‹ L'Afrique australe: cette description mise à jour entièrementChapitre 34 sur 92 · I: : 1 : : : :| Gisement d'or. '^^•■f^.i?'7^'X ^<^'~^i · texte numérisé non relu

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le Ma-Chona-Land et le Manica-Land, ont pour traits communs des crues énormes, une grande rareté, voire une absence totale d'eau vers la fin de la saison sèche, et, dans la moyenne de l'année, une médiocrité notable, par la raison que la nature du sol, roche imperméable, s'oppose à la filtration des pluies, donc à la naissance des sources; tandis qu'il suffît quelquefois d'un seul orage pour qu'un torrent presque vide une heure aupara-

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U Afrique Australe. chapitre

vant s'emplisse et déborde, pour bientôt diminuer rapidement et montrer les cailloux de son lit.

Mêmes caractères pour les affluents du Limpopo, et pour le Sabi, qui est le prince des fleuves côtiers entre le Zanibeze et le Limpopo, en vertu d'un cours qu'on estime à 800 kilomètres, et dont la partie supérieure, en Ma-Chona-Land et Manica-Land, relève de la Rhodesia; la partie inférieure appartient aux Portugais à partir de la rencontre de son grand affluent de droite, la Lunde, peu au-dessous de ses dernières cascades.

Si les rivières se débondent en leur temps, et chaque année, c'est que les pluies de la saison mouillée (décembre, janvier, février, mars), tombent parfois très dru, surtout durant les premiers de ces quatre mois. Au déluge succède la presque absolue siccité; les eaux baissent très vite entre les rives; les mares dont les débordements avaient couvert le plateau se contractent par l'écoulement et l'évaporation : alors, la fièvre d'accès sévit dans l'air empoisonné de miasmes, sous le soleil violent du tropique.

La saison sèche s'installe, qui est d'abord la saison froide, puis devient la saison chaude; juillet (ou juin) est le mois « polaire » où (rarement) le thermomètre peut descendre audessous de zéro à Salisbury, lieu élevé, et, à fortiori, dans les endroits plus hauts encore; octobre (ou novembre) est le mois torride; entre la moyenne du mois le plus chaud et celle du plus froid, il y a une différence de 9 à 10 degrés à Salisbury, et de 12 à 13 à Buluwayo.

Au total, climat assez dur, mais trempant l'organisme, en ce sens que les changements de température y sont quelquefois fort brusques, que l'écart thermométrique est considérable entre la gelée du matin et la chaleur de l'après-midi; et aussi parce que les vents du sud-est, haleines desséchantes, y soufflent avec fureur, comme un mistral, un ciers, une tramontane, et y chassent devant eux une intolérable poussière. Climat d'ailleurs salubre, en dehors des fièvres intermittentes dont on ne souffre guère que dans les régions les plus plates, les plus basses de la haute plaine, et, encore plus dans les vallées profondément creusées, à l'approche du Zambeze, du Sabi inférieur, du Limpopo torride.

En conclusion du peu d'observations faites jusqu'à ce jour dans la Rhodesia méridionale, l'année qui va du h^ octobre 1897 au 30 septembre 1898 étant prise pour exemple, le maximum de température à Salisbury, au mois d'octobre, est monté à 33°, 8; le minimum a peu dépassé le zéro du thermomètre : en juillet, + 10,4; la hauteur des pluies y a été de 704 millimètres,

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en quatre-vingt-quatre jours. A Buluwayo, dont l'altitude est un peu moindre que celle de Salisbury, on a constaté, en cette même année, une moyenne de près de 20°, un maximum de 33°, 9, aussi en octobre; un minimum de + 6°,3, aussi en juillet; et il y est tombé 383 millimètres d'eau en soixante-dix jours.

Tout ce qu'on nous apprend des capacités

/// du sol, du sous-sol de la Rhodesia est extrême-

LE s PRODUITS ment favorable à cette jeune colonie; avec cette

LES MINES réserve que presque tous nos documents émanent

des agents de la grande Compagnie à charte,

que, par conséquent, nous avons le droit de les

supposer entachés de l'optimisme qui sied à des rapports lus

devant des actionnaires.

