le commandent ne sont guère que des collines ou des croupes à faible pente. Au septentrion du plateau, entre les rivières du bassin du Zambeze, il y a un mont Moltke, un mont Bismarck, et un mont Darwin.
En somme, les géodésiens auront fort à faire avant de nous montrer tels qu'ils sont ces chaînons, ces chaînes dispersées, leurs parallélismes et leurs obliquités, leurs alignements, leurs failles, leur distribution entre les bassins et sous-bassins des rivières. Ce qui a déjà définitivement force de certitude, c'est que la Rhodesia méridionale se présente à nous comme un haut plateau ridé de longues croupes ondulantes, interrompu de nombreux kopjes ou « amoncellements » de blocs de granit, comme une région de roches le plus souvent nues, d'arbres de taille assez exiguë, d'apparence peu « fortunée »; beaucoup d'herbes longues ou courtes; et presque partout le désert: il le semble du moins, car il y a des kraal de nègres là où l'on n'en voit pas, dans les creux, les coins, les culs-de-sac où ils se sont dérobés par crainte des féroces Ma-Tabelé. En moyenne, le pays manque essentiellement d'eau . voilà son presque irréparable malheur; c'est dans le fond des rainures seulement qu'elle apparaît; là elle court, petitement pendant les trois quarts de l'année; ou elle dort en maintes dépressions de la haute plaine; partout elle a grande tendance à tarir, et chaque jour de soleil rétrécit ses lagunes.
Monts et plateaux se déversent, au nord, dans le Zambeze
DIXIÈME Rhodesia mé/'idionaîe.
par le Guay, grossi du Shangani; par le Sanyali, grandi de rUmpuli; par le Hanyani, parle Mazoe ou par d'autres torrents moindres. Tous ces tributaires ou sous-tributaires, ceux qui partent des Matoppo Hills comme ceux qui naissent dans