Avant tout, comme on vient de le dire, le climat, tempéré par l'altitude, s'adapte suffisamment à la constitution physique des Blancs d'Europe, encore mieux des Anglais et des Boers de l'Afrique australe. En second lieu, malgré quelques affirmations contraires, il semble évident qu'un pays, même spécialement granitique, ce qui comporte la dureté de sol, voire une certaine infécondité, ne peut manquer d'évoquer des grains, des fruits et des herbes avec quelque abondance, quand il reçoit, suivant les lieux, de 600 millimètres à un mètre (?) de pluie par année. A dire vrai, la saison des pluies peut y sembler un peu courte, avec ses trois ou quatre mois seulement, contre huit à neuf mois d'une dure sécheresse traversée de vents très fougueux et très « évaporateurs » ; et il est manifeste que de vastes espaces y seront toujours trop sevrés des bienfaits de l'eau courante.

On peut considérer la flore de la Rhodesia méridionale comme formant transition entre celle de la Zambézie et celle du Cap; or, la flore de la Zambézie, région tropicale, est, dans l'ensemble, pareille à celle de la Congolie, région équatoriale, mais elle est moins opulente; de même la Rhodesia du Sud a moins d'exubérance végétale que les contrées au nord du Zambeze parce que le pays est moins visité des pluies, que par conséquent il tend plus au steppe, et aussi parce que, plus éloigné de Téquateur, il a moins de soleil. Quelques espèces du Cap, dépassant au nord le tropique du Capricorne, y ont trouvé une aire favorable : tel l'arbre argenté, le leucodendrum argenteum, que l'on rencontre jusque sur le haut du Zambeze. La limite du baobab coïncide à peu près avec la séparation des eaux entre Zambeze et Limpopo ; cet arbre géant, surtout épais et difforme, se montre donc assez fréquemment dans le nord de la Rhodesia du Sud,

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Dans une contrée de steppes par endroits et par endroits striée de longues dunes de sable, la forêt n'est pas de celles qui stupéfient et plongent en extase par leur étendue, leur majesté, leur splendeur; elle appartient « au genre rabougri », elle n'a pas de profondeur, de mystère, elle est clairsemée, elle ombrage peu, étant d'arbres peu feuillus; sur de longs espaces c'est plutôt un maquis sud-africain, « riche en arbustes et en buissons fleuris ».

Le monstrueux baobab signalé ci-dessus, qui se rencontre surtout le long du Shangani ; le palmier, de plus en plus fréquent à mesure qu'on tire vers le nord; les mimeuses; les acacias; l'arbre à caoutchouc; Yihusi, sorte de bois de teck {aussi le nomme-t-on communément ici le « native teak »); le mahobohobo, arbre d'un bois très résistant qui brave les fourmis blanches, les insectes perforeurs, et donne un fruit dont le goût est à peu près celui de la nèfle; le machabel; le mangwe, qui ne « branche » qu'à une grande hauteur, d'où un tronc droit, solide, très propre à la charpente; le cotonnier; des fruitiers encore sauvages, comme cerisiers, orangers, figuiers, manguiers, voilà les arbres principaux des forêts rhodésiennes, dont l'étendue reste à déterminer. On estime qu'elles couvrent un peu plus de 5 millions d'hectares dans le Ma-Tabele-Land, et une surface moindre en Ma-Chona-Land. Ce n'est guère. Il faut dire qu'elles ont de tout temps souffert, dans leur étendue comme dans leur opulence, des incendies qui les ont assiégées alors que les enveloppaient dans leur terrible brasier les flammes des feux allumés par les indigènes pour brûler les herbes desséchées et féconder ainsi le sol. On espère que ce fléau ne tardera pas à devenir une chose du passé, quand on aura cantonné dans des réserves déterminées les Bantou non employés au service des Blancs : alors ils ne mettront plus le feu aux herbes, et par suite aux sylves, et ne dépouilleront pas certains arbres de leur écorce pour en tirer des fibres textiles. Ce procédé des Ma-Tabelé et des Ma-Chona, consistant à fertiliser le sol par la combustion des herbes, a pour terme naturel la stérilité définitive de ce sol, privé chaque année de la décomposition de ces herbes, dont se serait fait à la longue un dépôt d'humus. La cessation des incendies créera de nouveau cet humus et la destruction des termitières innombrables améliorera richement le sol, par l'acide formique, excellent amendement dont les fourmis sont les dépositaires. En fait de grains nourriciers, plantes alimentaires, la Rhodesia méridionale paraît très bien douée; ses altitudes l'enlevant jusqu'à un certain point à son milieu tropical, elle peut produire à peu près tout ce que font venir les Européens chez

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eux : le blé, Tavoine et les diverses céréales, le maïs, la pomme de terre et autres farineux, la citrouille, à peu près tous nos fruits à côté des fruits des régions chaudes, tels que la mangue, la banane; le tabac réussit « à la perfection >; ainsi en est-il ou en sera-t-il, espère-t-on, du coton, dont les indigènes faisaient autrefois maints tissus; du caoutchouc; de certaines plantes oléagineuses; de plusieurs plantes fibreuses; bref, les produits du tropique en compagnie des produits de la zone tempérée. L'élevage promet également beaucoup. Mais l'agriculture y luttera longtemps contre de désastreux fléaux : les sécheresses, parfois très longues, le climat étant par ici fort capricieux, tantôt avec beaucoup de pluie, presque trop, et tantôt pas assez; les gelées nocturnes, à craindre du milieu de mai jusqu'au milieu d'août; les sauterelles; la peste bovine; la mouche tsétsé : celle-ci semble disparaître peu à peu de la région méridionale.

D'après Oswell et Livingstone les animaux sauvages de l'Afrique australe augmentent en grosseur dans la direction du nord au sud; ainsi les antilopes deviennent de plus en plus grandes à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur; de même les éléphants croissent en stature, avec cette réserve que leurs défenses diminuent. On remarque aussi une grande différence de taille entre les animaux domestiques au nord et au sud du Zambeze, à l'avantage de la Cis-Zambézie. Cependant cette règle n'est pas sans quelques exceptions. La Rhodesia méridionale abonde en girafes, en autruches, animaux qui ne dépassent pas la rive droite du Zambeze; l'antilope y bondit en troupeaux; le crocodile hante le grand fleuve et nombre de cours d'eau de ce qui n'est pas le plateau proprement dit, mais le pays relativement bas. Cette horrible bête, le gros gibier et les fauves disparaissent d'ici, comme ils l'ont fait de toute la pointe australe de l'Afrique, devant les progrès du défrichement, le percement des routes, l'établissement des chemins de fer. La contrée finira par ne nourrir de ses herbes que des espèces domestiquées, des bœufs, des vaches, des moutons, des chevaux et autres compagnons de l'homme, leur ami si peu désintéressé.

Mais si la Rhodesia méridionale peut compter sans outrecuidance sur un bel avenir de culture et d'élevage, son présent est surtout < aurifère ». Même on peut dire que sans les diamants du Griqua-Land, l'or du Transvaal, et son or à elle, Rhodesia, le pays serait encore une région plus ou moins portugaise, sans routes ni chemins de fer, avec des Cafres encore

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libres et toujours belliqueux, au lieu d'être une contrée anglaise où rindigène est « muselé », pacifique par force, à la veille d'être presque entièrement parqué sur des réserves, et où sous nos yeux commence une « exploitation * à fond — sage ou folle, qui sait?

C'est l'or qui anime déjà certaines mines du Ma-Tabelé-Land et du Ma-Chona-Land, l'espoir de l'or qui lance tant de prospecteurs là où l'on peut soupçonner la présence du « divin » métal; mais il n'y a pas encore là de Witwatersrand. Toutefois, la précieuse récolte a fort augmenté dans ces derniers temps : 67 169 onces d'or en 1899, contre 12 757 seulement en 1898. On le « suspecte » et prospecte un peu partout; et un peu partout on en prépare l'exploitation, mais on ne le broie encore à la machine, dans de grandes et puissantes usines scientifiques, qu'à celle de Geelong, à 120 kilomètres au sud-sud-est de Buluv^'ayo, près de l'Um-Zinguani, tributaire gauche du Limpopo, et aux trois usines de Selukwe, à 160 kilomètres nordest de ce môme Buluwayo, près de Gwelo, qui est une station future du chemin de fer du Cap au Zambeze.

Tout n'est pas or dans l'extraction de l'or, et les grands broyeurs de quartz ont à lutter contre la rareté de la main d'œuvre : la population de la Rhodesia méridionale est fort peu considérable, nullement en rapport avec l'étendue de la contrée, tant dans le Ma-Tabelé-Land que le Ma-Chona-Land; le travail souterrain est antipathique aux naturels, et la dure discipline des compounds, des enclos dans lesquels on les emprisonne pour qu'ils ne puissent brocanter au dehors l'or qu'ils auraient dérobé, la « stricte observance » ne leur plaît qu'à demi. Cependant cette aversion décroîtrait, nous disent les rapports officiels. D'ailleurs on a commencé d'importer des travailleurs de l'Outre-Zambeze, qui est une région plus densément peuplée que le Cis-Zambeze; on essaie d'introduire aussi des Fingo de la colonie du Cap.

Pour animer les machines à concasser le quartz, il faut du bois ou de la houille. De bois, la Rhodesia méridionale n'en a pas trop, mais la houille semble y abonder. On en a reconnu en plus d'un endroit : dans le district de Wankie, à la rive gauche du Guay, tributaire du Zambeze, à 160 kilomètres nordouest de Buluwayo; le charbon s'y trouverait en masse et d'excellente qualité; dans le district de Mafungobusi, au nord de Gwelo, à la gauche du Sanyali, affluent du Zambeze, sur le tracé de la voie ferrée du Cap au grand fleuve; dans le district de Tuli, à la rive gauche du Limpopo, à 225 kilomètres sud-sudest de Buluwayo; ailleurs encore. On se propose de relier les mines du district de Wankie et du district de Tuli à cette ville

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de Buluwayo par des chemins de fer industriels. Il semble donc, si les rapports de la Compagnie à charte ne jettent pas délibérément de la poudre aux yeux, que la Rhodesia méridionale est très bien dotée, minéralement parlant, et peut-être mieux encore du fait de la houille que du fait de l'or, qui a été la cause éminente de la création de la colonie.

Un « ordre en conseil » du 23 novembre 1898 IV a divisé la Rhodesia méridionale en deux pro-

LES vinces autonomes : le Ma-Tabelé-Land et le

HABITANTS Ma-Choua-Land, chacune ayant son peuple spécial, ses tribus diverses, toutes soumises aux Ma- Tabelé, maîtres très durs, avant que les Anglais, devançant les Boers, eussent imposé leur empire à tous ces Bantou. On les évalue, encore tout à fait « grosso modo », et comme on verra plus bas, au-dessous du nombre réel, à 308 595 personnes, dont 113 499 dans le Ma-Tabelé-Land et 194 756 dans le Ma-Chona-Land, qui est bien plus grand et depuis très longtemps habité : il y a mille ans au moins que vivent ici les ancêtres des tribus habitant présentement la contrée.

Les Ma-Tabelé ne peuplent point à eux seuls le Ma-Tabelé- Land dont les Anglais viennent de leur enlever la domination. Conquérants, ils n'ont pas, si féroces qu'ils soient, détruit tous les peuples conquis; un certain nombre de peuplades tributaires, éloignées de la résidence du grand chef ou défendues par les difficultés du sol, ont gardé quelque indépendance politique, quelque cohésion nationale. Tels sont les Ba-Nyai, qui vivent au nord-nord-ouest de Gwelo, sur le Shangani et le Sanyali, au pied des monts Mafungabusi, parmi lesquels se lève le Cromwell. Ayant choisi d'ordinaire des forteresses de rochers pour leurs demeures, les Ba-Nyaï sont en général de beaux hommes, grands et forts, et tirent vanité de la nuance de leur peau, relativement claire. Très propres, ce en quoi ils se distinguent de la plupart de leurs voisins, ils soignent aussi leur chevelure, divisée en petites mèches, qu'ils entourent d'une écorce d'arbre teinte en rouge : cette coiffure en bandelettes rigides leur donne un aspect qui rappelle celui des iiigyptiens d'il y a trois mille années. Quand ils voyagent, ils relèvent toutes les mèches et les rassemblent en nœud audessus du crâne. Les Ba-Nyaï n'ont pas les mœurs serviles de leurs voisins : ils élisent leur chef. Il est vrai que le souverain élu est d'ordinaire le fils de la sœur du défunt; mais il est arrivé fréquemment que les électeurs, non satisfaits de ce candidat, sont allés chercher leur roi chez d'autres peuplades. Quand le choix de tous est annoncé à l'élu, celui-ci refuse

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d'abord, comme si on le chargeait d'un fardeau trop lourd à porter; mais ce n'est là qu'une fiction constitutionnelle; l'autorité lui reste confiée, et, avec le pouvoir, les biens, les femmes et les enfants de son prédécesseur. Il n'est pas de tribu africaine chez laquelle les femmes jouissent d'une aussi grande influence que chez les Ba-Nyaï : en toute affaire domestique c'est la femme qui décide. Quand un jeune homme demande une jeune fille en mariage, c'est à la mère qu'il s'adresse, et s'il est agréé, il quitte sa propre famille pour aller vivre chez sa belle-mère, dont il devient le serviteur et à laquelle il doit toujours témoigner le plus grand respect; au lieu de s'asseoir, il se met à genoux devant elle en s'accroupissant sur les talons, car ce serait une grave offense que de lui présenter les pieds. Les enfants appartiennent à la mère. Le mari se fatigue-t-il de son état de domesticité, il peut s'en retourner chez lui; mais il doit renoncer à tous les droits paternels, à moins qu'il ne les achète par le don d'un certain nombre de vaches et de chèvres.

11 y a aussi les Ba-Nansa et les Ba-Nabea, à la rive droite du grand fleuve dans la région de sa Cascade « Tonnante » et jusqu'au delà du confluent du Guay; au midi de leur séjour, dans le district de Wankie, la route du Kalahari et du Be-Chuana-Land traverse un pays de sables arides large de 80 kilomètres, totalement privé d'eau, entre Tamatsie et Pandama-Tenka : c'est « la piste de la Soif » (Thirst Durst), redoutée des voyageurs; puis on s'achemine, en contrée meilleure, avec beaucoup plus d'eau, dans la « Terre des mille Mares », Land of the thousand Vleys. Les Ba-Machua et les A-Butua vivent entre les Ba-Nyaï et le Zambeze.

Les Ma-Kalaka et les Ma-Chona, anciens maîtres de la contrée où régnaient de nos jours les Ma-Tabelé, souvent décimés par la « horde » de Mousselekatsi, ont été en grande partie exterminés ; et leurs restes vivaient dans la servitude, quand sont arrivés les pionniers de la « civilisation ». Les Ma-Kalaka sont ceux qui ont le plus souffert. Dispersés par la conquête, ici vers le Zambeze, ailleurs vers le Limpopo ou les plaines du Kalahari, ils ont oublié jusqu'à leur langue et ne parlent plus qu'un jargon zoulou. Jadis excellents cultivateurs, forgerons habiles, ils ont dû en maints endroits retourner à l'état nomade, vivre de cueillette et de chasse ou même se livrer au pillageù Ils sont retombés en barbarie et ne savent même plus se construire des cabanes. Cependant les Ma-Kalaka continuent de se distinguer honorablement de tous leurs voisins par la sévérité de leurs mœurs conjugales; ils respectent leurs femmes et

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prêtent serment par le nom de leur mère. Dès l'enfance, les femmes sont soumises aux opérations du tatouage, qui sont des plus cruelles ; rien que sur la poitrine et sur le ventre on leur fait plus de quatre mille coupures, disposées sur trente lignes parallèles, et quand la peau n'a pas suffisamment bourgeonné, on recommence l'opération. Les Ma-Kalaka ont des grottes pour nécropoles, mais ils ne permettent pas aux étrangers d'enterrer leurs morts dans la terre kalaka : les compagnons des deux explorateurs Oates et Grandy, morts dans le pays, furent obligés de rapporter leurs cadavres hors des frontières. Les Ma-Chona sont des Cafres physiquement inférieurs à leurs persévérants oppresseurs les Ma-Tabelé ; et intellectuellement, moralement, ce sont des taciturnes, des endormis, des apathiques. Ils constituent le fond de la population sur le versant zambézien des montagnes ; ils ont mieux résisté à l'oppression, car leur industrie les rendait indispensables à leurs maîtres. Quoique bien déchus aussi et désignés par les Ma- Tabelé sous le nom de Ma-Cholé, c'est-à-dire « Esclaves », ce sont eux qui cultivent les rizières, fabriquent les meubles, tissent les étoffes de coton, taillent et brodent les boucliers de cuir, forgent et affilent les sagaies et les glaives. La petite vérole a fait chez eux de grands ravages, et cette maladie est si redoutée que l'on jette fréquemment dans la brousse les malheureux qui en sont atteints. Quelques peuplades de Ma-Chona, protégées par la nature montueuse de leur pays, avaient pu se constituer en républiques indépendantes; mais elles vivaient dans la terreur, se réfugiant tous les soirs, avec leur petit bétail agile, sur des roches isolées dont l'unique sentier était barré par de fortes palissades ; on ne pouvait entrer dans leurs huttes élevées au-dessus du sol qu'au moyen de perches entaillées. Parmi les parias errants que l'on rencontre dans le pays des Ma-Tabelé, il en est que l'on appelle Bushmen et Hottentots, quelle que soit d'ailleurs leur origine. Les Ama- Zizi, rebouteurs et médecins, paraissent être réellement de souche hottentote. Quelques indigènes, dits Pandoros par les Portugais, ont acquis un grand pouvoir sur les autres Noirs par leurs pratiques de magie : ils se retirent souvent dans la forêt pour prendre leur véritable forme de fauves, mais ils ne daignent se montrer que sous l'apparence d'hommes.

Au nord du pays des ]Ma-TabeIé et des Ma-Chona, dans une région très montueuse d'où des torrents à cours rapide descendent brusquement vers le Zambeze, de nombreux villages appartiennent aux Ma-Korikori, gens non moins industrieux que les Ma-Chona; ils sont surtout très habiles à travailler le

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cuivre, qu'ils tréfilent et tressent en ornements; leurs femmes se percent la lèvre supérieure et y introduisent un anneau de fil d'étain, parfois orné de quelques perles. Plus au nord, dans la vallée du Zambeze, vivent les Mtandé, dont les femmes se percent aussi la lèvre supérieure et y introduisent le jaja, anneau d'ivoire ou de bois. On est là dans la région de la mouche tsétsé : les femmes font sécher ces dangereux « parasites ailés », elles les réduisent en poudre avec l'écorce d'une racine et mêlent cette mixture aux aliments de leurs bêtes, chèvres, brebis et chiens.

Dans la région méridionale, en tirant sur le Limpopo, d'autres Ba-Nyai, des Bo-Kharaka, des Ama-Douma, des Ba-Hloekoua, des Ma-Kouaba, etc., complètent les trois cent et quelques mille indigènes auxquels font face, en Rhodesia méridionale, environ dSOOO Européens, divisés comme suit, d'après la dernière estimation (1898).

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